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Messagede bipbip » 20 Sep 2018, 21:14

Ortega, du pouvoir populaire à l’affairisme libéral

Nicaragua : Ortega, du pouvoir populaire à l’affairisme libéral

Dans les années 1980, Ortega a gouverné le pays dans une logique populaire et progressiste. Mais depuis 2007, son clan s’est progressivement approprié les institutions dans une perspective clairement néolibérale.

À la tête du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), Daniel Ortega gouverne le Nicaragua de 1979 à 1990 avec une vision de pouvoir populaire et progressiste dans un pays ravagé par la guerre civile. En 1990, lors des élections présidentielles, bien que la majorité de la population soutiennent alors le FSLN, la lassitude de la guerre civile entre le gouvernement sandiniste et les Contras-révolutionnaires, financés alors par les Etats-Unis, ainsi que le rejet du service militaire obligatoire ont raison d’Ortega, qui contre toute attente, perd la présidentielle.

Revenu au pouvoir en 2007, Ortega, veut être candidat à sa succession en 2011. La constitution nicaraguayenne n’autorisant pas plus de deux mandats présidentiels il doit obtenir une majorité qu’il n’a pas à l’Assemblée (sénat nicaraguayen) en vue de la modifier. Il fait un pacte avec l’ex-président de droite Arnoldo Alemán du Parti libéral constitutionnaliste (PLC), alors emprisonné pour cause corruption durant son règne (1997-2002). Ortega négocie la libération d’Alemán en échange du soutien du PLC. Alemán est non seulement libéré mais aussi candidat aux présidentielles de 2011 et dans le même temps le Tribunal constitutionnel autorise Ortega à se présenter pour un troisième mandat. Après ces négociations avec un criminel de droite, il devient alors évident qu’Ortega n’a pas peur d’utiliser son pouvoir et les entités de l’État pour son bénéfice personnel. Depuis, il a conduit une politique de centralisation totale du pouvoir où tout les fonctionnaires de l’État doivent lui être fidèles s’ils veulent conserver leurs postes. Plusieurs exemples peuvent être cités  : l’obligation pour les fonctionnaires publics de participer aux évènements du Parti tels que les manifestations en soutien au gouvernement ou, plus récemment, l’interdiction de participer aux manifestations ou même de les approuver publiquement. Plus de 130 médecins et 40 professeurs de l’Universidad nacional autónoma de Nicaragua (UNAN) ont ainsi été licenciés. C’est avec cette stratégie de manipulation et de concentration du pouvoir qu’Ortega est «  réélu  » en 2011, puis en 2016 avec son épouse, Rosario Murillo, en tant que vice-présidente.

Une trahison du sandinisme

Du point de vue économique, ce n’est pas mieux. En 2007, Ortega a bénéficié d’un énorme soutien de la part du Venezuela d’Hugo Chavez pour répondre aux besoins pétroliers du Nicaragua. Il en profite alors pour s’enrichir lui et sa famille et pour contrôler le pays. L’aide vénézuélienne ne fut jamais administrée par l’État mais par l’entreprise privée Albanisa, dont la filiale Petronic, qui fournit du pétrole, est la propriété de la famille Ortega-Murillo. Un de leurs fils Laureano Ortega, est le directeur de l’Agence Pro-Nicaragua qui était chargée de gérer l’investissement de 50 000 millions de dollars pour la construction du Canal du Nicaragua, projet qui n’a jamais démarré et qui a été très contesté par les paysans. Ces fonds ont permis à la famille Ortega-Murillo de créer toute une série d’entreprises privées et de devenir propriétaires des principaux médias dont des chaînes de télévision et des radios. Ortega a tissé des relations avec les milieux d’affaires, créant des zones franches et offrant des concessions importantes à condition que ces personnes n’interviennent jamais en politique. Ortega contrôle ainsi toutes les institutions étatiques, la justice et la police. Les intérêts économiques de la famille Ortega-Murillo, et la conduite d’une politique complètement néo-libérale soutenue par le FMI sont la preuve d’une trahison du sandinisme et de toutes celles et ceux qui ont lutté pour la révolution. C’est pour cette raison que plusieurs anciens combattants de la révolution et anciens dirigeants du FSLN, comme Dora Maria Téllez ou même le général Humberto Ortega, frère ainé d’Ortega, critiquent le président pour sa politique peu progressiste, peu socialiste, violente et centralisée. Le slogan d’Ortega «  Nicaragua socialiste, chrétien et solidaire  » est un message vide. Son gouvernement n’a rien de socialiste et encore moins de populaire et progressiste, il s’apparente plutôt à une oligarchie néolibérale.

