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Brésil & plateformisme

MessagePosté: 14 Déc 2011, 00:29
de René
Salut à tous

J'ai traduit du portugais une interview de la FAG – Federação Anarquista Gaúcha –
faite par la NEFAC, intitulée

« L’influence globale du plateformisme aujourd’hui : Le Brésil »

Pour ceux que ça intéresse, voir :

http://monde-nouveau.net/ecrire/?exec=a ... rticle=370

Je vous livre les premiers paragraphes


La Federação Anarquista Gaúcha existe depuis 1995, et tient son
nom de la région « gaucho », région du sud du Brésil, notamment
dans l’Etat de Rio Grande do Sur, d’où cette organisation est originaire.
La capitale, Porto Alegre, est bien connue pour son hébergement
annuel du Forum social mondial (FSM). J’étais au Brésil au
FSM de l’année dernière et j’ai rencontré quelques membres de la
FAG, et dans ce court laps de temps j’ai été très impressionné par le
travail d’organisation et l’implication du groupe, qui accueille simultanément
la Conférence des journées anarchistes (Jornadas
Anarquistas) pendant le FSM, et poursuivit ses propres activités. Cidessous
un entretien avec Luciana, secrétaire internationale de la
FAG. Traduction par Tony. -
Propos recueillis par Red Sonja (NEFAC-Boston.)

NEFAC : La FAG, dans sa formation, a été influencée par la
FAU uruguayenne, et constitue actuellement une partie de la SIL
(Solidarité internationale libertaire) 1. Avec quels groupes anarchistes
travaillez-vous en Amérique du Sud ? La SIL a-t-elle été un réseau
international bénéfique pour les groupes dans l’hémisphère sud ?
Quel genre de travail de solidarité est nécessaire de la part des groupes
anarchistes en Amérique du Nord et en Europe ?
FAG : La FAG entretient des relations avec divers groupes brésiliens
et latino-américains à travers l’Internet et le courrier régulier
avec des périodiques et des bulletins. En Amérique latine, nous
entretenons des relations plus fréquentes avec l’OSL d’Argentine, le
CUAC du Chili, les Jeunesses libertaires de Bolivie, le Consejo Indígena
Popular de Oaxaca - Ricardo Flores Magon en provenance du
Mexique, Quilombo Libertaria de Bolivie, et bien sûr la FAU en
Uruguay, avec laquelle nous avons une relation organique. Au Brésil,
nous avons une relation directe avec la Fédération Anarchiste Cabocla
de Belem do Para (Nord du Brésil-Amazonie), Lutte Libertaire de
São Paulo, Mouvement des étudiants du Mato Grosso do Sul, construction
libertaire de Goiana, Quilombo Cecilia de Bahia et bien plus.
Tous les groupes brésiliens mentionnés ici adhèrent au
« spécifisme ».

Pour la FAG, SIL a été un jalon important pour surmonter le sectarisme
et commencer à construire la solidarité à travers quelques
principes de base partagés à la fois par le « specifisme » et l’anarchosyndicalisme,
ou par d’autres anarchistes et révolutionnaires qui font
partie de SIL. La solidarité de classe, la lutte directe et l’intervention
dans les mouvements sociaux représentent présentent de grandes
lacunes grâce auxquelles la classe dominante mondiale tente de diviser
la volonté révolutionnaire. Nous avons reçu la solidarité
d’organisations telles que la SAC (Suède), Apoyo Mutuo (Espagne),
la section française de l’ILS (Alternative libertaire, No Pasaran,
OCL), l’OSL en provenance de Suisse, et la FAU elle-même.
Nous pensons que le type de soutien dont les organisations latinoaméricaines
ont le plus besoin est une bonne structure et un soutien
politique dans leurs campagnes pour la libération des prisonniers
politiques et d’autres campagnes, où nous pouvons compter sur la
solidarité internationale. Structurellement, chaque organisation dans
les pays périphériques a des problèmes : faire un simple bulletin
représente un grand effort. Ici au Brésil, notre grand besoin est sans
doute une imprimerie.

NEFAC : Est-ce que la FAG adhère au « specifisme », comme la
FAU en Uruguay ? Cela semble être une forme de plateformisme
particulière au cône sud de l’Amérique. Pourriez-vous expliquer les
différences et dire quelle influence chacun a dans les principes de
FAG ?


(A suivre)

Re: Brésil & plateformisme

MessagePosté: 14 Déc 2011, 01:20
de Sid
Merci pour cette traduction, j'avais vraiment envie de savoir où en étaient les mouvements et orgas anarchistes en Amérique latine! Vivement la suite :D
Sinon, est-ce que le "spécifisme" est bien défini sur ce lien ? http://la-critique-libertaire.over-blog ... 40196.html
Je viens de découvrir cette expression, j'ai pas envie de continuer en sachant pas exactement ce que c'est !

