Kurdistan

Re: Kurdistan

Messagede bipbip » 01 Sep 2018, 18:26

Un communiste libertaire dans l’IFB #11 : « De retour en France, d’autres formes de luttes »

« Avec les YPG-YPJ ainsi qu’avec les communistes de Turquie et des anarchistes de tous pays, j’ai pu connaître une autre manière de vivre la camaraderie, nécessairement différente de celle qu’on connaît en Europe. »

Ceci est mon dernier billet sur ce blog. Je suis revenu en Europe depuis quelques jours, après plusieurs mois dans la Fédération démocratique de Syrie du Nord.

Avec les YPG-YPJ ainsi qu’avec les communistes de Turquie et des anarchistes de tous pays, j’ai pu connaître une autre manière de vivre la camaraderie, nécessairement différente de celle qu’on connaît en Europe.

C’est en partie dû au tekmil, cette réunion régulière héritée du maoïsme turc, et durant laquelle chacun et chacune est invité.e à s’autocritiquer, à critiquer (y compris les officières et officiers) et à faire des propositions pour améliorer le quotidien.

Mais c’est bien sûr surtout le contexte de conflit armé qui change tout : du jour au lendemain, une ou un camarade avec qui nous prenions le thé la veille peut se faire tuer par un bombardement de l’État turc ou par une mine de Daech.

Mais ici, selon l’adage, « les martyrs ne meurent pas » (« Şehîd namirin »), et leur mémoire est partout. Des hommages publics leur sont rendus ; il existe des cimetières réservés aux şehîd (dans le canton d’Afrîn, les islamistes en ont détruit deux) ; leurs portraits sont affichés à de multiples endroits : dans les commerces, dans les rues, dans des maisons, sur des capots de bus et de voitures ; les institutions publiques (écoles, hôpitaux,…) portent souvent leurs noms. Même nos noms de guerre leur sont dédiés.

Enfin, les comités des familles de martyrs créent des espaces de mémoire, souvent de grandes salles aux murs couverts de leurs portraits.

Ces moments de commémoration sont des temps forts de cohésion politique et humaine, comme l’ont été, pendant des décennies, la « montée au mur des fédérés » pour la Commune de Paris de 1871, ou les grands meetings de l’Exil espagnol en mémoire des martyrs tombé.es face au franquisme, ou encore les marches irlandaises pour commémorer l’insurrection de Pâques 1916.

Prochainement débutera le procès des assassins de Clément Méric ; un jour, espérons-le, il y aura celui celui des assassins d’Adama Traoré. Les manifestations annuelles en leur mémoire sont le moyen de réclamer justice, de conserver leur mémoire, et de montrer que le combat continue.

Durant mon retour, je penserai à toutes et tous ces camarades, volontaires européens comme moi, mais surtout turcs, arabes, kurdes, yézidis, alévis, turkmènes, assyriens… à ceux et celles tués par l’État islamique, par des groupes de l’ASL à Afrîn, par les chars et les avions de l’État turc.
Rester volontaire

De retour en France, il est bien sûr exclu que mon engagement armé au Rojava influence mes pratiques militantes. La lutte armée n’a rien à voir avec le contexte politique, social et historique du pays, ni avec le niveau de conscience de classe et de révolte dans la population. C’était d’ailleurs déjà le cas dans les années 1980, du temps de la Fraction Armée Rouge et d’Action Directe…

Le combat pour la révolution au Rojava est très loin d’être terminé, on ne peut pas en prévoir l’issue. Ce conflit va durer encore pendant plusieurs années et les États impérialistes – États-Unis, Russie, France… – chercheront encore à instrumentaliser la gauche kurde pour servir leurs intérêts. Il est donc important qu’elle bénéfice d’autres soutiens politiques, notamment de celui du mouvement révolutionnaire. Il faut davantage de volontaires libertaires internationaux et internationales dans les rangs des YPG-YPJ. Et bien sûr, à l’étranger, il faut participer aux manifestations de solidarité avec la Fédération démocratique de Syrie du Nord ; réclamer justice pour le meurtre de Sakine Cansiz, Fidan Doğan et Leyla Söylemez ; aider les projets féministes, écologiques et démocratiques à se mettre en place.

Vive la révolution !

Damien Keller, le 28 août 2018


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Re: Kurdistan

Messagede bipbip » 27 Sep 2018, 20:53

KURDES L'EXODE d'Afrîn à Lavrio

En avril 2018, le "Convoi Solidaire" effectue sa 20 ème livraison de nourriture et de matériel aux camps Kurdes de Lavrio en Grèce. A cette occasion, nous apprenons que de nombreux réfugiés Kurdes et Yézidies qui ont fui les combats d'Afrin, sont arrivés dans les camps. Ils acceptent de témoigner.

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Re: Kurdistan

Messagede bipbip » 08 Oct 2018, 15:01

La révolution syrienne, celle du Rojava, bilans et soutiens (2nde partie)

Nous continuons la publication de l’étude de Claude Marill sur le Rojava commencée dans notre numéro de juin 2018.

Les manœuvres de Bachar

Bachar al-Assad comprendra le danger mortel que représente pour lui et son régime l’unité réalisée entre Arabes et Kurdes. Il cédera sur l’essentiel des revendications populaires kurdes : l’autonomie de l’ouest du Kurdistan syrien (le Rojava) et la nationalité syrienne pour les dizaines de milliers de bidouns.

Retour du PKK et répression

Le champ est alors libre pour que le PKK/PYD en accord tacite avec le régime contrôle la région. En avril 2011, Saleh Muslin, leader du PYD, venu des monts de Qandil avec un millier de combattant·e·s, pratiquera des assassinats ciblés dont, le 7 octobre 2011, celui de Mashaal Tammo fondateur du “Parti du futur” et coordinateur des comités locaux.

Sans faire mystère de sa stratégie habituelle de division, le régime retirera ses forces de sécurité des régions kurdes du nord pour laisser place à celles du PKK/PYD. Celles-ci feront la chasse aux militant·e·s de l’ASL et arrêteront les déserteurs de l’armée syrienne pour les livrer à Damas. Les autres partis kurdes (ils sont au nombre de 16), d’idéologie bourgeoise, placés sous l’autorité de Barzani, dépourvus de forces armées, seront rapidement écartés. Le PYD affirmera son hégémonie politique et militaire (YPG), en bonne intelligence avec le régime fasciste , et se redéploiera jusqu’à Afrin.

La contre révolution est déjà à l’œuvre !

