Turquie

Re: Turquie

Messagede bipbip » 26 Déc 2017, 17:05

Obtenir un permis de tuer en Turquie

Les derniers décrets à valeur de loi n°695 et 696, annoncés le 24 décembre 2017 en Turquie, ne se contentent pas de prononcer de nouvelles purges. Ils promettent une quasi immunité aux “civils” qui feraient preuve de “civisme” anti-terroriste.

On se souvient des images de groupes hystériques punissant de jeunes soldats lors du coup d’Etat manqué de juillet 2016. Et l’on sait comment ce putsch manqué, devenu pour Erdoğan un cadeau béni du ciel, a été instrumentalisé à l’extrême, à tel point qu’on peut sans se tromper parler de coup d’état civil réussi qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui.

La Turquie est toujours sous régime d’état d’urgence, renouvelé à cinq reprises, et, depuis le changement de constitution, se trouve plus que jamais gouvernée par décrets successifs. Le Parlement est devenu une chambre d’enregistrement au mieux, un résidu de façade démocratique où l’on cause, en réalité.

Voici donc un Nième décret qui précarise, licencie, jette à la rue plus de 2700 fonctionnaires ou employés d’Etat. Plus de 140 000 ont déjà subi le même sort depuis 2016. Et parmi eux/elles, plus de 55 000 ont été arrêtéEs à un moment ou un autre, où sont sous procédures judiciaires.

Nous avons suivi et accompagné à Kedistan l’exemplarité de la lutte désespérée et emblématique de Nuriye et Semih, pour ne citer qu’eux, contre cette politique de purges qui détruit des vies et des familles. Leur combat continue.

Derrière le prétexte avancé du 15 juillet 2016, personne ne peut être dupe. Si des militaires, des policiers, de haut fonctionnaires étaient réellement liés à la mouvance politique Gülen, et certains avec la bénédiction de l’AKP dans les années précédentes, où ce courant cohabitait avec Erdoğan dans son accession au pouvoir, d’autres, les plus nombreux, sont des victimes opportunistes. L’immense majorité des “liquidéEs” sont des opposantEs, des victimes de délation et dénonciation, voire de règlements de comptes. Pour quasi totalité, les Universitaires sont les signataires de la pétition pour la Paix, ou des empêcheurEs de réformes éducatives.

Bien que les journalistes soient poursuiviEs et arrêtéEs par d’autres procédures, les agences, les médias, sont fermés aussi par décret. 17 institutions dans toute la Turquie, deux journaux, et sept associations entre autres, sont cette fois encore éliminées.

Mais, pourrait-on dire, rien de bien nouveau…

Le terrorisme est à nouveau désigné comme le fléau qui porte atteinte à l’unité nationale, et, partant de 2016 et du putsch prétexte, on arrive très vite au terrorisme en général qui se nicherait dans les coins sombres. Tout opposant devient ennemi de l’intérieur potentiel, et fera l’objet d’un chef d’inculpation idoine.

Il suffit de regarder la litanie des arrestations, des emprisonnements, mêlant toutes catégories sociales, toutes personnalités ou simples militantEs pour les droits humains, responsables politiques ou non, journalistes et intellectuellEs, pour retrouver à chaque fois le mot “terrorisme”.
La jurisprudence est acquise, être terroriste, faire de la propagande pour le terrorisme, avoir ou entretenir des liens avec le terrorisme, s’acquière dès lors où on ne se soumet pas.

Mais cette fois, le diable se niche dans les détails.

Depuis la parution au journal officiel, des juristes mettent en garde contre une phrase qui concerne “la lutte des citoyens contre le terrorisme”.

Qu’elles portent un titre officiel ou non, qu’elles remplissent un devoir officiel ou non, les personnes qui agissent ou ont agi pour empêcher la tentative de coup d’Etat qui s’est déroulée le 15.7.2016 et les actions de terrorisme, et des actions dans la continuité de celles-ci, n’encourent pas pour leurs actes, de responsabilité judiciaire, administrative, financière et pénale.

La délation généralisée avec récompense existe déjà depuis 2016. La mise sous surveillance systématique des métropoles (ne parlons pas du Kurdistan turc) est effective. Une caméra, un mouchard se voit moins qu’un uniforme au coin de la rue. La possibilité pour certains cadres politiques AKP, ou militants, de se fournir des armes a été élargie et légalisée. Les supplétifs policiers sont légions. L’appareil d’Etat a subi des purges et des remaniements, voire des transferts de compétences vers le politique. La justice exécute.

Et au bas de cette pyramide répressive, le civil qui voudra désormais “servir la Nation une et indivisible”, en intervenant directement contre la suspicion et la menace terroriste, bénéficiera d’une possible immunité.

Il manquait le permis de tuer à l’édifice.

Le populisme bigot et nationaliste vient au détour d’un décret de le rendre possible. Les milices occultes peuvent ressurgir et pallier aux quelques rares difficultés que représente la loi, encore façade démocratique, dans la liquidation des opposantEs.

