Coupe du Monde ... fric immonde.

Re: Coupe du Monde ... fric immonde.

Messagede Pïérô » 10 Déc 2014, 07:24

Rio de Janeiro : l’État brésilien remet en prison des personnes arrêtées pendant la Coupe du Monde

Le mercredi 3 décembre, la police de Rio de Janeiro a refait une opération pour renfermer 4 des 23 personnes arrêtées lors de la finale de la Coupe du Monde. Ces personnes subissent le harcèlement de l’État brésilien contre les mobilisations politiques qui ont eu lieu de juin 2013 jusqu’à la Coupe du Monde de 2014. Elles sont accusées d’avoir participé à des actions violentes pendant cette période. Igor Mendes a été arrêté au petit matin et envoyé à la Maison d’arrêt de Bangu dans la journée. 3 autres personnes, Moa, Gabriel et Sininho, sont aussi recherché.es par la police. Selon les plus grands médias brésiliens, illes auraient été aperçu.es par des flics en civil dans une manifestation le 15 octobre 2014. Ce qui a servi de justificatif pour une nouvelle arrestation, car une des conditions pour rester en liberté en attendant le procès était l’interdiction de participer à des réunions publiques et à des manifestations.

Non au harcèlement politique !
Liberté pour tou.tes les prisonnier.es !
Pour la fin des procès ! Le vandale, c’est l’État qui assassine notre peuple !

[Traduit du portugais brésilien. Sources : CNA-Rio (ABC-Rio de Janeiro) http://cnario.noblogs.org/post/2014/12/ ... -janeiro/| Autogestao.org. http://autogestao.org/estado-executa-ma ... e-janeiro/]

http://fr.squat.net/2014/12/06/rio-de-j ... -du-monde/
Avatar de l’utilisateur-trice
Pïérô
 
Messages: 22439
Enregistré le: 12 Juil 2008, 21:43
Localisation: 37, Saint-Pierre-des-Corps

Re: Coupe du Monde ... fric immonde.

Messagede Pïérô » 19 Déc 2014, 09:51

Rio de Janeiro (Brésil): appel international à la solidarité avec les prisonnier.es de la Coupe du monde 2014. Les procès commencent le 16 décembre

Le 12 juillet 2014, à la veille de la finale de la Coupe du Monde, la police de Rio de Janeiro a arrêté 19 activistes, visant à désarticuler la grande manifestation prévue contre le match de la finale, sous la justification que toutes ces personnes auraient participé à des actes «violents» dans les révoltes de l’année dernière et qui envisageaient d’autres actions lors de la manifestation contre la finale de la Coupe du Monde. Au total, environ 23 mandats de perquisitions, arrestations et détentions temporaires ont été menés contre des personnes accusées d’avoir participé à des mouvements sociaux. Les mandats étaient de 5 jours de détention provisoire, 4 personnes ont réussi à échapper aux enlèvements de la police.

Les activistes ont été emmené-es à la « Cité de la Police » de la ville de Rio de Janeiro, un grand complexe de commissariats construit pour tenir compte de la répression liée aux protestations contre les méga-événements et la logique de la ville marchande. Dans cette grande enceinte se trouve la DRCI, le commissariat de police de répression des crimes informatiques, qui joue aujourd’hui le même rôle que l’historique commissariat à l’ordre politique et social, l’infâme “DOPS” (Delegacia de Ordem Política e Social) créée en 1924 pour réprimer les anarchistes, principalement utilisée durant l’Estado Novo* et plus tard lors du Régime Militaire en 1964, et qui avait pour objectif de contrôler et de réprimer les mouvements politiques et sociaux qui s’opposaient au régime alors au pouvoir. Peu après, les personnes arrêté.es ont tout.es été transféré-es au complexe pénitentiaire de Bangu.

