Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 12/08

Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede digger » 18 Aoû 2012, 11:34

Lu sur Libcom. Je ne sais pas si vous partagez ces points de vues. J’en traduis en vrac en même temps que je lis parce que cela donne des ressentis différents et des pistes pour l’avenir aussi.
http://libcom.org/forums/general/st-imer-international-gathering-whos-participating-whos-going-09112011

Je passe sur les histoires de chapelles...

akai

"Au sujet de la population du rassemblement en général, dominée par les non-organisés. Parce que je ne pense pas que l’IFA réunissait plus d’une centaine de personnes et Anarkismo pas davantage, je pense. Une petite partie des participants donc...
...Si quelqu’un lit l’espagnol il y a un compte rendu avec des impressions ici http://www.alasbarricadas.org/noticias/node/21744.
[C.R traduit en anglais http://news.infoshop.org/article.php?story=20120814113650668]
Parmi les critiques de l’auteur il y a le manque de traductions dans beaucoup de réunions...
...Il mentionne aussi le grand succès de certains débats qui ont réunis plusieurs centaines de personnes. Cependant, je voudrais faire une remarque à ce sujetPar exemple, l’auteur de ce compte rendu note que quand nous nous organisons par nous-même, nous pouvons réaliser de bonnes choses et il donne pour exemple un débat avec plusieurs centaines de personnes traduit simultanément en plusieurs langues. Seule, une salle était équipée d’un système de traduction. Et puis on apprend que le sujet du débat où avait participé des centaines de personnes était "Géographie et Anarchie" …
..une rencontre de toutes les tendances syndicalistes, représentant des dizaines de milliers de personnes (sinon plus) réunissait une cinquantaine de personnes. Et des centaines de personnes écoutaient des trucs comme géographie et anarchisme. "
...c’est pourquoi je passe mon temps à essayer de construire des réseaux et des formes d’organisations plus efficaces pour l’avenir...
...J’ai été un peu déçue que des organisations qui ont fait des ouvertures constructives sur la fin n’ont pas formulé de propositions concrètes sur comment travailler ensemble, mais peut-être devons nous en prendre l’initiative nous-mêmes. Je pense qu’elles veulent sincèrement entretenir de bonnes relations mais ne savent pas comment faire. C’était bien intentionné mais j’aurais préféré du concret aux bonnes intentions. Je pense que si nous voulons le faire, il faudra le faire de façon totalement différente, en présentant des propositions plus concrètes et peut-être une manière plus formelle de se rencontrer....
...[sur le salon du livre] Je suis heureuse de voir tant de gens faire un bon boulot en éditant des publications de qualité, aussi bien des classiques que des nouveaux textes . "

Débat toujours en cours

Lu aussi sur le même forum :

"Sur le chemin du retour de la rencontre de St Imier, deux anarchistes, l’un membre de la Anarchist Federation,ont été détenus pendant près de deux heures à Heathrow par leSO15 (anti-terrorisme) qui a d’abord refusé de s’identifier comme tel auprès des détenus. Pendant la détention, on a dit aux anarchistes que leurs droits normaux ne s’appliquaient pas et on a pris leur nom, adresse, email, empreintes génétiques, photos et empreintes digitales. Ils ont été obligés de signer un formulaire - légal ou illégal - de renonciation à leur droit de ne pas parler ou de faire appel à un avocat. La police a aussi effectué une fouille minutieuse des effets personnels, littérature photocopiée et passeports ..."
http://bristolaf.wordpress.com/2012/08/16/anti-terrorist-police-detain-afed-member/
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Béatrice » 19 Aoû 2012, 08:22

L'anarchisme aujourd'hui : une nouvelle jeunesse ?

Entretien du 9 août dernier sur France Culture avec Irène Pereira dans le cadre des Rencontres Internationales de l'anarchisme à St-Imier :

http://www.franceculture.fr/emission-le ... 2012-08-09
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Winston » 20 Aoû 2012, 19:40

Je trouve dommage qu'ils se soient pas mis a l'air numerique ou qu'ils en aient pas eu les moyens technique/financier.

