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La Villeneuve (Grenoble) en état de siège

MessagePosté: 20 Juil 2010, 13:01
de Pïérô
Il n'y avait pas grand chose, à part la presse, enfin une info vue du terrain, réaction et analyse, et un témoignage militant, d’un militant des Alternatifs-Isère, publié sur le site Mille Babords, http://www.millebabords.org/spip.php?article14768 :


La Villeneuve (Grenoble) en état de siège

Dimanche 18 juillet- 23H15- Villeneuve : 3ème nuit d’état de siège après la mort de Karim, jeune du quartier de l’Arlequin de la Villeneuve, tué par balle suite à un tir en pleine tête d’un policier, alors qu’il revenait d’une opération de braquage au Casino d’Uriage. Bruit assourdissant d’hélicoptères qui survolent et illuminent le quartier, omniprésence policière avec plusieurs unités de forces mobiles du Raid et du GIPN (ils seraient au moins 300 !). Venant du centre ville j’ai eu droit comme tous les habitants rentrant chez eux en voiture à un barrage et à une fouille systématique de mon véhicule. Place du marché je croise une famille dont les enfants crient apeurés…

Deux jours durant j’ai sillonné le quartier pour constater les dégâts – voitures calcinées, abris bus caillassés..- mais surtout pour rencontrer et écouter les habitants. Réactions certes contrastées qui vont d’une condamnation sans nuances d’une « minorité de jeunes » qui « foutent la merde » et « empoisonnent la vie » du quartier, en brûlant notamment les voitures de leurs voisins de coursive qui en ont tant besoin, à une condamnation tout aussi catégorique de la police qui « a tué sciemment, par racisme, le jeune Karim », en passant par ceux/celles qui mettent tout sur le dos d’une éducation parentale défaillante… Mais tous sont envahis par un sentiment d’écrasement, d’impuissance et de désespoir face à des événements qui vont enfoncer encore davantage le quartier dans la stigmatisation et la souffrance sociale…

Au-delà des faits, ce que je veux dire, ce que je veux crier, avec d’autres habitants, au-delà de ma colère :

1- L’approche et le traitement exclusivement sécuritaires de ce type de « fait divers sont aberrants, surtout avec tout ce déploiement et cet arsenal « anti-terroriste » et guerrier. Depuis plus dix ans la police dite de proximité n’existe plus à la Villeneuve, les policiers n’ont plus aucun contact avec la population, sa seule apparition, sa seule visibilité étant réduite à ces irruptions aussi brutales, massives, spectaculaires qu’aberrantes qui ne peuvent provoquer que haine et volonté d’en découdre. Un type d’approche et de « traitement anti-criminalité » qui ne peuvent que dégrader toujours plus l’image et la perception de ce quartier.

2- Les causes ? Il est tentant, et si facile, de désigner une « minorité de jeunes » qui seraient à la base de l’économie parallèle, du trafic de drogue et des incendies réguliers de voiture. Explication réductrice et paresseuse qui évite de se poser les vraies questions : comment expliquer que le quartier de la Villeneuve, dont la création remonte aux années 72 sur la base d’une utopie collective qui a effectivement été essayée et réalisée partiellement jusqu’aux années 90, se soit à ce point « ghettoïsé », appauvri, dégradé à ce point ? Pourquoi cette concentration progressive d’une population de plus en plus précarisée, en grande majorité d’origine immigrée, en état de grande souffrance économique et sociale, notamment les jeunes dont au moins 50% sont sans emploi et sans aucune perspective ? Avec la fuite parallèle d’une proportion significative de la classe moyenne intellectuelle, dont je fais partie, dont beaucoup d’éléments n’ont pu supporter cette dégradation ?
Les causes sont certes nombreuses, mais pour l’essentiel il faut citer le projet architectural de départ qui, malgré nombre d’équipements socio-culturels d’accompagnement, créait bel et bien les conditions d’un ghetto, la politique urbaine de la Ville de Grenoble qui a privilégié la création en région grenobloise de secteurs d’emploi à « valeur fortement ajoutée » faisant appel à des ingénieurs, cadres supérieurs…ce qui a eu pour conséquence une augmentation notable du prix du m2 et des loyers au centre ville et de raréfier les logements sociaux accessibles aux classes populaires. Avec l’absence d’une politique volontariste de maîtrise du montant des loyers. Il faut ajouter une cause structurelle plus déterminante : la panne de l’ascenseur social, la montée massive du chômage, la précarisation croissante des jeunes, l’accentuation de la ségrégation urbaine, autant d’effets directs du capitalisme néo-libéral, avec des effets particulièrement dévastateurs dans des quartiers populaires comme celui de la Villeneuve.