Quelques jours plus tard, la libération de 18 activistes a été obtenue par le biais d’une décision appelée Habeas Corpus**. Peu de temps après, la justice a de nouveau ordonné l’arrestation de ces 18 personnes qui ont réussi à s’échapper et sont restés dans la clandestinité. Camila, Igor D’Icarahy et Elisa (Sininho) ont été détenu.es pour environ 10 jours, quand tout.es ont été libéré.es sous caution, sauf Caio et Fabio, détenus depuis janvier et accusés d’homicide. Les activistes vivent un moment difficile de criminalisation et de persécution, même si illes attendent le jugement en liberté. Illes sont interdit de quitter la ville et de participer à des manifestations et à des réunions publiques. Pendant le mois de décembre, Igor Mendes a été à nouveau arrêté et deux autres copains/copines sont aujourd’hui dans la clandestinité. Illes sont accusé.es d’avoir participé à une manifestation “pacifique” le 15 octobre, ce qui constitue une menace à l’ordre public au regard de la justice. D’autres arrestations peuvent survenir à n’importe quel moment, et les jugements – qui commencent le 16 décembre et continuent dans le mois de janvier – peuvent encore amener à des condamnations. La police a déclaré que les arrestations sont fondées sur des enquêtes judiciaires qui ont eu lieu secrètement depuis septembre 2013 contre le Front Populaire Indépendant (FIP), les black blocs et d’autres groupes militants, accusés de complot. La méthodologie de la police est la surveillance, la violation de la confidentialité et de la vie privée des individus. Les 23 activistes ont une liste exhaustive et absurde d’accusations qui comprend : associations de malfaiteurs et détention d’armes, détention d’explosifs, dégradation des biens d’autrui, résistance à l’arrestation et agression occasionnant des lésion corporelles, et corruption de mineurs.

L’État qui détient toujours plus de prisonnier.es à Rio pour qu’un match de football ait lieu est le même État qui ferme des écoles, qui tue dans les favelas et qui organise une Coupe du monde. Avec ces arrestations, l’État brésilien a écrit un nouveau chapitre de son histoire, le jour durant lequel tous les masques sont tombés, pas seulement pour l’État mais aussi pour tous les partis et groupes qui veulent participer à cette démocratie telle qu’elle est, à cette représentativité parlementaire. En ce jour l’État a dit en toutes lettres « GUERRE A LA POPULATION », pas de façon subliminale, mais à qui veut l’entendre. Dans les favelas les gens le savent déjà depuis bien longtemps, les émeutes de juin-juillet 2013 ont également essayé d’avertir, mais cette fois, c’était en prime time et en toutes les lettres. Où toute la population a vu que les mêmes lois instituées par l’État sont brisées quand il le veut, comme il l’a toujours fait avec la population pauvre et noire pendant toute l’histoire du génocide mené par l’État brésilien.

Nous vous invitons toutes et tous à organiser des actions dans votre ville en solidarité avec les prisonnier.es de la Coupe du monde. Nous ne pouvons pas rester silencieux face au terrorisme d’État du gouvernement brésilien et de la dictature de la FIFA. Tout le monde connaît l’importance des soulèvements de masse qui ont eu lieu au Brésil depuis juin 2013 jusqu’à maintenant, qui ont marqué une étape dans l’histoire de ce peuple, un moment de rupture avec les structures existantes, un cri pour dire Stop! aux nombreuses oppressions et violences historiques contre le peuple. Les forces de répression veulent à tout prix contenir la colère de la population en effrayant les activistes par la persécution, veulent reprendre le contrôle et conformer les gens à accepter la misère de la vie quotidienne. Ils sont prêts à jeter en prison tout.es celles et ceux qui n’abdiquent pas dans ce combat. Nos compagnon.nes ont besoin d’un soutien entier pour gagner cette lutte et rester dans les rues, dans les assemblées et dans la mobilisation populaire.

Aucun pas en arrière ! Personne ne sera laissé de côté ! Pour la fin immédiate des persécutions !

Liste des accusé.es :
– Elisa Sanzi (Sininho), Luiz Carlos Rendeiro Junior, Gabriel Marinho, Karlayne Pinheiro (Moa), Eloisa Samy, Igor Mendes, Camila Jourdan, Igor D’Iicarahy, Drean Moraes, Shirlene Feitoza, Andressa Feitoza, Leonardo Baroni, Emerson da Fonseca, Rafael Caruso, Filipe Proença, Pedro Freire, Felipe Frieb, Pedro Brandão, Bruno Machado, André Basseres, Joseane Freitas, Rebeca Martins, Fabio Raposo e Caio Silva Rangel.