Le premier à se réjouir en Turquie fut un truand et mafieux notoire, qui déjà avait promis un “bain de sang” aux universitaires signataires de l’Appel pour la Paix.

Le décret favorisant ouvertement d’éventuelles exécutions sommaires et arbitraires, l’inquiétude des barreaux turcs a aussitôt été très légitime.

On ne peut également que faire un lien avec les révélations récentes de Garo Paylan (député HDP) qui a remis à des gouvernements européens des noms d’opposants qualifiés d’ennemis terroristes de la Turquie à l’étranger, désignés pour assassinat ciblés. Les auteurs en seraient blanchis à l’avance… Et l’on connaît désormais les moyens de pression du gouvernement turc à l’encontre des gouvernements européens, tant sur la question des migrants, que sur celles de deals d’armement, voire de questions géo-politiques liées aux négociations irako-syriennes via le “général Poutine”.

... http://www.kedistan.net/2017/12/25/perm ... r-turquie/
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 28 Déc 2017, 17:48

Turquie. «Une tentative d’épuration culturelle islamo-nationaliste»

La Turquie vit depuis plus d’un an sous un régime d’état d’exception. Le coup d’Etat militaire du 15 juillet 2016 a échoué, probablement grâce aux fuites provenant du camp des putschistes ou d’autres sources. La nuit du 15 au 16 juillet, il y a eu quelques heurts sanglants entre les putschistes et les forces loyales au gouvernement, des bombardements et des manifestations pro-gouvernementaux qui ont coûté, au total, la vie à 249 personnes. Le putsch a échoué, probablement grâce au retrait, au dernier moment, d’une partie des officiers de cette funeste initiative. Après l’écrasement de la tentative de putsch, le pouvoir a mis rapidement en place un régime de contre coup d’Etat. Ce régime d’exception continue à sévir sans relâche depuis plus d’un an et restera probablement en vigueur jusqu’aux élections présidentielles et législatives prévues pour fin 2019.

Même si la dérive autoritaire du chef de l’Etat et de son parti (l’AKP, le Parti de justice et du développement, dont Tayyip Erdogan est redevenu le président en mai 2017), au pouvoir depuis 15 ans, s’est accélérée après la tentative de putsch, elle s’inscrit dans la continuité de l’autoritarisme propre à la République de Turquie. Elle est aussi facilitée par le caractère autoritaire des institutions léguées par les auteurs du coup d’Etat de 1980 et par les penchants autoritaires, xénophobes et violents qui travaillent profondément certaines parties de la société turque contemporaine. Le pouvoir total de Tayyip Erdogan s’est consolidé, ces dernières années, parce que les politiques autoritaires et conservatrices du gouvernement répondaient à des aspirations similaires dans la société.

C’est pourquoi l’autoritarisme régnant en Turquie est non seulement populiste, mais aussi en partie populaire et s’inscrit dans une guerre culturelle qui perdure depuis plus d’un siècle. Aujourd’hui, cet autoritarisme islamo-nationaliste essaye de reproduire son hégémonie en alimentant une haine des élites et des intellectuels, notamment des universitaires, des journalistes, des écrivains et des artistes laïcs, occidentalistes, démocrates ou tout simplement de gauche.

L’état d’urgence pour écraser l’opposition et la société civile

L’état d’urgence décrété 4 jours après la tentative de coup d’Etat a permis au pouvoir de suspendre l’Etat de droit et les libertés fondamentales bien au-delà de ce qui est justifié par le besoin de réprimer les putschistes et leurs soutiens. Comme l’a dit le président de la République lui-même quelques heures après l’échec de cette tentative visant à le renverser, le coup d’Etat s’est transformé en «une grâce de Dieu» pour le parti au pouvoir et plus particulièrement pour lui. Depuis son élection comme président de la République en août 2014, Tayyip Erdogan manifestait sa volonté d’instaurer un régime hyper-présidentiel, mais ne rencontrait pas une adhésion enthousiaste à son projet dans la société, ni même dans les rangs de son propre parti. Dans la foulée de l’état d’urgence, il a réussi le tour de force d’organiser un référendum pour faire modifier la constitution dans ce sens et a pu arracher une très faible majorité de «oui» pour un «système de gouvernement de la présidence de la République», selon l’expression inventée pour cette occasion.

Les irrégularités organisées lors du dépouillement des bulletins de vote le soir du référendum jettent un voile d’ombre sur ce résultat, mais Tayyip Erdogan est désormais chef d’Etat, chef du parti majoritaire, et dispose de tous les pouvoirs pour nommer les membres de la haute hiérarchie judiciaire. Le principe de la séparation des pouvoirs a de facto disparu avant même que n’entrent en vigueur les dispositions du régime hyper-présidentialiste en 2019. Pour celui qui détient dans ses mains tous les pouvoirs, le principe de leur séparation ne serait qu’un instrument de «l’oligarchie bureaucratique» destiné à entraver les actions des élus au service du peuple. Dans le discours de Tayyip Erdogan et de ses partisans dans les médias, on retrouve à peu près tous les thèmes des populismes contemporains, notamment l’affirmation de la relation directe entre le Chef élu et son peuple, le premier incarnant le second, et l’assimilation de toutes les institutions intermédiaires à des obstacles opposés à la mise en œuvre directe de la «volonté du peuple».