Parce qu'on a pas grand chose pour se rendre compte de la teneur des debats... (merci a schwarz pour ses CR).
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede SchwàrzLucks » 20 Aoû 2012, 20:17

Un certain nombre de débats ont été enregistrés... reste à savoir s'ils seront publiés sur le net et quand.
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Messagede Flo » 22 Aoû 2012, 08:42

De nouveaux clichés de très bonne qualités viennent d'être mis en ligne sur Saint-Imier : http://www.flickr.com/photos/fle_ur/set ... 178169544/
"La société à venir n'a pas d'autre choix que de reprendre et de développer les projets d'autogestion qui ont fondé sur l'autonomie des individus une quête d'harmonie où le bonheur de tous serait solidaire du bonheur de chacun". R. Vaneigem
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Messagede niouze » 25 Aoû 2012, 14:50

lu sur le juralibertaire
[Saint-Imier 2012] L’antiterrorisme britannique travaille
Posted on 23 août 2012 by juralib

Des anarchistes britanniques arrêtés par la police anti-terroriste à leur retour des Rencontres Internationales de l’Anarchisme de Saint-Imier

À leur retour des Rencontres Internationales Anarchistes (RIA) de Saint-Imier, du 8 au 12 août 2012, le Secrétariat aux Relations Internationales de la C.G.A. a reçu des compagne-on-s anarchistes d’Écosse le texte qui fait suite.

Nous avons décidé de la publier intégralement, en solidarité en premier lieu, et en second lieu parce qu’il démontre qu’en Grande-Bretagne comme ailleurs, la criminalisation de notre Mouvement politique est l’arme la plus communément employée par les étatistes – Police, “Justice”, etc. – face à la résurgence des mécontentements, des luttes et du développement d’une radicalité incontestable.

Nous appelons l’ensemble des organisations libertaires à témoigner de leur solidarité à nos camarades anarchistes britanniques.

Anarchistes détenu-es par la police anti-terroriste à leur retour d’une conférence en Suisse

La semaine dernière, des milliers d’anarchistes de toute l’Europe ont convergé à Saint-Imier en Suisse pour célébrer le 140e anniversaire de la création de l’Internationale anarchiste. Cette rencontre a pris la forme d’un festival et d’une conférence, avec de la musique, des films et des divertissements aussi bien que des ateliers et des débats.

À leur retour de Saint-Imier, deux anarchistes, l’un-e d’entre elles-eux membre de la Fédération Anarchiste du Royaume-Uni, ont été détenu-es pendant près de deux heures à l’aéroport d’Heathrow par la police SO15 (anti-terroriste). Durant leur détention, les anarchistes ont été informé-es que leurs droits n’étaient exceptionnellement pas applicables et ont du donner leur nom, adresse, adresses e-mail, ADN et empreintes digitales.

Les anarchistes détenu-es ont également été contraint-es de signer des formulaires – dont la valeur légale est incertaine – dans lesquels ils-elles renonçaient à leur droit à garder le silence et à un avocat. La police a également effectué une fouille complète de leurs effets personnels, a photocopié leur passeport et la propagande qu’ils-elles transportaient et a copié l’information de leurs téléphones et de leurs appareils photo.

Durant la détention, la police les a constamment accusé de mentir et d’avoir pris part à des activités criminelles et ont prétendu qu’ils allaient poursuivre l’enquête au sujet d’un-e des anarchistes détenu-es. De plus, les agents SO15 ont posé un certain nombre de questions provocatrices, insultantes et sans aucun rapport, y compris “que feriez-vous si quelqu’un violait votre mère ?”, une tentative évidente de causer un tort émotionnel et de solliciter une réaction violente ou hostile. L’un-e des membres (28 ans) qui n’a pas souhaité être nommé-e par peur de représailles de la police, a déclaré “Nous avons été traité-es comme des criminel-les. Je leur ai dit que j’étais allé-e au congrès en tant que journaliste amateur-trice et que j’écrivais des articles sur le militantisme. Ils ont vu mon carnet de notes, mon appareil photo et mon dictaphone mais ils ont dit que je mentais.” Un officier a dit “Vous dites être anarchiste, j’ai vu des anarchistes aux infos : ils-elles sont violent-es, jettent des cocktails molotov et dérangent la vie des gens, elles-ils n’écrivent pas d’articles.”

