Sans que rien ne l’annonce, un mouvement essaie de naitre aux Etats-Unis, dans le désert qui a suivi l’extinction du précédent à la fin des années 70 et les 30 années du règne sans partage du néo-libéralisme le plus sauvage.
Hier encore, dominait le sentiment d’impuissance devant la mollesse (prévisible) de l’administration Obama, l’incapacité à mettre fin aux guerres d’Irak et d’Afghanistan, l’occupation du terrain politique par le populisme réactionnaire du Tea Party, la dégradation de la situation de l’emploi et des conditions de vie des classes populaires. Avec pour seul horizon politique des élections présidentielles débouchant au mieux sur le statu quo Obama, au pire, le retour d’une droite dure.
Le 13 juillet dernier the group Adbusters publiait l’appel : Occupy Wall Street!
http://www.adbusters.org/ sur le modèle de la place Tahrir au Caire. Un mois après, le mouvement a essaimé dans plus d’une centaine de villes américaines.
Même si le mouvement s’inspire ouvertement du mouvement des "indignés", en particulier espagnol, sa ressemblance s’arrête à l’action symbolique de l’occupation d’un lieu, comme stratégie de départ vers la structuration d’un mouvement ouvert à d’autres formes d’actions directes non-violentes.
La cible est précise : La collusion entre finance et système politique et le verrouillage, sous contrôle de cette finance, d’un système électoral bipartisan interdisant toute alternative. Celui qui possède l’argent possède le pouvoir. L’argent venant du milieu de la finance y retournera sous forme de contrats juteux passés avec le gouvernement fédéral et sous forme de lois favorables aux grandes sociétés, au détriment de l’emploi, des salaires, de la protection sociale ou encore de l’environnement.
Le milieu de la finance contrôle également les orientations de la politique étrangère américaine, via le lobby militaro-industriel, en montrant du doigt les régimes hostiles à leurs intérêts particuliers, en vendant les armes nécessaires à leur renversement et en décrochant le marché de la "reconstruction".
Le mouvement des occupations ne repose pas sur rien. Il existe aux Etats-Unis un réseau très dense et bien organisé d’organisations et de groupes "de terrain" - grassroots - autour de thèmes sectoriels. De nombreux militants (syndicalistes, étudiants,...) rejoignent le mouvement des occupations et mettent à disposition des personnes moins expérimentées leur savoir-faire. Ils sont parfois à l’origine de l’initiative locale, comme à Gainesville, en Floride, par exemple, où les Students for a Democratic Society, SDS, ont participé activement à la naissance de "Occupy Gainesville".
Si le mouvement est "apolitique", il l’est seulement dans la mesure où est refusée l’irruption d’un groupe organisé avec mégaphone, estrade et mots-d’ordre-prêts- à- l’emploi, comme quelques groupes marxistes ont pu en faire l’expérience à New York notamment. De la même manière, des militants du Tea Party et d’autres mouvances d’extrême-droite se sont fait entendre dire que leur place n’était pas ici. Populaire mais pas populiste. Par contre, les messages de soutien de sections syndicales, comme celle de la Fédération Américaine des Enseignants Local 1839
http://occupywallst.org/article/aft-ful ... all-street sont relayées et bienvenues, tout comme l’a été la prise de parole de Slavoj Zizek à New-York :
http://occupywallst.org/article/today-liberty-plaza-had-visit-slavoj-zizek/
"N’oubliez jamais : le problème n’est pas la corruption ou l’avidité. Le problème, c’est le système qui vous pousse à baisser les bras. Ne vous méfiez pas seulement de vos ennemis. Méfiez-vous aussi de vos faux amis qui travaillent déjà à diluer ce mouvement. De la même façon que vous avez déjà du café sans caféine, de la bière sans alcool et des glaces à la crème sans matière grasse, ils essaieront de transformer cela en protestation morale inoffensive"
L’avenir du mouvement américain est tout aussi imprévisible que ne l’a été son apparition. Peut-il s’inscrire dans la durée ? Peut-il devenir un lieu de convergence des luttes et un acteur d’une transformation radicale de la vie politique et de la société américaine ?
Quelques éléments de réponses seront donnés dans les mois à venir, une fois la phase d’expansion et d’enthousiasme passée. La réponse ne sera pas unanime, tant le mouvement est hétérogène selon les villes dans lesquelles il se développe. Le seul point commun – la dénonciation d’un système - devra laisser place à des questions autrement plus difficiles à résoudre. Il devra faire face à toutes les récupérations, intimidations, et autres manoeuvres imaginables à la veille des élections présidentielles de l’année prochaine.
C’est d’ores et déjà un terrain d’expérimentation et d’enseignement pour celles et ceux qui prétendent possible le renversement du système néolibéral et la création d’une société nouvelle. En cela, déjà, le mouvement américain des occupations mérite notre attention.