L’état d’urgence a permis au chef de l’État de réaliser une épuration massive et générale de la fonction publique, de poursuivre une vaste politique répressive contre la société civile en interdisant des associations, des fondations, des journaux, des radios et des télévisions, et de bâillonner l’opposition en faisant incarcérer des députés (12 en octobre 2017), des maires élus (plus de 80), des journalistes (plus de 150), des avocats (un peu moins de 500) et des militants des droits de l’homme. Quinze mois après le coup d’État avorté, le bilan de la répression est époustouflant : 123 000 fonctionnaires limogés, environ 90’000 personnes arrêtées dont 47’000 maintenues en détention, 17 universités et plus de 1000 écoles et cours préparatoires fermés, plus de 1000 associations et fondations dissoutes, etc.

L’épuration touche également des journaux, des revues, des chaînes de télévision et des radios, des maisons d’édition, des entreprises commerciales. Le patrimoine des personnes morales qui ont été interdites ou dissoutes est soit confisqué au profit du Trésor public et de la Direction des fondations, soit transféré à un organisme public spécialisé dans la liquidation des entreprises en difficulté. Le pouvoir justifie cette répression massive et tous azimuts au nom de la nécessité de lutter contre la «terreur». Ce mot englobe aujourd’hui les actions des organisations recourant effectivement à la violence extrême, mais aussi les manifestations totalement pacifiques qui contestent les politiques gouvernementales ou marquent de la défiance envers le chef de l’Etat. Toutes les personnes et les organisations visées par le déchaînement de cette violence épuratrice sont accusées d’être membres d’une organisation terroriste armée ou de travailler en lien avec une telle organisation.

... http://alencontre.org/asie/turquie/turq ... liste.html
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 01 Jan 2018, 18:37

Turquie : Légalisation des violences extrajudiciaires

Le dimanche 24 décembre, alors que le parlement turc était en vacances, Recep Tayyip Erdogan et son gouvernement a confirmé avec un premier décret (n°695) le limogeage de 2756 fonctionnaires (policiers, militaires, universitaires) en raison de prétendus liens avec des organisations "terroristes" et ordonné également la fermeture de 17 institutions, dont deux journaux et sept associations. Avec le deuxième décret (n°696), Erdogan accorde l’immunité à tous les civils, quelle que soit la nature de leurs actes, dès lors qu’ils agissent au nom de l’antiterrorisme ou pour prévenir une tentative de renversement du gouvernement. Plusieurs partis d’opposition et des représentants civils ont réagis a ce nouveau décret qui dénoncent le sentiment d’impunité que ce décret donnera et ouvrira la voie à des violences extrajudiciaires contre des personnes accusées d’être liées au putsch manqué l’an dernier mais sera surtout la porte ouverte à toute attaque contre des membres de l’opposition.

Le porte-parole de l’AKP a précisé que l’immunité conférée par le décret était rétroactive et le texte ne s’appliquerait qu’aux personnes ayant empêché le coup d’État le 15 et 16 juillet 2016. Mais cette précision n’apparaît pas dans le texte qui stipule que l’immunité sera octroyée aux civils qui empêcheront le "prolongement" du coup d’État de 2016. Depuis 2016, les milices privées (proches de l’AKP) prospèrent dans les rues du pays tels les "Foyers ottomans" -milice islamo-nationaliste- et l’organisation "Restons frères, Turquie" aussi appelée « la milice d’Erdogan », une organisation dirigée par une proche de la famille Erdogan. Dans la crainte d’un nouveau coup d’État, Erdogan travaille étroitement avec Sadat, une société privée qui entraîne des militaires et des services de sécurité et dont le fondateur, le général de réserve Adnan Tanriverdi, a été nommé conseiller militaire du président quelques semaines après le putsch de 2016.

https://secoursrouge.org/Turquie-Legali ... udiciaires
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 06 Jan 2018, 17:03

Indépendance de la justice ??

Turquie : "1.486 avocats sont poursuivis", dénonce le vice-bâtonnier de Paris

À l'occasion de la visite du président Erdogan à l'Élysée ce vendredi 5 janvier, Basile Ader, vice-bâtonnier du Barreau de Paris, évoque la situation "terrible" à laquelle fait face la justice turque.

... http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-di ... 7791705728
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 18 Jan 2018, 19:12

Uniforme : urgence en Turquie pour tous les otages politiques

Un des derniers décrets-loi promulgué par Erdoğan rétablit le port de l’uniforme obligatoire dans les geôles turques. Des mobilisations de prisonnierEs ne manqueront pas de suivre, tant la question entre en résonance avec les luttes et “jeûnes de la mort” qui avaient amené à sa suppression.

Il n’y a rien d’anodin à réintroduire cette pratique de déchéance et de déshumanisation dans les prisons, “à l’américaine”, comme aime à le souligner Erdoğan.