Siège de Kobané/Aïn Al Arab : révélateur stratégique

À l’occasion de ce siège, il y eut enfin la prise de conscience que la guerre en Syrie sévissait avec une intensité insoutenable mais la propagande distillée par tous les impérialismes confondus, amplement relayée par le PKK/PYD et le régime, puis reprise sur l’ensemble de l’éventail politique de l’extrêmengauche à l’extrême droite, fit que la focale se porta sur le site de guerre de Kobané au point d’occulter celui pourtant à la fois antérieur et concomitant d’Alep-Est. Cet éclairage spécieux donne à penser que la violence exercée par Daesh exonérerait celle imposée à l’ensemble du peuple syrien par le régime, victime d’une violence tout aussi insoutenable. La nocivité du régime de Bachar responsable de plus de 90 % des pertes civiles syriennes est passée ainsi sous silence, voire devient acceptable.

Le deuxième constat, explicitement exprimé, fut que l’État turc favorisa l’offensive djihadiste contre le peuple de Kobané. Dans le même temps le choix de l’impérialisme américain et des occidentaux est de soutenir les YPG/YPJ en les dotant d’armes réellement opérationnelles et de leur assurer une couverture aérienne pour faire pièce aux offensives des forces assaillantes, déterminante sur ce type de théâtre de guerre. Daesh battu à Kobané, le succès de cette alliance entre le PYD et les forces de l’OTAN se poursuivra avec efficacité à Rakka et Deir Ez-Zor où les drapeaux des YPG/YPJ flotteront à côté du portrait géant d’Öcalan sur les ruines de ces cités reprises à Daesh.

Siège d’Afrin

Moins efficace fut la résistance à Afrin, ville à son tour assiégée par la soldatesque coloniale turque inquiète de l’importance stratégique prise par les YPG/YPJ. Les militant·e·s attaché·e·s à la cause du PKK/PYD qui ont observé un silence significatif lors des sièges pourtant atroces subis par les populations civiles syriennes insurgées ont pris, haut et fort, fait et cause pour les populations de Kobané puis d’Afrin.

Cette soudaine prise de conscience, certes en cette circonstance justifiée, semble être révélatrice d’un ostracisme du peuple syrien en son entier si caricatural que nous serions enclins à penser que ces partis-pris militants ne relèvent plus de la réflexion , de l’analyse qui s’élaborerait à partir de la réalité des faits, ou du matériau historique existant mais d’un a priori induit par un “formatage idéologique” d’appareil.

Il a été pourtant clairement admis que dans le cas du siège de Kobané les YPG/YPJ très engagé·e·s dans le combat contre Daesh, ne purent se défaire de leurs ennemis qu’avec l’aide directe et active de l’aviation de l’OTAN, mais aussi, à partir du 4 octobre 2014, de l’intervention militaire de l’ASL engagée à hauteur de 1300 combattants. Ces faits sont systématiquement occultés.

Dans les enclaves kurdes des territoires dits du Rojava, bien que âprement défendu par ces mêmes YPG/YPJ, le siège d’Afrin, au regard des autres sièges des villes syriennes, devait, avec l’accord de l’impérialisme russe et grâce à la passivité des autres impérialismes, tomber rapidement. L’armée turque appuyée en cette occasion par des katibas, à majorité turkmènes, affidées de l’ASL, a pu chasser d’Afrin les combattant·e·s privé·e·s de l’atout majeur que représente une défense aérienne active et offensive. Sévère retour de bâton.

IL est à noter que ces katibas de l’ASL ont été condamnées sévèrement par toutes les instances politiques des conseils révolutionnaires syriens de l’intérieur comme de ceux de l’exil lors de la conférence du 20 janvier 2018 à Paris.

Le Rojava, son économie : est-ce la voie du socialisme ?

L’économie du Rojava semble être rapidement travestie par cette même mouvance militante séduite par l’expérience mise en œuvre par le PKK/PYD. Mais qu’en est-il ?

Öcalan considère aujourd’hui dans son contrat social que la confrontation de classes est subordonnée aux questions ethniques, religieuses et à l’oppression du kurde dans le contexte du pouvoir colonial turc.

La question épineuse du renversement du système capitaliste est éludé. L’opposition n’est plus entre exploiteurs et exploités mais entre collaborateurs avec l’État turc et patriotes kurdes engagés dans un combat émancipateur sans que soit posée la question de qui doit détenir les moyens de production. À cette question Asya Abdullah co-présidente du PYD répond : “en principe nous protégeons la propriété privée” mais elle ajoute : “toutefois la propriété du peuple est la propriété du peuple et il la protège”.

Cette réponse alambiquée traduit le flou du projet politique.

Dans les faits le PKK protège et garantit l’économie des propriétaires fonciers qui possèdent 20 % des meilleures terres cultivées et dominent le marché du blé et de la production de l’huile d’olive. Ainsi les petits paysan·ne·s organisé·e·s en coopératives d’économie mixte d’État, tout comme le prolétariat, sont respectueux/euses d’une coexistence pacifique avec les possédants.

Ce type de compromis conduira le PYD à participer à la cogestion d’une cimenterie appartenant au groupe Lafarge lequel traitera ses marchés avec Daesh !! Collaboration pour laquelle le cimentier est aujourd’hui poursuivi par la justice française.

Ces positions de politique économique non définies feront que le PKK/PYD bénéficiera de la sympathie et du soutien de secteurs libéraux ainsi que de la gauche et de l’extrême gauche.

La place de la femme dans les structures du pouvoir au Rojava

Autre sujet d’engouement pour le soutien apporté à l’expérience au Rojava : la place de la femme dans cette nouvelle société révolutionnaire.

L’abandon par Öcalan, dans les années 90, de l’analyse marxiste de transformation de la société divisée en classes par la lutte du prolétariat contre sa classe exploiteuse et dominante, eut pour conséquence stratégique de substituer au prolétariat, sujet révolutionnaire de l’histoire, la femme en tant que catégorie sexuée. À ce titre, elle est désormais inscrite dans ce rôle historique.

Öcalan s’inspirera des écrits de F. Engels “Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État”... mais fera abstraction des bases matérielles de la pensée d’Engels.

Pour Engels, la division du travail produite par l’élaboration de la société divisée en classes au cours de l’histoire de l’humanité, fera que la femme sera attachée à des activités supposées inférieures.

Pour Engels l’oppression de la femme est déterminée par sa place sociale dans le système patriarcal, lequel relève d’une construction et d’une représentation historique mais néanmoins subjective qui “légitime” la domination de l’homme dans le système capitaliste afin de favoriser par voie d’héritage, l’accumulation du capital.