Les agents anti-terroristes ignoraient, ou ont décidé d’ignorer le fait que le premier jour du congrès, l’Internationale des Fédérations Anarchistes (dont la Fédération Anarchiste britannique est membre) a fait une déclaration rejetant toute tactique terroriste comme moyen de parvenir à une société anarchiste.

Contrairement aux actions des forces de sécurité britanniques, la presse locale et les habitant-es de Saint-Imier ont fait un bilan très positif des rencontres anarchistes.

À travers cet incident, nous constatons une nouvelle dérive vers une criminalisation des idéologies politiques au Royaume-Uni. Les deux anarchistes détenu-es n’ont jamais été impliqué-es dans des actions illégales ou violentes, ou aucune action qui relèverait de la police anti-terroriste. Comme par le passé, lorsque la police métropolitaine de Londres avait appelé à la dénonciation des anarchistes, les anarchistes sont harcelé-es sur la base de leurs idées politiques.

En tant qu’anarchistes de lutte de classe, nous pensons que l’État sert les intérêts des riches et des puissant-es au détriment des intérêts des gens ordinaires. On le voit de façon très claire lorsque des gens critiques de l’État sont traitées comme des terroristes et des criminel-les. Nous voulons une société sans classe, fondée sur la liberté, l’égalité et la coopération. Nous croyons en la capacité des gens ordinaires à gérer la société eux-elles-même, sans interférence des patron-nes et des politicien-nes. Cet incident n’était pas en réaction à un crime quelconque et constitue un acte de répression et de criminalisation d’une idéologie politique.

ch.indymedia, 19 août 2012, via Le Chat Noir Émeutier
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede René » 29 Aoû 2012, 15:43

Pour info, un extrait.
Texte entier sur http://monde-nouveau.net/spip.php?article416

Intervention aux
Rencontres internationales
sur l’anarchisme,
Saint-Imier
8-12 août 2012


René Berthier


(...)

Saint-Imier fut-il une « scission » ?
Le congrès de Saint-Imier est souvent désigné comme une scission. Par exemple, si on cherche « Association internationale des travailleurs » sur Google, on peut lire à propos de l’AIT « anti-autoritaire » : « La constitution de cette nouvelle internationale a lieu à Saint-Imier le 15 septembre 1872 » et on y apprend que « L'Internationale “officielle” dénonce cette scission ». Cette vision est malheureusement parfois entérinée par les anarchistes eux-mêmes.
Le congrès international de Saint-Imier ne fut pas une scission, et l’AIT dite « anti-autoritaire » ne fut pas une « nouvelle » organisation ! Ce fut tout simplement un congrès extraordinaire de l’AIT qui décida que l’AIT de 1864 continuait, et qui décida des nouvelles conditions dans lesquelles l’Internationale continuait. C’est tellement vrai que la numération des congrès, à partir du congrès ordinaire suivant, tenu à Genève en 1873, reprend naturellement la suite des congrès précédents !
Ce sont au contraire les « marxistes » ou qualifiés de tels qui scissionnèrent, en prenant à La Haye des décisions anti-statutaires qui furent récusées par les autres fédérations de l’Internationale.
La scission opérée par les marxistes fut entérinée par le congrès qu’ils convoquèrent en septembre 1873 à Genève, peu après le VIe congrès de l’Internationale « canal historique », si je puis dire. Ce fut un congrès fantôme convoqué par un Conseil général devenu lui aussi fantôme. Personne ou presque ne participa à ce congrès scissionniste. Tous ceux sur lesquels Marx comptait se désistèrent poliment. Le congrès « marxiste », si on peut l’appeler ainsi, fut marqué par les mêmes falsifications que lors de la conférence de Londres en 1871 et le congrès de La Haye en 1872.
Ainsi, Becker, l’exécuteur des basses œuvres de Marx, se vanta d’avoir réussi à faire « surgir de terre, en quelque sorte, treize délégués d’un seul coup ». A ce congrès furent distribués – encore une fois – des mandats truqués. Je ne me souviens plus qui inventa pour l’occasion le mot “delegiertenmacherei” – fabrication de délégués.
Becker se vanta également d’avoir manipulé la composition de la commission de vérification des mandats, où il réussit à faire passer douze délégués de sa fabrication.
Ce congrès fut un tel fiasco, de l’aveu même de Marx, que le compte rendu n’en fut même pas publié. L’isolement de Marx et d’Engels est alors presque total.
Il faut donc le proclamer : le congrès international de Saint-Imier fut un succès politique éclatant des fédéralistes de l’Internationale contre les bureaucrates centralistes, un succès que les autres fédérations entérinèrent en se ralliant à l’idée que chacune avait le droit de décider de son propre sort sans se voir contrainte d’adopter un programme uniforme.
Mais il faut dire cependant que ce succès fut de courte durée, puisque l’expérience prit fin six ans plus tard. La Fédération jurassienne décida à son congrès des 3-5 août 1878, tenu à Fribourg, de ne plus convoquer de congrès international.
Au-delà du plaisir de la célébration du congrès de 1872, il me paraît nécessaire de poser une question sur laquelle nous devrions sérieusement nous pencher : quelles causes conduisirent à la régression du mouvement ouvrier « anti-autoritaire ». Et surtout : quelles furent les causes internes au mouvement qui conduisirent à cette situation.


