Iran

Re: Iran

Messagede bipbip » 06 Jan 2018, 17:05

DE LARGES MANIFESTATIONS D’INSURGÉS CONTINUENT EN IRAN

Alors que les mollah répriment très violemment et ont coupé internet pour tenter d'empêcher les informations de sortir du pays et qu'ils ont en même temps communiqué sur la soit disant fin de la "sédition" en s'appuyant sur l'amoindrissement de ces infos, ce qui est repris sans vérification par l'AFP et derrière elle par la majorité de la presse, les informations qui arrivent par des biais détournés montrent que les pauvres d'Iran continuent à manifester de manière toujours massive jusque dans les stades de foot, en pleine nuit ou aux funérailles...

Ci-dessous des témoignages sur ces manifestations de radio farda que les mollah tente de brouiller qui recoupent ceux du Comité de soutien aux Droits de l'Homme en Iran et ceux sur Twitter de #iranprotests

https://l.facebook.com/l.php?u=https%3A ... HWZQ4Ljl_4

https://www.facebook.com/luttesinvisibles/
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Re: Iran

Messagede bipbip » 09 Jan 2018, 02:19

IRAN : «l’abolition de la peur»

Article paru sur le site libcom.org.
https://libcom.org/news/iran-bread-jobs ... m-05012018
Et un grand merci à Alphonse pour la traduction

Nous publions cette dépêche directement d’un militant en Iran, essayant de donner un sens à la vague actuelle de protestations. La situation évolue si rapidement et les protestations sont suffisamment diffuses que quiconque prétend savoir ce qui va se passer peut être ignoré. La contribution que nous pouvons faire est de poser des questions, de regarder ce qui s’est passé, ce qui se passe; et seulement à partir de ce spéculer sur ce qui pourrait arriver dans le futur. Nous espérons que d’autres contribueront à cet effort dans les jours et les semaines à venir.

Iran : pain. Travail. Liberté

January 4th 2018. D’Armin Sadeghi

Sommes nous en train de mener une révolution en Iran ? Peut-être pas. Mais si nous concevons l’essence d’une révolution comme étant « l’abolition de la peur », alors tout le monde a entendu ( et vu) le peuple iranien crier sans peur que « le roi est nu ».

Il est difficile d’anticiper ce qui va se passer au-delà de cela, puisque le conflit entre les forces sociales antagonistes ne s’est pas encore complètement déployé; et il est presque impossible d’appréhender une révolution alors qu’elle est en train de se faire. Mais nous pouvons spéculer sur la situation, tout comme Marx écrivait à Ruge 1 : « Plus grande encore peut-être que les obstacles externes semblent être les difficultés internes. Car s’il n’y a pas le moindre doute quant au point de départ, tout le monde devra admettre que la confusion est d’autant plus grande quant au but. » Ici nous nous restreindrons à la question du point de départ, d’où la vague de protestation provient, puisqu’il y a certainement des doutes à ce sujet hors d’Iran.

Le cours des événements s’est accéléré en Iran ( comme dans d’autres régions) et il est quasiment arrivé à un point où personne ne peut plus produire de récit cohérent. Néanmoins, l’establishment politique a réussi une énième élection de facade – la même vieille ruse du faux choix entre le mauvais et le pire, les deux partis servant les mêmes intérêts de classe. 2

En même temps, l’Iran a le plus grand nombre d’accidents et de mort au travail au monde. Juste avant les élections plus de 40 mineurs furent tués 3 et le président fut hué tandis qu’il tentait de maintenir sa popularité en se rendant sur les lieux. Quelques mois auparavant, l’effondrement d’un immeuble commercial dans le centre de Téhéran ( le Plasco Building) a démontré que le mécontentement s’accroît parmi la population et qu’il y a une défiance générale vis à vis de l’appareil politique dans son ensemble.

Après l’élection de Rouhani, la situation est devenue plus tordue ( « twisted ») – les mêmes personnes qui ont défendu le projet néo-libéral depuis des décennies – sont devenus un peu trop sur d’elles-mêmes et ont commencé à mener une guerre totale contre la classe ouvrière, les travailleurs précaires et intérimaires. La santé publique est réduite à presque rien, c’est la même chose pour la sécurité de l’emploi et au travail. Le projet néo-libéral se poursuit depuis plus de 26 ans. Il y a eu une autre révolte il y a prés de deux décennies et elle fut brutalement réprimée par les mêmes personnes qui sont aujourd’hui à la tête du bloc réformiste. 4

Depuis, malgré les conflits politiques apparents entre les administrations successives, les programmes économiques ont été écrit par la même main : pseudo-privatisation, accumulation par dépossession, destruction de tous les syndicats et conseils indépendants de travailleurs 5, précarisation du travail, etc. Cette dernière décennie nous avons assisté à la descente sociale de la classe moyennes. La doctrine du pays métropolitain a laissé toutes les plus petites villes et les groupes ethniques lutter pour la survie tandis que seule la capitale semblait se développer. Le reste de l’histoire est bien trop familière pour qu’on rentre dans les détails : il suffit de jeter un oeil à la consommation par habitant des biens de base tels que le lait et les produits laitiers ( qui a baissé de plus de moitié), de la viande rouge qui s’est écroulée de plus de 70%, etc.

Donc l’arrière-plan est clair : la prolétarisation se poursuit depuis bientôt trois décennies, il n’y a plus de syndicats qui pourrait défendre les intérêts de la classe ouvrière , il y a une hausse dramatique du chômage due à la financiarisation du capital.

La génération du baby-boom des années 80 ne peut s’intégrer à aucun des paradigmes sociaux reconnus, après le diplôme ( et une part considérable de cette génération est allée au lycée et à l’université), il n’y a pas de jobs correspondant à leurs qualifications et les jobs qu’ils peuvent trouver ne leur permettront pas de mener une vie décente. A cause de cela, cette génération ne peut créer de familles nucléaires ( famille qui est si cruciale pour la structure idéologique et économique du régime politique en Iran, notez ainsi que toutes les données officielles sont publiées avec comme unité la famille et non les personnes).