Cette réalité s’accompagne de la surexploitation objective et matérielle de la femme prolétaire dans le processus de production capitaliste .

Le détournement de la pensée d’Engels par Öcalan qui abandonne l’analyse matérialiste de l’histoire le conduira à une “essentialisation” de la femme kurde héritière de son passé “préhistorique”, matriarcal, qui remonterait au néolithique “la femme déesse de la création”. Il réintroduit l’attachement du peuple kurde au namus “l’honneur” qui confère à la femme un rôle porteur d‘éthique, de valeurs sociales, de dépassement de soi, de sacrifices ! Et… d’action.

Le Serhildan

Ainsi magnifiées elles occuperont une place centrale lors des affrontements de l’intifada kurde, le Serhildan, mouvement populaire de masse opposé au pouvoir colonial turc. Cet élan insurrectionnel connut un tel engagement chez les femmes que les commandants du PKK, craignant de perdre leur pouvoir, exécutèrent de jeunes femmes manifestement trop émancipées faisant preuve d’autorité dans la dynamique des combats.

La femme doit tenir son rang de sujet de l’histoire

Le statut de la femme est certes valorisé mais oblige que celle-ci soit à la mesure des exigences attendues.

Selon Mehmet Akar, la combattante kurde, exemplaire, pousse jusqu’au sacrifice son propre destin (siège de Kobané) “le soir où le front-est de la ville de Kobané est tombé, notre commandante nous a rassemblées et nous a tenu des propos que je n’oublierai jamais [...] après ce court discours, l’enfer de la guerre continua toute la nuit, une autre jeune commandante, Arin Mirkan, marcha sur les positions de Daesh et se fait exploser” ou encore “camarades ici sur cette dernière ligne de défense, si nos camarades hommes perdent, ils perdent la lutte pour la liberté mais pour nous les femmes, la lutte est encore plus précieuse, car en plus de toutes ces pertes, nous perdront nôtre cause sacrée, la cause de la femme kurde, la cause que l’humanité a mis aujourd’hui sur nos épaules, nous nous devons de la défendre jusqu’à notre dernière goutte de sang” ( Émancipation juin 2015).

Le sacrifice messianique de la femme kurde combattante pour son peuple, mais au-delà pour l’humanité entière, appelle celle-ci à une abnégation inconditionnelle, quasi mystique, qui la situe sur un terrain paroxystique de responsabilité.Tel le sacrifice d’Arin Mirkan.

Serait-ce le prix à payer pour qu’enfin l’égalité des sexes advienne ?

Le culte de la personnalité d’Öcalan (OnderLik) fortement prégnant dans la culture révolutionnaire du Rojava et au Kurdistan sous contrôle du PKK, exerce une influence constante subliminale paternelle. L’ubiquité du regard d’Öcalan semble envahir l’imaginaire féminin et en toute occasion son omniprésence s’impose. Ainsi à peine la ville de Rakka aura-t-elle été reprise que les YPJ, massivement regroupées au centre de la cité, prendront la pose sous l’immense portrait d’Öcalan.

“Éloignons nous de l’animal, éloignons nous de la sexualité” (Wilhem Reich)

Ce philosophe marxiste raille tous les oppresseurs et obscurantistes en leur prêtant la devise ci-dessus écrite. Wilhem Reich aurait pu l’appliquer aux YPG/YPJ dont la stricte observance des mœurs se vit dans leurs rangs. La frustration sexuelle permet de transcender l’élan vital vers la prouesse militaire voire “l’amour” pour le père inaccessible et protecteur.

Ainsi Tom Anderson et Elisa Egret observent ( Émancipation nov. 2017) “cette constante au sein du mouvement des femmes est particulièrement frappante, lorsque d’un côté elles déclarent lutter pour l’auto-organisation des femmes, et de l’autre disent que leurs idées viennent d’Öcalan”.

Autre citation d’un militant anarchiste : “cependant le mouvement des femmes kurdes doit apprendre davantage du féminisme moderne, spécialement en ce qui concerne l’individualité et la liberté sexuelle. Il existe une répression sociale en ce domaine”.

Certes la tension de guerre permanente oblige à une inflexion maximale libidinale, mais la société kurde libérée du Rojava semble en l’occurrence bien normée et corsetée selon des valeurs traditionnelles.

Quel devenir ?

La parité homme/femme strictement observée dans toutes les instances élues en termes de démocratie directe de la cité, ainsi que dans les instances des directions politiques pourraient-elles conférer à la femme une opportunité historique d’émancipation d’égalité des droits ?

Cela semble illusoire dans un contexte de culte de la personnalité et dans un contexte social et économique où la femme n’échappe pas aux rapports d’exploitation et d’oppression que génère un processus de production capitaliste non remis clairement en cause... Quant à la femme “essentialisée” par l’historicité réinventée et imaginée par Öcalan cela ne pourra peser qu’en négatif sur son destin.

Pour autant il serait présomptueux de préjuger de la combativité de la femme au Rojava. Son exercice de prises de responsabilités sociales et politiques pourrait accentuer un processus de mise en cause de la bureaucratie du PKK et du patriarcat.

Anti-islamisme ou anti-fascisme ?

Yassin al-Hadj Saleh aura beaucoup écrit sur le sujet de la nature fasciste du régime des Assad. Le peuple syrien quant à lui en aura payé le prix au-delà du dicible. Pour autant l’opinion occidentale continue à entretenir un rapport distancié, voire distrait, avec ce que subit ce peuple tant il paraîtrait étranger, autre, et promis au destin de guerres intestines, intrinsèque à sa nature “autodestructrice”. Ce regard raciste, n’aura en rien été dessillé par les organisations politiques participant du mouvement ouvrier. Celles-ci resteront quasiment muettes lors du soulèvement de Deraa en mars 2011 puis lors de l’embrassement de tout un peuple, mais connaîtront un sursaut militant pour créer les comités anti-guerre au sein desquels le sujet de la guerre en Syrie demeurait tabou…

L’impérialisme ne se déclinait qu’au singulier (anti-américain) et aucun soupçon critique ne fut perçu à l’égard de l’impérialisme russe pourtant d’ une férocité ravageuse appliquée aux populations civiles syriennes telle qu’elle le fut auprès du peuple tchétchène lors de sa précédente guerre de 1994 aux années 2000. Nos militant.e.s anti-capitalistes, anti-fascistes seront séduit.e.s par le miroir réfléchissant l’image narcissique ethnocentrée que leur tendra Öcalan dans lequel ils/elles percevront leurs propres sujets d’engagement : la lutte contre l’islamisme, la défense de l’idéal de laïcité, l’idéal des droits entre les sexes, l’esprit de démocratie directe... thématiques récurrentes sans cesse ressassées. Quant à Bachar al-Assad il tendra le sien tout aussi séduisant et à double facettes : celle du couple présidentiel moderne “laïque” et lissé à Oxford, puis cette focale sur son “combat” contre l’hydre hideuse islamique.