3- La solution, même si elle peut être intéressante, ne saurait se réduire, comme le réclame Michel Destot, maire de Grenoble, à un « Grenelle de la Sécurité ». Oui, certes, à un rétablissement de la police de proximité, oui à une rupture avec ces opérations spectaculaires et terrorisantes qui ne font gu’aggraver le mal… Mais l’essentiel n’est pas là. C’est bien à toute une politique économique, sociale, urbaine secrétée par un système capitaliste et un libéralisme destructeurs et profondément inégalitaires, qu’il faut s’attaquer. Ainsi qu’à des logiques sociales et urbaines discriminatoires et, disons-le, racistes.
Si un tel fait divers, aussi tragique soit-il ; s’était produit dans un quartier du centre ville, ou à Meylan, ou encore à Seyssinet, aurait-on envoyé tous ces « Robocop », ces centaines de policiers sur-armés, avec hélicoptères, aurait-on procédé à un encerclement systématique de ces quartiers, à des barrages, à des fouilles systématiques des véhicules et des personnes ? On ne pourra pas empêcher les habitants de la Villeneuve de penser que des dispositifs aussi guerriers et terriblement traumatisants, humiliants sont précisément arrêtés pace qu’il s’agit d’un quartier à forte composition immigrée. Je le dis avec colère et conviction : ce type de « traitement » est l’illustration bien réelle d’un rejet, d’une stigmatisation, d’une discrimination qui ne disent pas leur nom. La population de la Villeneuve, notamment les jeunes, comme celle des quartiers populaires, comme celle de Villiers le Bel ou de Saint Denis en région parisienne, sont bel et bien victimes d’une triple discrimination, sociale, économique et raciste. Tant qu’on ne s’attaquera pas à ces racines d’une exclusion terrifiante et dévastatrice, on ne fera au mieux que différer des explosions de plus en plus inévitables.

4- J’ajoute, pour ne pas terminer sur une note exclusivement négative, que nous sommes un certain nombre de militants qui vivons sur ce quartier, qui apprécions fortement cette richesse sociale et multiculturelle, même si elle est nettement moindre qu’il y a vingt ans, déterminés à y rester, à maintenir à tout prix le contact avec une population en état de très grande souffrance psychologique et sociale, à créer les conditions d’un mieux vivre ensemble, sans oublier les causes socio-économiques et politiques. Un défi qui peut paraître insensé voire suicidaire mais auquel il est hors de question de renoncer.


Re: La Villeneuve (Grenoble) en état de siège

MessagePosté: 20 Juil 2010, 15:11
de charlelem
Texte trés intéressant.
il revenait d’une opération de braquage au Casino d’Uriage

il revenait armé, je pinaille mais quand tu te trimballes avec des armes tu prends des risques et le plus grave étant de te faire tuer.
Je ne vais pas me faire des copains, mais je ne confond pas "droits communs" et "politiques".

Re: La Villeneuve (Grenoble) en état de siège

MessagePosté: 21 Juil 2010, 13:36
de Pïérô
Personne n'en fait un héro non plus à ma connaissance. Et pour moi le fond du probleme et de la question soulevés par les évènements qui ont suivi çà va au delà, et c'est bien politique.

Re: La Villeneuve (Grenoble) en état de siège

MessagePosté: 21 Juil 2010, 14:33
de charlelem
Effectivement, sur ce forum personne n'en fait un héro. Les questions soulevées par ce texte sont politiques évidemment mais la "façon" de les soulever (bruler la voiture du voisin) n'a rien de politique.
Mais bien entendu, il faut voir la suite.

Re: La Villeneuve (Grenoble) en état de siège

MessagePosté: 26 Juil 2010, 14:29
de Pïérô
Un article/entretien intéressant dans "Rue 89" daté d'hier, Mathieu Rigouste est l'auteur de « L'Ennemi intérieur » (publié en 2009) :

« A Grenoble, le pouvoir adopte des postures de guerre »

Le 16 juillet, à Grenoble, un braqueur est abattu par la police durant une course-poursuite. Une partie de la population se soulève dans le quartier de La Villeneuve : voitures étrillées, tirs à balles réelles, abribus désossés… Brice Hortefeux, le ministre de l'Intérieur, y fait une visite-éclair de quinze minutes et envoie le Raid et le GIPN, soit au moins 300 hommes supplémentaires. Quadrillage de la zone, barrages filtrants, survol d'un hélicoptère.

Chercheur en sciences sociales, Mathieu Rigouste est l'auteur de « L'Ennemi intérieur » (publié en 2009), un ouvrage très documenté issu de sa thèse, dans lequel il met en valeur le substrat idéologique des réponses politiques aux dites « violences urbaines ».

Il souligne aussi la construction médiatique de la figure de l'immigré et des quartiers populaires, alors que de nombreux médias ont précisé sans ciller que le braqueur avait été inhumé « dans le carré musulman » d'un cimetière de l'Isère. En entretien avec Rue89, il revient sur ce qui s'est passé à Grenoble.

Rue89 : Vous montrez dans votre ouvrage que les forces de l'ordre observent une stratégie de contre-guérilla dans les banlieues comparable à celle dont la guerre d'Algérie a été le laboratoire. Diriez-vous que les derniers événements à Grenoble et la façon dont les forces de l'ordre sont intervenues confirment cette grille de lecture ?