L’AIT « anti-autoritaire » fut-elle anarchiste ?
Le congrès de Saint-Imier ne fut pas, selon moi, le lieu de naissance de l’anarchisme et les résolutions du congrès ne sont pas l’acte de naissance de l’anarchisme.
J’insiste sur le fait que toutes les fédérations de l’AIT n’étaient pas « bakouniniennes », et le désaveu des pratiques de Marx et de ses amis par la plupart d’entre elles ne constituait en aucun cas un acte de ralliement au point de vue « anarchiste ». Ce désaveu exprime cependant de façon claire que l’unité internationale du mouvement ouvrier n’était possible que sur la base de la solidarité concrète, comme le proposait Bakounine, qui ajoutait que la « puissante centralisation de tous les pouvoirs dans les mains du Conseil général » aboutissait à la dissolution de fait de l’AIT 7.
Je pense donc que désigner l’AIT anti-autoritaire comme « anarchiste » est un contresens. L’AIT anti-autoritaire est un courant fédéraliste et collectiviste. Une étude attentive de l’usage du mot « anarchie » et de ses dérivés dans les textes de Bakounine montre qu’il était très réticent à l’utiliser. Bakounine lui-même se définissait comme « socialiste révolutionnaire » ou « collectiviste ».
Les résolutions de Saint-Imier, qu’on qualifie souvent de proclamation anarchiste, tiennent un discours qui reste strictement dans les limites d’une organisation de classe, c’est-à-dire une organisation regroupant les travailleurs dans une structure de type syndical, fondée sur leur rôle dans le processus de production – ce qui n’est absolument pas l’objectif d’une organisation spécifiquement anarchiste ou, pour parler « moderne », d’une organisation spécifique.
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait pas dans l’AIT de militants se définissant comme « anarchistes », ni de militants préconisant une forme spécifique d’organisation. Mais l'AIT dite « anti-autoritaire » issue du congrès de Saint-Imier n'était pas absolument pas « anarchiste ».
Il me semble précisément que notre mouvement n’a pas réellement examiné ni étudié – sauf ignorance de ma part bien sûr, que je suis prêt à reconnaître – les tensions qui sont apparues après le VIe congrès de l’Internationale, c’est-à-dire après 1873, au sein de l’Internationale anti-autoritaire, entre un courant qu’on pourrait qualifier de « proto-syndicaliste révolutionnaire », avec James Guillaume et Bakounine, et un autre qui commence à se désigner explicitement comme anarchiste, avec des hommes comme Pierre Brousse, Andrea Costa et d’autres.