Elle s’étendra aux prévenus. C’est à dire que lors des jugements, et ils sont légions, et les procès sont sans cesse reportés où traînent en longueur, les accusés devront obligatoirement comparaître dans la tenue du coupable.
Ce port de l’uniforme concerne aussi les femmes. C’est une première dans l’histoire des prisons de la République turque. Il vise en premier lieu les prisonniers politiques, et l’argumentation se fait autour des accusés du putsch manqué de 2016, alors que le décret concerne l’ensemble des otages politiques opposants au régime AKP, bien sûr, députés et élus emprisonnés compris.

Cette mesure inique, qui a fait l’objet d’un choix de couleur, pour une tenue à la Guantánamo, vise à rabaisser toute opposition au rang de “merde”, comme aiment à l’évoquer les dirigeants de l’AKP, en commentant le coloris caca d’oie choisi.

Dans le passé, sous les régimes militaires kémalistes, alors que la mesure concernait les hommes, comme il y a encore seulement à peine vingt ans, des refus de port de l’uniforme firent l’objet de vives mobilisations, réprimées avec force. Les provocations autour de ces refus de vêtir l’uniforme aboutirent à des morts.

... http://www.kedistan.net/2018/01/17/unif ... olitiques/
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 25 Jan 2018, 16:07

Turquie : 91 opposants à l’offensive militaire à Afrin interpellés pour « propagande terroriste »

Les enquêtes de police visent responsables politiques, journalistes et écrivains ayant critiqué l’opération « Rameau d’olivier », menée dans le nord de la Syrie.

Pour avoir critiqué sur les réseaux sociaux l’offensive de l’armée turque sur le canton d’Afrin (nord-ouest de la Syrie), 91 personnes ont été interpellées dans plusieurs villes de Turquie – Istanbul, Ankara, Izmir, Mersin, Van, Igdir, Diyarbakir – et près d’une centaine de mandats d’arrêts ont été émis ces quatre derniers jours, notamment pour « propagande terroriste ».

Responsables politiques, journalistes, écrivains et autres se retrouvent sous les fourches caudines du parquet pour leurs Tweet ou leurs commentaires sur Facebook émettant des réserves ou des critiques sur « Rameau d’olivier », le nom officiel de l’opération militaire menée par l’armée turque et ses alliés dans le nord de la Syrie.

... http://www.lemonde.fr/international/art ... 0ccxIbh.99
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 04 Fév 2018, 00:05

Soutien à la grève des milliers de travailleurs dans l’industrie métallurgique !

En Turquie, une grève d’ampleur, interdite par le gouvernement, est prévue dans le secteur métallurgique. Ce sont 130 000 travailleurs qui sont concernés par la grève à compter du 2 février. Un comité de solidarité s'est monté en France et organise des échéances pour médiatiser et soutenir les travailleurs en grève !

... http://www.revolutionpermanente.fr/Turq ... allurgique
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 04 Fév 2018, 20:17

En pleine offensive d’Afrin, le pouvoir turc attise la ferveur nationaliste

Le président Erdogan utilise l’unanimisme patriotique à son profit en vue des élections de 2019, qu’il pourrait anticiper.

Médecins, journalistes, internautes, plus de 300 personnes ont été interpellées depuis le 20 janvier en Turquie pour avoir critiqué l’offensive militaire sur l’enclave d’Afrin au nord-ouest de la Syrie. Huit responsables de l’association des médecins de Turquie ont été placés en garde à vue dans plusieurs villes du pays, mardi 30 janvier, à cause d’un communiqué dans lequel l’association évoquait la guerre comme « problème de santé publique ».

L’auteure et journaliste Nurcan Baysal, qui avait publié des Tweet critiques, a vu vingt membres des forces antiterroristes démolir la porte de son domicile à Diyarbakir, dans le sud-est du pays, pour pénétrer dans le salon où elle regardait la télévision avec son mari et ses enfants dans la nuit du 21 au 22 janvier. Après trois jours passés en garde à vue, elle a été relâchée avec interdiction de quitter le pays. « L’Etat veut faire taire les voix opposées à la guerre, tous les segments de la société, les médias au premier chef, doivent soutenir sa guerre », écrit-elle dans un texte publié juste après sa détention sur le site d’informations Ahval.

L’opération militaire ne peut être discutée. Les débats sont proscrits, les manifestations sont interdites, la moindre critique appelle une sanction. Supprimer les derniers espaces de liberté est aisé alors que l’état d’urgence est devenu permanent, prolongé début janvier pour la sixième fois consécutive depuis le putsch raté du 15 juillet 2016.

... http://www.lemonde.fr/international/art ... LIDbVUh.99
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 08 Fév 2018, 18:22

Turquie : l’ombre de la grève dans le feu de la guerre

Plus de deux semaines après le lancement de l’offensive sur l’enclave kurde d’Afrin en Syrie du nord (opération « Rameau d’olivier »), les violents affrontements entre l’armée turque et les forces kurdes du YPG continuent à faire des mortEs et des blesséEs.

