Retour au service national obligatoire ?

Re: Retour au service national obligatoire ?

Messagede Pïérô » 29 Aoû 2018, 11:21

Eté 2018: dernier été de liberté pour les 16-18 ans?

Si rien ne vient s’opposer au sentiment de toute puissance de Macron, l’année 2019 devrait être celle de l’instauration du service national universel. Les 16-18 ans visés par cet ahurissant caprice étatique ont-ils connu cette année leur dernier été de liberté ?

Si rien ne vient s’opposer au sentiment de toute puissance de Macron, l’année 2019 devrait être celle de l’instauration du service national universel dont on connaît les grandes lignes. A défaut des modalités d’application… Ce bien mal nommé « service » – car à qui rendrait-il service, au juste ? – concernerait exclusivement la tranche d’âge 16-18 ans et prendrait la forme d’un internement obligatoire en dehors du temps scolaire. Durée : environ un mois, ou deux fois 12 jours ou l’on ne sait trop combien. Lieu d’hébergement : les internats scolaires, d’anciennes casernes plus ou moins désaffectées ou l’on ne sait trop où. L’encadrement : des militaires à la retraite où l’on ne sait trop qui. Emploi du temps : tests scolaires ou de santé, utilisation de la boussole ou l’on ne sait trop quoi. Coût de cette plaisanterie : 2 ou 3 milliards d’euros par an mais l’on a évoqué la somme de 30 milliards d’euros sur le quinquennat, un budget non pas prélevé sur les dépenses militaires – sacralisées - mais sur celui de l’Education nationale, dont le patron s’est empressé d’accepter une facétie qui lui permettra de se livrer à son passe-temps favori : faire parler de lui.

En réalité, après de multiples tergiversations et plusieurs rapports enterrés, il apparaît que cette trouvaille ubuesque a surtout pour fonction de montrer à un pays qui n’a toujours pas digéré la suppression du service militaire, que, dorénavant, par la simple magie d’une appellation – service national universel - et d’un enfermement obligatoire, une jeunesse déboussolée allait miraculeusement retrouver les repères et les valeurs de ses aînés. Car bien sûr seuls les aînés ont des valeurs ; nécessairement, ce que retiendront les aînés et l’opinion publique, c’est d’abord l’idée d’enfermement règlementaire. Si, en outre, sur cette durée, on trouve le temps de mettre les lycéens en uniforme pour les faire marcher au pas, ce sera parfait pour les journaux télévisés. De fait, Macron n’a jamais fait mystère de l’objectif ultime qu’il assigne au service obligatoire : « inculquer la discipline ». Une discipline qui passe par la mise au pas de toute une classe d’âge. Le même Macron a d’ailleurs eu l’occasion de se dire « très attaché à cette idée que lorsqu’on est un citoyen, on n’a pas seulement des droits mais on a aussi des devoirs ». Une conception des devoirs, du civisme, de l’honnêteté qu’il a eu l’occasion de développer avec son collaborateur Benalla…

En fin de compte, le résultat le plus concret de ce temps de « service », outre le fait de ponctionner le budget de l’éducation, consistera à priver les 16-18 ans d’un mois de leur temps libre. Le choix de cette tranche d’âge, qui exclut par le fait même les étudiants - et autant de manifestants potentiels - n’est pas innocent. Car si les mouvements lycéens (et quelques organisations de jeunesse) ont fait part de leurs critiques, ils risquent de se trouver bien esseulés lorsqu’il va s’agir de s’y opposer dans les faits. Sur le sujet, les syndicats d’enseignants se sont surtout signalés par un silence assourdissant qui vaut acceptation : pas un mot sur le transfert à l’EN d’une charge financière indue dont l’ensemble du secteur éducatif subira les conséquences. Pas un mot, surtout, sur l’infantilisation des lycéens en germe dans ce projet de service national, en contradiction flagrante avec l’objectif de toute éducation qui est d’aider à grandir, à devenir responsable, à agir et à vivre librement dans le respect des personnes. 15 ans de scolarisation conclues par un mois d’asservissement, d’abrutissement : un symbole lourd de sens mais qui, à ce jour, ne semble pas troubler beaucoup de monde, au sein d’une institution, qui, il est vrai, depuis 36 ans, s’est parfaitement accommodée de l’endoctrinement militaire dispensé le plus officiellement du monde dans le cadre de l’éducation à la défense.