Les sphères militantes de gauche, d’extrême gauche se joindront dans un même élan national à celle de droite et d’extrême droite dans un soutien tacite ou déclaré à Bachar al-Assad mais aussi au PKK/ PYD/YPG/YPJ avec une empathie militante franche et entière.

Nous observons une consternante confusion où les forces réactionnaires déclarées se mêlent à celles qui prétendent les combattre, et ce dans un même élan, contre d’autres forces obscurantistes dites islamistes... serions-nous devenu.e.s oublieux que ce sont les intérêts économiques qui causent les guerres impérialistes lesquelles génèrent l’obscurantisme et non l’inverse ?

Notre seul viatique militant est de soutenir le peuple syrien contre un régime fasciste et d’exiger avec force le retrait de toutes les forces impérialistes et étrangères de ce pays ravagé par la guerre.

Nous observons désormais cette étrange réalité où le PKK/PYD/YPG/YPJ servent, dans l’entité que représentent les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition à dominante YPG, de forces supplétives à celles de l’OTAN. En ces circonstances les forces impérialistes françaises qui se battent aux côtés des FDS font dire à la militante YPJ, Klara, “que le courage du soldat français auquel elle manifeste grande sympathie, est supérieur à celui du soldat américain” (Le Monde du 9 05 2018). Le but de ces opérations serait d’en finir avec Daech. Rien n’est moins évident ! Dans ce contexte le régime fasciste de Bachar se reconstruit, Daesh se redéploie et se réinscrit sur d’autres territoires et Tahrir Al Cham (Al-Nosra/Al-Qaida ) prospère.

Patrice Franceschi, écrivain et idéologue nationaliste bourgeois, thuriféraire du PKK se félicite : “pendant trois ans soldats français et combattants kurdes ont lutté côte à côte contre les djihadistes et ils ont vaincus ensemble” ( Le Monde, 28 02 2018 ).

Quant au président Macron, il saisit l’opportunité de renforcer l’alliance des forces françaises avec celles des FDS à Manbij où il a dépêché 50 commandos supplémentaires pour affirmer et capitaliser l’engagement de la “France” sur le terrain.

Demeure, il est vrai, l’héritage stalinien qui contribue à la perte de conscience de classe internationaliste au profit d’une haine de classe sans principes et cynique. Mais aussi le conservatisme d’appareil et la peur de l’élan révolutionnaire lesquels ont participé à l’effondrement de notre indépendance politique de classe au profit d’une idéologie ethnocentrée, nationaliste, tendanciellement raciste.

Ces réalités expliqueraient notre abandon du peuple syrien en révolution contre un régime prédateur et fasciste déclaré... et notre soutien à une pseudo-révolution au Rojava conduite par un appareil politique opportuniste versatile, sans principes et dont l’habillage idéologique permet toutes les interprétations et séductions.

Après sept ans de luttes accablantes le peuple syrien poursuit son combat et c’est avec lui que nous devons nous mobiliser !

Claude Marill


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Re: Kurdistan

Messagede bipbip » 21 Oct 2018, 20:01

Depuis les montagnes du Kurdistan irakien

Depuis les montagnes du Kurdistan irakien

Plusieurs militants d’Alternative libertaire qui se sont rendus au Kurdistan irakien (Bashur) au cours de l’été 2018 nous livrent un compte rendu de leurs observations et leur point de vue sur la situation dans cette zone de guérilla.

À l’origine, nous avions prévu d’aller au Rojava (Kurdistan syrien), mais les aléas géopolitiques de cette région perturbée nous en ont empêchés. C’est donc par défaut que nous sommes restés en Irak, où nous avons été pris en charge par des militants et militantes kurdes qui nous ont conduits dans les montagnes de Qandil, bases du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).

Nous ne sommes pas des spécialistes de la question kurde et le peu de temps passé sur place ne nous permet pas de fournir un point de vue exhaustif sur celle-ci, mais simplement de jeter les bases d’une réflexion plus globale sur le mouvement kurde d’un point de vue révolutionnaire et libertaire.

Depuis notre campement civil dans les montagnes, nous avons pu appréhender le projet politique du PKK, le confédéralisme démocratique théorisé par son dirigeant, Abdullah Öcalan depuis l’île-prison turque ou il est enfermé depuis 1999. Sans entrer dans les détails, il s’agit d’une idéologie privilégiant non plus un État-nation kurde mais une confédération de communautés démocratiques et autogestionnaires poursuivant un objectif anticapitaliste et faisant de l’écologie et du féminisme ses pierres angulaires.

Son application locale nous est cependant restée relativement obscure en raison des difficultés à se déplacer en zone de guérilla, mais aussi parce que les montagnes de Qandil ne sont parsemées que de petits hameaux où la faible densité d’habitants, l’activité économique essentiellement pastorale et le mode de vie déjà rela­tivement communaliste ne nécessitent pas des structures démocratiques telles que celles du Rojava syrien. À défaut de faire l’exposé d’un fonctionnement que nous n’avons pu observer, nous présenterons ce qui nous est apparu au fil de nos discussions avec des cadres et des militantes et militants du PKK, comme les pratiques les plus intéressantes d’un point de vue libertaire : l’approche féministe et la pratique du tekmîl.

La libération des femmes au centre de la lutte

Nous avons eu la chance de rencontrer des militantes impliquées à divers niveaux dans le mouvement des femmes kurdes. il est nécessaire de ne pas fétichiser ces femmes, s’intéresser au projet politique qu’elles défendent sans les considérer uniquement comme des « guerrières » victorieuses de Daech.

Dès sa création, le PKK s’oppose au sein du peuple kurde au fonctionnement féodal et tribal en vigueur, particulièrement oppressif envers les femmes. Plus tard, les analyses d’Öcalan sur les questions de la femme et de la famille conduisent à un afflux de militantes dans la guérilla.

Ces dernières nous ont pourtant signifié avoir dû lutter au sein de leur propre parti contre le sexisme ordinaire et avoir arraché certaines réalisations politiques en luttant en interne contre leurs camarades hommes.