Mathieu Rigouste : Mon travail consiste à montrer comment la guerre influence le contrôle social et en l'occurrence comment les techniques de répression s'inspirent des techniques de guerre dans la population. A Grenoble comme à Blois, le pouvoir adopte des postures de guerre, il importe et réexpérimente en contexte intérieur, des protocoles testés à l'extérieur.

Dans les doctrines policières et militaires, les populations de Villiers-le-Bel ou d'Abidjan s'apparentent à des « milieux de prolifération des nouvelles menaces » et sont envisagées d'un même mouvement comme des « conflits de basse intensité en milieu urbain ».

La différence essentielle réside dans le « zéro mort » : à l'intérieur, il faut éviter de tuer parce que cela coûte trop cher médiatiquement. Grenoble nous montre que cette distinction tend à s'affaiblir puisque les médias dominants semblent capables de faire passer le meurtre d'un humain par un policier pour un acte acceptable.

Les personnels sollicités parmi les forces de l'ordre (RAID, GIPN, etc), la nature de leur armement ou les techniques utilisées y compris en termes d'occupation de l'espace font-ils apparaître les événements de Grenoble comme un exemple symptomatique de l'évolution récente du maintien de l'ordre ? Est-ce propre aux banlieues ?

La bataille de Grenoble, comme celle de Villiers-le-Bel et comme chaque « opération intérieure », est l'occasion d'expérimenter des nouvelles techniques et de présenter aux marchés internationaux de la sécurité, les nouveaux dispositifs tactiques français.

Chaque opération intérieure est une vitrine, un laboratoire, un rouage sur la chaine de production du contrôle. Ce n'est pas propre aux banlieues, on exporte aussi des techniques de contrôle des « militants révolutionnaires », des « clandestins », des « prisonniers »…

Par quels rouages diriez-vous que passe le contrôle des populations en zone urbaine type banlieue en dehors de ces périodes d'affrontements ? Y a t-il des mécanismes concrets qu'on peut lister ?

La répression n'est que la partie émergée de la pacification en zone urbaine. Il existe en amont toute une série de dispositifs visant à policer la vie sociale des pauvres. C'est l'un des axes principaux de la plupart des réflexions sur le sujet dans les revues et les instituts de défense et de sécurité : « la coopération police-population », « la médiation socio-culturelle », les « polices de proximité », « la rénovation urbaine », « la gouvernance locale »…

Tous ces domaines sont envisagés par les « stratèges » de la police, de l'armée et du gouvernement, comme des moyens de perfectionner mais aussi de préparer et de faciliter la « sécurisation », c'est-à-dire la surveillance, le contrôle et la répression.

Qu'est-ce qu'une « zone grise intérieure » ? Les banlieues en France le sont-elles devenues ?

Les « zones grises » désignent dans la langue militaire internationale des territoires sur lesquels les Etats n'auraient plus aucune souveraineté et qui serviraient de bases arrières à la « nébuleuse des nouvelles menaces » : « communautarisme », « islamisme », « terrorisme », « violences urbaines », « criminalité », « incivilités »…

Il s'agit en fait de désigner des territoires sur lesquels on doit intervenir sur le mode de la guerre. Certains quartiers populaires français désignés comme des « zones urbaines sensibles » sont considérés comme des zones grises par des policiers, des militaires ou des dirigeants. Ces derniers tentent ainsi de justifier la radicalisation et parfois la militarisation de la répression.

Quelle est la matrice idéologique de ce contrôle social ?

Considérer la population comme ce qu'il faut protéger et ce dont il faut se protéger, c'est-à-dire rationaliser la production du contrôle en amenant la population à sous-traiter le contrôle, à s'auto-contrôler.

Les « jeunes des banlieues » ont-ils supplanté la « menace islamiste » pour devenir la nouvelle figure de « l'ennemi intérieur » ? Le décryptez-vous à travers la prose militaire ? Les cahiers de la défense nationale ? La communication officielle dans la presse ?

L'« islamiste » ou « le casseur » sont des réglages de l'appareil répressif, des « marionnettes ». Comme pour toute opération, il faut communiquer, désigner l'ennemi, encore plus lorsqu'il s'agit de légitimer auprès de la population une opération intérieure menée dans la population.

Lorsqu'on monte des opérations intérieures il faut des ennemis intérieurs crédibles parce qu'il s'agit d'amener la population à accepter, soutenir voire participer à la purge publique.

La manière dont on désigne l'ennemi intérieur a un lien avec la manière dont on veut contrôler la société. La manière dont on le sacrifie aussi. Mettre une balle dans la tête d'un habitant en bas de son immeuble et laisser le corps à la vue de tout le monde est un message de destruction.

On utilise un peu de « burqa » pour justifier les camps pour étrangers et la guerre en Afghanistan, un peu de « racaille » pour accompagner la destruction des quartiers populaires. C'est un principe de base en stratégie, pour occuper le territoire, il faut occuper les esprits.

