Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 12/08

Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede barcelone 36 » 01 Sep 2012, 21:00

http://anars56.over-blog.org/article-so ... 03396.html
Sons des rencontres internationales de St-Imier : interviews, micro-trottoirs... (1ère partie)
Autour de 3000 personnes se sont réunies à St-Imier (Jura bernois - Suisse) pour les Rencontres internationales de l'anarchisme à l'occasion des 140 ans de l'Internationale dite "anti-autoritaire".
Voici une série d'interviews de militantes et militants de tous pays et de micro-trottoirs qui ont été effectués par Radio libertaire sur place !
En cliquant sur les liens proposés, vous pouvez écouter en direct ces enregistrements (sans téléchargement). Et hop, un bon moyen de se balader sur une grande partie de la planète en très bonne compagnie !
Quelques textes et citations bien sentis sont proposés auprès de chaque émission en guise de mise en bouche. Rien que leur lecture est stimulante !

"Les anarchistes savent qu’il est difficile d’appliquer leurs principes libertaires dans une société qu’ils estiment autoritaire. Pour les uns, l’issue est de se retirer le plus possible de la masse, individuellement ou entre égaux choisis de façon affinitaire. Pour les autres, la plongée dans le combat social est inévitable, et passe par différentes formes de modulations ou de compromis, jugés différemment selon les circonstances, les individus et les organisations. La cohérence des idées semble tenir davantage à un respect de l’éthique qu’à un choix de l’absolu." Philippe Pelletier



Présentation : http://is.gd/fcLATY (29 minutes)

L'internationale des fédérations anarchistes (IFA) : http://is.gd/xBfsEG (30 min)

140 ans d'anarchie : http://is.gd/fnmwYG (37 min)

Anarchie au Mexique : http://is.gd/e5Emhl (41 min)

Anarchie en Grèce : http://is.gd/61qxFO (33 min)

Anarchie en Roumanie : http://is.gd/ehCPJM (34 min)

Anarchie en Tunisie : http://is.gd/aMPfrB (24 min)

Esperanto ou tard : http://is.gd/PbLwfQ (82 min)

Anarchie au Japon : http://is.gd/Y64txd (46 min)

Anarchie en Argentine : http://is.gd/Flic6K (41 min)

Anarchie au Brésil (saison 1) : http://is.gd/EBO7Mf (39 min)

Anarchie au Brésil (saison 2) : http://is.gd/iVZ7w1 (33 min)

Anarchie en Croatie : http://is.gd/YIC7Go (39 min)

Anarchie au Chili : http://is.gd/AwLs7d (32 min)

Congrès de l'internationale des fédérations anarchistes : http://is.gd/ehCWOv (53 min)

En guise de synthèse : http://is.gd/pafJ3K (65 min)

Melting-pot et tutti frutti (avec des chansons !) : http://is.gd/nRjYVq (51 min)


"Il ne faut pas former une masse, inutile de reproduire les préjugés, les préoccupations, les erreurs et les coutumes qui caractérisent les foules aveugles. La masse est fermement convaincue qu’il lui faut un chef ou un guide pour la mener à son destin. Vers la liberté ou vers la tyrannie, peu importe : elle veut être guidée, avec la carotte ou avec le bâton.

Cette habitude si tenace est source de nombreux maux nuisibles à l’émancipation de l’être humain : elle place sa vie, son honneur, son bien-être, son avenir, sa liberté entre les mains de celui qu’elle fait chef. C’est lui qui doit penser pour tous, c’est lui qui est chargé du bien-être et de la liberté du peuple en général comme de chaque individu en particulier.

C’est ainsi que des milliers de cerveaux ne pensent pas puisque c’est le chef qui est chargé de le faire. Les masses deviennent donc passives, ne prennent aucune initiative et se traînent dans une existence de troupeau. Ce troupeau, les politiques et tous ceux qui aspirent à des postes publics le flattent au moment des élections pour ensuite mieux le tromper une fois qu’elles sont passées. Les ambitieux le trompent à coups de promesses au cours des périodes révolutionnaires pour récompenser ensuite ses sacrifices à coups de pieds une fois la victoire obtenue.

Il ne faut pas former une masse. Il faut former un ensemble d’individus pensants, unis pour atteindre des fins communes à tous mais où chacun, homme ou femme, pense avec sa propre tête et s’efforce de donner son opinion sur ce qu’il convient de faire pour réaliser nos aspirations communes, qui ne sont autres que la liberté et le bien-être de tous fondés sur la liberté et le bien-être de chacun. Pour parvenir à cela, il est nécessaire de détruire ce qui s’y oppose : l’inégalité. Il faut faire en sorte que la terre, les outils, les machines, les provisions, les maisons et tout ce qui existe, qu’il s’agisse du produit de la nature ou de l’intelligence humaine, passent du peu de mains qui les détiennent actuellement aux mains de tous, femmes ou hommes, pour produire en commun, chacun selon ses forces et ses aptitudes, et consommer selon ses besoins.

Pour y parvenir, nul besoin de chefs. Bien au contraire, ils constituent un obstacle puisque le chef veut dominer, il veut qu’on lui obéisse, il veut être au-dessus de tout le monde. Jamais aucun chef ne pourra voir d’un bon œil la volonté des pauvres d’instaurer un système social basé sur l’égalité économique, politique et sociale. Un tel système ne garantit pas aux chefs la vie oisive et facile, pleine d’honneur et de gloire, qu’ils souhaitent mener aux dépends des sacrifices des humbles."

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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Pïérô » 11 Sep 2012, 02:25

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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede anouchka » 15 Sep 2012, 15:05

un article dans libération:
Société
Libertaires, égalitaires, fraternitaires
14 septembre 2012 à 19:07

En 1872, Saint-Imier accueillait les premiers sympathisants anarchistes. Pour les 140 ans, le bourg suisse appelait à une remise en ordre des idéaux. De débats féministes en reprises de Léo Ferré, immersion pour quatre jours au camping autogéré.