(...)

Relation entre organisation de masse et
organisation politique

Les débats qui eurent lieu dans l’Internationale, avant et après Saint-Imier, posèrent de nombreuses questions, mais en particulier une qui reste très actuelle dans le mouvement libertaire, celle de la relation entre organisation de masse et organisation politique. Bakounine a le mérite d’avoir posé le problème de l’organisation des révolutionnaires et de ses rapports avec les masses. Il l’a posé en opposition à la stratégie politique de Marx, électoraliste et parlementaire.
Doit-on rappeler que lorsque Bakounine disait que « le temps des grands discours théoriques, imprimés ou parlés, est passé », que « le temps n’est plus aux idées, il est aux faits et aux actes », il ne pensait pas, comme ont pu le comprendre de manière catastrophique certains anarchistes, à des actes de terreur destinés à réveiller les masses prétendûment endormies : « Ce qui importe avant tout aujourd’hui, disait-il en 1873, c’est l’organisation des forces du prolétariat. Mais cette organisation doit être l’œuvre du prolétariat lui-même. »

« Organisez toujours davantage la solidarité internationale, pratique, militante, des travailleurs de tous les métiers et de tous les pays, et rappelez-vous qu’infiniment faibles comme individus, comme localités ou comme pays isolés, vous trouverez une force immense, irrésistible, dans cette universelle collectivité. »


Il me semble que la rencontre internationale de 2012 devrait être un lieu où ce débat puisse s’exprimer et s’élargir. Elle devrait en particulier réaffirmer ce constat, que le mouvement libertaire ne fut puissant que lorsque existait une organisation de masse et qu’il nous incombe aujourd’hui de récupérer le terrain perdu à la suite des aléas de l’histoire… et de nos propres erreurs.
En effet, je pense qu’il ne faut pas se contenter de célébrer la victoire éphémère que fut le congrès de Saint-Imier pour le mouvement ouvrier international. Il me paraît nécessaire de tenter comprendre pourquoi cette victoire se transforma six ans plus tard en déroute. Car l’Internationale dite « anti-autoritaire » ne s’acheva même pas sur un congrès prononçant sa propre fin, ce qui aurait été une manière de finir avec les honneurs : on décida simplement de ne pas convoquer d’autres congrès. Il ne me semble pas que le contexte et les raisons de cette dissolution dans les airs d’une Internationale qui apparaissait fort vigoureuse à Saint-Imier en 1872 aient été examinés de manière convaincante.
Notre rencontre, à l’occasion de laquelle se tient d’ailleurs un congrès, celui de l’Internationale des fédérations anarchistes, n’aurait pas de sens si elle se limitait à être une célébration.

Nous devons à nos anciens au moins deux choses :

• Comprendre pourquoi le mouvement libertaire après Saint-Imier a régressé dans certains pays et pas dans d’autres, et en particulier définir les causes internes de cette régression ;
• Engager un processus, dont je me doute qu’il prendra du temps, permettant d’unifier le mouvement libertaire à l’échelle internationale dans la lutte contre le capitalisme et l’Etat, pour l’émancipation des exploités et des opprimés.