Il en a résulté des rassemblements, des manifestations et des sit-ins diffus mais contigus. Les étudiants s’opposant à la privatisation et la marchandisation de l’économie; les retraités s’opposant à la banqueroute des caisses de retraite; les profs et les infirmières protestant contre leur conditions de vie inhumaines; les chauffeurs de bus supportant les membres de leur syndicat ; et d’innombrables grèves dans de nombreux secteurs, des mineurs aux travailleurs du secteur de la canne à sucre.

Dans ce contexte, l’administration de Rouhani a chercher, après sa ré-élection, à faire progresser sa guerre contre la classe ouvrière d’un cran de plus. Il a lancé un nouveau projet de stages non-payés auquel s’est opposée fortement une campagne étudiante contre toutes les formes de travail non ou sous-payées. Reza Shahabi, le dirigeant du syndicat des chauffeurs de bus a été illégalement emprisonné 6, et après plus de deux mois de grève de la faim, les autorités ont refusé de le transférer à l’hôpital alors qu’il avait subi deux attaques cérébrales. Tout cela a provoqué une forte opposition d’activistes syndicaux de nombreux secteurs. Puis est intervenu le tremblement de terre.

La catastrophe que représentait ce tremblement de terre n’était pas que naturelle et elle a dévoilé la pauvreté qui règne à l’ouest du pays. Les autorités n’auraient pas pu se montrer plus indifférentes au sort des populations en détresse. Ils les traitèrent même avec un certain agacement. Et les cercles populaires furent créés pour aider nos frères humains. Cela a même désillusionné une majeure partie de la société sur qui se tiendrait effectivement à leur côté et qui ne penserait qu’à prendre avantage de chaque situation. Les tremblements de terre ont continué, et pendant des mois, il s’en produisait ( à des échelles moindres évidemment ) partout dans le pays. L’incertitude régnait à Téhéran, puisque la ville s’attend à un grand tremblement de terre depuis des décennies.

Les gens se remettaient juste du traumatisme quand est venu le tremblement de terre économique : le budget annuel concocté par l’administration Rouhani était une insulte à chacun. L’ensemble des dégâts provoqués par le tremblement de terre s’élevait à 600 millions de dollars, et le gouvernement fut incapable de dégager un budget pour la reconstruction, laissant le soin aux dons individuels de la financer. Alors que dans le même temps, le budget de certaines organes de propagande s’élevait à plus de 15 milliards de dollars et était entièrement payé pour l’année courante. Le prix de l’essence devait augmenter de plus de 50%. Il n’y avait plus de budget pour les programmes étatiques de construction. Les gens se passèrent infos et infographies et le mécontentement prit une ampleur que le gouvernement n’avait pas anticipé.

Comment cela a-t-il commencé ? Qui est dans la rue ? Que veulent-ils ? Et que va-t-il se passer ensuite ?

L’administration Rouhani accuse ses sois-disant rivaux de la dernière élection d’avoir initié la révolte. Mais personne ne peut ignorer que la précédente révolte pour le pain ( il y a 25 ans) a débuté dans la même région. De surcroît, Mashhad est un paradis fiscal pour une partie de l’élite économique du régime depuis des décennies, et la région connaît un des plus fort taux de croissance des bidonvilles. Cependant, ça n’a aucun sens pour nous de vérifier la validité des théories conspirationistes concernant le début de la révolte. L’enjeu c’est sa diffusion soudaine à l’ensemble du pays. Des villes rejoignaient la protestation dont les classes moyennes de Téhéran n’avaient jamais entendu le nom auparavant. La majorité des protestataires provenait de la jeunesse désillusionnée de 15 à 30 ans- la génération « no future » de l’Iran, pour utiliser une expression familière.

Les premières manifestations étaient provoquées par la rage contre les conditions économiques et le prochain budget du gouvernement. Mais il a fallu moins de deux jours de protestation pour qu’on s’en prenne à l’appareil politique dans son ensemble. Des slogans comme « A bas la hausse des prix » furent vite remplacés par « à bas le dictateur ». Des slogans contre le guide suprême et le régime furent criés bien haut pour la première fois face aux forces de sécurité.

Néanmoins il était clair que l’horizontalité du mouvement ne pouvait lui permettre de traduire aisément sa rage en revendications spécifiques et positives. Même les slogans contre le régime n’avançaient pas d’idées d’alternative. L’insatisfaction économique ne pouvait être convertie en mesures concrètes. Les forces réactionnaires dans et en dehors de l’establishment ( ce qui comprend principalement le fils du précédent Shah d’Iran et les supporters de la monarchie et les moudjahiddines du peuple iranien ( Mujahedin-e-Khalgh), une autre organisation réactionnaire religieuse et armée) cherchèrent à prendre avantage de la situation. D’un côté, ils ont cherché à développer la nostalgie pour le bon dictateur qu’était Reza-Shah, le grand père de l’actuel leader de l’opposition, et de l’autre ils ont tout fait pour obtenir le soutien de l’administration Trump. Tout cela a lieue du fait de l’annihilation de la gauche depuis la révolution de 1979. De fait, certains avancent que la clé de voute du régime c’est la repression de la gauche et des femmes.