Saint-Imier, on s’inquiétait un peu : «Y aura-t-il des appels au chaos durant les concerts? » C’est l’une des questions auxquelles les délégués anarchistes ont dû répondre, un brin amusés, lors d’une réunion de préparation à la mairie. Du 8 au 12 août, cette bourgade de 4 800 habitants, située dans le Jura bernois, a vu sa population quasiment doubler en accueillant la Rencontre internationale de l’anarchisme. Tee-shirts griffés du chat hérissé ou du «A» cerclé, drapeaux noirs et rouges...

http://www.liberation.fr/societe/2012/09/14/libertaires-egalitaires-fraternitaires_846438

pas abonnée je n'ai pas accès à l'intégrale. il parait que ça fait quatre pages et que c'est pas trop mal dans l'ensemble.
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede spleenlancien » 15 Sep 2012, 21:10

Un copain abonné m'a envoyé l'article. Il a l'air pas mal mais je n'étais pas à St Imier...

Libertaires Egalitaires Fraternitaires paru dans Libé du 14 septembre 2012 a écrit:En 1872, Saint-Imier accueillait les premiers sympathisants anarchistes. Pour les 140 ans, le bourg suisse appelait à une remise en ordre des idéaux. De débats féministes en reprises de Léo Ferré, immersion pour quatre jours au camping autogéré.

Saint-Imier, on s’inquiétait un peu : «Y aura-t-il des appels au chaos durant les concerts? » C’est l’une des questions auxquelles les délégués anarchistes ont dû répondre, un brin amusés, lors d’une réunion de préparation à la mairie. Du 8 au 12 août, cette bourgade de 4 800 habitants, située dans le Jura bernois, a vu sa population quasiment doubler en accueillant la Rencontre internationale de l’anarchisme. Tee-shirts griffés du chat hérissé ou du «A» cerclé, drapeaux noirs et rouges arrimés aux bâtiments municipaux, quelques punks à crêtes et à clous, et pas seulement : cet événement inédit pour la grande famille libertaire proposait, ouverts à tous, des débats, des conférences, des ateliers, des spectacles et une éphémère expérience de vie communautaire.

Pour beaucoup assimilé au désordre total, l’anarchisme est avant tout une philosophie politique née au XIXe siècle, qui s’appuie sur des théories et des pratiques antiautoritaires. A la décharge du pékin, cette mouvance se fonde sur la liberté d’association de chaque individu : pas si facile, alors, de s’y retrouver entre les courants de pensée, appartenances et fédérations. Revue des troupes au beau milieu des pâturages helvétiques.

«Pour moi, c’est un système sociétal qui tend vers la perfection, c’est comme une ligne d’horizon sans cesse repoussée», explique Ramón Pino en désignant les cimes des sapins qui dessinent la crête montagneuse au-dessus de Saint-Imier. «Pour y arriver, je suis obligé de me changer : la recherche d’une société égalitaire demande des efforts.» Un idéal, donc, qui rejette les rapports de domination découlant du capitalisme et qui encourage l’autogestion : «L’égalité salariale est difficile à faire admettre à tout le monde, mais un plombier est aussi utile qu’un chirurgien.»

A 65 ans, Ramón Pino fait partie de la vieille garde de la Fédération anarchiste française (FA). «Jeune, j’ai été vacciné par le discours : t’es anar, ça va te passer un jour. Je suis bien content que ça ne soit jamais passé !» Fils de réfugiés politiques espagnols, il est un enfant de l’exil, né à Saint-Denis, en banlieue parisienne, bien loin des Pyrénées. De l’autre côté de cette frontière que son père, Jesus, volontaire dans la colonne Durruti (1), passa à dos d’homme, au tout début de 1939, incapable de marcher à cause des éclats de mortier qui avaient grêlé ses jambes. Petit, Ramón accompagnait le vétéran dans des meetings de soutien aux réfugiés, «où parlait Camus» : «J’ai été étonné, un peu plus tard, en découvrant que tout le monde n’était pas anar en France. Je me suis dit que ça devait être un truc typiquement espagnol.»

Puis, à 16 ou 17 ans, il tombe sur un bouquin de citations de Bakounine. Mikhaïl de son prénom (1814-1876), révolutionnaire d’origine russe et l’un des pères, après le Français Pierre-Joseph Proudhon, du socialisme libertaire. Bakounine est un incontournable de la bibliothèque de l’apprenti anar.
Exclusion de Bakounine

En 1872, la Première Internationale ouvrière – qui porte les idéaux démocratiques et pacifistes nés des Printemps des peuples de 1848 – prend sérieusement l’eau. Début septembre, au congrès de La Haye, Marx fait voter l’exclusion de Bakounine. La rupture entre «autoritaires» et «libertaires» (favorables à l’autonomie des fédérations au sein de l’organisation et qui, par extension, récusent tout rôle de l’Etat, y compris celui d’un Etat ouvrier) est consommée. Bakounine et les siens viennent célébrer leur dissidence dans le Jura suisse, où leurs idées jouissent d’une certaine popularité auprès des petites mains de l’horlogerie. Et c’est à Saint-Imier, les 15 et 16 septembre 1872, que la Première Internationale antiautoritaire tient congrès. Affluent des Espagnols, des Italiens, des Français, des Belges et même des Américains.