Conclusion
En conclusion, je dirai que la célébration du congrès de Saint-Imier de septembre 1872, fondée sur l'idée que ce congrès fut un congrès « anarchiste » et qu'il fut le point de départ du mouvement « anarchiste » est une erreur. Ce congrès se fondait sur l'idée que pouvaient adhérer à l'AIT des fédérations ayant la liberté du choix de ce qu'ils estimaient être la voie de l'émancipation. C'est ainsi que John Hales, un dirigeant de la Fédération britannique, a déclaré soutenir la Fédération jurassienne, mais que sa fédération choisissait la voie de l'action politique – c'est-à-dire parlementaire. C'est cette liberté de choix qui fit que la totalité des sections de l'AIT ont dénoncé les décisions prises par les bureaucrates du Conseil Général à La Haye et ont soutenu la création à Saint-Imier d'une AIT « anti-autoritaire »,
Ce n'est que progressivement que le courant « anarchiste » de l'AIT anti-autoritaire a pris le dessus et qu'il a imposé à l'organisation un programme anarchiste, allant totalement à l'encontre de tout ce que Bakounine avait dit. Le vieux révolutionnaire avait prévenu qu'en établissant un programme unique dans l'Internationale, on introduisait la division et qu'on aboutirait à créer « autant d'Internationales qu'il y a de programmes ». En modifiant la nature de l'AIT, en la transformant d'organisation de classe qu'elle était en groupe d'affinité, les anarchistes ont provoqué le départ de toutes les fédérations qui ne se reconnaissaient pas dans le programme anarchiste.
Il est certain que les causes de la dissolution de l'AIT anti-autoritaire sont multiples, mais il ne fait pas de doute que ce sont les anarchistes qui sont les principaux responsables de sa disparition.
Mes conclusions disqualifient-t-elles l’anarchisme pour autant, comme courant politique ? Bien sûr que non. La triste fin de l’AIT anti-autoritaire est largement due selon moi à une incompréhension des relations entre organisation politique (ou « spécifique ») et organisation de classe. Il n’est pas certain que problème ait été résolu encore aujourd’hui.
Je souhaite simplement montrer que si nous voulons survivre comme courant politique, il va falloir jeter un regard critique sur nous-mêmes, un regard sans complaisance. C’était, me semble-t-il, un peu l’objectif de ces Rencontres. Si nous voulons regagner le terrain que nous avons perdu dans le mouvement ouvrier, dans le mouvement syndical, dans le mouvement social d’une façon général, il va falloir commencer à se demander pourquoi nous l’avons perdu, sinon ça ne sert à rien. Il va falloir éviter de renvoyer la faute aux autres : le capitalisme, le marxisme, etc. Il va nous falloir découvrir ce qui, dans nos propres rangs, nous empêche d’avancer.
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede digger » 29 Aoû 2012, 17:30

Je souhaite simplement montrer que si nous voulons survivre comme courant politique, il va falloir jeter un regard critique sur nous-mêmes, un regard sans complaisance....
Il va nous falloir découvrir ce qui, dans nos propres rangs, nous empêche d’avancer.

Et as-tu quelques pistes à proposer, René ?
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede René » 29 Aoû 2012, 18:21

Si je soulève la question, c'est que j'ai sinon des réponses, du moins des hypothèses.
Mais vu que le sujet est délicat, il va falloir y aller prudemment.
J'ai encore besoin d'un peu de temps.

Je souhaite éviter chez les camarades: a) des réactions hystériques; b) des crises cardiaques.

Et il faudra peut-être définir:

1. Une méthode de travail
2. Un vocabulaire commun (c'est-à-dire sur lequel on est tous plus ou moins d'accord)

Et il faudra se débarrasser une fois pour toutes de cette attitude qui consiste à mettre sur le dos des autres la responsabilité de nos échecs.

Mais en attendant je ne suis peut-être pas le seul à avoir des idées.
Ça m'étonnerait que je sois le seul, d'ailleurs.

Il faut absolument que je finalise le dernier chapitre de mon bouquin "La rupture avec le bakouninisme et la fin de l'AIT anti-autoritaire". Les 4 premières parties sont sur le site des Rencontre internationales.