D’un point de vue pratique, le travail d’émancipation des femmes kurdes se comprend, selon nous, à deux niveaux : la lutte contre l’oppression qu’elles subissent en tant que telles, et la participation des femmes au fonctionnement politique de leur société.

D’un point de vue institutionnel, chaque échelon d’organisation de la société est, autant que possible, féminisé : soit par l’exigence de la parité à tous les niveaux, soit par la création de structures non mixtes s’occupant spécifiquement de ce qui concerne les femmes au quotidien (comme traîner les hommes accusés de violences devant les tribunaux).

L’amélioration du quotidien des femmes est prise en compte dans les politiques mises en place. Les territoires ou s’appliquent le confédéralisme démocratique sont ainsi maillés de structures non-mixtes, les Maison des femmes.

De ce que nous avons vu dans le camp, la non-mixité n’est jamais remise en question par les hommes.

À côté de cette participation politique, le mouvement des femmes kurdes lutte contre des oppressions spécifiques. Les militantes que nous avons rencontrées nous ont longuement parlé de leur travail pour modifier les comportements et les consciences au sein de la société kurde. Plus que par des interdictions, c’est par l’éducation qu’elles recherchent cette modification des mentalités, notamment des jeunes, avec des interventions régulières dans les écoles. Mais les hommes accusés de violence (ou les volontaires), peuvent également intégrer des « centres de rééducation », dans lesquels ils peuvent apprendre à remettre en question leur comportement. Une rééducation qui, de l’aveu de nos interlocutrices, semble compliquée, les hommes ayant cette fâcheuse tendance, comme en France, à être réticents à toute remise en question.

Mais leur conviction et leur détermination semblaient à toute épreuve. Nous avons été particulièrement marqués par leur approche non-viriliste de la révolution. Elles nous affirmaient que « la meilleure arme de la guérilla, ce n’est pas la kalachnikov, mais l’amour de ses camarades », et tentaient de propager cette conception de rapports sociaux fraternels et « sororitaires ».

Enfin, la jinéologie comme « science » de la libération des femmes doit également amener cette modification des consciences par la réintégration des femmes dans toutes les sciences et analyses desquelles elles ont été bannies par les hommes. Comprendre la place des femmes dans l’histoire, dans les relations humaines, reconsidérer toute analyse d’un point de vue féminin et non masculin, doit permettre non seulement de redonner confiance aux femmes non encore intégrées au mouvement, mais également de modifier l’état d’esprit des hommes.

« l’Homme nouveau et la Femme nouvelle »

Issu de l’idéologie marxiste-léniniste, la réussite du projet révolutionnaire kurde est marquée par l’émergence de ce qu’ils appellent « l’Homme nouveau et la Femme nouvelle ». La modification des comportements personnels constitue une des bases de l’application du confédéralisme démocratique.

C’est dans cette optique que le tekmîl nous a été présenté. Principal outil de cette recherche d’amélioration personnelle, celui-ci prend la vie quotidienne locale et les conflits interpersonnels comme point de départ de critiques plus globales, et/ou de comportements oppressifs à modifier. Concrètement, les tekmîls auxquels nous avons pu assister ressemblent à des assemblées générales ayant pour sujet la résolution des conflits et des problèmes d’organisation du camp. Théoriquement, chaque niveau de la société se dote de son propre tekmîl (unité de guérilla, village, quartier…), qui se rassemble dès que nécessaire sur simple demande, même individuelle. Un tekmîl se déroule en trois parties : critique, autocritique, résolution. En partant de la critique du comportement d’une ou d’un membre du groupe, d’une situation ou d’un fonctionnement particulier, chaque individu concerné est amené à identifier les causes du problème dans son propre comportement, et ensuite à proposer des pistes pour le résoudre. Les Kurdes que nous avons rencontré.es ont insisté sur le caractère bienveillant des critiques, permettant de ne pas brusquer les personnes incriminées et de s’inscrire dans une vision apaisée des relations sociales offrant le plus de chance à une résolution constructive du conflit. Il est fréquent qu’un individu refuse sur le coup la critique qui lui est faite, auquel cas le tekmil suivant reprendra la conversation, et ainsi de suite parfois pendant des semaines, jusqu’à résolution du problème... où exclusion dans quelques rares cas insolubles.

Point important, les femmes organisent des tekmîls non mixtes, et ne doivent pas se critiquer entre elles lors des tekmîls mixtes, afin de ne pas permettre aux hommes d’utiliser ces critiques contre l’une d’entre elles ou pour les diviser.

Il a été frappant de constater que dans une vie de camp assez rude (selon nos standards occidentaux), dans un contexte de lutte militaire (donc potentiellement de stress intense), nous n’avons assisté à aucune dispute violente durant nos deux semaines de présence. La capacité des Kurdes à calmer les tensions (bien présentes par moments), à chercher un règlement pacifique et constructif aux moindres problèmes interpersonnels, provient selon nous des modifications de comportement permises par le tekmîl.

Bien que ces éléments nous aient paru très intéressants et pourraient nous inspirer pour l’organisation de nos propres luttes, nous avons aussi des interrogations à propos de ce que nous avons eu la chance de constater sur le terrain, non pas pour faire un procès d’intention mais bien pour enrichir mutuellement nos mouvements révolutionnaires.

Nous avons pu voir de nous-mêmes l’importance que revêt le « culte » des martyr.es. Engagé.es dans des conflits militaires depuis a minima des dizaines d’années, les révolutionnaires kurdes ont payé un lourd tribut en vies humaines. La plupart de ceux et celles que nous avons croisés avaient perdu un membre de leur famille ou avaient un membre de leur famille en prison. Ce culte des martyr.es nous a semblé constituer une base culturelle à part entière : les chansons que nous écoutions, les films, clips musicaux et documentaires que nous regardions, jusqu’aux discussions que nous avions, tournaient dans leur très grande majorité autour des martyr.es ou les évoquaient directement.

Par ailleurs, il nous a semblé que le PKK contrôlait ou inspirait en grande partie la production culturelle s’appuyant sur ce culte des martyr.es. Cette hégémonie culturelle interroge sur la capacité de la jeunesse kurde à disposer et choisir de façon libre son destin, autrement qu’en rentrant dans la guérilla ou la lutte politique. Néanmoins, il ne s’agit que des jeunes Kurdes que nous avons rencontré.es, nul doute qu’ils ne sont pas représentatifs de l’intégralité de cette population.