Cent quarante ans plus tard, pour fêter cette date clé de «l’institution» anarchiste, les pays d’origine sont plus nombreux encore : Afrique du Sud, Japon, Russie et ex-pays soviétiques, Balkans, UE, Scandinavie, Québec, Etats-Unis et Amérique latine. Ramón Pino fait partie des dizaines de traducteurs bénévoles. Il vient de passer plus d’une heure et demie, casque sur les oreilles, à relayer en français une conférence donnée en espagnol. A peine sorti de son box, Ramón est sollicité pour remettre ça à 20 heures précises, sur Radio Libertaire, la station de la FA, qui retransmet en direct de Saint-Imier. Trois «compañeros» mexicains, la trentaine, vont raconter leur lutte. Durant la pause musicale, Monica précise qu’ils passent à la radio pour la première fois. Impensable, chez eux, que des anars soient interviewés. Le live reprend : l’un des invités dénonce l’appareil répressif, la violence étatique, complice de celle des narcos. Et rappelle que plus de 50% des 112 millions de Mexicains vivent sous le seuil de pauvreté. Le studio a élu domicile à l’Espace noir, lieu alternatif de Saint-Imier, l’un des relais des libertaires suisses et pilier de la rencontre. Au sol gît une encyclopédie de la sexualité, à côté des mallettes de câbles.
Solidarité du poil dressé

Si les différentes organisations anars ont réquisitionné (comprendre «loué», l’abolition effective de la propriété n’étant pas à l’ordre du jour) tous les gîtes de la région pour leurs militants, quoi de mieux qu’un coup de maillet et un toit de toile pour refaire le monde à la cloche de bois. Le bois, justement, premier souci du camping autogéré, planté dans les champs de Mont-Soleil, le hameau qui surplombe Saint-Imier. Ramón a eu vent d’une anicroche : une vieille dame a enguirlandé des jeunes coiffés à l’iroquoise qui passaient, car le fagot devant sa maison avait disparu et il s’agissait du refuge d’un hérisson. Surprise, elle a vu débarquer les présumés coupables branches au bras, pour reconstruire une cabane à la bestiole. Touchante solidarité du poil dressé.

A côté du bar, des tables avec des bancs sont alignées. Il est 11 heures, une poignée de campeurs émergent d’un sommeil pâteux. Beaucoup ont déjà rallié Saint-Imier, entassés dans le funiculaire. Plus de trois cents tentes s’étalent dans l’herbe, encadrées d’allées tracées à la rue-balise pour permettre le passage des pompiers. Des toilettes chimiques ont été posées sur le bitume, et pour les douches, il faut faire fi de sa pudeur : sous des barnums – hommes et femmes séparés -, des pommeaux déversent de l’eau tirée d’une citerne. Du savon biodégradable est proposé en quantité. Pour évacuer les eaux sales, une rigole et un bassin d’épandage ont été creusés à l’arrière. Au bar, un écriteau rappelle, dans un «espanish» tout internationaliste : «Y un poco más de autogestion to manage trash, WC paper and sanitory [Et un peu plus d’autogestion pour s’occuper des poubelles, du papier toilette et des WC].»

Ramón a passé la fin de la matinée à guider les visiteurs dans l’exposition tirée d’un ouvrage paru en 2007, Espagne 1936-1939 , les affiches des combattant(e)s de la liberté, qu’il a coordonné avec Wally Rosell, compère de toujours, aussi fils de réfugiés politiques. Dans le petit musée d’histoire de Saint-Imier s’étale un condensé de l’iconographie de la propagande libertaire. Pour beaucoup d’anars, la guerre civile espagnole reste un modèle, telle une racine de l’espoir. «Pendant trois ans, nos idées ont pu être mises en œuvre. Dans certains villages, un système de bons avait été instauré pour supprimer la monnaie capitalisable et gérer en commun le matériel agraire, dit Ramón. Dans plusieurs zones industrielles, ils avaient réussi à limiter l’échelle des salaires à un rapport de trois. Cette réorganisation de la production a parfois été conservée lors de la reprise en main franquiste, car ça fonctionnait mieux qu’avant.»

Y a-t-il une filiation entre ce patrimoine révolutionnaire et le 15-M, le mouvement des Indignés espagnols, l’un des plus vigoureux d’Europe ? «En mai 2011, j’étais en vacances là-bas, j’ai pu discuter avec ces Indignés, à Cadix, Séville et Barcelone. Ils m’ont dit ne pas s’appuyer sur leur passé historique. Soit parce qu’ils l’ignorent, soit parce qu’ils désirent “ratisser large” pour leur mouvement. La plupart sont jeunes – 25-35 ans -, des étudiants ou des demandeurs d’emploi surdiplômés qui auraient dû composer la classe moyenne. Ce mouvement est né alors que le Parti socialiste était au pouvoir, ils ne se font plus d’illusions sur la capacité de la gauche à améliorer leur sort, et affirment haut et fort ne pas être représentés par les centrales syndicales institutionnelles. Mais ils ne vont pas encore jusqu’à vouloir remplacer le système capitaliste par un autre fondé sur l’autogestion, qu’ils pratiquent pourtant volontiers dans leurs structures. D’où les critiques et l’impatience de nombreux libertaires espagnols : le 15-M existe depuis plus d’un an, ça discute, la situation économique va de mal en pis et… ça discute toujours !»
Ateliers cabane en carton et cocktail Molotov

Si les libertaires sont aussi experts des palabres sans fin, c’est en chantant qu’ils aiment tout particulièrement porter la révolte. Dans le programme de Saint-Imier, entre un atelier de chants anarchistes italiens, un récital Léo Ferré et les classiques concerts amplifiés (du rock et du punk à toutes les sauces), on trouve un spectacle de flûte à bec, proposé par Christian Chandellier, militant et musicien pro : «Parfois, j’ai l’impression de ramer à contre-courant. La place donnée à la musique chez les anars n’est pas claire. L’idée de la concevoir comme un métier, un vrai travail, n’est pas évidente. Il y a souvent un malentendu, peut-être sur le côté élitiste qu’aurait l’artiste.»