Amicalement
R.
Modifié en dernier par René le 11 Sep 2012, 09:59, modifié 1 fois.
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede digger » 29 Aoû 2012, 18:59

Et bien bonne suite dans ton travail et à bientôt j'espère pour reparler de tout cela, ici ou ailleurs
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Pïérô » 30 Aoû 2012, 00:00

Admin : au delà je pense que le débat, et les éléments sur le sujet, évidemment important et interessant pourront trouver leur place entière dans le topic en partie "Histoire" sur le sujet "Congrès international anarchiste de St Imier". C'est pourquoi j'ai copié le texte de René et les derniers posts pour les mettre à la suite là bas : viewtopic.php?f=68&t=6159.
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede frigouret » 30 Aoû 2012, 11:05

Donc pour la continuation de la discussion sur l'histoire de l'AIT, ça se passe où ? Comme les sujets s'entremellent je vois pas bien la ligne de séparation entre les deux topics.
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Re: Rencontre internationale de l'anarchisme-St-Imier 8 au 1

Messagede Pïérô » 31 Aoû 2012, 11:05

Communiqué de l’IFA

Communiqué public du congrès de l’IFA, Saint-Imier, 9-12 août 2012 aux autres travailleu-rs-ses, exploité-e-s et opprimé-e-s du monde

Les rencontres internationales de Saint-Imier ont permis à de nombreux groupes et militants qui sont membres et qui ne sont pas membres de l’Internationale des Fédérations anarchistes (IFA-IAF) de se rencontrer. L’IFA entend faire le bilan de ces derniers jours.

Il y a 140 ans, dans cette ville, un mouvement anti-autoritaire fut fondé. Il joua un rôle majeur dans la création d’un mouvement organisé d’anarchistes. Ils travaillèrent alors à une profonde transformation sociale, et c’est dans ce sens que nous avons participé, en tant qu’IFA, à la rencontre internationale de Saint-Imier.

Ce que nous avons à offrir est la meilleure sorte de société que l’humanité est capable de réaliser. Nous voulons créer un monde dans lequel sera réalisée la plus complète égalité économique, c’est-à-dire qu’il n’y aura aucune propriété personnelle mais que nous produirons et posséderons tout en commun, sans usage d’argent.

Mais aussi bien que l’égalité économique, il y aura un maximum de liberté personnelle. Cela signifie que nous vivrons comme nous le voulons et personne ne pourra nous contraindre à faire ce que nous ne voulons pas ou nous empêcher de faire de que nous voulons à moins que cela ne limite la liberté des autres. Aussi il n’y aura pas de hiérarchie ni d’oppression de quelque sorte que ce soit. Il n’y aura aucun besoin d’un État ou de police parce que nous n’aurons pas besoin de contrôle ni de coercition. Il n’y aura pas de guerres ni de conflits globaux parce que nous n’aurons pas d’ennemis politiques ni aucun désir ni besoin de nous emparer des ressources des autres. C’est ce que nous appelons Anarchisme.

Les anarchistes rejettent l’idée que c’est dans la nature humaine qu’une personne en exploite une autre et et que nous ne sommes pas égaux. Il est vrai que les dirigeants et les États ont maintenu ce système à travers les siècles. Ce mensonge justifie le capitalisme comme étant un système “naturel”. On entend dire qu’il y a une “crise” du capitalisme, mais le capitalisme est la crise. A l’échelle historique c’est un système récent et il a déjà mis l’humanité à genoux de nombreuses fois avant de conduire à la situation actuelle. Mais à travers le monde les gens voient le mensonge et résistent contre les États et le capitalisme comme jamais auparavant et cherchent à coordonner leurs efforts à travers les frontières nationales. Plus que jamais cela rend la société anarchiste possible.

Mais l’anarchisme n’est pas l’utopisme. A l’évidence, pour qu’une telle société fonctionne, de nombreuses choses doivent d’abord changer et notre tâche est d’aider à conduire à ces vastes transformations et à proposer une analyse qui soit utile à cette fin. La classe ouvrière, ce qui signifie tous les exploités et les populations appauvries, y compris nous-mêmes, doit créer un mouvement de masses. Avant tout, elle ne doit pas confier la lutte à de nouveaux dirigeants avec de vieilles idées, elle doit définir elle-même son chemin.

