Françafrique

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Messagede bipbip » 28 Oct 2017, 17:42

Françafrique : Financements occultes et guerre au peuple libyen : Sarkozy doit payer !

Après six années d’enquête, Fabrice Arfi et Karl Laske, de Mediapart, sortent un livre édifiant, Avec les compliments du Guide, qui décrit « un système de compromissions étatiques et politiques probablement inédit sous la 5e République et un nouvel épisode colonial de la France ».

Tous les éléments d’un excellent roman policier sont réunis, sauf qu’ici l’incroyable est une terrible réalité aujourd’hui soumise à l’instruction de la justice.

Dès 2005-2006, Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, noue des rapports étroits avec Kadhafi, dictateur riche, corrompu, en quête de normalisation internationale et prêt à tout pour avoir la reconnaissance et le soutien de la France. Y compris à financer la campagne présidentielle de Sarkozy avec de l’argent sale.

Le mensonge, l’argent sale et la corruption

Un document de décembre 2006, signé par M. Koussa, chef des services secrets extérieurs libyens, cite cet accord afin d’« appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles Nicolas Sarkozy pour un montant de 50 millions d’euros ». Ce financement occulte, évidemment illégal, toujours nié par Sarkozy et sa clique, se réalise par le passage de valises bourrées d’argent sale, par Takkiénine et Guéant, avec la complicité acquise grâce à de copieuses enveloppes de billets distribuées au clan sarkozyste et le silence coupable d’Éric Woerth, alors trésorier de campagne et actuel président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale (!).

Sarkozy, dans un premier temps, pense acheter le silence du dictateur et des siens, en lui offrant les honneurs auxquels il aspire. Fin 2007, avec l’argent des contribuables, il organise ainsi une réception à l’Élysée, grandiose, ridicule et aux relents furieusement coloniaux.

Les assassinats, la guerre, la Françafrique

En 2011, avec notamment les soulèvements dans la monde arabe, le vent tourne. Kadhafi, fragilisé en interne, appelle au secours celui dont il croit avoir acheté le soutien. En l’absence de réponse de Sarkozy, le dictateur menace de révéler « un grave secret ». Le peuple libyen menace quant à lui le pouvoir, et une chute de Kadhafi sous la pression populaire présente le risque que soit mise à nu la double forfaiture. La France, avec la Grande-Bretagne, arrache alors à l’ONU un mandat pour partir en guerre, sur la base d’informations sans preuve qui se révéleront fausses. Avec le soutien bruyant de la presse, de BHL, du PS et de Mélenchon ! Résultat : 1 million de réfugiéEs, un pays aux infrastructures, à l’économie, à la société détruites, mais surarmé grâce à la dispersion de l’arsenal immense de Kadhafi. Celui-ci ne parlera plus jamais : exécuté par la France, lynché par la population.

Cette guerre devait faire oublier la compromission, la haute trahison et aussi permettre de perpétuer la domination. Car la France n’a toujours pas quitté la Libye militairement. De plus, dans le cadre de l’UE, elle « tient » l’État libyen par le financement scandaleux de camps de rétention où sont retenues durablement des populations en route vers l’Europe fuyant les guerres impériales, les dictatures, la misère !

Roseline Vachetta


http://www.anti-k.org/2017/10/27/franca ... %e2%80%89/
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Re: Françafrique

Messagede bipbip » 30 Nov 2017, 16:04

Tournée africaine de Macron

Le Franc CFA ou le maintien de la Françafrique

Alors que Macron en bon représentant de la défense des intérêts français en Afrique est entrain de faire une tournée en Afrique de l'Ouest, il a dû répondre à de nombreuses questions d'étudiants burkinabés à Ouagadougou dont une sur le Franc CFA, son attitude et sa réponse ne laissent pas de doute sur sa volonté de garder cette monnaie qui est l'un des piliers du néocolonialisme français.

Le Franc CFA a une longue histoire. En effet, le franc CFA est le produit de la création de la Banque du Sénégal en 1855, banque créée grâce aux ressources versées par la métropole française aux esclavagistes en guise de réparations après l’abolition de l’esclavage le 27 avril 1848. Cette banque deviendra, au début du XXème siècle, la Banque de l’Afrique de l’Ouest (BAO), qui aura le privilège d’émission de la monnaie ancêtre du franc CFA qui naîtra officiellement le 26 décembre 1945, dix ans avant la création de l’Institut d’émission de l’Afrique occidentale française (AOF) et du Togo, qui deviendra la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) quelques années plus tard.