Selon les sources officielles turques, depuis le 21 janvier 2018, plus de 930 miliciens kurdes auraient été tués lors des combats et surtout après l’intensification des bombardements aériens (l’espace aérien ayant été ouvert avec l’autorisation de Moscou). Toujours selon les sources gouvernementales le nombre de soldats turcs qui auraient péri lors des affrontements s’élèverait à 15, auxquels s’ajoutent 30 miliciens de « l’Armée syrienne libre » (composée majoritairement de bataillons djihadistes soutenus par Ankara). Le Conseil sanitaire d’Afrin a quant à lui déclaré que 130 civils avaient trouvé la mort lors des bombardements et 320 avaient été blessés. Côté civil encore, plus de 90 tirs de missiles auraient été effectués depuis Afrin sur les villes turques de Kilis, Reyhanli et Hatay, faisant 7 morts et 113 blessés selon le Premier ministre. Toutefois les YPG ne revendiquent aucun de ces tirs ciblant directement des habitats civils.

Une répression accrue

À l’intérieur du pays, la criminalisation de la moindre opposition à la guerre et la vague d’arrestations se poursuivent. Le ministère de l’Intérieur turc a annoncé que 573 personnes avaient été mises en détention depuis le début de l’offensive, 124 pour avoir participé à des rassemblements de protestation et 449 en raison de contenus diffusés sur les réseaux sociaux. Parmi ceux-ci se trouvent des journalistes, avocats, activistes antiguerre, mais le moment le plus choquant de la répression a été l’arrestation des 11 dirigeants de l’Union des médecins de Turquie pour avoir déclaré que « la guerre est une question de santé publique », avec perquisition à domicile et fouille de leurs bureaux. Accusés de « présenter des activités terroristes comme légitimes », ils ont été libérés une semaine plus tard, sous contrôle judiciaire. L’offensive sur Afrin préparée et annoncée depuis plusieurs semaines fournit ainsi au président Erdogan le prétexte pour accroitre la répression, tout en obtenant un soutien considérable de la part de divers secteurs de la population, toutes tendances politiques confondues. Le nationalisme est décidément une « question de santé mentale ».

La riposte victorieuse des travailleurs

Au beau milieu de ce climat sordide d’état de guerre et d’union nationale, les ouvriers de la métallurgie – un secteur-clé du capitalisme turc – ont réussi à obtenir une victoire sans précédent. Quelques semaines auparavant, les négociations collectives avaient échoué et les trois syndicats présents dans l’industrie métallurgique, poussées par leurs bases respectives, avaient décidé d’aller à la grève. Cela était d’autant plus important que l’une de ces trois organisations, Türk Metal, est le plus grand syndicat jaune du pays, contre lequel les métallos s’étaient insurgés en 2015 pour protester contre les accords que la direction avait signés avec le MESS (le Syndicat des employeurs de la métallurgie). Face au risque de voir ressurgir des grèves de l’ampleur de 2015 le MESS a fait monter sa proposition d’augmentation des salaires de 3,2 à 6,4 %, puis à 13,2 %.

Mais le point critique était la durée de l’accord, et le MESS insistait pour une durée de 3 années face à la revendication de 2 années du côté des métallos. Entretemps l’opération militaire sur Afrin débutait et le Conseil des ministres prenait la décision de « reporter » (comprendre : interdire) la grève pour raison de sécurité nationale. Une décision bienvenue pour Türk Metal et le syndicat à direction islamiste proche du gouvernement Çelik-İs, qui se sont ralliés au patriotisme ambiant et ont retiré le préavis de grève. Mais Birlesik-Metal-İs, l’un des syndicats les plus combatifs du pays, est demeuré résolu à faire grève. La détermination des métallos, s’ajoutant à l’effroi bourgeois suscité par l’hypothèse d’un remake de la « tempête métallique » de 2015, dans une conjoncture où le régime Erdogan ne peut prendre le risque de s’aliéner une partie de la classe ouvrière (traditionnellement de droite) a eu pour conséquence un accord sur 24 % d’augmentation des salaires, et une marche arrière cruciale de la part de MESS concernant la durée de l’accord, fixée finalement à 2 années, telle que le revendiquaient les ouvriers.

L’ombre de la grève a suffi à faire reculer les patrons et a montré que, même sous état d’urgence, la défaite n’est pas la règle !

Correspondant


http://www.anti-k.org/2018/02/08/turqui ... de-guerre/
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 08 Fév 2018, 19:50

Marche pour Öcalan et les otages politiques de Turquie

Le Comité “Liberté pour Öcalan et pour tou.tes les prisonnier.es politiques” organise pour la seconde fois, une marche qui durera dix jours, du 8 au 17 février 2018.

La marche réunira les participantEs et celles et ceux qui s’y joindront tour à tour selon les localités traversées, sur la route de Luxembourg à Strasbourg pour se terminer devant la Commission Européenne et le Comité européen pour la Prévention de la Torture.

OcalanKedistan rendra compte de cette marche à travers le récit de militantEs francophones qui y participeront.