La lueur dans toute cette confusion vint des étudiants. Le troisième jour, ils ont réellement déplacé le paradigme de la révolte, principalement à Téhéran, et cela s’est ensuite répandu dans de nombreuses parties du pays. Ils s’opposèrent aux slogans réactionnaires en chantant « les femmes nous ont rejoint, mais vous hommes paresseux vous rester spectateurs », ils ont changé le slogan pro-nationaliste « Ni Gaza, ni Liban, je ne mourrais que pour l’Iran » par un slogan bien plus profond « de Gaza à l’Iran à bas les exploiteurs ! ». Ils lançaient aussi des slogans de classe promouvant les conseils ou encourageant les gens à dépasser le faux dualisme entre réformistes et fondamentalistes. Ce fut immédiatement reconnu par les autorités comme une point de rupture. Depuis ils ont commencé à arrêter les étudiants et les activistes. Les services de sécurité ont vu dans cette situation une opportunité parfaite pour annihiler la gauche pour une décennie de plus.

Ce projet se poursuit, et tout ce qu’on peut espérer pour le moment c’est de survivre à cette situation et de pouvoir lancer une contre-attaque en temps utile.

Armin Sadeghi

1.https://www.marxists.org/archive/marx/w ... /43_09.htm

2. L’election de mai 2017 a vu la réélection de Rouhani avec 57.14% des voix contre le conservateur Ebrahim Raisi 38.28%, avec une participation de 73%

3. A la mine de Zemestanyurt au nord de l’Iran

4.Voir cette article sur les émeutes de la faim à Mashad en1991/2 :http://www.merip.org/mer/mer191/squatters-state Les protestations étudiantes sont mentionnées ici : https://libcom.org/library/anti-imperia ... revolution

5.Voir par exemple notre rapport sur la répression anti-syndicale : https://libcom.org/news/anti-labour-wit ... s-16082008

6.https://libcom.org/news/article.php/ira ... e13-300106


http://dndf.org/?p=16575
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Re: Iran

Messagede bipbip » 11 Jan 2018, 22:56

Shiva Mahbobi (PCOI) : « Les Iraniens n’ont pas besoin d’une superpuissance pour venir les sauver »

Shiva Mahbobi, militante en exil du Parti communiste-ouvrier d’Iran a répondu aux questions d’Alternative libertaire sur la vague de protestations de ce début d’année.

L’année 2018 a commencé sous d’inquiétants auspices pour le régime des mollahs iraniens, avec une semaine de contestation de rue. Des manifestations violentes ont touché plus de 90 villes, pour des raisons à la fois sociales et politiques.

D’une part il y a l’augmentation des prix, dont celui des œufs ; d’où le surnom de « révolution des Œufs » que les protestataires ont, par autodérision, donné à leur mouvement. D’autre part, il y a la lassitude de la coûteuse intervention impérialiste de l’Iran dans la Syrie voisine ; d’où les slogans « Occupez-vous de nous, pas de Bachar ! » entendus dans les rassemblements.

Alors que cette bouffée de colère a été réprimée dans le sang – une vingtaine de morts au moins – et que de massives manifestations politico-religieuses ont rassuré le régime sur la solidité de sa base sociale, Alternative libertaire a interrogé Shiva Mahbobi, ancienne détenue politique, membre de la direction du Parti communiste-ouvrier d’Iran (PCOI) et porte-parole de la Campagne pour la libération des prisonniers politiques en Iran.

... http://alternativelibertaire.org/?Shiva ... sance-pour
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Re: Iran

Messagede bipbip » 14 Jan 2018, 22:05

Mobilisation des Iraniens face aux mollahs capitalistes

Il y a eu beaucoup de fake news concernant les manifestations qui ont commencé à Mashhad et d’autres villes de la province du Khorassan le 28 décembre 2017. Ces manifestations ont continué cinq jours plus tard à Téhéran et dans de nombreuses autres villes et agglomérations à travers le pays. Les manifestant·e·s, démontrant un réel courage, étaient en colère et leurs griefs étaient raisonnablement clairs. Ce qui a commencé comme un mouvement d’indignation contre l’augmentation des prix, le chômage et la pauvreté n’a pas tardé à évoluer, avec des slogans plus politiques contre la corruption et contre le dictateur, l’ayatollah Khamenei.

... https://alencontre.org/moyenorient/iran ... istes.html
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Re: Iran

Messagede bipbip » 18 Jan 2018, 19:14

« Nous n’avons pas peur d’eux, nous n’avons rien à perdre »
Iran : la révolte d’une génération no future contre la République islamique

Hamid Mohseni est un activiste germano-iranien, journaliste indépendant, vivant à Berlin. Actif au sein des réseaux de solidarité iraniens depuis l’insurrection de 2009, il nous livre ici son analyse des récents soulèvements contre le pouvoir.
... https://lundi.am/Nous-n-avons-pas-peur- ... n-a-perdre

Quelques repères sur l’Iran
L’Iran est un des pays les plus peuplés du Moyen-Orient. C’est le quatrième producteur de pétrole au monde, urbanisé à plus de 70% et alphabétisé à près de 90%. Les femmes, à qui le port du voile est imposé, ont en moyenne moins de deux enfants et représentent près des trois quarts des étudiantEs. La répression est féroce contre les opposantEs, et en particulier les syndicalistes. Le pays détient le record mondial des pendaisons par habitant, avec nombre d’homosexuelEs et de membres des minorités nationales.
... http://www.anti-k.org/2018/01/15/quelqu ... res-liran/
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Re: Iran

Messagede bipbip » 20 Jan 2018, 18:23

Appel au soutien international à la révolte populaire en Iran

Pendant plusieurs jours, des manifestations contre la structure politique et économique du gouvernement iranien ont eu lieu dans plus de 90 villes iraniennes. Cela en dépit du fait que tout le pays est sous l’emprise d’un État militarisé et que toute démonstration politique dans la rue coûte très cher puisqu’elle sera réprimée par des coups de bâton, de couteau, des fusillades, jusqu’à l’assassinat pur et simple. Selon les statistiques, les Iraniens sont devenus 15% plus pauvres au cours de la dernière décennie. La néolibéralisation de l’économie iranienne avait commencé pendant le gouvernement d’après-guerre (Iran/Irak) de Hachemi Rafsandjani. Cependant, le gouvernement actuel du « modéré » Rohani) a accéléré le processus de telle manière qu’il est devenu presque impossible pour la plus grande partie du milieu populaire de gagner sa vie.