Les commentaires, notamment médiatiques, sur la « militarisation des banlieues » vous apparaissent-ils comme une lecture aberrante de la réalité ?

On observe une hybridation réelle de la police et de l'armée, de la guerre et du contrôle. Dans les matériels, les personnels, les techniques, les pratiques et les idées, les domaines classiques de la police tendent à se militariser et les domaines de la guerre, à s'inscrire dans un schéma de police globale.

Vous développez dans votre livre l'idée que le nouvel ordre sécuritaire passe par le fait d'amener la population à s'immuniser contre la subversion. Est-ce opérationnel aussi en présence de ce qu'on a pris l'habitude d'appeler les « violences urbaines » ?

Ça fonctionne à plein régime pour la répression des révoltes des quartiers populaires. Il faut diviser et employer, comme dans le schéma colonial mais comme pour les « classes dangereuses » en général, une partie du peuple contre le reste.

On met en scène des « représentants des jeunes » à qui on fait tenir le discours de la pacification et de la dissociation face aux « tueurs et aux casseurs », on organise la délation anonyme et rémunérée, on emploie des habitants des quartiers pour faire des « grands frères », des « médiateurs » ou les postes « au contact » de l'infanterie et de la police

Quelle réponse identifiez-vous dans vos travaux de la part de la population locale ?

C'est aux habitants qu'il faut demander, ce sont eux qui résistent chaque jour à la férocité policière. On n'entend quasiment jamais la voix des dominés, si ce n'est quand il s'agit de leur faire tenir le discours des dominants.

Voyez-vous un lien entre l'origine des populations des quartiers populaires (et donc une histoire migratoire) et la déclinaison d'une stratégie issue de l'arsenal sécuritaire colonial ? Est-on ici en présence aussi d'un rictus postcolonial ? D'une vision « racialisante » de l'ennemi intérieur ?

Il y a un continuum dans les pratiques, les techniques, les matériels, les personnels, les institutions et les imaginaires des Etats. Les sociétés postcoloniales héritent de répertoires coloniaux mais les transforment. La question est en fait de savoir ce qui change.

D'autre part, la xénophobie est structurelle dans l'Etat-nation, l'étranger y est défini par principe comme un suspect. Désigner ceux qui viennent d'ailleurs comme des impurs, responsables de tous les maux que génère la société est un invariant partout où l'on trouve des Etats, des proto-Etats, une hiérarchie sociale, un groupe ou une classe dominante.

Au XIXe siècle, on « racialisait » déjà les « classes dangereuses ». On parlait des « bédouins » et en 1848, pour pacifier Paris et mater les révoltes ouvrières on avait déjà fait revenir des militaires d'Algérie spécialisés dans la « guerre au milieu des populations ».

Il faut comprendre que le racisme est une technique de division de l'humain et le racisme d'Etat une technique de séparation qui permet d'exploiter à des régimes supérieurs certains segments du peuple.

Re: La Villeneuve (Grenoble) en état de siège

MessagePosté: 29 Juil 2010, 12:30
de Pïérô
Deux initiatives :

Sarkozy et Destot nous font la guerre sociale

Tout le monde ne part pas en vacances. Un lycéen de la Villeneuve va en prison pour trois mois ; Sarkozy vient à Grenoble le 30 juillet 2010 installer son préfet pitbull ; et nous, Grenoblois irrésignés, diffusons ces jours-ci, à des milliers d’exemplaires, ce tract contre sa venue.

Vous aussi, vous pouvez l’imprimer, publier votre propre texte au verso, et le distribuer dans la rue.

A télécharger : http://grenoble.indymedia.org/IMG/pdf/v ... ille-2.pdf

Après la mort d’un jeune braqueur à Villeneuve et la révolte qui s’en est suivi, le quartier est resté isolé du reste de la ville durant dix jours, par l’interruption des lignes de bus et de tramway.

Ce vendredi 30 juillet, Sarkozy vient lui-même installer son préfet pittbull : Eric Le Douaron, ancien directeur de la sécurité publique et de la police aux frontières. Bref, un ultra-flic.

Après avoir transformé Grenoble en « Silicon Valley » livrée aux laboratoires de recherche et entreprises high tech ; expulsé les classes populaires en périphérie pour laisser la place aux ingénieurs et cadres à forts revenus dans des résidences de prestige à 3500 euros le m2 ; implanté des caméras de vidéosurveillance dans toute la ville, le maire Destot profite de l’occasion pour annoncer des innovations en matière de répression. La seule réponse des décideurs aux problèmes sociaux qu’ils ont eux-mêmes créés : l’escalade technologique et guerrière. Toute la ville subira le flicage de l’ultra-préfet.

Tandis qu’au sommet de l’Etat, Woerth et Sarkozy trafiquent en toute impunité avec l’argent des Bettencourt, un lycéen de Villeneuve prend trois mois ferme en comparution immédiate pour jet de caillou vers la police. Que celui qui n’a jamais lancé de caillou sur la police lui jette la première pierre.