Il faut de l’organisation – et du souffle – pour profiter du planning chargé de la rencontre, dont les différents pôles sont disséminés à travers la ville à flanc de montagne. Pour libérer les parents, une garderie recueille les graines de canailles, de 4 à 10 ans et dans cinq langues, chaque après-midi. Les enfants préparent eux-mêmes leur goûter – gâteaux et salades de fruits. Xavier, 9 ans et demi, s’en fiche un peu de l’anarchisme : «On en a parlé hier, mais je ne me rappelle plus trop.» Vendredi, ils étaient une vingtaine, encadrés par des volontaires et quelques parents. Hugues s’est inscrit pour donner un coup de main dimanche, «car les hommes sont plus rares sur ces tâches». Qu’a-t-il prévu ? «Ben, un atelier cocktail Molotov !» Ce sont les petits qui choisissent leurs activités. L’espace «cabane en carton autogérée» marche plutôt bien. «Quand un enfant pose une question, dit Hugues, il faut l’inciter à trouver lui-même la réponse. S’il se trompe, on va le pousser à questionner son apprentissage. On encourage la pédagogie de la découverte, de l’expérience.»
Athéisme et abstentionnisme

En devenant militant, Ramón s’est mis à lire. En France, l’abondante prose anarchiste est facile à trouver. Ce n’est pas le cas dans beaucoup de pays. Le salon du livre de la rencontre a établi ses quartiers à la patinoire de Saint-Imier. Des dizaines de stands alignent ouvrages, tracts et feuilles de choux variés. Celui des éditions Libertaires est tenu par Jean-Marc et Dominique. Depuis dix ans, leur catalogue propose 150 titres. Leurs perles : les Egorgeurs, de Benoist Rey, Ouvrière d’usine, de Sylviane Rosière, Avec le temps, de Suzanne Weber, l’Eloge de la passe, unouvrage collectif. Chez les libertaires, la culture lettrée est traditionnellement autodidacte. Quid des jeunes générations ? Quatre punks suisses, croisés lors d’un concert, sont venus de Lausanne «profiter de ce rassemblement d’idées communes» : «Et c’est l’occasion de changer de la librairie typique.» Ils ont entre 16 et 19 ans, sont étudiants ou apprentis. L’un d’eux est reparti avecMort aux cons.

«Ni Dieu, ni maître». Quasiment une marque déposée du mouvement anarchiste, qui défend avec autant de ferveur l’athéisme que l’abstentionnisme électoral. Dans les mots d’ordre de Saint-Imier, cette maxime a été remplacée par une élégante variante : «Ni chiens, ni maîtres» – les organisateurs considérant «la présence des animaux à quatre pattes difficilement conciliable avec l’événement». Il a aussi été diffusé, dans les réseaux de sympathisants, un message de dissuasion à destination des potentiels trublions. «On n’est pas dans une logique de contre-sommet», explique Fred, membre du groupe de Besançon à l’initiative de la rencontre. Pas de service d’ordre officiel, mais des «référents sérénité» chargés de garder à l’œil, le soir, les fêtards les plus expansifs.

Les premiers jours, ils auraient raccompagné à la gare, billet offert, des participants dont l’état d’esprit ne semblait pas coller avec celui des réjouissances. Pas question de compromettre une occasion de donner au mouvement un nouveau souffle. «C’est un temps et un espace ouverts à l’anarchisme international», dit Fred, ravi des 4 000 participants venus du monde entier. «La période actuelle est propice, nos idées sont en phase avec l’actualité sociale, internationale.»

Après la visite guidée du musée, Ramón rejoint pour le déjeuner des amis à La Marmite, l’une des cantines végétariennes installées à Saint-Imier. Pour 3 euros, on y sert une copieuse assiette : salade verte, curry de légumes, pois chiches, une lichette de fromage, un bout de pain et une pomme. Depuis quand les anars ont-ils laissé tomber le saucisson ? «Ce sont les punks qui ont introduit le végétarisme, voire le végétalisme, dans le mouvement», estimait plus tôt un campeur.

Certains «crêteux», comme on dit parfois ici, défendent l’antispécisme, qui s’oppose à la domination et à l’exploitation de l’animal par l’homme – donc à son conditionnement en biftecks ou en filets. Bien étrangère au «Mort aux vaches» originel, cette tendance qui fleurit depuis une dizaine d’années laisse sceptiques nombre d’anciens.

Dans certains pays, le revival punk des années 90 a popularisé, en musique, le message libertaire auprès de jeunes ignorant la répression subie par la vieille garde anarchiste. Au Chili, il a accompagné la revendication mapuche et lancé les premiers squats. Au Japon, il a donné naissance à une nouvelle génération de militants : Taku, 29 ans, fait partie des quelques centaines d’anarchistes ouvertement déclarés dans son pays. Il est venu pour donner une conférence : «Radiation et révolution, les manifestations antinucléaires dans le Japon post-Fukushima». Il arrive, raconte-t-il, que des flics en civil fassent le pied de grue devant son immeuble, lorsqu’il rentre de l’infoshop libertaire dont il s’occupe.

Pendant près de quatre ans, Ramón a élevé seul ses deux enfants. Il ne se dit pas féministe – «ça aurait peu de sens» -, mais lorsqu’il entend des mères célibataires témoigner de leurs galères, «ça, oui, je comprends». L’un des temps forts de cette rencontre : les tables rondes anarcha-féministes. «Ni ménagères ni courtisanes !» dit le programme.
Hommes refoulés

Jeudi, il a été décidé que la séance serait non-mixte, car des participantes ne se sont pas senties à l’aise les jours précédents. Emmanuelle, 25 ans, fait partie des «copines» présentes : «De rares brebis égarées [des hommes] ont tenté de franchir la porte et se sont fait jeter. Puis, une copine est venue discuter avec les animatrices : elle est de sexe féminin mais elle s’identifie plutôt au genre masculin. A-t-elle sa place ? Les copains éconduits n’ont malheureusement pas eu le temps d’évoquer leur genre. J’ai été surprise que la pensée libertaire accepte ce type de discrimination. Comment les copains vont-ils pouvoir changer leur comportement s’ils ne peuvent assister aux réflexions ?»