Un autre point qui a pu nous intriguer est l’essentialisation des genres. Les discussions que nous avons eues sur ce sujet se limitaient à « la Femme kurde », comme figure historique inaliénable, peut-être dans une volonté compréhensible de relier tradition et émancipation des femmes. Bien que nous ayons été fortement impressionnés par les femmes kurdes que nous avons rencontrées et par le développement de leur mouvement politique, nous ne pouvons que constater l’absence de prise en compte des problématiques queer et LGBT d’une façon générale. Rappelons que lorsque certains groupes internationaux combattant Daech en Syrie ont revendiqué ouvertement leur identité queer, les forces kurdes s’en sont immédiatement dissociées. Le PKK ne s’attache pas spécialement à ouvrir son discours sur cette question, ou du moins ne publicise pas d’éventuelles politiques spécifiques sur ce sujet.

Enfin, le PKK, à contre-pied de son programme politique axé sur la démocratie directe, nous semble reposer sur une élite politique, mixte, dont la vie est dévouée au fonctionnement du parti. Ces militantes et militants, les kadros (Cadres), constituent la colonne vertébrale du PKK.

Nous n’en savons malheureusement pas beaucoup sur leur rôle et leur influence exacte, et nous reconnaissons volontiers qu’un système purement démocratique ne peut surgir sans être aiguillé par des militantes et militants bien formé.es. Mais il existe un risque de substitution du pouvoir populaire par celui des cadres du parti, susceptible de reproduire un système avant-gardiste néfaste au développement d’une autonomie populaire.

Nous savons néanmoins, suite à nos échanges, que les kadros (qui sont aussi les militants qui portent le plus le projet du confédéralisme démocratique) sont au courant de ces risques et réfléchissent à les résoudre.

Bien évidemment, ces critiques sont faciles et restent issues d’un voyage rapide et incomplet en territoire kurde. N’oublions pas que la plupart des zones où le confédéralisme démocratique est mis en place sont en guerre, et souf­frent souvent d’une forme plus ou moins avancée de blocus. Difficile dans ces conditions de réaliser ce programme. Malgré cela, les avancées politiques du mouvement révolutionnaire kurde sont impressionnantes, et sources d’inspiration pour les révolutionnaires du monde entier. Nous estimons ainsi à titre individuel que les mouvements révolutionnaires occidentaux auraient fort à gagner à importer la pratique du tekmîl au sein de leurs structures militantes, possiblement en l’adaptant à nos spécificités culturelles.

Gardons également à l’esprit que le confédéralisme démocratique est un modèle politique adapté au contexte local : histoire marquée par des conflits ethniques, société moins individualiste qu’en Occident, économie peu industrialisée, etc. Une application stricto sensu de ces préceptes nous semble incompatible avec la situation politique occidentale où, de l’aveu même de certains cadres du PKK, le processus révolutionnaire part de beaucoup plus loin et fait face à d’au­tres problématiques que les leurs. Ce qui ne les empêche pas de considérer notre lutte sur le même plan que la leur, comme un des multiples fronts du combat anticapitaliste international en cours.

Des hevals (camarades) communistes libertaires


http://www.alternativelibertaire.org/?D ... an-irakien
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Re: Kurdistan

Messagede bipbip » 30 Oct 2018, 21:44

Syrie : l’armée turque bombarde une milice kurde soutenue par Washington

Ankara a pilonné des positions des Unités de protection du peuple (YPG) à l’ouest de Kobané, dans le nord de la Syrie. Erdogan avait menacé ces derniers jours de lancer une offensive à l’est de l’Euphrate.

Au lendemain d’un sommet Turquie-Russie-France-Allemagne sur la Syrie à Istanbul, l’armée turque a bombardé dimanche 28 octobre des positions des Unités de protection du peuple (YPG) dans le nord de la Syrie. Cette milice kurde est soutenue par les Etats-Unis mais considérée comme terroriste par Ankara.

Selon l’agence de presse étatique turque Anadolu, l’artillerie turque a pilonné des positions des YPG situées sur la rive est de l’Euphrate, à l’ouest de Kobané. Ces bombardements ont visé des abris et des tranchées des YPG sur une colline dans le village de Zur Maghar, situé sur la rive orientale de l’Euphrate en face de la ville de Jarablous.

... https://www.lemonde.fr/proche-orient/ar ... _3218.html
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Re: Kurdistan

Messagede bipbip » 04 Nov 2018, 20:22

Kurdistan : Erdogan menace et bombarde

Les Forces démocratiques syriennes, appuyées par la coalition anti-jihadiste, conduisent, depuis septembre, la dernière phase de l’opération qui vise à réduire les dernières positions occupées par Daesh à Hajine, sur la rive orientale de l’Euphrate, dans la province syrienne de Deir ez-Zor. Ces derniers jours, les FDS ont subi des contre-attaques de l’EI, qui a desserré l’étau autour de Hajine, localité vers laquelle la progression avait été jusqu’alors fortement ralentie par les innombrables mines improvisés disséminés par les jihadistes. Pour reprendre l’initiative, les FDS avaient récemment décidé de déployer des unités plus aguerries.

Seulement, l’opération Roundup a été suspendue, le 31 octobre, suite à une déclaration faite la veille par le président turc, Recep Tayyip Erdogan qui promettait une opération prochaine de grande ampleur contre le Rojava. Depuis quelques jours, l’armée turque se déploie au nord de Kobanê et l’artillerie bombarde les positions des YPG dans le secteur. Devant l’imminence d’une nouvelle intervention militaire turque, les FDS ont donc annoncé la suspension de leur offensive contre Daesh à Hajine, tandis que l’EI a repris l’offensive, cette fois contre les forces du régime. Les FDS ont aussi frappé les forces turques menaçant Kobanê, comme le montre cette vidéo où un véhicule blindé transporteur de troupes est frappé par un missile guidé antichar.

https://secoursrouge.org/Kurdistan-Erdo ... t-bombarde
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Re: Kurdistan

Messagede bipbip » 23 Déc 2018, 18:15

Syrie : Erdogan annonce une offensive imminente contre les forces kurdes

Le président turc a annoncé, mercredi, le lancement « dans les prochains jours » d’une offensive contre les territoires tenus par les Kurdes et leurs alliés dans le nord du pays.

Une nouvelle offensive turque est imminente contre des milices kurdes en Syrie. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé, mercredi 12 décembre, le lancement d’une opération « dans les prochains jours », au risque de brouiller davantage ses relations avec son parrain américain, pour qui une telle opération serait « inacceptable ».