Aujourd’hui, les mouvements sociaux pratiquent de nouvelles manières de s’organiser qui s’apparentent beaucoup à l’anarchisme. C’est-à-dire en conduisant les actions directement et en les faisant progresser malgré les obstacles et en expérimentant des formes organisationnelles non hiérarchiques. Cela inclut les mouvements d’étudiants, l’action contre la destruction du monde naturel et les ressources communes, les luttes anti-militaristes, les luttes contre les sommets G8 et le capitalisme en général, et plus récemment la lutte contre l’austérité qui unit la classe ouvrière internationale. Des mouvements tels que Occupy et les Indignés et des mouvements similaires pour l’auto-organisation et contre le système bancaire ont montré l’importance de l’usage de l’action directe pour exiger l’espace public. Les soulèvements des peuples indigènes opprimés dans les décennies passées, tels que les Zapatistes, ont inspiré les nouveaux mouvement sociaux et ont influencé l’anarchisme lui-même. De tels nouveaux mouvements créent de grandes assemblées pour prendre des décisions ensemble sans dirigeants. Ils se lient fédérativement en tant qu’organisations au statut égal sans organes de prise de décision à leur centre.

Mais ces tentatives ne réussissent pas toujours de manière satisfaisante parce que les changements sociaux significatifs exigent aussi que nous changions en tant qu’individus. Nous cherchons à être libres et égaux en tant qu’individus mais il doit également y avoir également y avoir la responsabilité personnelle La classe ouvrière elle-même contient des divisions et des oppressions et des hiérarchies qui ne disparaissent pas parce que nous ne voulons pas avoir de dirigeants et parce que nous voulons être égaux. En tant que membres de la classe ouvrière, nous luttons donc en nous-mêmes contre notre propre racisme, sexisme, et nos attitudes et pratiques patriarcales, Nous luttons également contre l’affirmation selon laquelle l’hétérosexualité est la norme ou que les catégories clairement définies comme “masculin” ou “féminin” sont “normales”. Nous devons identifier, et nous opposer à la discrimination et aux stéréotypes sur la base de l’âge ou de la capacité. Jusqu’à ce que les inégalités et la soumission à l’autorité soient identifiées et abolies nous ne pouvons pas être libres, aussi nous identifions et nous opposons à elles dans les mouvements sociaux et les organisations de travailleurs aussi bien que dans la société en général,

Finalement, pour créer cette société libre et égalitaire, la classe ouvrière elle-même doit renverser les dirigeants et le capital. Nous appelons cela une “révolution sociale”. Les anarchistes tentent de susciter au sein de la classe ouvrière la confiance la confiance en notre capacité à réussir aussi rapidement et aussi peu violente que possible. Nous ferons cela en nous joignant aux autres travailleurs pour gagner de petites victoires. Nous faisons cela mieux par l’action directe et pas par les réformes et la négociation avec les patrons. L’action directe signifie non pas attendre mais prendre ce qui devrait nous appartenir à tous. Nous devons soutenir nos luttes respectives à travers l’entraide. Cela signifie la solidarité dans les temps difficiles. En même temps que cela nous aide au jour le jour, cela démontre aux gens ce que nous sommes. Aussi pratiquons-nous l’anarchie maintenant aussi loin que possible dans notre manière de nous organiser pour prouver qu’une société anarchiste est possible.

Nous saluons ces camarades du passé, leur travail et les sacrifices personnels qu’ils ont faits pour l’émancipation humaine. Nous continuons leur travail et développons de manière critique leurs idées et les appliquons à notre situation. Ils salueraient en retour la classe ouvrière mondiale à ce point de l’histoire, dans son combat par la véritable liberté et égalité.

L’IFA a traité de nombreux thèmes au cours des 5 derniers jours et en particulier :

• La crise économique et les luttes sociales

• La solidarité internationale

• L’anti-militarisme

• L’anti-nucléaire et les énergies alternatives

• L’immigration

Sur cette base, l’IFA a renforcé ses propres activités et invite tous les exploités à lutter pour la transformation de la société, pour l’anarchisme.

The International of Anarchist Federations, 12th August 2012.

http://i-f-a.org

http://www.federation-anarchiste.org/sp ... rticle1068
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