Ce féminisme old school parle peu à Elsa, Elise, Hiyem et Claudia. Elsa «n’a pas théorisé la question» car elle ne s’est jamais sentie victime d’une stigmatisation. Idem pour Claudia, qui se méfie de l’option «antimasculin». Elise, fille de soixante-huitarde, parle d’un «héritage normalisé», qu’elle dépasse en s’attaquant aux problématiques queer. Hiyem se sent un peu larguée : «J’ai conscience d’un fossé culturel. Ma mère est encore une victime consentante du patriarcat. Pour ma sœur et moi, l’émancipation reste une lutte quotidienne. Je mène une double vie sur la manière dont je veux vivre, avoir une sexualité.» A ce sujet, les filles sont unanimes sur l’intérêt d’un documentaire projeté au cinéma de la Dionyversité, dont elles sont responsables pour la rencontre : Vade Retro Spermato, où il est question d’une méthode de contraception masculine non-hormonale à l’intitulé fleuri, le «remonte-couilles toulousain».
«A l’heure du 2.0, je pleure»

Avant d’adhérer à un groupe de la Fédération anarchiste, Hiyem, Elsa, Claudia et Elise se sont rencontrées à l’Amap de Saint-Denis, l’une de ces coopératives étiquetées écolos. Elles incarnent une nouvelle forme de politisation, beaucoup plus immédiate et effective, qui passe par la pratique avant de s’encombrer d’idéologies. Du côté des anarcha-féministes, le pas ne semble pas avoir été franchi : «La réunion a tourné autour de : qu’allons-nous tirer de ces rencontres ? raconte Emmanuelle. Les animatrices ont soutenu l’idée d’une charte et proposé, pour la mise en réseau, de faire passer une feuille pour noter nos adresses mail. A l’heure du 2.0, je pleure.»

Samedi, atelier de résistance non-violente. Réunies dans la salle du dojo de Saint-Imier, une quarantaine de personnes se livrent à des mises en situation. «Je le ferai», «je ne le ferai pas», «violent», «non-violent» : autant de points cardinaux placardés aux quatre coins de la pièce, qui aident à visualiser vite et bien les opinions du groupe. Après les états d’âme, les bleus au corps. L’animateur montre comment la technique du «poids mort pas tout à fait mort» fera perdre du temps aux CRS chargés de l’évacuation de manifestants lors d’une occupation (de champs OGM, du passage d’un convoi de déchets nucléaires, de places boursières). La tortue, variante collective, consiste à s’arrimer à trois autres personnes et à faire le dos rond quand la charge est donnée. En espérant que les cognes ne viseront pas les yeux ni la bouche, une perfidie fréquente lors des sit-ins.

Malgré les râleurs (les Français étaient nombreux), les antiques chiennes de garde, les mecs qui n’ont jamais aligné deux mots mais ont la solution pour révolutionner les médias (les interdire), les concerts trop chers, les flatulences (pois chiches) et les paranos de la photo… malgré tout, on a le cœur un peu pincé de voir la rencontre tirer à sa fin. Il va falloir quitter l’îlot, revenir au réel. «Je ne me pensais pas anarchiste, dit Emmanuelle. J’ai constaté que des sociétés, des écoles, des commerces fonctionnent selon les idées libertaires, et oui ça va bien, merci.» Pour Ramón, «c’est le genre d’événement qu’on ne voit qu’une fois dans une vie». Ce n’est pas l’avis de certains habitants de Saint-Imier, qui ont demandé à leurs édiles si la manifestation aurait lieu l’an prochain (un 140e anniversaire bis ?), car elle a su apporter une animation positive dans ce coin de montagne. L’utopie pourrait bien devenir contagieuse.

(1) Colonne de combattants anarchistes en Espagne en juillet 1936.
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede K.O.A.L.A » 19 Sep 2012, 16:37

Image
Compte rendu de la Rencontre Internationale de l’Anarchisme à Saint-Imier (Suisse)
Publié le 15 septembre 2012

Il y a 140 ans, en opposition à l’internationale de Karl Marx, Bakounine et d’autres anarchistes anti-autoritaires se sont réunis pour former une internationale non-autoritaire s’opposant à l’internationale autoritaire des communistes.

Pour fêter cet évènement et poursuivre cette initiative, des anarchistes – et plus précisément les différentes fédérations anarchistes regroupées sous l’IFA (International Anarchist Federation) – ont organisé la Rencontre Internationale de l’Anarchisme.

Des membres des Panthères Enragées se sont rendus sur place pour se retrouver entre anarchistes, et rencontrer de nombreux militants venus du monde entier.

Ces rencontres proposaient des débats, conférences, projections, concerts autour de l’anarchisme. Cette rencontre a eu un franc succès, avec plus de 3 000 personnes présentes et les salles de débats continuellement pleines à craquer.