Décembre 2014,
Croix Noire Anarchiste Rio de Janeiro


Notes des traductrices et traducteurs :
* Estado Novo, qui signifie « Etat nouveau », est le nom donné à la dictature instaurée par Vargas au Brésil depuis le coup d’Etat du 10 novembre 1937 jusqu’au 29 octobre 1945 et la destitution de Vargas par les militaires. Cette dictature est calquée aux conceptions du pouvoir des États fascistes européens durant la même période: culte du chef et paternalisme (Vargas se faisait appeler « Pères des Pauvres »), centralisation du pouvoir et interventionnisme total de l’État, etc.
La junte militaire a ensuite été au pouvoir pendant deux décennies, de 1964 à 1986, et s’est maintenue à plusieurs reprises par des bains de sang.
** L’ordonnance, bref ou mandat d’habeas corpus (en anglais writ of habeas corpus), plus exactement habeas corpus ad subjiciendum et recipiendum, énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement (contraire de l’arbitraire qui permet d’arrêter n’importe qui sans raison valable). En vertu de ce principe, toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Ensuite, elle peut être libérée sous caution, puis amenée après devant un juge.

Version originale en portugais : ABC Rio de Janeiro.
Traduit initialement par : Le Chat Noir émeutier.
Mise à jour et nouvelle traduction par : ABC Rio de Janeiro.

http://fr.squat.net/2014/12/15/rio-de-j ... -decembre/
Avatar de l’utilisateur-trice
Pïérô
 
Messages: 22439
Enregistré le: 12 Juil 2008, 21:43
Localisation: 37, Saint-Pierre-des-Corps

Re: Coupe du Monde ... fric immonde.

Messagede Pïérô » 03 Jan 2015, 08:29

Rio de Janeiro (Brésil) : récit de la première audience du procès des accusé.es de la Coupe du Monde

Le mardi 16 décembre 2014, les accusé.es de la Coupe du Monde sont passé.es en procès. C’était la première audience parmi les sept qui sont prévues. 21 des 23 personnes accusées étaient présentes. Les deux personnes qui n’ont pas participé à l’audience ont perdu récemment le droit d’être en liberté en attente du verdict, et sont aujourd’hui recherchées par la police. Parmi les 21 personnes qui se sont présentées au tribunal, 3 sont en prison actuellement. Ils sont arrivés avec des menottes et ont salué les autres avec les poings en l’air et en criant No Pasarán. Les dates du procès vont jusqu’à fin janvier.

Une des 23 accusé.es nous fait un récit de cette première audience du procès :

Ce que je ressens aujourd’hui, j’avoue, c’est de l’impuissance. De l’impuissance parce qu’une audience de 12 heures, seulement avec les plaidoiries des avocats de l’accusation, a montré que des déclarations explicitement non-respectueuses envers les avocats de la défense seront tolérées et même défendues par le juge, qui culpabilise la défense par son « manque d’objectivité ». L’emploi de l’expression « vous tenez un discours frivole » par un des témoins a été toléré. Le juge a affirmé qu’aucune des personnes présentes ne connaissait exactement la définition de ce mot, qui peut être interprété de plusieurs manières, alors il n’était pas question de lui donner un avertissement. De l’impuissance car à aucun moment l’État n’admet qu’un crime a été commis, mais il soutien que nous sommes, tout de même, des criminel.les car nous avions l’intention… Vive la « boule de cristal » des commissaires, des enquêteurs et de leurs indics. De l’impuissance parce que même s’il manque beaucoup d’éléments dans le dossier d’accusation, ces erreurs sont totalement déconsidérées. De l’impuissance car les témoins inventent des faux récits, sont en contradiction entre eux/elles, sont démenti.es par d’autres témoins, fondent leurs récits sur des histoires entendues par des personnes qui n’existent pas, mais malgré tout, il.les sont défendu.es par le magistrat. De l’impuissance car il.les ne considèrent pas le caractère POLITIQUE des manifestations, car il.les ne considèrent pas le caractère SOLIDAIRE entre les personnes, car au final, il.les vont nous juger et probablement nous condamner sans même se soucier de notre version de cette histoire.

