anarchisme et religion aux USA
Salut à tous,
J’ai découvert sur Internet le site d’un groupe US qui semble nouveau, sis à Détroit, First of May Anarchist Alliance (Alliance anarchiste 1er mai).
Ils ont publié sur leur site (http://m1aa.org/?p=121) un texte, « Our Anarchism » (Notre anarchisme) qui est intéressant, mais qui contient un chapitre assez inquiétant sur la religion.
J’ai traduit ce passage pour les ceuze que ça intéresse.
René
Les anarchistes et les organisations anarchistes se sont massivement perçus comme des athées militants. Compte tenu de l'histoire de notre mouvement, ce n'est pas surprenant. La Russie, l'Italie et l'Espagne sont au centre de la plus grande partie de l’histoire de l’anarchisme. Ce sont des sociétés dominées par des Eglises d'Etat uniques liées à des classes de propriétaires terriens particulièrement réactionnaires. Ce n’est donc pas une surprise si la pus grande partie de l’opposition à ces régimes obscurantistes était activement anti-cléricale. Le mouvement anarchiste d'aujourd'hui s’est lui aussi largement formé dans les luttes contre les mœurs conservatrices et réactionnaires incarnées par la soi-disante droite chrétienne. Ce n’est pas étonnant que notre mouvement ait maintenu une position irréligieuse.
M1 renonce cette position parce que nous croyons qu'il s'agit d'une réminiscence non-anarchiste mais compréhensible du passé. En outre, nous croyons qu'il s'agit d'un obstacle au développement de la présence de notre mouvement dans de nombreux secteurs de la classe ouvrière et des opprimés.
En dehors des hypocrites, la croyance spirituelle est strictement personnelle. Le fondement de l’anarchisme est la défense et le développement de chaque personnalité humaine unique. L'aspect social révolutionnaire de l'anarchisme vient de la prise en compte que les oppressions liées au genre, à l'ethnie, à la classe, au sexe, et l’exploitation, font violence à la personne et doivent être combattues collectivement. Si nous liquidons l'individualité au cours de nos efforts collectifs, nous nous positionnons sur la même pente glissante que les autoritaires.
Notre expérience montre que certaines personnes, motivées par leurs croyances religieuses et leurs valeurs, s’intéresseront à notre activité et à notre organisation et feront un pas en avant. Beaucoup pensent que notre militantisme est motivé également par de telles croyances et sont surpris de trouver que nous avons des opinions athées. Si une personne croyante s’unit à nous dans la lutte et est intéressée par nos vues plus générales, devrait-elle être soumise à un humour sectaire ou à des plaisanteries oiseuses sur les croyants, Jésus, Allah, etc. ? Alors que c’est leur version personnelle de la croyance religieuse qui motive leur propre résistance et leurs sentiments de solidarité ? Cela arrive trop souvent dans notre mouvement.
La manière dont on agit devrait être la base de notre affinité révolutionnaire. Nous ne nous soucions pas de savoir quelle philosophie personnelle motive une personne ou un groupe envers le point de vue et le combat anti-autoritaires. Nous débattons avec des gens sur des questions portant sur des faits incontestables (tels que l'évolution). Nous nous confrontons et luttons contre des gens qui ont des points de vues réactionnaires et/ou patriarcaux sur la théologie (et la politique). Nous résistons activement contre l’autorité fondée sur la religion. Dans le même temps, nous ne décourageons pas ou ne rangeons pas dans un placard les aspects de la croyance personnelle qui font avancer les gens en tant que révolutionnaires. Le mouvement dont nous avons besoin doit être de masse, déterminé, et ouvert aux John Browns, Zapatas, Dorothy Days et aux Malcolms d’aujourd’hui (1).
Un regard en arrière sur le mouvement des droits civils et de libération des Noirs, et un regard attentif sur certaines des organisations et proto-mouvements d'aujourd'hui souligne une autre leçon. Nous constatons chez les organisations de type religieux une activité significative dans les domaines de la justice sociale, de l'immigration, de l’opposition à la guerre, des droits des travailleurs, des transports urbains, entre autres. Ces formations sont encore définies et limitées par leur libéralisme, mais attirent vers les aspects sociaux et démocratiques de leur politique une nouvelle couche de militants énergiques parmi les jeunes et les travailleurs.
Dans les années à venir, le chaudron de la lutte mènera sans aucun doute à une radicalisation de certains éléments, voire des fractions de ces organisations, de ces coalitions, etc. Nous ne devrions pas laisser les obstacles inutiles se dresser entre nous et ces évolutions.
_____________
NOTE
(1) •John Brown était un prêcheur baptiste abolitionniste qui donna sa vie pour mettre fin à l’esclavage.
• Emiliano Zapata Salazar (1879-1919) fut l'un des principaux acteurs de la révolution mexicaine de 1910 contre le président Porfirio Díaz, puis de la guerre civile qui suivit le départ en exil de celui-ci en 1911.
• Dorothy Day (1897-1980) était une journaliste et militante catholique américaine devenue célèbre pour ses campagnes en faveur de la justice sociale, des pauvres, des marginaux, des affamés et des sans-abris.
• Sans doute Malcolm X (1925-1965), né Malcolm Little, prêcheur afro-américain, orateur et militant des droits de l'homme. Pour certains il était un défenseur des droits afro-américains. D’autres en revanche l'accusent d'avoir prêché la suprématie noire.