Pavel Bautista


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Messagede bipbip » 21 Oct 2018, 17:54

De 2007 à 2018, Daniel Ortega a bénéficié de l’appui du FMI et a poursuivi une politique en faveur du grand capital national et international

Le détonateur principal des protestations sociales qui ont démarré en avril 2018, c’est l’imposition des mesures néolibérales prises par le gouvernement de Daniel Ortega en matière de sécurité sociale et notamment des retraites. Ces mesures étaient voulues par le FMI avec qui Daniel Ortega a entretenu d’excellentes relations depuis qu’il était revenu à la présidence du pays en 2007. D’ailleurs le FMI a félicité le gouvernement pour ses réalisations dans un communiqué publié en février 2018 : « Les performances économiques pour l’année 2017 ont été supérieures à ce qui avait été envisagé, et les prévisions pour 2018 sont favorables (…). Le staff du FMI recommande que la réforme prévue de l’Institut national de la sécurité sociale (INSS) permette d’assurer sa viabilité à long terme et de corriger les injustices dans le système existant. Le staff félicite les autorités pour leurs efforts visant à réduire les besoins de financement de l’INSS » [1].

La gauche est divisée sur l’appréciation de la politique menée par le gouvernement de Daniel Ortega de 2007 à aujourd’hui, de même que sur l’attitude à adopter à propos des protestations sociales et de la répression exercée par le régime.

Une partie de la gauche considère que le gouvernement de Daniel Ortega est un gouvernement progressiste qui a mené, dans un contexte international difficile, une politique favorable aux secteurs populaires tout en faisant certaines erreurs. Cette partie de la gauche considère que les grandes puissances capitalistes, à commencer par Washington, et leurs alliés dans la région, sont largement responsables de la déstabilisation de la situation dans ce pays centroaméricain de près de 7 millions d’habitants et qu’un secteur dominant du mouvement est dirigé et/ou manipulé par la droite réactionnaire. Ils reconnaissent qu’il y a eu de la répression mais considèrent comme suspects ou faux tous les rapports qui affirment que les autorités du pays sont les principales responsables des centaines de morts qui marquent les évènements dramatiques qui affectent la population.

Certains auteurs ont affirmé que des mercenaires qui ont déstabilisé le régime de Maduro ont été déplacés vers le Nicaragua pour perpétrer leur œuvre criminelle selon un modus operandi mis au point par Washington et ses laquais. Dès lors, il faudrait éviter un renversement du gouvernement de Daniel Ortega. C’est aussi grosso modo la position d’une partie des partis de la gauche latino-américaine, ceux qui composent le Forum de Sao Paulo qui s’est réuni en juillet 2018 à La Havane et qui a adopté une résolution de soutien au gouvernement de Daniel Ortega [2].

Selon Ortega et ceux qui le défendent, le mouvement de protestation constitue une tentative de coup d’État et ceux qui participent au mouvement sont complices des putschistes et des terroristes ou sont eux-mêmes des terroristes et des putschistes.

Les arguments que je viens de résumer ne sont pas corroborés par les faits. Ortega et ses partisans ne parviennent pas à démontrer qu’on a affaire à une tentative de coup d’État. Les manifestants, dans leur écrasante majorité, n’utilisent pas des méthodes terroristes. Ortega n’a pas réussi à montrer un seul mercenaire étranger.

Par ailleurs, normalement dans une tentative de coup d’État, un secteur de l’armée participe au complot contre le gouvernement en place. Or Ortega ne dénonce aucun secteur putschiste dans l’armée. L’armée est restée selon toutes les apparences du côté du régime en place. En tout cas, jusqu’ici.

Selon une série d’intellectuels de gauche, il faudrait éviter de dénoncer le gouvernement nicaraguayen, tout au plus peut-on critiquer quelques graves erreurs de sa part. Les intellectuels de gauche qui trouvent des excuses au gouvernement de Daniel Ortega se refusent à analyser le contenu de classe de la politique appliquée depuis 2007. Ils se gardent bien de mettre en avant à quel point le FMI, la Banque mondiale, le grand capital et les grandes puissances économiques capitalistes se trouvaient satisfaites par les mesures appliquées par Daniel Ortega. Pourtant généralement quand il s’agit d’autres gouvernements, ils n’hésitent pas à dénoncer leur complicité avec les institutions financières internationales, avec les grandes puissances capitalistes à commencer par les États-Unis, et avec le grand capital national et international.

Dans cet article, nous nous proposons d’expliquer en quoi la politique de Daniel Ortega et de ceux qui gouvernent avec lui est favorable au grand capital, aux institutions comme le FMI et les autres institutions financières internationales (IFI) concernées (Banque mondiale, Banque interaméricaine de développement – BID –, etc.). Nous verrons aussi en quoi cette politique approfondit le système dette et le modèle extractiviste-exportateur basés sur l’exploitation des petits producteurs qu’ils soient ouvriers, artisans ou paysans ainsi que sur l’abandon de la souveraineté sur les richesses naturelles et sur une partie du territoire. Sans oublier que le gouvernement de Daniel Ortega a fait appliquer la pire régression en matière d’interdiction de l’avortement. Ensuite dans un prochain article nous reviendrons sur la chronologie du mouvement de protestation qui a démarré en avril 2018 et nous verrons que la répression organisée de manière systématique par le gouvernement de Daniel Ortega a atteint en 6 mois des proportions dramatiques.

Nous expliquerons également pourquoi la politique du gouvernement, qui a semblé donner des résultats économiques positifs en termes de croissance, est entrée en crise avant les évènements qui ont débuté en avril 2018.

... http://www.cadtm.org/Nicaragua-De-2007- ... u-FMI-et-a
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