Il.les ont expulsé nos familles du tribunal, en même temps qu’ils affirmaient que les grands médias avaient le droit de participer à l’audience alors que nous ne voulions pas signer le droit de l’utilisation de notre image. Il.les ont expulsé l’un des accusés car il avait rigolé. Il.les ont averti un autre accusé car il était « assis incorrectement » alors qu’il était minuit (le procès avait commencé à 13h). Nos poings en l’air en soutien aux prisonnier.es ont été considérés comme du désordre. Le juge a toléré qu’une des témoins de l’accusation regarde son portable, en disant que c’était de sa faute (au juge) car il avait mal éteint le téléphone au début de l’audience. Et parmi les arguments : la séduction était une des armes des femmes pour « corrompre les hommes à commettre des crimes ». A la fin, des compagnons ont pris le chemin de la maison d’arrêt avec des menottes. Crevés, tristes, mais sûrs de que beaucoup sont à leurs côtés. Un soutien entier à Caio, Fabio, Rafael[*] et Igor, les prisonniers politiques de la démocratie des « bravehearts »[**].

A la fin de cette longue journée, le corps crevé. Sans réussir à me détendre, je réfléchissais sur comment le modus operandi de l’ordre dépasse de manière identique, avec des mécanismes identiques, absolument toutes les institutions de l’État. L’école, le tribunal et la prison me semblaient les mêmes choses en couleurs, personnes et idées, et ça m’a beaucoup perturbée. Je me rendais compte à quel point essayer d’améliorer nos vies est un tâche difficile, qui sera toujours limitée par la répression de l’État, avec son arme la plus efficace, celle qui tue peu à peu : la législation bourgeoise. Et je me demandais à quel point la peur éloigne des personnes de la cohérence avec leurs propres revendications, et à quel point elle les éloigne de notre défense. Je me rendais compte à quel point la société du spectacle ignore des histoires et des vies, sans AUCUNE CULPABILITE ; jeter des gens aux lions de la taule, en laisser d’autres en marge, sur le bitume dur et chaud. Et à quel point se trompent ceux-celles qui pensent qu’il.les n’ont jamais été devant un tribunal. On est tou.tes jugé.es et exclu.es en permanence pour les crimes de la famine, des salaires de misère, du travail précarisé, de loyers chers, de notre couleur de peau, et du genre qu’on a choisi.

Oui, je suis fatiguée de cette « fatigue résistante ». Mais tout ce processus me montre de façon encore plus claire comment je ne peux plus espérer de la justice venant de ceux qui vivent de l’injustice. Et comment seul le peuple organisé est capable de faire face à son bourreau. Essayez de tuer nos corps, vous n’arriverez jamais à nous tuer ! C’est comme ça depuis toujours, et nous résistons depuis toujours. Bon courage compagnon.nes (parce qu’être un.e compagnon.ne n’est pas un crime) ! Notre lutte continue, pour nous, ou pour l’indignation de celle-celui qui souffre. Celle-celui qui est la majorité.


Notes des traductrices.eurs :
[*] Rafael Braga Vieira a été arrêté pendant les émeutes de 2013 à Rio de Janeiro. Il est la seule personne arrêtée pendant les révoltes de juin 2013 qui est encore en prison. Il a été condamné à 5 ans de prison ferme pour « port d’explosifs ». Il s’est fait arrêter pendant une manifestation avec des produits d’entretien dans son sac : deux bouteilles en plastique, une d’eau de javel et une de détergeant. Sa condamnation montre le caractère de classe et raciste du système judiciaire. Rafael est noir et SDF. A l’époque, il ramassait des canettes en aluminium dans les rues de Rio pour survivre.
[**] « Braveheart » (ou Cœur Vaillant en français) est une référence au film de Mel Gibson qui raconte de manière romancée la vie de William Wallace, héros et symbole de l’indépendance écossaise. La référence au film serait une métaphore de personnes qui luttent « seules », ayant seulement du courage et des « cœurs vaillants » face à tout un système.

http://fr.squat.net/2015/01/02/rio-de-j ... more-31087
Avatar de l’utilisateur-trice
Pïérô
 
Messages: 22439
Enregistré le: 12 Juil 2008, 21:43
Localisation: 37, Saint-Pierre-des-Corps

Re: Coupe du Monde ... fric immonde.