Au vu du programme officiel, nous étions particulièrement intéressés par la conférence/débat organisée sous le titre « Anarchisme et condition animale ». Elle a eu lieu dans la salle de concert de l’espace noir, un endroit assez exigu, surtout pour le grand nombre de personnes présentes, beaucoup de francophones, mais aussi pas mal d’anglais / américains. Trois intervenants étaient présents, un militant de la CNT, un militant de la FA (fédération anarchiste) français, et un militant animaliste suisse. Au départ les intervenants ont lu deux textes de célèbres anarchistes (le premier d’Elisée Reclus que vous pouvez consulter ici, et le second de Louise Michel disponible ici), ils ont ensuite demandé au public de découvrir qui en étaient les auteurs, le but étant d’inciter le public à établir des liens entre anarchisme et condition animale. La forte présence de militants vegans – qui nous a surpris et réjouis – a permis de répondre assez rapidement à la question.

En introduction, ils ont rappelé que c’était une chance de pouvoir faire ce débat, compte tenu des grandes difficultés à l’organiser (débats très polémiques au sein du milieu anarchiste institutionnalisé), et que cela marquait une grande évolution du milieu anarchiste.

A l’origine, les réunions entre organisateurs se sont déroulées sans que rien ne soit prévu pour les végétariens / vegan-e-s, les organisateurs végétariens se sont donc retrouvés entre eux pour manger, et en discutant de cette situation, ils ont eu alors l’idée de la conférence.

Par la suite, il fut expliqué en détail les raisons personnelles de l’arrêt de la consommation de viande par chaque intervenant, et les motivations politiques, anticapitalistes du végétarisme. Les arguments étaient centrés sur le végétarisme. Assez rapidement après la présentation, pendant le débat, le veganisme est devenu l’un des thèmes majeurs.

Nous avons entendu une critique de certaines actions antispécistes de type veggie pride, lors desquelles la plupart des manifestants condamnaient les slogans politiques comme « Pas de côte de boeuf, pas de bottes de keufs », ou les actions spontanées de type occupation du Macdo ou du KFC.

Quelques critiques ont été émises contre le végétarisme / veganisme, parmi lesquelles la résistance anticapitaliste qu’organisent certaines éleveurs, en manifestant contre les puces électroniques devenues obligatoires pour leur « bétail », considérant cela comme « une anticipation, une expérience préalable sur les animaux pour ensuite s’appliquer sur l’homme pour mieux le contrôler ».

Nous avons également entendu l’argument « Mais comment va t-on faire si tout le monde fait un jardin vivrier ? C’est impossible, il faut plusieurs hectares par personne pour vivre ! ». Il a été rappelé qu’un régime végétarien/vegan nécessite beaucoup moins de terre, d’eau et consomme beaucoup moins de ressources en général, qu’un régime carné, de plus « plusieurs hectares par personne pour vivre » nous paraît légèrement exagéré.

Quelqu’un a pris la parole pour dire qu’il fallait assumer ses choix de vie, et que lui-même assumait tous ses actes, il a donc précisé : « Un jour, quand j’ai eu vraiment envie de manger du fromage, je suis allé dans une ferme à côté de chez moi, et après m’être renseigné sur la façon de procéder auprès de l’éleveur, j’ai tué un chevreau, pour pouvoir prendre le lait de sa mère, et me faire du fromage. » Cette intervention a soulevé de nombreuses indignations, particulièrement lors de sa traduction en anglais, où la personne, ne souhaitant pas leur traduction, a probablement pris conscience de ses paroles, en les entendant à nouveau.

Une autre personne : « Je suis sensible à plusieurs arguments énoncés précédemment, mais moi je suis agriculteur, j’utilise des chevaux de trait pour cultiver mes champs, et je ne vois pas le problème de faire travailler des animaux, c’est un travail à deux, l’homme avec l’animal, ensemble dans le labeur ». De nombreuses personnes étaient d’accord avec cette intervention, et le débat a duré quelques temps sur ce point précis, soulevant de vives protestations de part et d’autre.

A la fin de la conférence / débat, nous avons abordé le sort des prisonniers de la cause, et nous avons distribué notre tract sur l’Anarchisme et la Libération Animale. Le débat a duré très longtemps, et nous ne pouvons pas résumer ici l’ensemble des discussions, nous retranscrivons juste quelques éléments que nous avons conservés en mémoire. Nous rappelons que le débat a été enregistré pour Radio Libertaire, il sera disponible prochainement sur leur site, et nous le mettrons un lien vers celui-ci bientôt. Nous avons pu par la suite parler de notre collectif et noué des contacts avec différents anarchistes vegans présents à ce débat, (ou par la suite, lors du rassemblement).

Dans l’ensemble, le rassemblement était bien organisé d’un point de vue technique, il y avait différents campings disponibles, le nôtre était équipé de sanitaires, de douches chaudes, ainsi qu’un petit déjeuner vegan servi sur place.

La nourriture était préparée par une coordination internationale réunissant plusieurs groupes de cuisine populaire, vegane et bio, proposant trois repas par jour pour moins de 8 euros (prix indicatif), et fonctionnant à prix libre pour laisser à chacun la possibilité de manger, même sans revenus. Les repas étaient très bons et copieux, le pain délicieux, d’ailleurs nous avons rencontré le boulanger vegan et quelques volontaires qui l’aidaient : il se levait à 4h du matin et finissait à 22h pour proposer plus de 180 kg de pain à tout le rassemblement et pour tous les repas. Nous tenons à le remercier et le féliciter, ainsi que toute l’équipe des cuisines pour avoir fait partager magistralement la nourriture vegane à tout un rassemblement, de plus, une nourriture extrêmement délicieuse !

La petite ville suisse de Saint-Imier était dédiée à ces rencontres avec presque 8 lieux disponibles dont celui de l’organisation anarchiste locale : « l’Espace Noir ».