Ce serait la troisième offensive lancée par la Turquie en Syrie, où elle est déjà intervenue en 2016 et début 2018 pour repousser de sa frontière les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) et les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG).

... https://www.lemonde.fr/international/ar ... _3210.html
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Re: Kurdistan

Messagede bipbip » 31 Déc 2018, 21:18

Déclaration. «Ne laissez pas le Rojava devenir un autre Yémen»

Comité d’urgence pour le Rojava, 19 décembre 2018

http://alencontre.org/laune/declaration ... yemen.html
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Re: Kurdistan

Messagede bipbip » 10 Mar 2019, 17:02

Le Rojava dans la tourmente impérialiste

Le Rojava dans la tourmente impérialiste

L’annonce par Trump du retrait des troupes US et l’assentiment tacite par Poutine aux projets d’invasion d’Erdogan ont tonné comme un coup de semonce dans le ciel du nord de la Syrie.

Ces nouvelles données annoncent la fin d’un accord tactique entre les forces révolutionnaires du nord de la Syrie et le soutien intéressé qu’ont pu leur apporter une partie des acteurs internationaux (Russie, France et États-Unis). Les raisons en sont complexes  : Trump veut retirer au plus vite ses troupes pour s’enorgueillir d’une victoire contre l’État islamique mais aussi essayer de calmer la Turqiue, son allié au sein de l’Otan, qui n’a jamais accepté le soutien militaire américain à des forces armées menées par des combattantes et combattants kurdes.

Poutine, en donnant son assentiment à l’invasion turque cherche à l’inverse à fissurer le bloc de l’Otan en rapprochant la Turquie de son giron. Il est à noter toutefois qu’une partie de l’État profond étasunien semble manœuvrer pour, à tout le moins, ralentir ce retrait. Il ne s’agit bien sûr pas d’un quelconque intérêt pour le confédéralisme démocratique développé au nord de la Syrie mais d’un calcul pour maintenir leur présence au nord de la Syrie, principalement pour empêcher la réémergence de Daech mais aussi contrebalancer l’influence de l’Iran sur la Syrie.

L’inefficacité de l’Onu dans le dossier syrien

Dans ce marasme géopolitique, quelles sont les chances pour les forces progressistes de maintenir leurs acquis ? Il semble que la stratégie du PYD (parti majoritaire au nord de la Syrie) soit de jouer la carte de la négociation avec le régime de Damas. Ce n’est clairement pas la solution la plus enviable, néanmoins face à la Turquie, deuxième armée de l’Otan, qui cherche à détruire leur projet par tous les moyens, au désintérêt des puissances impérialistes, à la faiblesse endémique des forces révolutionnaires internationales et à l’inefficacité ineffable de l’Onu dans le dossier syrien, la seule voie pour eux semble de trouver un compromis avec Bachar Al-Assad.

Dans les négociations avec Damas, les peuples du nord de la Syrie courent le risque de perdre pas mal des acquis qu’ils ont pu obtenir lors de la guerre civile. Malgré cela, on peut espérer que l’implantation des expériences démocratiques durant ces années d’autonomie soit suffisante pour empêcher Damas de pouvoir réimplanter sa domination étatique même si un accord était trouvé.

Le régime semble se diriger vers une victoire dans cette guerre civile, mais il en sort aussi incroyablement affaibli (économiquement et militairement). Cela permet de douter de sa capacité à rétablir une autorité réelle sur ses territoires au nord la Syrie. Surtout qu’au vu de sa stratégie lors de la guerre civile, le Rojava ne semble pas la priorité dans son agenda. Soyons honnête, ce choix est cornélien et nul d’entre nous n’aimerait à avoir le faire.

Le plus grand espoir pour le projet du confédéralisme démocratique reste son extension en Turquie et en Irak, ce serait la meilleure garantie pour la révolution de conserver ses acquis.

Arthur (commission internationale d’AL)


http://www.alternativelibertaire.org/?L ... perialiste
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Re: Kurdistan

Messagede digger » 15 Avr 2019, 13:18

Make Rojava Green Again


Soutenez la révolution écologique du Nord de la Syrie

Commune Internationaliste du Rojava

Présentation de la campagne en coopération avec
l’Auto-administration Démocratique du Nord de la Syrie


Introduction


Cinq ans ont passé depuis le début de la Révolution du Rojava. En commençant par l'héroïque résistance de Kobanê, les YPG/YPJ ont fait reculer encore et encore les forces réactionnaires de Daesh. Au même moment, la population du Rojava a résisté avec succès aux tentatives hégémoniques de corrompre la révolution. Inspiré et façonné par les idées d'Abdullah Öcalan et le combat du mouvement de libération kurde, le Rojava est un projet révolutionnaire dont l'objectif est de défi er la modernité capitaliste par la libération des femmes, l'écologie et la démocratie radicale. Malgré les succès répétés de la Révolution du Rojava, la population reste sous pression; la guerre contre Daesh, les attaques de l’État turc et un embargo économique total sont des obstacles à la construction d'une nouvelle société. Au regard de cette situation, le Rojava a plus que jamais besoin de soutien international…

La Commune Internationaliste – Apprendre, soutenir, organiser

Depuis plusieurs années, nous, internationalistes du monde entier, avons travaillé sur différents aspects de la Révolution du Rojava. Inspiré·e·s par la perspective révolutionnaire du mouvement de libération kurde, nous sommes ici pour nous former,soutenir et aider à développer les projets existants. C'est notre objectif que d'organiser une nouvelle génération d'internationalistes pour mettre en échec la modernité capitaliste. Soutenu·e·s par le mouvement de la jeunesse du Rojava (YCR/YJC), nous avons fondé au début 2017 la Commune Internationaliste du Rojava. Nos activités jusqu'à maintenant ont été d'organiser des formations, des délégations, des cours de langue et de construire la première académie civile pour les internationalistes arrivant au Rojava.

Un pilier de la révolution: l'écologie

Les peuples aliénés de la nature sont aliénés d'eux-mêmes et s'auto-détruisent. Aucun système n'a illustré la primauté de cette relation de façon plus claire que la modernité capitaliste; la destruction de l'environnement et la crise écologique allant de pair avec l'oppression et l'exploitation des peuples. La mentalité inepte du profit maximum a amené notre planète à la frontière des abysses, et laissé l'humanité dans un tourbillon de guerres, de famines et de crises sociales. Pour cela, le développement d'une société écologique est un pilier de la révolution du Rojava, de même que la libération des femmes et la démocratisation totale de tous les aspects de la vie. Il n'est pas seulement question de protéger la nature en limitant les dommages que nous lui infligeons, mais de recréer la balance entre les populations et la nature. Il s'agit d'une «unification renouvelée, consciente et éclairée à une société naturelle, organique» (Abdullah Öcalan).