Messagede bipbip » 05 Fév 2015, 17:42

« Ici noël n’existe pas. » Lettre écrite à Noël par la militante anarchiste Moa Henry, une des 23 accusé.es de vandalisme pendant la Coupe du Monde au Brésil

On partage ici la lettre écrite à Noël par la militante anarchiste Moa Henry, une des 23 accusé.es de vandalisme pendant la Coupe du Monde. Moa est maintenant dans la clandestinité. Après avoir eu le droit à la liberté provisoire en août 2014, elle a reçu un nouveau mandat d’arrêt en décembre pour avoir participé à une activité culturelle sur une place publique.


Ici Noël n’existe pas.

Pendant que le monde fête le « capitalisme fraternel de Noël », avec leurs sapins (à la mode américaine) remplis de cadeaux, à côté des tables bien abondantes*, on vit dans un monde où ce qu’on voit et expérimente est une réalité moins opulente, qui n’est ni pacifique, ni fraternelle.

Il y a deux jours, pendant que des centaines de familles bourgeoises célébraient l’amour et la fraternité chrétienne, un jeune appelé Rafael Braga était torturé à l’intérieur d’une cellule solitaire dans une des prisons de « la ville merveilleuse ».** Pendant que l’élite fasciste échangeait des cadeaux, Caio et Fabio – deux activistes qui sont sortis dans les rues en 2013 pour lutter pour un monde meilleur, pour la santé, l’éducation, le logement, des transports de qualité, et un coût de vie moins élevé, non seulement pour eux, mais pour toute la population – n’avaient rien à fêter, simplement parce qu’ils étaient à l’intérieur d’une cellule dans une autre prison de la « ville merveilleuse ».

Pour continuer la liste, je peux citer l’activiste Igor Mendes, arrêté le 3 décembre 2014 en sortant de chez lui. Igor Mendes est aussi sorti dans les rues pour dénoncer le fascisme de l’État, géré par la mafia partidaire (PT, PSDB, PMDB)***, des opportunistes, avec leur appareil de répression, la violence policière employée contre les mouvements populaires et dans les zones plus pauvres de la ville, etc. Il a aussi passé la nuit du 25 décembre dans une prison.

Nous sommes accusées, comme Igor Mendes, d’avoir commis un acte de désobéissance civile, Elisa Quadros et moi, on a eu aussi des mandats d’arrestation. A la différence d’Igor Mendes, on a eu l’opportunité de s’enfuir. Nous deux, on vit toujours dans la clandestinité, depuis le 3 décembre.

Je vous raconte tout ça, non parce que j’ai l’intention de me poser, ou de nous poser, en tant que victimes, comme si on se plaignait de ne pas échanger des cadeaux, ou de ne pas être à la maison avec nos familles, en train de fêter « l’amour », « la fraternité », « la paix » et « l’abondance ». Je veux dire clairement ici que nous ne fêtons pas, par exemple, la « paix » et « l’abondance », parce que nous n’avons tout simplement pas eu de « paix » ou « d’abondance ». Pour nous, bien comme pour des centaines de milliers de prisonniers, de SDF, pour tous.tes ceux.lles qui ont été violemment expulsé.es, chassé.es et assassiné.es à la campagne, dans les communautés autochtones, et dans les favelas, pour ceux.lles qui sont exploité.es au quotidien à l’intérieur et à l’extérieur des villes, pour nous tous.tes Noël n’a pas eu lieu, comme la Coupe du Monde n’a pas eu lieu, comme les Jeux Olympiques n’auront pas lieu.

Nos tables n’ont pas été abondantes, et dans beaucoup des cas nous n’avions même pas une table (comme dans les prisons et dans les trottoirs, où beaucoup de gens survivent).

Dans plein d’endroits dans le monde, dans les banlieues et dans les favelas, des familles entières se sont réunies sans avoir de quoi poser sur la table, et sans avoir aucune raison de fêter.