Ce soulèvement est inattendu et incompréhensible pour tous ceux qui ont négligé les protestations des syndicats d’ouvriers, d’enseignants et d’étudiants de ces dernières années. Ce qui inspire socialement ce mouvement, c’est clairement la mobilisation de travailleurs dont les salaires ne sont pas payés et dont le niveau de vie n’en finit plus de baisser. Cette négligence tient aussi à l’invisibilisation de ces mobilisations qui se tiennent en amont de cette révolte et auxquelles participent des syndicalistes (terme qui n’a pas d’équivalent en persan car les syndicats ne sont pas autorisés concrètement et leurs militants sont emprisonnés), des professeurs et des travailleurs du secteur des transports. Les mobilisations ont aussi concerné la question des retraites et le problème des sociétés financières de crédits lesquelles ont quitté le pays avec les sous en poche après avoir blanchi l’argent. Depuis plus d’un an, les habitants des petites villes se manifestent devant mairies et banques, mais restent toujours invisibles. Selon les chiffres officiels, au cours des 6 derniers mois, il y eut plus de 900 rassemblements de travailleurs dans 50 villes différentes. Mais ces manifestations qui ont été dispersées sont restées ignorées par les médias.

De plus, lors du récent tremblement de terre (novembre 2017 à Kermanshah), la population a clairement vu l’inefficacité du régime dans la résolution de la crise. Le manque d’attention de l’État aux besoins des personnes touchées par le séisme a provoqué l’indignation de la population. Et en dépit d’une solidarité populaire remarquable envers les victimes de cette catastrophe, la colère a continué de nourrir les récentes émeutes.

Ces manifestations expriment une colère et un désespoir généralisé qui est le contre coup de l’espoir suscité par les accords nucléaires. En effet, il était prévisible que ces accords ne profiteraient qu’aux privilégiés et aux nouvelles classes dirigeantes. Après l’élection de Rohani en 2013, les classes supérieures de la population se sont visiblement alliées avec l’État. On assiste à une répartition idéologique et objective des soutiens de l’État. On constate que le mouvement actuel n’est pas issu des rivalités internes au Régime ou à la scène politique officielle. L’insurrection en est clairement distincte, et c’est pourquoi elle est restée ignorée jusque-là. Alors que les réformistes restent attachés à ces pouvoirs étatiques, ils stigmatisent la révolte actuelle comme un mouvement ambigu, sans racine, permettant tous les scénarios complotistes possibles. Ils l’appellent avec mépris : « mouvement des médiocres », ce qui montre encore une fois leur haine envers les classes populaires. Il y a, d’un côté, les conservateurs qui préfèrent accentuer les raisons économiques du mouvement afin d’accuser le président, et de l’autre, les réformistes et les membre du gouvernement qui le décrivent comme un événement politique manipulé par les puissances étrangères. Les positions politiques étrangères, telles que le soutien de Trump à ce soulèvement, ont encore renforcé cette illusion complotiste. Mais pour les manifestants, il est clair que cette insurrection n’a rien à voir avec les (les) intérêts étrangers.

Jusqu’à présent, à l’image de 2009, le conflit principal a été réduit à une sorte d’antagonisme entre le guide suprême, en tant que leader du camp conservateur, et le président, comme le représentant du réformisme gouvernemental. Aujourd’hui, la source du mouvement n’est pas dans cet antagonisme, mais bien dans une contradiction économique et politique entre la population d’un côté et le système en général de l’autre. La révolte actuelle a pour origine des revendications sociales conduisant à des protestations envers le système (religieux et étatique), ce qui est très différent, encore une fois, du mouvement de 2009. On s’aperçoit que la poursuite de ces revendications par des moyens réformistes ou légaux n’a pas satisfait la plupart des iraniens. Le souhait d’un renversement du régime est donc de plus en plus partagé.

La nouvelle génération en Iran appelle, pour des motifs de classe, politiques et laïques, à la transformation des conditions générales d’existence. Contrairement à 2009, il n’y a aucun slogan d’ordre religieux (comme “Allah Akbar”), tandis que des slogans tels que «Pain, travail, liberté» et «à bas le dictateur» sont plus souvent clamés dans les manifestations. Nous voyons objectivement que ce mouvement profondément populaire est socialement, politiquement, et donc géographiquement, décentralisé et libéré des différentes fractions du pouvoir installé. Par leur composition de classe, leurs revenus et leurs actions, les personnes qui sont descendues dans la rue alimentent une révolte des classes inférieures des classes opprimées.

Les femmes, qui avaient activement participé aux précédentes mobilisations, jouent également un rôle important dans les révoltes en cours. Cette présence est pourtant restée invisible. Il convient donc de préciser que, ces dernières années, la question du hijab obligatoire et l’arrestation des femmes dans les rues en raison de leur manière de s’habiller ont donné lieu à de nombreuses protestations. Une vidéo diffusée, la veille du soulèvement, sur les réseaux sociaux, montre une jeune femme téhéranaise enlevant son foulard toute seul sur la place Enqelab (Révolution) afin de contester le voile obligatoire. Cette image a bouleversé les médias et les observateurs iraniens, ce qui a amené plusieurs commentateurs à l’appeler « Statue de la liberté en Iran ».