Monoculture, pénurie d'eau et pollution de l'air: un colonisation de l'humanité et la nature

Les résultats de la mentalité capitaliste et de la violence d’État contre la société et l'environnement sont clairement visibles au Rojava; le régime Bathiiste n'a jamais été intéressé par l'idée de construire une société écologique en Syrie. Le régime s’est toujours concentré uniquement sur l'exploitation maximale des ressources et la rentabilité agricole, au dépend de la protection de l’environnement, particulièrement dans le territoire colonisé du Kurdistan de l'Ouest (Rojava). La déforestation systématique a permis la monoculture: blé dans la région de Cizirê, olives à Efrîn et un mélange des deux à Kobanê ont altéré l'environnement naturel du Rojava. Pendant plusieurs décennies, il était interdit de planter des arbres ou des légumes et la population était encouragée, par des politiques répressives et le sous-développement délibéré de la région, à émigrer en tant
que main-d’œuvre bon marché vers les banlieues des villes comme Alep, Raqqa ou Homs. La production et l'utilisation de l'énergie, les politiques insensées de gestion des déchets et l'utilisation irréfléchie des produits chimiques dans l'agriculture ont détruit le sol, l'air et l'eau. Mais la population du Rojava n'a pas seulement à se battre contre l'héritage éco-politique du régime bathiiste, mais aussi avec la constante et grave menace des politiques hostiles de la Turquie. A côté des attaques militaires, de la menace permanente d'invasion et de l'embargo économique existent de nombreux problèmes dus aux politiques turques de construction de barrages dans le territoire occupé du Nord- Kurdistan et d'utilisation incontrôlé des eaux souterraines pour l'agriculture. Ce siphonage agressif réduit le flux des rivières entrant au Rojava et abaisse le niveau des eaux
souterraines de toute la région. La Turquie ferme systématiquement le robinet à eau du Rojava.

Entre guerre et embargo – le travail écologique au Rojava

Les tentatives des régimes turc et syrien d'étrangler la révolution du Rojava par des attaques militaires, politiques et économiques, la guerre contre Daesh et l'embargo soutenu par le KDP au Kurdistan du Sud (Irak) créent des conditions difficiles pour le développement écologique du Rojava. Néanmoins, de nombreux projets sont en cours, comme la reforestation du territoire, la création de réserves naturelles et infrastructures de gestion et tri des déchets, objectifs qui sont pour l'heure difficiles à atteindre. Les projets de la plupart des comités régionaux ne sont encore qu'à un stade préparatoire ou commencent tout juste à être mis en place. La révolution écologique, comme part de la révolution générale du Rojava n'en est encore qu'à ses débuts. Il manque aujourd'hui une
conscience environnementale partagée par toute la population, certains savoirs experts et nécessaires technologies ainsi qu’une connexion avec la solidarité venant de l’étranger.

Notre contribution à la révolution écologique: Make Rojava Green Again

Nous, la Commune Internationaliste du Rojava, voulons contribuer à la révolution écologique du Nord de la Syrie. Pour cela, nous avons lancé la campagne «Make Rojava Green Again» en coopération avec le comité écologique du canton de Cizirê. La campagne se décline en trois aspects :

1. La construction de l’Académie Internationaliste sur la base d’un ethos écologique,
pour servir d’exemple pour des projets et concepts similaires pour la société,
impliquant la formation à la fois des internationalistes et de la population du Rojava,
afi n de renforcer la conscience et la préoccupation pour l’environnement et construire
une société écologique

2. La participation au travail de reforestation du Rojava par la construction d'une pépinière d'arbres comme l’un des travaux de notre Académie Internationaliste

3. Le soutien matériel aux projets écologiques déjà existants ou en devenir portés par
les structures de l’Auto-administration Démocratique, incluant le partage de savoirs
entre activistes, scientifi ques, expert·e·s et les comités et structures du Rojava, pour le
développement d’une perspective de long terme pour une Syrie du Nord écologique.

Les deux premiers projets concrets de «Make Rojava Green Again» sont:

• La mise en pratique des concepts d’une vie et d’un travail écologique au sein de l’Académie Internationaliste, en partie grâce à la construction de la pépinière en tant que l’un des travaux de l’Académie. Au printemps 2018, nous allons planter 2000 arbres dans les alentours de l’Académie et plus de 50 000 jeunes plants dans la pépinière.

• Un soutien pratique et fi nancier au Comité du Conservatoire naturel de la reforestation de la réserve naturelle d’Hayaka, située à côté de la ville de Derik dans le canton de Cizirê. Dans les cinq prochaines années, nous allons planter près de 50 000 arbres sur les rives du lac Sefan. Le travail collectif dans la pépinière sera une dimension pratique de la formation à l'Académie internationaliste, aussi bien qu'une solidarité concrète avec les communes, institutions et structures populaires.

«Make Rojava Green Again»: un pont pour la solidarité internationaliste

Pour soutenir la campagne «Make Rojava Green Again», le travail écologique en Syrie du Nord et la révolution au Rojava, plusieurs actions sont possibles:

• Partager cette campagne avec des activistes, scientifiques et expert·e·s des domaines de l’agriculture écologique, sylviculture, de l’approvisionnement en eau et de la production d’énergie soutenable

• Contacter et assurer la liaison avec des activistes, journalistes et politicien·ne·s ou autres personnes qui pourraient être intéressées par cette campagne

• Écrire, publier des articles ou des interviews à propos de la campagne

• Partager l’information avec votre famille et vos ami·e·s. Répandre l’information à
propos du développement de la révolution écologique au Rojava

• Établir des contacts entre des personnes/groupes/organisations et la Commune Internationaliste du Rojava

• Venir directement travailler au Rojava

• Soutenir financièrement le travail écologique au Rojava

Contacts:

Mail : makerojavagreenagain@riseup.net
Site internet : www.internationalistcommune.com
Facebook : facebook.com/CommuneInt
Twitter : twitter.com/CommuneInt

Dons:

Rote Hilfe (Secours Rouge)
IBAN: CH82 0900 0000 8555 9939 2
BIC: POFICHBEXXX
Post Finance
Reference: "Make Rojava Green Again"
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