Et comme ça on a passé ce que la bourgeoisie, les capitalistes et les chrétiens appellent Noël. Quelques un.es emprisonné.es, d’autres affamé.es, et tant d’autres dans la clandestinité. Durant cette nuit, encore beaucoup d’autres se sont souvenu.es de la mort ou de la disparition de leurs Claudias****, Amarildos*****, ou de leurs compagnon.nes de lutte. Pour tout ça, j’affirme avec conviction que dans ce monde de lutte et de résistance Noël n’existe pas !

En solidarité avec les 43 étudiant.es mexicain.es !

Pour la liberté de Fabio, Caio, Igor Mendes et Rafael !
Pour la liberté de tous les prisonnier.es !
Pour la fin de tous les procès !
Pour la fin du génocide à la campagne, dans les favelas, et dans les communautés indigènes !
Mort au fascisme et au Capital !
No pasaran !

Moa Henry – 26 déc. 2014

Notes des traductrices :
* Le terme « abondance » traduit ici le terme « fartura » en portugais brésilien, qui fait référence à la Bible et qui revient souvent dans les messages chrétiens de Noël.
** La Ville Merveilleuse (« Cidade Maravilhosa ») est le surnom de Rio de Janeiro au Brésil. Beaucoup de Brésilien.nes ont coutume de dire « Dieu est un artiste, et Rio en est son chef-d’œuvre ! ».
*** PT – Parti des Travailleurs, PSDB – Parti Social-Démocrate du Brésil et PMDB – Parti du Mouvement Démocratique Brésilien.
**** Le 17 mars 2014, Claudia Ferreira da Silva, une femme noire et pauvre, a été violemment tuée par la police de Rio de Janeiro. Après avoir reçu des balles elle a été mise dans le coffre d’une voiture de police. Durant le trajet jusqu’au commissariat, le coffre s’est ouvert et son corps a été traîné plusieurs centaines de mètres sur la route derrière la voiture.
***** Le maçon Amarildo de Souza, habitant de la favela « Rocinha », à Rio de Janeiro, a disparu le 14 juillet 2013, après avoir été amené au commissariat de l’UPP (Unité de Pacification de Police) de la favela. A priori il aurait été ramené au commissariat pour se faire interroger, puis il n’est jamais revenu. Il avait participé activement aux mouvements de révoltes de juin 2013 au Brésil et s’opposait ouvertement à la présence de l’Unité de Pacification de Police dans son quartier.

[Source en portugais : ABC Rio de Janeiro http://cnario.noblogs.org/post/2015/01/ ... stinidade/.]

http://fr.squat.net/2015/02/05/rio-de-j ... xiste-pas/
Avatar de l’utilisateur-trice
bipbip
 
Messages: 35413
Enregistré le: 10 Fév 2011, 09:05

Re: Coupe du Monde ... fric immonde.

Messagede Pïérô » 28 Juin 2015, 19:44

Football & finance : la Suisse, la corruption et la FIFA

Ainsi, le parrain de Cosa FIFA a fini par démissionner, ayant appris que son alibi habituel – « tout s’est fait dans mon dos » – ne fonctionnait plus et que le FBI l’avait en ligne de mire. A peine réélu, Sepp Blatter annonce son départ. Fin des aventures des corrupteurs en Suisse ? Pas vraiment, même si le gouvernement fédéral eût bien voulu dissocier complètement l’image de la Suisse, idyllique évidemment, des activités des sales gamins des associations sportives, dont la FIFA était le phare, brassant des centaines de millions, tout en disposant du même statut juridique qu’un groupe de modélistes ferroviaires et d’amis du rail.

Dans le message qui accompagne sa réforme des articles du Code pénal concernant la corruption, le Conseil fédéral indique que « la Suisse abrite de nombreuses fédérations sportives internationales qui gèrent souvent des intérêts économiques et financiers très importants et dont les décisions, par exemple lorsqu’il s’est agi d’attribuer l’organisation d’événements sportifs de renommée planétaire, ont parfois été entachées par des scandales de corruption ». Lors du débat sur ce projet de réforme au Conseil des Etats, certains intervenants en mal d’inspiration s’écrièrent qu’il ne s’agissait pas de discuter d’une « Lex FIFA », voulant sans doute signifier par là qu’ils légiféraient hors de toute pression de l’actualité, tels de nouveaux dieux sur l’Olympe. Pourtant, des pressions il y en a eu : celles du GRECO, le Groupe d’Etats contre la corruption, institution spécialisée du Conseil de l’Europe, dont la Suisse est membre. Celles de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, chargé de vérifier l’application de la Convention des Nations Unies contre la corruption, signée par la Suisse.