Non seulement les femmes mais aussi les minorités ont été la cible d’une oppression reconnue depuis la révolution de 1979. Dans la propagande et dans la pratique, le régime iranien privilégie la triple identité «homme/chiite/perse” et les autres n’ont pas les mêmes facilités d’accès aux institutions. Par la réintroduction du clivage sunnite-arabe/chiite-perse, le régime a instauré un certain nationalisme religieux avec lequel il justifie ses interventions militaires dans la région. Ces interventions sont de plus en plus critiquées par la population iranienne. En même temps, ce discours d’État crée un sentiment d’injustice qui renvoie les gens à un passé perdu; une nostalgie pour l’époque du Shah, perçu comme moins corrompu, mais qui en réalité représente un autre nationalisme. Nous observons également ces tendances pourtant minoritaires à travers quelques slogans.

Les étudiants de gauche, et en particulier les membres des conseils étudiants qui avaient été très actifs l’année dernière paient un prix trop élevé en ce moment. Jusqu’à présent, au moins 102 étudiants ont été arrêtés et, comme d’habitude, l’État essaiera de les forcer à s’accuser devant les caméras de télévision, ce qui permettra ensuite de leur imposer des peines lourdes. Selon les seuls rapports officiels du gouvernement, plus de 20 personnes ont été tuées, des milliers ont été blessées et plus de 3000 étudiants, travailleurs, femmes et jeunes contestataires ont été arrêtés. Ces prisonnièr.es font face à des tortures brutales qui sont monnaie courante dans les prisons de la République islamique. Ils ont besoin d’un soutien international. Leur libération immédiate et inconditionnelle doit être réclamée par toutes celles et ceux qui luttent partout dans le monde contre toutes sortes d’oppressions et d’injustices. Ainsi, nous appelons à la solidarité internationale avec cette juste révolte de la population iranienne qui peut inspirer toutes les luttes populaires dans la région.

Voici quelques slogans qui ont été scandés pendant les manifestations :

Étudiants, travailleurs, enseignants, unité, unité !
Pain, travail, liberté
Les étudiants préfèrent mourir plutôt que d’accepter l’humiliation
Nous sommes les enfants de la guerre, nous sommes prêts pour la bataille
Nous luttons, Nous mourrons mais nous récupérerons l’Iran
Vous avez utilisé l’Islam pour opprimer les gens
Les gens mendient pendant que le chef suprême vit et agit comme un dieu
Mollah capitaliste, rends-nous notre argent
Réformistes, fondamentalistes, votre histoire se termine ici
A bas la République islamique
A bas ce gouvernement trompeur (Rohani)
A bas le dictateur (Kamene’i)
Indépendance, liberté, République iranienne [le slogan traditionnel du régime est “Indépendance, liberté, République islamique”]
Référendum, Référendum
Laissez la Syrie tranquille, occupez-vous de l’Iran
Libérez les prisonniers politiques

Contact : solidarite28decembre@riseup.net
07/01/2018

Signataires :
Etudiant.es militant.es iranien.nes de gauche en France
Département de Philosophie de l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
LLCP (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Catherine Malabou (CRMEP, Kingston University) |Avital Ronnell (New York University) | Geoffrey Bennington (CIPH, Emery University, Georgia) | Safaa Fathy (Poète, Cinéaste, CIPH) | Simon Critchley (New School for Social Research, New York) | Martine McQuillan (Editor at Research Professional) | Simon Morgan Wortham (Kingston University) | Claire Colebrook (Pennsylvania State University) | Benjamin Noys (University of Chichester) | Luca Paltrinieri (l’Université de Rennes 1) | Marie Cuillerai (l’Université Paris-Diderot, Paris 7) | Saverio Ansaldi (l’Université de Reims) | Laura Llevadot (l’Université de Barcelone) | Sandro Chignola, (l’Université de Padova, Italie) | Plinio Prado (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Jacques Poulain (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Antonia Soulez (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Eric Alliez (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Matthieu Renault (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Nadia Yala Kisukidi (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Patrick Vauday (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Stéphane Douialler (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis)n | Bertrand Ogilvie (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Antonia Birnbaum (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Diogo Sardinha (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Orazio Irrera (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Eric Lecerf (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Guillaume Sibertin-Blanc (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Patrice Vermeren (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Muhammedin Kullashi (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Frédéric Rambeau (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Vittorio Morfino (l’université de Milan Bicocca) | Georges Navet (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Pierre Cassou-Nouges (l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) | Jacob Rogozinski (l’Université de Strasbourg) | Patrice Canivez (l’Université de Lille) | Benjamin Joinau (EHESS, Paris) | Sophie WAHNICH (CNRS, Paris) | Cristina Del Biaggio (l’Université de Grenoble Alpes) | Sarah Mekdjian (l’Université Grenoble Alpes)


http://www.kedistan.net/2018/01/17/appe ... e-en-iran/
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Re: Iran

Messagede bipbip » 04 Fév 2018, 00:10

Iran : Arrestation de femmes refusant le port du voile

La police iranienne a arrêté 29 femmes (chiffre officiel) à Téhéran pour avoir enlevé leur voile en public pour protester contre son port obligatoire depuis la révolution islamique de 1979. Ces derniers jours, les réseaux sociaux ont publié des photos apparemment prises à Téhéran mais aussi dans d’autres villes de femmes tête nue dans la rue, leur voile pendu au bout d’une perche en signe de défi. Ces actions de contestation contre le port obligatoire du voile ont suivi l’exemple d’une Iranienne arrêtée fin décembre après être montée tête nue sur une armoire électrique dans une artère animée de Téhéran en arborant son voile au bout d’une perche. La jeune femme a été emprisonnées un mois. La justice avait fixé à près de 90.000 euros la caution pour la libération d’une autre contestatrice arrêtée cette semaine.

https://secoursrouge.org/Iran-Arrestati ... t-du-voile
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Re: Iran

Messagede clateuf » 04 Fév 2018, 00:55

Communiqué de la Fédération Anarchiste
01/02/2018

Tirons l'anarchiste Soheil Arabi des pattes de la théocrature iranienne !