Bien évidemment, les jeunes ne pourront compter non plus sur le soutien des partis politiques dont les critiques se focalisent non sur le principe d’un service obligatoire mais sur sa durée jugée insuffisante (pour la France dite "insoumise", 9 à 12 mois seraient une bonne mesure...). De fait, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, une large partie de l’opinion publique reste de façon irrationnelle attachée au mythe de la conscription (en dépit de son accablant héritage guerrier) et des valeurs imaginaires dont elle serait porteuse, mises en avant pour occulter tous les défauts d’un régime politique : les références au « brassage social » seraient-elles nécessaires dans une société construite sur la justice ? L’identité commune a-t-elle un sens quand elle est pervertie par la nationalité et limitée par un pointillé sur une carte ? L’intégration au groupe implique-t-elle l’acceptation forcée de la loi du groupe, quelle qu’elle soit ? La responsabilité peut-elle se cultiver sous la contrainte dans le cadre d’un enfermement généralisé de toute une classe d’âge ?

Si le service national vise directement dans leur vie quotidienne les 16-18 ans, on voit bien que ces questions concernent la société tout entière qui serait bien inspirée de ne pas se laisser imposer les réponses.


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Re: Retour au service national obligatoire ?

Messagede bipbip » 20 Sep 2018, 23:17

Service national : un projet qui vise les plus jeunes, toujours plus jeunes

En déplacement à Avignon, le Premier ministre a lancé le cycle de « concertations territoriales » sur le SNU (service national universel). « Concertation » pas plus que « consultation » ne sont les mots qui conviennent, Philippe ayant d’emblée annoncé que le conseil des ministres ayant « validé l’architecture » du dispositif, il n’était pas question de revenir sur le principe qui, précisément, fait problème, l’enfermement obligatoire de toute une classe d’âge pendant un mois. Une consultation de pure forme, donc, portant sur le contenu et le déroulement de cette période, mais non sur ses attendus, intouchables.

Car Philippe a beau proclamer qu’il ne s’agit pas de « recréer le service militaire », en réalité, ce SNU sent la caserne. D’abord, parce que, sorti tout droit d’une commission dirigée par un général (le général Ménaouine), le projet conserve une dimension militaire très forte : pendant la période obligatoire avec un « enseignement aux enjeux de la défense » (comprenez la propagande militaire habituelle dans la droite ligne de l’éducation à la défense délivrée en collège) mais aussi pendant la seconde période, facultative, où les jeunes « pourront effectuer un volontariat civil ou militaire d’au moins 3 mois. » Si, de ce côté, l’intervention du Premier ministre confirme que le SNU est une concession à la nostalgie du service militaire, prégnante dans ce pays, elle apporte néanmoins un élément nouveau, encore plus inquiétant, sur l’âge des jeunes concernés : alors que, dans un premier temps, le créneau retenu tournait autour des 18-25 ans, puis des 16-18 ans, Philippe évoque désormais les « 15-18 ans, le plus souvent 16 ans. » Il peut bien invoquer la fin de la scolarité obligatoire, il ne fait guère de doute que le choix d’un âge aussi jeune s’explique à ses yeux par la docilité attendue d’une classe d’âge sans doute moins organisée, à la conscience politique moins affirmée (quoique…), en un mot moins prompte à contester ou à descendre dans la rue. La minorité légale des jeunes en question et la responsabilité juridique des parents ne semblent pas arrêter un gouvernement prompt à adapter les lois à tous ses désirs.

Pour le reste – le remplissage de ce mois d’internement, seule partie soumise à « concertation » - Philippe a suggéré plusieurs propositions, scabreuses ou loufoques, montrant un certain embarras ou une bonne dose d’inconscience. Dans l’optique de « travailler sur le savoir-être et le savoir-faire » (sic), seraient programmés un « repérage des acquis linguistiques (…), des rendez-vous de santé appropriés (…), des modules de sensibilisation au don du sang, à la lutte contre les violences sexistes ou sexuelles (…), des leçons de permis de conduire (…), une sensibilisation aux risques domestiques (…), des rencontres sportives ou culturelles » etc etc. Pour l’instant, rien n’est prévu pour l’apprentissage de la nage avec palmes. Les jeunes peu convaincus par la pertinence de ces activités pourront toujours « rénover des maisons de jeunes (…), imaginer un cycle d’activités à destination des enfants autistes [les professionnels apprécieront] » ou encore initier les personnes âgées au numérique. « Toutes les idées seront bienvenues » précise sans rire le Premier ministre. Coût de cette bouffonnerie : 2 à 3 milliards par an, pris sur les budgets civils, essentiellement celui de l’Education nationale, jugée incapable d’assurer les « acquis linguistiques » ou de faire acquérir les bases du vivre ensemble. En réalité, les incantations habituelles – « cohésion nationale et sociale… engagement… fraternité etc » - n’arrivent pas à faire oublier – outre le vide béant du contenu – ce qui reste l’objectif prioritaire de cette période d’enfermement obligatoire : garantir à l’armée le recrutement du personnel dont elle a besoin mais aussi, selon la volonté exprimée par Macron lors de sa campagne électorale, « inculquer aux jeunes la discipline ». La discipline confondue avec la soumission, l’intégration avec l’encasernement, l’engagement avec l’infantilisation. Et toujours cette motivation non avouée des professeurs de morale et de civisme : faire porter aux plus jeunes la responsabilité de toutes les obligations morales et civiques dont ils se dispensent eux-mêmes.