Nous devons tout de même formuler plusieurs critiques vis à vis de ces rencontres, tout d’abord l’omniprésence d’un programme préétabli par une équipe d’organisation qui ne laisse aucune place aux initiatives spontanées. Un programme qui évite de traiter en profondeur les principales dominations de notre société capitaliste ; le spécisme, le sexisme, l’homophobie, l’antisémitisme etc. Les initiatives allant dans ce sens ont été individuelles comme l’organisation de réunions/débats féministes en non-mixité (présence également de réunions non-mixtes d’hommes sur le patriarcat). Pourtant, nous ne disposions pas de lieu pour mener les réunions et discussions parallèles. Nous devons également regretter la présence de propos misogynes ou homophobes prononcés par certaines personnes, et la non prise en compte de ces problématiques quotidiennes dans ce rassemblement. Divers groupes ont pu s’organiser sans aide de l’organisation, pour produire des travaux passionnants. De plus, dans cette rencontre anarchiste nous devons déplorer la trop forte présence et importance de l’argent, des concerts payants presque tous les soirs, un camping payant etc. En réaction à cela, il y a eu un troisième camping gratuit et auto-géré qui s’est construit durant le rassemblement.

Ce qui nous a le plus marqué c’est que nous avons découvert qu’à « l’Espace Noir », un homme (extérieur au mouvement anarchiste et faisant du commerce) faisait cuire des saucisses sur un énorme barbecue, pour vendre des hot-dogs. L’odeur de cadavre envahissait tout le bar et la cour, où de nombreuses personnes se réunissaient chaque soir après les conférences, pour profiter des concerts.

Contre ce barbecue, des actions spontanées se sont rapidement mises en place : Des vegan-e-s ont commencé par mettre de la crotte de chien dessus, puis un autre soir ont jeter sur les saucisses un mélange d’urine et d’excréments (ce qui n’a pas empêché les consommateurs de viande d’en manger).

Ayant constaté ce barbecue et entendu parler de ces actions spontanées, nous avons décidé le jour suivant de nous réunir entre vegan-e-s. Par la suite, nous avons décidé, à 15 /20 vegan-e-s, de bloquer le barbecue et d’empêcher la vente de viande sur ce festival anarchiste. Nous avons débarqué et formé une chaîne humaine tout autour du barbecue pendant que les saucisses étaient données aux chiens. Nous avons lu un texte écrit collectivement, et avons crié des slogans (« There is no excuse for animal abuse !!! » – « Il n’y a pas d’excuse pour la maltraitance animale !!! »).

A ce moment là, la tournure des évènement est devenue assez « folklorique », et nous avons subi une série de violence : L’homme du barbecue à pris sa spatule pour brûler un camarade, il en a mordu un autre, des gens ont aspergé de vins des militant-e-s, un homme a tenté de nous frapper, d’autres nous ont giflé, poussé. On nous a traité de fachos, nazis, islamistes, on nous a demandé qui était le responsable de tout ça, certains se sont offusqués de voir une telle action directe dans un rassemblement anarchiste. (« Ils font ça ici !!?? »). Quelques sympatisant-e-s dont des copines féministes (non veganes) sont venus tenter de nous défendre, aidés d’autres personnes, et ont fait spontanément le lien avec le combat féministe (« Tous les combats ont commencés comme ça, le combat féministe aussi ! »). Nous étions tout autour du barbecue, faisant une chaine humaine, tournés vers la foule, dont certaines personnes s’étaient rapprochées. Beaucoup d’entre nous avons eu des débats houleux avec certains, dans une mauvaise foi et une agressivité impressionnante la plupart du temps. Après moult slogans et autres bousculades, dans un brouhaha total, nous avons réussi à obtenir ce que nous voulions, le barbecue a été retiré, et jusqu’à la fin du rassemblement il ne devait pas réapparaître.

Juste après l’action, tout le rassemblement ne parlait que de ça, en bien ou en mal, mais tous en parlaient, nous avons entendu de nombreuses conversations et débats spontanés sur le chemin menant au camping, dans les salles de conférences….Parmi les anecdotes nous pouvons citer par exemple un anarchiste qui nous a dit « mais qu’ils rentrent chez eux les vegans », auquel un camarade a répondu « Mais on n’a pas de pays, on rentre en « Veganie » alors ? » Un organisateur nous racontait qu’il avait du calmer un homme qui disait « Dans une fête de village ont les aurait tabassés » et il lui a été répondu « Mais en fait, ici, c’est une rencontre politique et pas une fête de village ! »

Le lendemain, pour expliquer l’action, le groupe qui avait organisé l’action (auquel nous faisions partie), ont organisé une grande discussion, où sont venues assister une centaine de personnes pour discuter et débattre du veganisme et de l’anarchisme. Nous avons pu parler du spécisme, de la cohérence à être anarchiste et de ne pas manger de viande, de l’importance, non pas d’empêcher tout le monde de manger de la viande, mais de faire d’un lieu politique un lieu où toutes les luttes, dont l’antispécisme peuvent avoir leur place, etc.

Pour finir, devant les 3000 personnes du meeting de clôture nous avons pris la parole à son ouverture, grâce à l’aide de certaines camarades féministes, pour expliquer les raisons de l’actions, les retours que l’on avait pu avoir, et pour revenir sur l’incohérence de manger de la viande lorsqu’on est anarchistes.

La vidéo est disponible et sous-titrée en français ci dessous :
http://vimeo.com/47821910
Déclarations des Végan-e-s lors des RIA de Saint Imier from Panthères Enragées on Vimeo.

Nous pouvons ainsi nous féliciter que tout le monde, dans ce rassemblement, a entendu parler du veganisme, des personnes ont par la suite lancé des débats sur l’antispécisme au sein de leurs organisations anarchistes en rentrant dans leurs pays respectifs, d’autres sont devenus végétarien-ne-s en pensant à devenir vegan-e-s, comme quoi, parfois l’action directe peut très bien fonctionner !!!