En Iran, pendant une dizaine de jours à partir du jeudi 28 décembre, la « révolte des va-nu-pieds » s'est diffusée, sans leader ni mots d'ordre, dans 142 villes de l'ensemble des 31 provinces.
Parmi les participants, beaucoup de jeunes, de femmes, de personnes pauvres, protestant contre leur misère économique, mais aussi contre l'emprise étouffante de la théocrature régnante.
Alors que le précédent mouvement de 2009 plaçait ses espoirs dans l'élection d'un président « réformateur », cette fois les slogans s'attaquaient à toutes les factions qui se partagent le pouvoir : « À bas la dictature ! ». Ainsi voitures de police, bâtiments publics, centres religieux, sièges des Bassidjis (milices islamiques) ont été attaqués et parfois incendiés.
Les réformateurs du président Hassan Rohani et les ultra-conservateurs du « Guide suprême » Ali Khamenei, ont défendu la survie de ce régime corrompu par une violente répression contre les « fauteurs de troubles en guerre contre Dieu », faisant officiellement 21 morts et un millier d'arrestations, certainement beaucoup plus.

Des groupes anarchistes étaient présents dans ces événements, notamment le « Cercle Libre de Téhéran ». Mais le journaliste anarchiste Soheil Arabi, s'il a pu envoyer un texte pour soutenir les révolté-e-s et les encourager à renverser le régime, n'y a pas participé directement puisqu'il est derrière les barreaux de la prison d'Evin depuis novembre 2013. Il a été accusé de « propagande contre l'État », « apostasie », « blasphème contre le Prophète et insulte à la sainteté », pour avoir publié des photos du soulèvement de 2009, caricaturé Khamenei, et posté des articles sur internet.
Condamné à mort par la Cour criminelle de Téhéran, sa peine à été commuée en sept ans et demi d'incarcération. Le 23 septembre 2017, il a entamé une grève de la faim : « Ici, énoncer la vérité est interdit mais je suis un anarchiste et, pour moi, il est interdit d'interdire. Ne me demandez pas de garder le silence alors que le silence est la plus grande des trahisons. Je veux être la voix de tous les libres penseurs enfermés : Mahmoud Behshti-Langeroudi, Ali Shariati, Youssof Emadi, Arasch Manouchehr, Mohamad-Ali Sadeghi, Sowada Aghasar et les autres amis enchaînés au bloc 7. »
Le 24 janvier, Soheil a entamé une seconde grève de la faim en solidarité avec deux prisonnières politiques Aténa Daémi et Golrokh Ebrahimi. Ses geôliers l'ont transporté à la prison du Grand-Téhéran. Dès son arrivée, il a reçu des coups de bottes et matraques sur le dos, le visage et les pieds : «  Ici ce n'est pas Evin. C'est le bout du monde, l'enfer. Ta grève de la faim ne sert à rien et personne ne t'entendra ».

La Fédération anarchiste l'a entendu et utilisera ses moyens, tels Le Monde Libertaire et Radio Libertaire, pour que Soheil Arabi et plus largement les prisonniers en Iran, soient soutenus et libérés.

La Fédération Anarchiste
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Re: Iran

Messagede bipbip » 04 Fév 2018, 20:20

Enlever son foulard: «réactions face à une contrainte»

La police iranienne, le 1er février 2018, a arrêté 29 femmes dans la capitale, Téhéran, pour avoir protesté contre une loi qui rend le port du hijab (voile) obligatoire.

Partout dans le pays, des femmes ont protesté en montant sur des armoires électriques, en enlevant leur voile et en les agitant en l’air, sur des bâtons. Ce mouvement de protestation des femmes iraniennes est partie d’une action menée le 27 décembre dernier par Vida Movahed. Cette Téhéranaise était montée sur un coffret électrique à un croisement d’avenue et avait retiré son voile, restant quelques instants tête nue. Arrêtée sur-le-champ, elle avait été incarcérée et relâchée quinze jours plus tard.

La loi islamique iranienne, imposée après la révolution de 1979, impose aux femmes de se couvrir les cheveux et de porter des vêtements longs et amples en public. Six autres femmes auraient également été arrêtées cette semaine.

Plusieurs images et vidéos des démonstrations sont devenues virales sur les médias sociaux.

Ces actions ont coïncidé avec des manifestations contre les conditions économiques dans l’est de l’Iran. Certains ont demandé au dirigeant suprême du pays, l’ayatollah Ali Khamenei, de démissionner.

Bien que des femmes en Iran luttent contre l’obligation de porter le hijab depuis près de quatre décennies, la nouvelle vague de protestations a attiré plus d’attention et suscité un débat rarement vu auparavant sur les libertés individuelles.

... https://alencontre.org/moyenorient/iran ... ainte.html
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Re: Iran

Messagede bipbip » 09 Fév 2018, 01:48

Iran #WhiteWednesdays

Les iraniennes qui enlèvent leur voile font face à la répression !

Depuis la Révolution islamique qui a fait fuir le Shah, le port du voile est obligatoire pour les femmes en Iran. Or, depuis la vague de manifestations de décembre dernier contre la vie chère et les inégalités, et la dure répression qui s’en est suivie, des femmes osent contester leur place dans la société iranienne.

... http://www.revolutionpermanente.fr/Les- ... repression
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Re: Iran

Messagede bipbip » 28 Fév 2018, 01:39

Tribune libre les « mercredis blancs » en iran. Filles de la « Révolution »

Par Chahla Chafiq Écrivaine, sociologue.