A partir du 8 février prochain à suivre ICI http://kedistan.net/tag/marche-2018

Le texte de l’appel

Grande marche pour la libération d’Öcalan
et pour la défense de la révolution kurde


Faisant contraste avec l’affirmation “Il n’y a pas d’alternative”, le Rojava nous montre que si, un autre monde est possible ! C’est pourquoi une Grande Marche est organisée chaque année, pour rendre plus visible la situation du Kurdistan et celle d’Abdullah Öcalan en particulier. Le cas d’Abdullah Öcalan ne peut être pris en considération sans toucher à la question kurde. Il est enfermé en isolement total sur une prison-île qui lui est réservée, et il ne peut parler ni à ses avocat.es, ni à ses parents proches… Cette injustice dure depuis maintenant 18 ans !

Depuis la précédente Grande Marche, de nombreuses victoires ont été emportées dans la lutte pour une société libre, sans Etat et sans le pouvoir et la violence qui y sont liées. Par son engagement dans la démocratie radicale, dans l’écologie et dans la libération des femmes, ainsi que par son approche visionnaire, le Mouvement de Libération Kurde est devenu un acteur central du Moyen-Orient. Après avoir libéré l’ancienne capitale de Daesh, Raqqa, l’exemple concret de la Fédération Démocratique de la Syrie du Nord prend une forme de plus en plus précise. Ce n’est pas qu’au Kurdistan et au Moyen-Orient que le mouvement kurde rassemble des personnes de différents parcours, à l’opposé de la maxime “Diviser pour mieux régner”. C’est le cas en Europe aussi, nous l’avons vu lors du G20 !

Nous, le Comité “Liberté pour Öcalan et pour tou.tes les prisonnier.es politiques” et des centaines de militant.es de divers horizons, marcherons du Luxembourg à Strasbourg du 8 au 17 février 2018, nous organiserons des rencontres et séminaires et nous répondrons aux journalistes. Notre marche se dirigera vers la Commission Européenne et vers le Comité européen pour la Prévention de la Torture, avec pour but de leur rappeler leurs responsabilités.

Comité “Liberté pour Öcalan et pour tou.tes les prisonnier.es politiques”

Vous souhaitez y participer…

Informations :
• Du 8 au 17 février 2018, de Luxembourg à Strasbourg
• Transport vers le point de départ le 7 février 2018, de Saarbrücken, Frankfurt, Luxembourg, Baden-Baden
• Grande Manifestation européenne le 17 février 2018, à Strasbourg
• Chaque soir, concerts, rencontres et débats autour des thèmes comme le confédéralisme démocratique, la Jinéologie, l’internationalisme et la démocratie universelle.
• Matériel : Chaussures appropriées requises pour la marche. Sacs de couchage nécessaires (si vous n’en avez pas, on peut vous en fournir un.)


http://www.kedistan.net/2018/02/07/marc ... s-turquie/
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 11 Fév 2018, 00:04

Çayan Demirel, Ertuğrul Mavioğlu, cinéastes accusés de terrorisme

Çayan Demirel, Ertuğrul Mavioğlu, deux cinéastes de Turquie, encourent de lourdes peines, parce qu’accusés de propagande terroriste, à propos de leur film “Bakur”, qui fut déjà interdit au festival d’Istanbul en 2015.

Traduction en relai d’un communiqué de Anoosh Gasparian, Coordonnatrice des relations extérieures du PEN America.

... http://www.kedistan.net/2018/02/09/caya ... erroriste/
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 11 Fév 2018, 15:05

Turquie/Kurdistan : Nouvelle vague d’arrestations visant le HDP

La justice turque a ordonné l’arrestation de 17 personnes, dont la co-présidente du HDP, à propos de l’opposition à l’offensive militaire en Syrie. Depuis le lancement d’attaque contre le Rojava à Afrin, au nord-ouest de la Syrie, le 20 janvier, quelque 600 personnes ont été arrêtées, essentiellement pour des déclarations sur les réseaux sociaux. Selon le parquet d’Ankara, les 17 personnes frappées d’un mandat d’arrêt sont accusés d’avoir cherché à provoquer des manifestations et des affrontements de rue.

Parmi eux se trouvent Serpil Kemalbay, la co-présidente du HDP, Onur Hamzaoglu, le porte-parole du Congrès démocratique des peuples (HDK, matrice du HDP), Musa Piroglu, le président du parti révolutionnaire, les co-présidents du parti vert de gauche Naci Sönmez et Eylem Tuncaeli. Deuxième parti d’opposition au parlement, le HDP est le seul grand parti politique à s’opposer à l’opération contre Afrin. Le parti doit tenir son congrès ce dimanche. L’autre co-leader du HDP, Selahattin Demirtas, est déjà en prison depuis plus d’un an. La devancière de Kemalbay, Figen Yüksekdag, avait été déchue de son mandat de députée. Elle est toujours en détention.

https://secoursrouge.org/Turquuie-Kurdi ... ant-le-HDP
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 17 Fév 2018, 20:10

Yücel, Altan, je pose un, je retiens trois…

Ainsi va la mathématique de l’état islamo-nationaliste turc, sûr de son fait face aux lâchetés de pouvoirs européens qui font semblant de ne rien voir venir.