Pécho sur le site des Panthères enragées
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Nyark nyark » 19 Sep 2012, 17:19

Merci pour le lien K.O.A.L.A : je vais le mettre dans la partie "liens" du forum.
:clap:
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Pïérô » 20 Sep 2012, 11:47

Je ne pense pas en tant qu'anarchiste révolutionnaire, de lutte de classes, me sentir faire partie de cette planète "végan", dans laquelle grouillent des antispécistes qui mettent sur le même plan la libération humaine et la "libération animale". Il y a dans cette mouvance quelque chose de parfaitement confusioniste et réactionnaire, et la manière tyranique dont ces personnes ont usé et largement abusé lors de la rencontre anarchiste internationale est proprement inadmissible.
Je ne suis absolument pas pour que ce lien soit mis sur ce forum.
Des arguments sont développés dans ce topic notamment : viewtopic.php?f=69&t=4610
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Kzimir » 20 Sep 2012, 13:18

J'ai rien contre les vegans perso, c'est un truc que je peux comprendre, et qui me semble pas spécialement réactionnaire, mais le plan d'aller saboter un barbecue et d'empêcher la vente de viande c'est vraiment des pratiques qui auraient méritées une réponse déterminée de la part des organisateurs. Si les végans tiennent tant que ça à la non présence de viande, il ne tenait qu'à eux de participer à l'organisation et de porter cette revendication dans ce cadre là. Ou de convoquer un genre d'AG générale qui tranche sur la question. Mais arriver comme des fleurs et mener une action de ce type, c'est une pratique ultra-hostile. Et d'ailleurs je pense qu'ils n'ont pu se permettre ce type d'action que parce que c'était une rencontre anarchiste, forcément assez ouverte sur ce genre de trucs : mon syndicat organise des stands merguez à la plupart des manifs et des rassemblements, je pense que des vegans qui viendraient jeter de la merde sur le stand seraient accueuillis de manière un peu plus fraîche.
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Nyark nyark » 20 Sep 2012, 13:43

Comme quoi ce forum représente aussi la diversité de ce que nous sommes (tout comme la rencontre de St-Imier d'ailleurs).
Je ne suis, perso, ni vegan, ni antispéciste : par contre je pense que ce sont des combats parfaitement respectables.
Tout comme il est sans doute respectable de continuer à s'empoisonner à coups de viande, ainsi que de continuer à empoisonner la planète (voir à ce sujet : http://www.rue89.com/2009/10/01/bidoche ... -la-viande).
Dans tous les cas, mettre un lien n'est en aucun cas obliger les gens à adhérer à ce qui y est dit, mais seulement les aider à s'informer pour peu qu'ils le veuillent, bien entendu. Tout au moins, tant qu'il s'agit d'un lien "fréquentable", ce qui me semble être le cas ici.
Mais il est bien évident que, si vous êtes plusieurs (il a déjà kzimir et piérô) à en demander le retrait, je le retirerai.
D'ailleurs, je ne suis pas seule admin ici : si quelqu'un veut retirer ce lien, libre à lui.

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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Kzimir » 20 Sep 2012, 13:45

Je ne suis pas forcément contre mettre ce lien, je m'abstiens sur la question, ce sont les méthodes utilisées à St Imier qui me semblent totalement néfastes.
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Béatrice » 20 Sep 2012, 13:59

La "diversité" en matière de' nourriture n'était pas au rendez-vous à St-Imier, plus exactement sur le site de la salle de spectacles, le "végan" y étant la seule nourriture
proposée à toutes et tous à la cantine autogérée : un choix décisif pris en amont et donc imposé . Peut-être que sur d'autres sites il en fut autrement ?
Pour les réfractaires , elles (ils) n'avaient qu'à aller se "nourrir" ailleurs ! ( à condition ben sûr qu'elles (ils) en avaient les moyens ! ).
C'est une "tendance' qui a le vent en poupe en ce moment , j'ai pu le constater car "item" au festival de "Paroles de galère" à Marseille.
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede spleenlancien » 20 Sep 2012, 14:19

@nine,
L'affaire végan est-elle générationnelle ?
En disant pour simplifier, les vieux anars carnivores contre les jeunes punks végan, suis-je dans l'erreur ? un peu ? beaucoup ? ou pas du tout ?
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Béatrice » 20 Sep 2012, 14:28

spleenlancien a écrit:@nine,
L'affaire végan est-elle générationnelle ?
En disant pour simplifier, les vieux anars carnivores contre les jeunes punks végan, suis-je dans l'erreur ? un peu ? beaucoup ? ou pas du tout ?


Non , le problème n'est pas là : il réside dans le fait qu'il fut imposé d'office, car rien d'autres à ma connaissance !
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede spleenlancien » 20 Sep 2012, 14:31

Oki.
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Pïérô » 20 Sep 2012, 14:34

C'est une grave erreur politique spleen, doublée d'une analyse agiste. :wink: . Je n'ai rien contre les végétariens, et suis sensible aux arguments, mais il s'agit bien là d'un courant, végan, avec la forme antispéciste intègriste, qui s'érige en forme de religion, et qui en plaçant sur le même plan libération humaine et "libération animale", nie des différences pourtant importantes, et nie la lutte des classes. Pour prendre un exemple, qui n'est en plus même pas caricatural puisque c'est celui d'un de ces zigotos qu'il a avancé lors d'une rencontre internationale dans un atelier de discussion sur le féminisme avant de se faire pousser vers la sortie, la libération des lapins serait plus importante que la libération de la femme.

Je suis complètement intransigeant face à ce type de courant, et reste très ferme, comme une partie du mouvement anarchiste révolutionnaire, face à ce genre de confusionisme réactionnaire, et ce n'est pas une question d'age. Sur la question des liens, je pense qu'il faut quand même qu'il puisse y avoir un peu de consensus. :wink:
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