Les mouvements du foulard blanc, rythmés par une jeune femme sans voile, debout sur une armoire électrique d’un trottoir de Téhéran, pourraient bien être une performance symbolique. L’action se passe dans une rue qui porte le nom de « Révolution ». Sans qu’il s’agisse de cela, l’harmonie des gestes de sa main leur donne l’aspect d’une danse. Le foulard n’est plus un foulard ; il se mue en un drapeau blanc et en une aile d’oiseau. Un chant de liberté et de paix. Bien que l’action se passe fin décembre, avant l’éclosion des contestations populaires qui vont ébranler plusieurs villes iraniennes en janvier, la diffusion de la photo fait de Vida Movahed une des icônes de ces contestations. La révélation de la date et du nom de la femme, désormais surnommée la « fille de la rue de la Révolution », ne parviendra pas à effacer cette dimension iconique. Pourquoi ? La réponse se trouve dans la réalité éprouvée durant des décennies de pouvoir islamiste en Iran : le voile des femmes constitue pour l’idéologie islamiste un étendard politique. En 1979, un des premiers actes de Khomeyni, après sa prise de pouvoir, est d’appeler les femmes à porter le voile sur les lieux de travail. Les Iraniennes protestent massivement. Mais les troupes islamistes écrasent ces contestations auxquelles les acteurs politiques opposés au régime de Khomeyni n’apportent pas un soutien actif, considérant la question du voile des femmes comme socialement et politiquement secondaire.

Erreur de jugement fatale, comme le prouve ce qui se passe ensuite. L’imposition du port du voile, qui va s’étendre à tous les lieux publics, installe la religion comme une idéologie et un programme politique. Le double caractère régressif et répressif de ce plan ne tarde pas à se mettre en scène : le respect de l’islam va justifier le piétinement des droits humains, la censure de toute expression libre et la sacralisation des violences et des discriminations. La ségrégation entre les musulmans et les autres est légitimée. L’athéisme est banni, la laïcité n’a pas droit de cité et les minorités religieuses, des zoroastriens aux juifs, en passant par les chrétiens, sont surveillées et réprimées, pendant que les bahaïs sont privés de tout droit. Quant au sexisme et à l’homophobie, l’instauration de la charia les justifie et les soutient. Le pouvoir islamiste range par ailleurs les musulman-e-s qui n’adhèrent pas à son idéologie parmi les égarés du droit chemin. En se proclamant le représentant du « véritable islam », le régime assimile toute opposition à l’œuvre des « ennemis de Dieu », méritant de ce fait une répression implacable.

Dans ce contexte, la République islamique d’Iran étouffe continuellement les actions et revendications des ouvriers, des enseignants, des étudiants et des lycéens… tout comme elle réprime divers peuples qui font pourtant partie intégrante de la mosaïque du peuple iranien (Kurdes, Arabes, Baloutches…). Les femmes, présentes dans ces catégories, subissent les mêmes méfaits sociopolitiques et culturels que les hommes, mais elles sont aussi discriminées « parce que femmes » et donc doublement réprimées.

À ce sujet, il est essentiel de saisir le rôle central de la hiérarchisation sexuée dans le projet islamiste d’une « société musulmane véritable » qui s’appuie sur le fantasme d’une oumma unifiée sous la loi divine. La cellule de base de cette oumma est la « famille islamique », dont la supériorité de l’homme-chef-mari-père sur la femme-fille-épouse-mère fait écho à la suprématie de Dieu sur les humains, les islamistes s’octroyant une place intermédiaire de délégués de Dieu sur terre. Une sorte de ruissellement du pouvoir du haut vers le bas… Le contrôle de la sexualité des femmes va de pair avec une division sexuée de l’espace et la non-mixité avec la soumission du peuple aux dirigeants. Et le voile symbolise tout le dispositif, d’où l’insistance des islamistes sur le voilement des femmes. La République islamique mobilise maintes mesures de propagande, de contrôle et de répression pour faire « respecter » le voile. Sans parvenir à faire reculer la résistance des Iraniennes au voile obligatoire.

L’ampleur du phénomène du « mauvais voile » (porté de manière non conforme) en est un exemple. Les châtiments prévus et exercés n’y font rien. Les chiffres officiels de la police, en 2007, rapportent l’arrestation de 14 000 Iraniennes dans le pays et l’arrestation journalière de 150 femmes à Téhéran. Ces chiffres renseignent en même temps sur un autre fait : l’imposition du voile légitime l’omniprésence de la police islamiste dans tous les espaces publics. Face à cela, dans la continuité de la campagne « Libertés furtives » (lancée par Masih Alinejad, jeune journaliste iranienne exilée), la campagne des « Mercredis blancs » débute en 2016 : chaque mercredi, des femmes descendent dans la rue avec un foulard, un sac ou un vêtement de couleur blanche (emblème de la non-violence) pour dire non au voile obligatoire.

Avec l’arrestation et la détention provisoire de Vida Movahed, d’autres femmes ont repris son geste partout en Iran, faisant naître la campagne « Filles de la rue de la Révolution ». Et les hommes défenseurs des droits et des libertés les ont rejointes. La couleur du foulard varie, mais le message reste le même : dire non au voile pour réclamer la liberté et l’égalité, indissociables de la fin de la tyrannie exercée au nom du divin.


+ vidéo https://humanite.fr/tribune-libre-les-m ... ion-650764
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Re: Iran

Messagede bipbip » 03 Mar 2018, 22:07

Un tournant politique radical

Dans les livres d’histoire de l’Iran moderne, la première semaine de janvier 2018, qui a connu une vague de soulèvements populaires dans de nombreuses villes du pays, sera enregistrée comme une nouvelle étape historique. Un tournant après lequel la scène politique iranienne n’a plus été la même.

Indépendamment des conséquences immédiates de cet évènement :

– soit le mouvement des salarié·e·s et populaire imprimera de façon déterminante sa marque sur l’évolution du mouvement,
–soit celui-ci sera écrasé de façon sanglante.

En attendant, une chose est certaine: il sera désormais impossible pour le régime actuel de continuer à gouverner comme avant. Les manifestations récentes ont miné tous les fondements politiques, culturels et idéologiques du régime capitalisto-islamique, ainsi que le mythe de ce qui est appelé la «révolution islamique».