Le journaliste germano-turc Deniz Yücel, détenu pour “terrorisme” depuis plus d’un an, et qui fit l’objet d’une demande publique de libération lors d’une rencontre entre Angela Merkel, remise en selle politiquement pour un temps, et le premier ministre turc, a été placé en liberté conditionnelle. Il a pu fort heureusement quitter la Turquie et se trouve désormais en sécurité en Allemagne.

C’était la bonne nouvelle pour ses soutiens et amis. Soyons conscients du fait que les termes de l’échange entre le gouvernement turc et allemand contiennent des concessions et retenues supplémentaires.

Dans le même temps, l’inJustice turque prononce trois peines de perpétuité incompressible dans le long procès de protagonistes soit disant de “tentative de renversement de l’ordre constitutionnel”, comme l’énonce la presse aux ordres en Turquie. Il fallait bien mettre quelque poids dans le deuxième plateau de la balance de l’injustice.

En réalité en voilà six pour faire bon poids.

Un mélange entre condamnations de journalistes opposants connus comme les frères Ahmet et Mehmet Altan, ou la journaliste et écrivaine de 73 ans, Nazlı Ilıcak, et des ex-collaborateurs du journal Zaman, alliés d’hier et ennemis d’aujourd’hui, considérés comme le “bras médiatique” du mouvement du prédicateur Gülen (FETÖ) permet de sceller un soit-disant pacte anti-terroriste par six condamnations à perpétuité dans les prisons turques. Bien sûr, les attendus sont grotesques, et parlent de “messages subliminaux” délivrés sur un plateau de télévision avant le faux putsch manqué de 2016. Il est même un graphiste qui fut employé quelques mois seulement dans le journal…

Voilà un avertissement clair envoyé également aux “droits-de-l’hommistes” européens qui se refusent pourtant à toute sanction contre le régime AKP, “partenaire incontournable au Moyen-Orient”. Les mêmes qui se taisent également quand Afrin est attaquée, et quand l’accord scélérat sur les réfugiés conclu avec Erdoğan produisent leurs effets meurtriers, contre une misère du monde non désirée. Même les jérémiades sans suite de ceux-là sont foulées aux pieds. Et il est bien temps que le secrétaire général du Conseil de l’Europe, dont fait partie la Turquie, insiste sur le respect des décisions de la Cour constitutionnelle, qui avait ordonné la libération il y a peu de Mehmet Altan.

... http://www.kedistan.net/2018/02/17/yuce ... ens-trois/
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 28 Fév 2018, 01:57

Turquie • Aux armes citoyens !

Aux armes citoyens !

Tout se passe en Turquie comme si d’un état d’urgence permanent la situation glissait vers un état de guerre intérieur, permis par les changements constitutionnels de 2017.

Le vote du budget 2018 a consacré des sommes considérables à la défense et l’armement. Selon les sources officielles des ministères, les investissements dans le secteur de l’industrie de défense ont atteint le seuil des 35 milliards de dollars en quatorze ans.

Les supra-pouvoirs de l’armée et de ses dirigeants kémalistes ont été supprimés lors du changement constitutionnel opéré en 2010, qui faisait suite également au démantèlement via affaires et procès de l’Etat major. La réforme constitutionnelle de 2017 qui instaura la présidentialisation absolue fait basculer définitivement l’armée entre les seules mains du Président. La famille d’Erdoğan elle-même, est devenue financièrement intéressée au développement de l’industrie d’armement sous diverses formes.

La capacité de l’industrie de défense turque s’accroît. 26 projets seront développés dans ce contexte. Un Premier Ministre déclarait dès 2016 : “La Turquie a l’objectif d’utiliser dans son armée des armes de fabrication turque d’ici à 2023”. 2023, rappelons-le, sera le centenaire de la République turque.

Voilà le gouvernement turc passé aux essais de matériel à Afrin en quelque sorte.

Le développement d’une industrie de guerre dans un pays tel que la Turquie, membre de l’OTAN et déjà “aidé” à ce titre fut scrupuleusement analysé dans un rapport complet d’une chercheuse française pour le compte d’un institut, et je vous y renvoie, même, bien sûr, si elle n’en tire aucune analyse politique.

Le relai que prend cette industrie d’un secteur dit de “grands travaux” dont les projets sont en cours ou s’achèvent, sera le bienvenu pour une économie turque en surchauffe. La corruption, soyons en sûrs, s’y déplacera également.

A propos de ces grands travaux, dont la France se vantait en 2017 d’avoir contribué sous forme de fonds d’aide au développement à Istanbul, notons la savoureuse façon dont Erdoğan passe par pertes et profits pour la Nation, les 400 victimes d’accidents du travail, sur le chantier du nouvel aéroport. Près de 400 morts, “tombés martyrs” pour la nouvelle Turquie de 2023. Le vol inaugural qu’a fait Erdoğan ce lundi se moque bien de ces martyrs du progrès.