En dépit de son côté irrationnel, ce projet « désuet tant dans la forme que dans le fond », continue d’avancer dans une indifférence assez générale, une indifférence qui vaut complaisance mais qui justifiera, si elle se confirme dans les semaines et les mois qui viennent, le recours à la désobéissance civile. Un peu lourd à porter, quand même, quand on n’a que 15 ou 16 ans.


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Re: Retour au service national obligatoire ?

Messagede bipbip » 14 Oct 2018, 14:49

Service national universel : une consultation en ligne pour les dupes

Avec un retard de quelques semaines sur la date initialement prévue, la consultation sur le service national universel (SNU) est en ligne. Elle prend cette fois-ci la forme d'une grossière mystification confiée à un institut de sondage.

... https://blogs.mediapart.fr/b-girard/blo ... -les-dupes
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Re: Retour au service national obligatoire ?

Messagede bipbip » 21 Jan 2019, 19:43

Contre la surenchère réactionnaire et militariste : SUD éducation dénonce le SNU

Communiqué de la fédération SUD éducation
Le gouvernement, prétendant hypocritement lutter contre le « décrochage scolaire », met en place le service national universel pour 3 000 jeunes dès la fin de cette année scolaire.

Au programme : uniforme, vie de caserne, hymne national au réveil, salut au drapeau… Pour complaire aux franges les plus réactionnaires de la société, le ministre Blanquer et le gouvernement tentent d’embrigader la jeunesse et de militariser la société.

Cette surenchère nauséabonde s’inscrit dans un contexte où le ministre Blanquer perfuse l’Éducation nationale aux valeurs de l’armée : la DGESCO est une colonnelle, des chef-fe-s d’établissement font des stages en treillis, des militaires sont invité-e-s à intervenir dans des établissements scolaires…

Dans les écoles et les établissements, les postes sont supprimés, les dotations sont en baisse. Dans le supérieur, il s’agit de faire payer des frais de scolarité exorbitants aux étudiant-e-s extracommunautaires et la machine de tri social sélectif Parcoursup tourne à plein.

Plutôt que d’investir dans l’éducation, le gouvernement préfère caporaliser la jeunesse.

La fédération SUD éducation dénonce la militarisation du système éducatif qui est à l’œuvre. Nous refusons de toutes nos forces cette évolution délétère, et appelons les personnels à débattre et à se mobiliser contre cette évolution inacceptable.


https://www.sudeducation.org/Contre-la- ... e-SNU.html
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Re: Retour au service national obligatoire ?

Messagede Pïérô » 29 Aoû 2019, 20:13

Service national universel: décryptage d'une mesure emblématique

Le Service National Universel est l'une des mesures les plus emblématiques du quinquennat Macron. Comment lire, analyser, comprendre la mise en œuvre du SNU, à l'heure où les financements du secteur associatif se réduisent considérablement ? Quel projet de société se dessine pour justifier un tel engagement des dépenses publiques ? La réponse est politique. Petit décryptage des enjeux.

... https://blogs.mediapart.fr/rouby-gilles ... wYEzXz8pyA
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Re: Retour au service national obligatoire ?

Messagede Pïérô » 31 Aoû 2019, 18:50

SNU : militarisation de la pensée & argent facile

A l’approche de la rentrée, nous revenons sur le glorieux « projet de société » qu’est le Service national Universel (ou SNU) pour faire un bilan de son expérimentation lors du mois de juin et évoquer son avenir.

... https://dijoncter.info/snu-militarisati ... 1nxbaoJRRk
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