Nous, habitants de tous les quartiers de Grenoble, appelons la population à raconter la version réelle des événements récents, ainsi que sa vie quotidienne (logement, chômage, précarité, racisme, retraites, santé, éducation, travail...). Ecrivez et diffusez vos témoignages par tracts, affiches, prises de parole publiques et sur le site internet Indymedia Grenoble (http://grenoble.indymedia.org, rubrique « publiez »).

Apportons notre soutien aux habitants de Villeneuve et informons-nous auprès d’eux plutôt qu’avec la télé.

La vieille ville est avec la Villeneuve.
N’ayons pas peur : résistons !


Grenoble, le 25 juillet 2010
. Pièces et Main d’Oeuvre
. Collectif Démontons les caméras
. et d’autres habitants

http://grenoble.indymedia.org/2010-07-2 ... t-la,32006

.

Sarkozy à Grenoble : il faut une autre politique ! Pour l’égalité, la solidarité et la justice sociale.

Les évènements graves survenus à la Villeneuve de Grenoble attestent de la gravité de la crise qui ne se réduit ni à une crise des quartiers populaires, ni à une crise de la jeunesse, ni à la crise de l’immigration, mais à une crise sociale profonde.

Nous condamnons la surenchère répressive, spectaculaire mais inefficace du gouvernement. Nicolas Sarkozy a décidé d’aller encore plus loin dans le tout répressif. Le préfet Dupuy est remplacé par un ancien policier Eric Le Douaron qui aura pour mission d’accentuer les politiques sécuritaires.

Pour « marquer » ce changement, Nicolas Sarkozy vient à Grenoble le 30 juillet "installer" le nouveau préfet. A n’en pas douter, cela sera vécu à juste titre comme une nouvelle provocation dans une stratégie de développement de la tension.

Ce ne sont pas ses « policiers-préfets », le toujours moins de social et le toujours plus de répressions policières (BAC, GIPN, RAID, ballets d’hélicoptères…), l’état de siège ou la vidéosurveillance, qui vont assurer la sécurité des habitants, donner du boulot aux jeunes, aux chômeurs et satisfaire les droits et besoins sociaux.

Sarkozy et son gouvernement ont beau stigmatiser telle ou telle catégorie de la population, désigner des boucs émissaires (Gens du voyage, Roms, demandeurs d’asile, sans papiers, habitants des quartiers populaires…), ils n’arriveront pas à : faire oublier les scandales politico-financiers (affaire Woerth-Bettencourt). masquer la contestation de leur politique de régression sociale dont leur réforme des retraites est le fer de lance.

Nous appelons à un rassemblement de protestation Vendredi 30 juillet à partir de 12 h, Place Felix Poulat à Grenoble.

Signataires : AC !, ADES, Afric’Impact, APARDAP, CADTM, CIIP, Comité isérois de Soutien aux Sans papiers, Collectif de soutien aux réfugiés algériens, Europe Ecologie- les Verts38, FASE, France Amérique Latine 38, Les Alternatifs 38, LIFPL, Ligue des Droits de l’Homme 38, Maison des Habitants Villeneuve, NPA, PAS38 UDAS, PCF 38, PCOF, Ras le Front Voiron, RESF38, Solidarité Expulsions, Solidaires 38, Sud éducation, Sud ptt, Sud rail, Sud santé-sociaux, UD CGT 38.

Re: La Villeneuve (Grenoble) en état de siège

MessagePosté: 04 Aoû 2010, 12:00
de Pïérô
papier interessant sur http://contredit.blogspot.com/ :

La Villeneuve de Grenoble : une cité sous état d’exception

Je vais présenter quelques observations sur les événements qu’a vécus la Villeneuve de Grenoble en cette deuxième quinzaine de juillet 2010. Pendant plusieurs jours, le fait d’habiter ce quartier a plutôt été un handicap pour le jugement tant celui-ci exige, je m’en rends compte une nouvelle fois, un minimum de distance.

Au début, c’est-à-dire à partir de cette matinée du vendredi 16 juillet où les faits qui ont tout déclenché ont été connus, je n’ai pensé qu’à la mort, dans la nuit du 15 au 16, du jeune Karim Boudouda, ayant très vite découvert que sa mère était ma voisine de palier. Tout au long de la semaine, passant et repassant devant sa porte et croisant les nombreuses personnes qui venaient lui rendre visite, je méditais les événements de ce seul point de vue : quel était ce déterminisme singulier, cette fatalité tragique, qui avaient poussé le jeune homme, poursuivi par la police à 1 heure du matin, à prendre la direction du quartier de son enfance pour venir s’écrouler sous les balles à 200 mètres à peine de la maison de sa mère ? J’ai pu voir dimanche 18 l’endroit précis, face au 30, Galerie de l’Arlequin, où son corps est resté couché pendant près de quatre heures, exposé à découvert au regard de tant de jeunes qui le connaissaient et je ne laissais pas de m’interroger sur ce que ce temps suspendu pouvait rétrospectivement ajouter au fardeau du deuil.
Je ne peux pas dire que j’ai été témoin des événements. Ceux-ci se sont déroulés la nuit essentiellement, dans un rayon relativement restreint autour du lieu où le jeune braqueur a trouvé la mort, mais dans un enchaînement et selon une logique qui les soustrayaient à la vue d’un spectateur occasionnel et isolé cantonné à son poste d’observation. Et dans les épisodes de répit, on apprend peu de choses par ouï-dire car les gens répugnent à échanger au hasard des rencontres.
Mais il n’importe, je peux tirer quelques enseignements de la situation générale résultant des faits et surtout de la manière dont on a rendu compte des événements et des dispositions prises en réaction. Je les développerai en deux points.