J’ai découvert sur Internet le site d’un groupe US qui semble nouveau, sis à Détroit, First of May Anarchist Alliance (Alliance anarchiste 1er mai).
Ils ont publié sur leur site (http://m1aa.org/?p=121) un texte, « Our Anarchism » (Notre anarchisme) qui est intéressant, mais qui contient un chapitre assez inquiétant sur la religion.
J’ai traduit ce passage pour les ceuze que ça intéresse.
René
Les anarchistes et les organisations anarchistes se sont massivement perçus comme des athées militants. Compte tenu de l'histoire de notre mouvement, ce n'est pas surprenant. La Russie, l'Italie et l'Espagne sont au centre de la plus grande partie de l’histoire de l’anarchisme. Ce sont des sociétés dominées par des Eglises d'Etat uniques liées à des classes de propriétaires terriens particulièrement réactionnaires. Ce n’est donc pas une surprise si la pus grande partie de l’opposition à ces régimes obscurantistes était activement anti-cléricale. Le mouvement anarchiste d'aujourd'hui s’est lui aussi largement formé dans les luttes contre les mœurs conservatrices et réactionnaires incarnées par la soi-disante droite chrétienne. Ce n’est pas étonnant que notre mouvement ait maintenu une position irréligieuse.
M1 renonce cette position parce que nous croyons qu'il s'agit d'une réminiscence non-anarchiste mais compréhensible du passé. En outre, nous croyons qu'il s'agit d'un obstacle au développement de la présence de notre mouvement dans de nombreux secteurs de la classe ouvrière et des opprimés.
En dehors des hypocrites, la croyance spirituelle est strictement personnelle. Le fondement de l’anarchisme est la défense et le développement de chaque personnalité humaine unique. L'aspect social révolutionnaire de l'anarchisme vient de la prise en compte que les oppressions liées au genre, à l'ethnie, à la classe, au sexe, et l’exploitation, font violence à la personne et doivent être combattues collectivement. Si nous liquidons l'individualité au cours de nos efforts collectifs, nous nous positionnons sur la même pente glissante que les autoritaires.
Notre expérience montre que certaines personnes, motivées par leurs croyances religieuses et leurs valeurs, s’intéresseront à notre activité et à notre organisation et feront un pas en avant. Beaucoup pensent que notre militantisme est motivé également par de telles croyances et sont surpris de trouver que nous avons des opinions athées. Si une personne croyante s’unit à nous dans la lutte et est intéressée par nos vues plus générales, devrait-elle être soumise à un humour sectaire ou à des plaisanteries oiseuses sur les croyants, Jésus, Allah, etc. ? Alors que c’est leur version personnelle de la croyance religieuse qui motive leur propre résistance et leurs sentiments de solidarité ? Cela arrive trop souvent dans notre mouvement.
La manière dont on agit devrait être la base de notre affinité révolutionnaire. Nous ne nous soucions pas de savoir quelle philosophie personnelle motive une personne ou un groupe envers le point de vue et le combat anti-autoritaires. Nous débattons avec des gens sur des questions portant sur des faits incontestables (tels que l'évolution). Nous nous confrontons et luttons contre des gens qui ont des points de vues réactionnaires et/ou patriarcaux sur la théologie (et la politique). Nous résistons activement contre l’autorité fondée sur la religion. Dans le même temps, nous ne décourageons pas ou ne rangeons pas dans un placard les aspects de la croyance personnelle qui font avancer les gens en tant que révolutionnaires. Le mouvement dont nous avons besoin doit être de masse, déterminé, et ouvert aux John Browns, Zapatas, Dorothy Days et aux Malcolms d’aujourd’hui (1).
Un regard en arrière sur le mouvement des droits civils et de libération des Noirs, et un regard attentif sur certaines des organisations et proto-mouvements d'aujourd'hui souligne une autre leçon. Nous constatons chez les organisations de type religieux une activité significative dans les domaines de la justice sociale, de l'immigration, de l’opposition à la guerre, des droits des travailleurs, des transports urbains, entre autres. Ces formations sont encore définies et limitées par leur libéralisme, mais attirent vers les aspects sociaux et démocratiques de leur politique une nouvelle couche de militants énergiques parmi les jeunes et les travailleurs.
Dans les années à venir, le chaudron de la lutte mènera sans aucun doute à une radicalisation de certains éléments, voire des fractions de ces organisations, de ces coalitions, etc. Nous ne devrions pas laisser les obstacles inutiles se dresser entre nous et ces évolutions.
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NOTE
(1) •John Brown était un prêcheur baptiste abolitionniste qui donna sa vie pour mettre fin à l’esclavage.
• Emiliano Zapata Salazar (1879-1919) fut l'un des principaux acteurs de la révolution mexicaine de 1910 contre le président Porfirio Díaz, puis de la guerre civile qui suivit le départ en exil de celui-ci en 1911.
• Dorothy Day (1897-1980) était une journaliste et militante catholique américaine devenue célèbre pour ses campagnes en faveur de la justice sociale, des pauvres, des marginaux, des affamés et des sans-abris.
• Sans doute Malcolm X (1925-1965), né Malcolm Little, prêcheur afro-américain, orateur et militant des droits de l'homme. Pour certains il était un défenseur des droits afro-américains. D’autres en revanche l'accusent d'avoir prêché la suprématie noire.