... https://alencontre.org/moyenorient/iran ... dical.html
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Re: Iran

Messagede bipbip » 10 Mar 2018, 23:24

8 mars en Iran...

A Téhéran, de la prison ferme pour avoir ôté son voile

Alors que des millions de femmes battent le pavé, se mettent en grève dans le monde entier pour le 8 mars, une Iranienne a été condamnée à deux ans de prison, dont trois mois fermes, pour avoir retiré son voile sur l'espace public.

Depuis les manifestations qui ont lieu en décembre dernier contre le régime en place, l’Iran assiste à une vague d’actes de désobéissance à la loi puisque des femmes choisissent d’enlever leur voile dans la rue. Or, le port du voile est obligatoire pour toutes les femmes, iraniennes ou étrangères, musulmanes ou non, en Iran depuis 1979, date de la révolution islamique. Une Iranienne, dont l’identité n’a pas été communiquée, a été condamnée à deux ans de prison dont trois mois fermes pour cette raison. Le procureur de Téhéran s’est exprimé pour réclamer l’application maximale de la peine et donc la reconversion du sursis en prison ferme pour cette femme.

... http://www.revolutionpermanente.fr/A-Te ... -son-voile
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Re: Iran

Messagede bipbip » 15 Mar 2018, 01:57

Répression d’une manifestation étudiante

Des étudiants de l’université Amir Kabir de Téhéran avaient organisé, dimanche 11 mars, un rassemblement de protestation contre les longues peines de prison infligées à leurs condisciples arrêtés lors des manifestations de ces trois derniers mois. Des miliciens de l’organisation paramilitaire bassidj ont attaqué ce rassemblement, se heurtant à la résistance des étudiants.

Environ 50 étudiants ont été arrêtés à l’extérieur des campus ou à leur domicile à la suite des manifestations de décembre-janvier. Parmi les personnes arrêtées, la militante étudiante Leila Hosseinzadeh, qui a été condamnée à six ans de prison et a été interdite de voyager à l’étranger.

https://secoursrouge.org/Iran-Repressio ... -etudiante
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Re: Iran

Messagede GUERRE DE CLASSE » 23 Mar 2018, 19:50

Guerre de Classe 06/2018 : De Gaza à l’Iran et au monde entier… À bas les exploiteurs !

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« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes. »1

Depuis la répression et la cooptation de la dernière tentative révolutionnaire mondiale dans les années 60 et 70 du siècle dernier, la domination idéologique de la bourgeoisie est presque totale dans la majeure partie du monde : le niveau d’activité organisée de notre classe est très bas et son expression quotidienne se limite à des actes de subversion individuelle ou, au mieux, à des grèves sectorielles localisées et des émeutes. Dans ce texte, nous voulons mettre en lumière les événements qui ont secoué l’Iran au cours des dernières semaines, et qui vont d’ailleurs bien au-delà, dans le contexte d’une région qui, depuis longtemps et de façon constante, se trouve au premier plan de la lutte de classe mondiale, malgré (et contre) une énorme concentration de la capacité meurtrière capitaliste qui s’y déchaîne. Nous voulons souligner la nature de classe de ces luttes et l’importance des ruptures avec l’ordre capitaliste que nos camarades en Iran expriment !

Alors que le grand conflit impérialiste, que les superpuissances mondiales et régionales mènent par procuration depuis plusieurs années en Irak et en Syrie,2 entre dans un état d’incertitude temporaire, alors que les fractions bourgeoises, ainsi que les armées et les milices au service de leurs intérêts lèchent leurs plaies, se préparant et s’armant pour le prochain round de carnage de la chair à canon prolétarienne, et que leurs politiciens et leurs médias sont occupés à donner une nouvelle interprétation de tout cela comme étant un signe de victoire, afin de la vendre à « leurs citoyens », et qu’ils réaffirment et tiennent fermement la laisse qui attache notre classe au spectacle démocratique, le prolétariat dans cette région relève à nouveau la tête.

En décembre, des milliers de prolétaires en colère dans tout le Kurdistan irakien sont descendus dans les rues et se sont affrontés aux flics et aux unités de Peshmergas. Dans la province de Sulaymaniyah, des manifestants ont réduit en cendres le quartier général des Peshmergas ainsi que ceux des principaux partis politiques (tant du gouvernement que de l’opposition).3 Les bureaux de ces partis ont également été incendiés dans la ville de Koye, dans la province d’Erbil. Les raisons immédiates de cette rage se trouvent dans l’état désastreux des services de base, comme l’interruption ou l’insuffisance de l’approvisionnement en eau potable et en électricité et plusieurs mois de salaires impayés, en particulier dans le secteur public. Au cours des émeutes, au moins cinq manifestants ont été assassinés par les forces répressives de l’État et des centaines ont été blessés ou arrêtés.4

Le 28 décembre, à Machhad et dans le nord de l’Iran, des manifestations contre le coût élevé des produits de première nécessité et des émeutes de la faim ont éclaté, qui se transformeront rapidement en une vague de lutte de classe, la plus grande en Iran depuis le mouvement de 2009.

Comme tout mouvement prolétarien, cette révolte ne tombe pas du ciel, mais elle est l’expression de mois de colère et de l’intensification de la lutte contre les conditions de vie dans le capitalisme.5 Tout comme son homologue kurde, l’implication de l’Etat iranien dans la guerre capitaliste en Irak et en Syrie commence à paralyser sa capacité d’apaiser le prolétariat en lui jetant des miettes provenant du festin de la bourgeoisie.


https://www.autistici.org/tridnivalka/guerre-de-classe-062018-de-gaza-a-liran-et-au-monde-entier-a-bas-les-exploiteurs/

http://www.autistici.org/tridnivalka/wp-content/uploads/guerre_de_classe_06-2018-fr.pdf
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