Il y a là quelques similitudes avec le secret bancaire : au nom d’une version pour le moins laxiste du libéralisme économique, on défend une attitude du « pas vu, pas pris » qui finit par irriter les autres acteurs du capitalisme international, pas ravis de voir la Suisse profiter des « niches » juridico-fiscales qu’elle offre sur le marché mondial. Avocat et spécialiste du droit du sport, mais aussi vice-président de Swiss Olympic, Stephan Netzle reconnaît ainsi que « c’est notamment grâce à notre droit des associations libéral et à l’autonomie des associations que la Suisse est devenue le siège préféré des associations sportives internationales ». Il donne aussi le sens de la réforme voulue par le gouvernement en précisant que « nous ne pouvions plus nous permettre, en tant que plus important site d’accueil des organisations sportives internationales, de ne pas remplir au moins les standards juridiques minimaux » (NZZ, 4.6.2015).

Car le droit suisse avait à l’égard de la corruption entre privés quelques préventions bienvenues pour Blatter et ses amis. Cette forme de corruption, contrairement à celle qui touchait le domaine public, n’était en effet pas poursuivie d’office, mais uniquement sur plainte. Avec un succès considérable, puisque depuis huit ans que cette règle est entrée en vigueur, aucune condamnation n’a été prononcée… En outre, le droit suisse fait reposer l’infraction de corruption privée sur la manifestation d’une concurrence déloyale. Ce qui débouche sur des situations grotesques, dans lesquelles, par exemple, les pots-de-vin versés aux hauts dignitaires de la FIFA pour obtenir des droits de retransmission ou de sponsoring seraient punissables, car faussant la concurrence, mais pas les millions versés pour l’attribution de la Coupe du monde (il ne s’agit pas d’un marché) !

Pour verrouiller la situation actuelle, la majorité du Conseil des Etats a donc décidé de rejeter la poursuite d’office des faits de corruption privée. Ce qui a eu le don de provoquer l’ire des commentateurs de la presse. Le Temps parle de « signal négatif […] qui risque d’être très mal perçu hors de nos frontières » et la NZZ de « protection du népotisme ». Ce rejet de la poursuite d’office est aussi – tiens, tiens – la position d’économie suisse et des banques.

On peut certes fustiger l’archaïsme et la mauvaise foi dont ont fait preuve les opposants à la réforme de l’exécutif fédéral, en espérant que le Conseil national ne les suivra pas. Ce serait cependant passer à côté de l’essentiel, qui est la profondeur de la culture du « pas vu, pas pris » dans le système économique et politique de la Suisse. Oh ! certes, le pays n’est pas une république bananière. Nos fraudeurs en tout genre ont appris les bonnes manières et cultivent la discrétion. Celle des salles de tribunaux, où l’on marche à pas feutrés, en parlant bas, sous les ors de la justice et le décorum de la solennité.

Récemment, le Ministère public de la Confédération (MPC) a annoncé avoir classé le dossier du raffineur d’or tessinois Argor Heraeus, l’un des principaux acteurs mondiaux du secteur. L’entreprise avait transformé trois tonnes d’or pillées par des rebelles congolais entre 2004 et 2005, ce qui aurait dû lui valoir une inculpation d’assistance intentionnelle à la commission de crime de guerre. Oui, mais voilà, dit le MPC, cette société « n’a pas commis de délit, puisqu’elle n’a pas nourri de doute sur la provenance de l’or ». Magnifique, non ? Tout le monde savait ce qui se passait en République démocratique du Congo, mais Argor Heraues ne se doutait de rien. Donc innocent. A la FIFA, Blatter non plus ne se doutait de rien…

Daniel Süri

http://www.solidarites.ch/journal/
Avatar de l’utilisateur-trice
Pïérô
 
Messages: 22439
Enregistré le: 12 Juil 2008, 21:43
Localisation: 37, Saint-Pierre-des-Corps

Précédente

Retourner vers International

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun-e utilisateur-trice enregistré-e et 1 invité