1. Sur le fait générateur des événements : la mort de Karim Boudouda

Quelle que soit l’évaluation que l’on peut faire des désordres qui se sont produits dans le quartier, le fait le plus grave reste cette mort. Il devrait toujours en aller ainsi en pareille circonstance : s’il y a mort d’homme, aucune diversion ne saurait en distraire l’attention.
Comme ce fut le cas pour les émeutes de 2005, et comme ce fut le cas pour les incidents qui se sont produits depuis lors dans les cités sur une échelle plus réduite, c’est la mort d’un jeune issu de l’émigration, impliquant la police, qui a déclenché les désordres. Sans doute, le jeune homme venait-il de participer au braquage du casino d’Uriage. Sans doute était-il un braqueur multirécidiviste. Mais l’instinct (certains diraient le calcul) qui lui avait commandé de faire son ultime repli sur le quartier de son enfance, avec la police à ses trousses, avait d’emblée compromis toute chance que cette affaire soit jamais vécue comme un banal fait-divers. L’enquête sur les circonstances de sa mort, en dehors même du devoir qu’en fait la loi aux autorités, constituait (et constitue encore) un enjeu crucial pour l’évolution de la situation.

Dès le premier jour pourtant, on n’a pas su tolérer le moindre doute sur les circonstances de cette mort. La réserve qui aurait dû commander d’attendre le résultat des expertises était pourtant, ne serait-ce que pour la forme, indispensable. Je n’attendrais personnellement rien de l’enquête, sachant que la politique sécuritaire du pouvoir actuel requiert une immunité à toute épreuve de la police. Il n’en demeure pas moins que, à défaut de ce respect minimal des formes, j’ai encore moins de raisons d’accorder à la thèse officielle de la légitime défense des policiers plus de crédit qu’à la thèse – tout aussi invérifiable – que j’entends bruire depuis plusieurs jours à la Villeneuve : Karim Boudouda a été délibérément abattu par la police et, dans la version la plus populaire, il a été achevé à terre. Car les choses sont ainsi faites que lorsque les procédures légales de vérité sont court-circuitées, il n’y a rien à opposer à la séduction de la rumeur.
Je le répète, le sujet que l’on a dédaigné d’une façon si résolue était d’une extrême sensibilité : Karim Boudouda, venu mourir devant le 30, Galerie de l’Arlequin, est resté exposé pendant près de quatre heures au regard des habitants. C’est la brigade anti-criminalité (BAC) qui a tiré la balle mortelle, c’est-à-dire l’unité de la police la plus honnie sur le quartier, celle qui s’illustre, dans toutes les cités de France, par la brutalité de ses procédés et l’extrême violence de ses provocations racistes. Cette brigade, nous dit le Dauphiné Libéré incidemment, sans en tirer de conclusion, a pris en chasse les braqueurs d’Uriage, alors qu’elle se trouvait « précisément sur la commune – pourtant située en zone gendarmerie » (édition du 17 juillet). Cette indication fournie de façon anodine suscite une interrogation : la BAC était-elle habilitée à intervenir et de façon si dangereuse ? Selon des témoignages convergents, ce furent, après la mort du jeune homme, des heures de face-à-face entre les jeunes du quartier et les agents de la BAC, des heures durant lesquelles les pires invectives ont été échangées, beaucoup ayant eu le sentiment que les policiers se livraient à une danse du scalp autour de leur trophée. Mais à cet instant-là – qui sait ? – la révolte de certains jeunes de la Villeneuve n’était peut-être pas écrite.

On aurait eu l’occasion d’en juger si le procureur de la République n’avait pas déclaré d’emblée que les policiers avaient tiré en état de légitime défense et si tous les médias n’avaient pas relayé cette opinion comme une information attestée. Par la suite, il aurait fallu que le Dauphiné Libéré ne s’empresse pas de titrer en une le samedi 17 : « La police riposte, un braqueur tué » ; que, ayant relevé la nécessité pour l’inspection générale de la police « de faire la lumière sur les circonstances de la fusillade au cours de laquelle les policiers ont abattu le suspect dont le corps sera autopsié aujourd’hui », sa journaliste n’ajoute pas aussitôt que « au vu des éléments dont ils disposent déjà, la thèse de la légitime défense semble indiscutable ». Car dès lors, à quoi pouvaient encore servir l’enquête et la dite autopsie ?
Comment expliquer ce consensus prématuré entre les autorités, toutes compétences confondues, et la presse, sachant que celle-ci se limite à un seul quotidien, lié aux milieux d’affaires et aux notables ?
Comme à son habitude, la communication officielle a tronqué et raccourci, sans égard pour les conséquences. Et cette fois-ci encore, au nom d’un péril à conjurer, d’une « guerre » à mener.