Encore merci !

Re: Brésil & plateformisme

MessagePosté: 15 Déc 2011, 00:34
de René
Le terme de "spécifisme" vient je pense de l'expression "organisation spécifiquement anarchiste". Peut-être par opposition à l'anarcho-syndicalisme, où il y a anarchisme et syndicalisme, donc pas spécifiquement de l'anarchisme.
En fait, lorsqu'on se promène sur les sites web américains nord et sud, on s'aperçoit qu'ils se réclament presque tous du plateformisme. Mais en creusant un peu, la référence au plateformisme est essentiellement l'affirmation de la nécessité de s'organiser, de s'organiser en tant qu'anarchistes, c'est à dire de manière spécifiquement anarchiste, c'est à dire en une organisation qui apparaît en tant qu'anarchiste, "spécifiquement".
Cette découverte de la nécessité de s'organiser peut nous paraître curieuse, parce que pour nous, je pense, ça va de soi. Ça ne l'était pas pour eux, semble-t-il, jusque il y a une vingtaine d'années.
La plateforme d'Archinov a été découverte en Angleterre en 1973. Aux Amériques Nord et Sud, vers 1990. Par comparaison, en France, en 1926.
Apparemment, beaucoup d'anarchistes sont tombés sur le cul: merde, on peut s'organiser!!!
Un auteur américain, Eric Kerl, raconte dans une étude, "Contemporay anarchism" comment les anarchistes de Chicago ont découvert à la fois la notion de lutte des classes et celle d'organisation (International Socialist Review, Issue 72, July–August 2010).

« Pendant des décennies, la lutte des classes a été traitée avec indifférence ou mépris par les anarchistes. Toutefois, l'occupation d'usine par les ouvriers de "Republic WIndows and Doors" de Chicago en 2008 a inspiré des révolutionnaires partout, y compris des anarchistes. Sur les drapeaux noirs de la manifestation du 1er mai 2009 à Chicago, on pouvait lire: « Les travailleurs de "Republic" montrent la voie !»


Bien entendu, l'auteur parle de la situation aux Etats-Unis.

On entend aussi parler aux Amériques d'« anarchisme organisé » et d'« anarchisme social ». Si la précision leur semble nécessaire, c'est qu'elle ne va pas de soi. Or pour nous en France, en tout cas me semble-t-il, cela va de soi.

Je pense qu'il y a beaucop de choses qui se sont passées dans le mouvement anarchiste outre-Atlantique auxquelles nous — moi en tout cas — ne nous sommes peut-être pas assez intéressés.
C'est ce qui explique qu'il faut faire attention au vocabulaire utilisé, car les mots n'ont peut-être pas le même sens d'un côté de l'océan et de l'autre.

Re: Brésil & plateformisme

MessagePosté: 15 Déc 2011, 01:50
de SchwàrzLucks
On entend aussi parler aux Amériques d'« anarchisme organisé » et d'« anarchisme social ». Si la précision leur semble nécessaire, c'est qu'elle ne va pas de soi. Or pour nous en France, en tout cas me semble-t-il, cela va de soi.


Elle va peut-être plus de soi (je pense notamment à l'existence d'un pseudo-anarchisme libertarien assez fort aux USA, un "anarchisme" totalement asocial donc) mais on ne peut nier qu'il existe en France une frange ultra-individualiste et anti-organisationnelle (non fides et affidés). Certes, ces personnes issues d'un certain nihilisme - on trouve des ressemblances avec les nihilistes russes du XIXe siècle quant aux théories élaborées voire à certaines actions - ne sont pas ultra-nombreuses, mais les "anarchistes sociaux" non plus. D'où le fait qu'à mon avis quelqu'un qui se réclame anarchiste par chez nous peut très bien ne pas l'être dans le social de "social" ou "organisé".

Re: Brésil & plateformisme

MessagePosté: 15 Déc 2011, 07:32
de digger
Il existe comme le dit René des différences de termes et de sens . Il existe surtout des différences culturelles qui expliquent, ou en tout cas, éclairent ces différences.
La principale, mais non la seule, est que, aux Etats-Unis, la notion d’Etat central (fédéral) est tout aussi combattue par des franges réactionnaires qu’anarchistes. Pour des raisons différentes, mais cela peut semer la confusion dans nos esprits. La droite réactionnaire voudra moins d’Etat, au nom du libéralisme sauvage (moins d’impôt, moins de fonctionnaires fédéraux, moins de financements publics pour l’enseignement, etc...). Les réactionnaires voient l’Etat comme liberticide économiquement plus que politiquement.
Je pense qu’il y a aussi la fracture historique entre "vieille Europe", à l’histoire millénaire et "Nouveau Monde" (pour la plupart des américains du nord l’histoire commence avec l’arrivée des blancs sur le continent) avec une histoire d’un peu plus de 200 ans.