“Le Sultan regarde l’avenir de 2023, centenaire de la “révolution nationale”. Il la voit libérale, ottomane dans sa façon de dominer le monde, bigote et bien nationaliste, sa Turquie. On pourrait le dessiner de profil, avec un croissant derrière lui, qui regarde la Mecque du côté des banques suisses…” (Citation Mamie Eyan)

Les luttes contre ces différents projets destructeurs ont peu à peu été réduites par l’état d’urgence et le climat de peur instauré.

Décrets après décrets, purges après purges, après le putsch béni du ciel de 2016, la clique présidentielle a confirmé son pouvoir. Reste à le garder et à en tirer bénéfice. C’est le corollaire de tout pouvoir absolu, surtout dans ce pays de près de 83 millions d’habitants.

Des échéances électorales dont Erdoğan se passerait sans doute volontiers subsistent constitutionnellement d’ici le sacre désiré de 2023. Erdoğan va dépasser la durée de vie au pouvoir du fondateur de la République et premier Président Mustafa Kemal Pacha (Atatürk). Il a endossé avec succès le militarisme nationaliste et instrumentalisé lui aussi la composante musulmane de départ de cette république.

La mise en tension “ethnique”, sociale, culturelle, religieuse, de la société et du pays tout entier, qu’Erdoğan a utilisée chaque fois dans le cadre constitutionnel des élections, dès lors où son maintien au pouvoir et la réalisation de ses objectifs étaient en jeu, culmine dans la période post-putsch manqué de juillet 2016.

L’état d’urgence permanent, le gouvernement par décrets au dessus même du Conseil de la Constitution, qui s’accompagne de cadeaux aux milieux financiers et à la corruption, ne semble visiblement pas suffire aux appétits et à la critique ultra-nationaliste. Voici donc qu’Erdoğan fait en paroles et en actes basculer la Turquie dans un “état de mobilisation permanente”.

Quoi de mieux qu’une pseudo guerre de conquête qui attise les braises de la Syrie et désigne à nouveau le bouc émissaire kurde, comme d’autres autrefois les Arméniens, pour cela, et même des menaces à l’encontre de l’ennemi d’hier, la Grèce, sur quelques îles ?

Cela peut sembler caricatural, mais si l’information n’était pas passée au prisme “des bonnes relations à maintenir nécessairement avec un partenaire essentiel“ (paroles d’Europe), nous n’en serions pas encore seulement à déplorer “le glissement de la Turquie vers un régime fort qui pourrait bafouer la démocratie”.

Ce sont bien des bruits de bottes qui remplacent les cris d’agonie des victimes de Daech. Et ils sont orchestrés par la Turquie qui canonne dans le jeu diplomatique pour l’instant, avec sa population en otage, dont plus de la moitié est déjà atteinte du syndrome de Stockholm, et la menace permanente de faire céder la digue des “migrants”…

Le chantage à l’OTAN et les jeux de chats et souris avec la Russie de Poutine, S-400 à l’appui, sont du même acabit.

Cet islamo-fascisme là, pour reprendre un mot d’un ex premier sinistre français, qui lui aussi aimait la guerre, est une des cartes de visite qu’utilise Erdoğan en interne, pour être en adéquation avec des bases sociales et des forces politiques qui le soutiennent.

“Le rameau d’olivier” que brandit Erdoğan contre Afrin, avec les complicités internationales, ne renforcera que l’état de guerre, même s’il arrange aujourd’hui, en leur donnant du temps, les dites “grandes puissances”, qui ne s’entendent toujours pas sur le grand partage au terme de ces guerres.

Tous les anti-fascistes seraient bien inspirés de prendre conscience des effets transnationaux de ce Munich face à Erdoğan, tant que les extrêmes droites européennes pratiquent encore un racisme anti-turc un peu partout. Les alliances politiques d’intérêts se tissent vite, et passent souvent par des gouvernements libéraux plus intéressés par les affaires que par les droits humains et la Paix qui ouvrent la voie.

Les cadavres passés au chlore resteront propres, rassurez-vous.

Daniel Fleury


http://www.kedistan.net/2018/02/26/turq ... -citoyens/
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Re: Turquie

Messagede bipbip » 04 Mar 2018, 15:43

Dans sa cellule turque, la toulousaine kurde Ebru Firat, se renferme sur sa souffrance

"On la sent souffrante mais très digne, très forte" a déclarée son avocate Agnès Casero qui est allé lui rendre visite dans sa cellule à Istanbul.

C'est sur le site de Médiacités-Toulouse que l'avocate raconte son entrevue avec Ebru Firat, cette jeune toulousaine d'origine kurde qui était allée combattre Daech avant d'être arrêtée à Istanbul.
La jeune femme a été condamnée, en septembre 2016 à 5 ans de prison pour son appartenance au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme une organisation terroriste par la Turquie.

... https://france3-regions.francetvinfo.fr ... 33063.html
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