La FSM (Fédération Syndicale Mondiale): "l'anti-impérialisme" comme justification à la collaboration de classe.
Texte des CSR dans la revue "Syndiclaiste!" n°41, juillet 2012.
Depuis le début des révoltes dans le monde arabe, on sent un certain malaise au sein de nombreuses organisations léninistes, nationalistes arabes ou anti-impérialistes. La chute des dictatures tunisienne et égyptienne ont été bien perçues puisque ces régimes étaient des relais de l’impérialisme occidental.
Mais les révoltes en Libye et en Syrie n’ont pas été perçues avec la même rigueur anti-capitaliste. Le soutien aux révoltes a été très discret au prétexte que ces dictatures étaient « anti-impérialistes ».
Il est vrai que les partisans de ces thèses anti-impérialistes disposent d’un argument de poids, un argument objectif. Par exemple ils peuvent souligner que le siège de la très révolutionnaire Fédération Syndicale Mondiale a son siège régional à Damas. Bien entendu une dictature ne laisserait pas une organisation syndicale anti-capitaliste mener publiquement son action dans la capitale syrienne !
D’ailleurs une délégation internationale de la FSM s’est déplacée en novembre 2011 à Damas. Aucun membre de cette délégation n’a été arrêté et la section syrienne de la FSM, la GFTU, maintient son action publique.
Alors qui oserait désormais affirmer que la Syrie est une dictature anti-ouvrière ? Seuls les agents de l’impérialisme se permettraient une telle diffamation !
Ou alors cela voudrait dire que la FSM cautionne la dictature syrienne et ses agissements. Cela voudrait aussi dire que la GFTU est un syndicat de jaunes. Qui a d’ailleurs entendu parler d’une grève menée par la GFTU en Syrie ? Mais, au fait, la Syrie ne pratique t-elle pas, elle-même, une politique impérialiste au Liban depuis 30 ans ?
Alors comment expliquer un tel positionnement politique de la FSM ? Bien sur ces dictatures, comme tout état capitaliste, financent grassement le silence d’organisations syndicales et politiques. Mais le mal est bien plus profond qu’une simple corruption.
Car personne ne serait dupe si cette attitude n’était accompagnée d’un discours idéologique, malheureusement encore très influent. Depuis les années 1920, le léninisme a légitimé l’appui apporté aux « révolutions nationales » dans les colonies et autres pays dominés par l’impérialisme.
Cette politique s’intégrait ainsi à une vision caricaturale du marxisme. Marx voyait les révolutions bourgeoises du XIXème siècle comme une avancée dans la dynamique économique. La révolution bourgeoise, marquant le triomphe du capitalisme sur le féodalisme, étant une étape devant permettre le développement numérique du prolétariat.
Mais ce qui était valable au XIXème siècle devient ridicule au XXIème siècle quand le capitalisme a depuis longtemps pénétré en profondeur l’économie de chaque pays. Alors qu’est ce qui justifierait désormais qu’une organisation ouvrière choisisse de soutenir une faction de la bourgeoisie contre une autre ?
La justification c’est de donner des labels à certains états capitalistes : « socialiste », « progressiste », « démocratie populaire »,… Et en effet on peut le faire quand on oublie que l’objectif de tout communiste est de préparer la destruction de l’appareil d’état, de tout état. Oui mais voilà, le mouvement révolutionnaire était autrefois profondément prolétarien lorsqu’il reposait sur le syndicalisme. Ce mouvement était alors anti-capitaliste et donc anti-étatique puisqu’il percevait, à juste titre, l’état comme un outil d’oppression. Mais, à partir des années 1920, le mouvement révolutionnaire adopte les schémas des intellectuels bolchéviques. La culture de l’encadrement va alors se diffuser rapidement chez les militants syndicaux et plus largement. L’Etat apparait désormais comme l’objet de tous les fantasmes, et la source de nombreuses carrières individuelles.
La nécessité est de recentrer le mouvement révolutionnaire sur le prolétariat, en opposition avec toutes les institutions capitalistes. Le mouvement ouvrier doit réaffirmer dans les faits son autonomie politique, en Syrie mais aussi en France. Notre perspective ce n’est pas de faire revivre le combat des Lumières du XVIIIème siècle ou de reprendre la Bastille. Notre objectif c’est la révolution prolétarienne et le Socialisme.