2. Sur la « guerre » confiée à la force armée de l’Etat dans la Villeneuve

On ne dira jamais assez que la guerre n’est déclarée, sinon menée, que pour disqualifier tous les autres recours.
Dès le premier jour, la presse a titré sur l’ « armement de guerre » utilisé contre la police par les deux braqueurs du casino d’Uriage, les autorités ont parlé d’ « armes lourdes » et il m’a bien semblé entendre le procureur de la République dire que les assaillants avaient une « mitrailleuse ».
Le préfet de l’Isère a été limogé et remplacé par un ancien gradé de la police. Il a presque applaudi à sa propre éviction, au nom de la "guerre" qu’il fallait mener contre la délinquance. Peut-être se satisfaisait-il ainsi à demi-mot de n’être pas le soldat que requérait pareille entreprise. Car le ministre de l’intérieur, dépêché dimanche 18, à Grenoble venait d’instaurer une sorte d’Etat d’exception. Auparavant, en guise de transport sur les lieux, il s’était arrêté une dizaine de minutes, sous haute protection, dans un coin de parking en retrait de l’Arlequin, non loin d’une déchetterie. Louable discrétion, au demeurant, venant d’un ministre qui ne s’était pas déplacé pour apaiser les esprits et qui venait d’être condamné quelques semaines plus tôt pour « injure raciale ». Devant la presse, et après avoir dénombré les effectifs qui seraient mobilisés à la Villeneuve, il a déclaré :
Les forces de sécurité ont reçu pour mission de mettre un terme aux violences, de rechercher les fauteurs de troubles et de les déférer à la justice. Au-delà de cette réponse immédiate, j’ai demandé au préfet de l’Isère d’organiser, dès cette semaine, en liaison avec le maire de Grenoble et le procureur de la République, une réunion rassemblant l’ensemble des acteurs publics locaux concernés (forces de sécurité, services de l’Etat, services fiscaux, services sociaux, acteurs associatifs, etc.). Cette réunion aura pour objet de faire un point d’ensemble sur la situation locale et d’arrêter les réponses spécifiques et concrètes à apporter pour une sécurité durable à Grenoble et tout particulièrement dans le quartier de la Villeneuve. (Le Dauphiné Libéré du 19 juillet).

Un programme en deux volets qui livre le quartier à la police pour le court et le moyen terme. L’Etat réduit sur la Villeneuve à sa quintessence, la force armée, c’est la révélation d’une réalité que les discours de notre époque, voués à justifier l’exigence républicaine de la mission sécuritaire, avaient fini par occulter. Car cette force armée, nombreuse, entraînée, prête à tout moment à intervenir, est la composante la plus spécifique de l’appareil de l’Etat. Elle est au fondement de ce que l’on dénomme la force de la loi. Cependant, en période de paix civile, la crédibilité de l’Etat de droit impose de ne pas abuser de ses manifestations. Il est rare qu’elle s’exhibe ainsi au regard d’une collectivité d’habitants sur une période aussi longue sous la figure de l’hyper force publique. On lui impose d’ordinaire de la retenue même dans les périodes de troubles graves. Au plus fort des émeutes de mai 1968, l’Etat avait mis en route les chars de l’armée mais il les avait prudemment dissimulés sous les arbres de la forêt de Rambouillet, cette présence-absence ayant suffi pour peser sur les événements. La paix civile a-t-elle à ce point vacillé à Grenoble que la force armée ne se soit pas arrêtée au milieu du gué ? Le péril qui menaçait en ce mois de juillet 2010 était-il si grave qu’il ait fallu faire tourner pendant plusieurs nuits un hélicoptère de la gendarmerie sur la Villeneuve et faire patrouiller au milieu de la population, dans les galeries de l’Arlequin, en plus des brigades anti-émeutes, les impressionnantes unités du GIPN, avec leurs casques, leurs cottes de maille et leurs gros calibres ?

Et pour l’avenir, quelle approche M. Hortefeux nous a-t-il proposée ? La justice, les services de l’Etat, les services fiscaux et sociaux, les associations elle-même, placés pour une période indéterminée sous les ordres du ministre de la police, c’est-à-dire l’Etat de police proclamé dans la Villeneuve. Et de fait, pendant ces nuits où la police a les pleins pouvoirs dans le quartier, on fouille les caves (brisant au besoin les portes ou abattant des pans de murs pour y accéder) et certains appartements, on réactive toutes les enquêtes en cours pour rechercher les délinquants, les trafiquants et leurs produits illicites. On fait avancer de vieux dossiers ! Autrement dit, la mission de rétablir l’ordre dévolue à la police s’est éloignée de sa cause initiale et sous couvert de ramener la tranquillité et la sécurité, on a ratissé dans toutes les directions. Une mission ponctuelle s’est prolongée en entreprise de police multiforme qu’une action d’organismes publics et privés hétéroclites coordonnés par les forces de sécurité est appelée à accompagner. Dans une telle perspective, les services fiscaux et sociaux seraient sommés de mettre leurs fichiers au service de l’action répressive et les « acteurs associatifs » de se mettre au garde-à-vous.
Or, le télescopage du braquage d’Uriage avec le mécontentement rageur de certains jeunes de la Villeneuve ne saurait justifier que l’enquête menée contre le banditisme englobe la politique à conduire auprès de la jeunesse du quartier. Ce mardi 27 juillet, on apprenait la découverte d’armes dans le sous-sol du bar de l’Arlequin au moment où le ministre de l’intérieur annonçait des mesures pour protéger les policiers de la BAC, qui auraient fait l’objet de menaces de mort. Le Dauphiné Libéré rappelle à cette occasion que depuis le début des événements, les policiers « avaient été ouvertement menacés de mort par des habitants du quartier de la Villeneuve » et cette indéfinition dans l’incrimination peut tenter les amateurs de généralisation. Plus loin, le journaliste y va d’une interprétation inspirée des propos entendus dans la bouche de responsables des syndicats de policiers :

Les menaces explicites qui pèsent aujourd’hui sur les hommes de la BAC témoignent d’un état d’esprit particulièrement inquiétant : pour les délinquants du quartier, les policiers apparaissent en effet comme les membres d’une bande rivale venus tuer l’un des leurs sur leur territoire, et non plus comme des garants de la sécurité et de l’ordre républicain.

Sur ce dernier point, nous avons l’aveu perspicace d’une réalité même si elle s’édicte sous la forme d’une demi-vérité instrumentalisée : il n’y a pas que les « délinquants » qui ont du mal à considérer les policiers comme « des garants de l’ordre républicain » parmi ceux qui espèrent encore quelque chose de cet ordre-là.
Pour le reste, cette interprétation est un tissu d’amalgames. On y mélange la Villeneuve, territoire de tous les échecs pour une grande partie de sa jeunesse et une autre Villeneuve, territoire de concentration de toutes les délinquances, dont l’existence reste à démontrer. Car la délinquance a certes ici une forme locale faite de trafics et d’agressions somme toute de gravité relativement mineure pour laquelle l’identification à un espace territorial et sa défense contre les incursions hostiles est une réalité. Mais je ne crois pas que le banditisme, qui opère des braquages et pourrait recourir, comme on l’affirme, aux « lance-roquettes », y ait constitué une patrie. Par vocation, il tisserait plutôt ses mailles à l’échelle de l’agglomération, pour le moins. Il n’a rien à voir avec une de ces bandes de cité qui aurait pris la Villeneuve pour territoire. Et il est alors difficile de croire qu’il faille appliquer le même traitement aux soubresauts et aux déviances d’une infime partie de la jeunesse de la cité et à la grande délinquance.

Cette référence à une lutte grégaire pour un territoire qui serait à la fois un ghetto social dangereux et un repaire du banditisme ne me paraît être qu’un élément du langage de guerre retenu. Une guerre requiert l’assignation d’un ennemi sur un champ bataille. Pour les manœuvres de la force armée de l’Etat qui se déroulent à la Villeneuve, on a pu vérifier que la réunion préalable de ces deux éléments sur le même site était une belle commodité. Le quartier a la configuration d’un champ clos. On ne passe pas par la Villeneuve, on ne s’y engage pas distraitement au détour d’une rue. On y entre, comme dans un monde. Dans l’Arlequin-Nord, théâtre de l’essentiel des événements, les galeries délimitent l’accès dont le franchissement vous fait quitter la ville pour côtoyer une population qui y paraît, en temps normal déjà, assignée à demeure. La transition est d’autant plus surprenante que le quartier n’est pas une banlieue distante, comme certains ensembles de la région parisienne.
Pour un pouvoir qui a opté, sans égard aux priorités authentiques de la Villeneuve, pour la gesticulation sécuritaire, cet espace différencié se prête aux expéditions armées et le quartier a donné ces derniers jours l’apparence d’une enclave prise d’assaut, tout près d’une ville qui vivait au rythme des (autres) animations estivales.
L’Etat d’exception que le ministre de l’Intérieur a taillé aux mesures de la Villeneuve n’était certainement pas le moyen approprié de traiter les suites dramatiques de la mort du jeune braqueur d’Uriage. Mais il est tellement plus facile à entreprendre et plus rentable politiquement que ce fameux (et fumeux) plan Marshall promis à tous les quartiers « en difficulté ».


Khaled Satour