L’histoire de la monnaie dans l’Afrique française épouse les contours de la violence esclavagiste, coloniale et postcoloniale. Dans le Monde, l’économiste Kako Nubukpo explique que Macron nie « l’histoire monétaire françafricaine, renvoyant les dirigeants africains à leur servitude monétaire volontaire, les mettant à nu de la pire des façons, à travers des réponses d’une violence symbolique inouïe, dont la plus emblématique fut sans doute : « Le franc CFA est un non-sujet pour la France. » »

« Rien que pour cela, pour les souffrances des paysan.e.s africain.e.s obligé.e.s de payer l’impôt en franc CFA, dont la disponibilité exclusive était liée à la rémunération de la production et de la vente des produits de rente (café, cacao, coton) et donc l’abandon des cultures vivrières, M. Macron aurait dû faire preuve de respect et de plus d’égards à l’endroit des enfants et petits-enfants de paysan.e.s burkinabé.e.s qui ont payé un lourd impôt colonial, fait de travail forcé et de déportations massives vers la zone « office du Niger » au Mali.

Le Franc CFA outil ultime de l’impérialisme français

Le Franc CFA a été créé officiellement le 26 décembre 1945. Six ans avant, la France avait mis sur pied une « zone franc » en instaurant une législation des changes commune au sein de son empire colonial, au début de la Seconde Guerre mondiale. L’objectif était de « se protéger des déséquilibres structurels en économie de guerre » et continuer à s’alimenter en matières premières à bas prix auprès de ses colonies, autant dire du pillage systématique. CFA signifiait « colonies françaises d’Afrique » puis, à partir de 1958, « communauté française d’Afrique ». Lorsque la France a « accordé » l’indépendance à ses colonies africaines, au début des années 1960, elle leur a imposé la reconduction du système de la zone franc. Le FCFA est alors devenu franc de la « communauté financière africaine » en Afrique de l’Ouest, et franc de la « coopération financière en Afrique centrale » pour l’Afrique centrale. Cela devient alors un outil monétaire destinée à avantager les capitalistes français en Afrique, tout en bridant tout développement économique des pays concernés.

Son principe est assez simple et peut être résumé en 4 points. 1- Le Trésor français garantit la convertibilité illimitée du FCFA en euro (autrefois le franc français) ; 2- La parité du FCFA avec l’euro est fixe ; 3- Pour assurer cette parité, les réserves de change des pays de la zone franc sont centralisées dans leurs banques centrales, qui doivent en déposer la moitié sur un compte courant dit « compte d’opérations », logé à la Banque de France et géré par le Trésor français ; 4- Les transferts de capitaux entre la zone franc et la France sont libres. De cette manière, les Etats africains de la zone Franc se voient ôter toute souveraineté monétaire, tout levier monétaire, et constituent les pays du monde où l’accès au crédit est le plus faible. Et les réserves monétaires des différents pays sont maintenues bien loin de leur peuple, au cas où ceux-ci se soulèveraient. Pour assurer ses arrières, l’impérialisme français est allé jusqu’à faire produire les pièces et billets en CFA... à Chamalières, commune de 17 000 habitants, située dans le Puy-De-Dôme à 3 km de Clermont-Ferrand en France.
Alors expliquer que « Le franc CFA est un non-sujet pour la France » et ce sans trembler des genoux est une prouesse assez impressionnante.

Les arrangements institutionnels organisant le fonctionnement de la zone franc permet d’accumuler les richesses hors du continent africain. Kako Nubukpo explique qu’ « en effet, la fixité de la parité entre le franc CFA et l’euro, la totale garantie de convertibilité entre ces deux monnaies, et enfin la liberté de circulation des capitaux entre les deux zones (franc et euro), permettent un siphonage en toute légalité des ressources africaines vers des cieux où le capital serait en meilleure sécurité, obligeant les forces productives de la zone franc à recommencer, chaque année, le processus d’accumulation du capital ». Pour la France, et par extension l’Europe depuis le passage à l’euro, ces règles sont intéressantes sur le plan économique. Grâce à la parité FCFA/euro, l’Hexagone peut continuer à acquérir des matières premières africaines (cacao, café, bananes, bois, or, pétrole, uranium…) sans débourser de devises, et ses entreprises peuvent investir dans la zone franc sans risque de dépréciation monétaire. Ces dernières, grâce à la libre circulation des capitaux, rapatrient leurs bénéfices en Europe sans entrave. Les multinationales comme Bolloré, Bouygues, Orange ou Total en profitent tout particulièrement. « Le système permet d’assurer les profits des groupes européens qui ne paient rien pour cette garantie : ce sont les citoyens africains qui, via les réserves de change placées au Trésor français, paient la stabilité du taux de change », observe Bruno Tinel, maître de conférences à Paris 1

Le Franc CFA créateur de pauvreté

En Afrique, de plus en plus de voix s’élèvent pour protester contre ce dispositif, vu comme perpétuant la domination française, surtout depuis quelques mois. Mais déjà en 1996, le président du Gabon, Omar Bongo, a expliqué : « Quand vous demandez à un Français dans la rue, il vous dira : “Ah, pour l’Afrique, on dépense beaucoup d’argent.” Mais il ne sait pas ce que la France récolte en retour, comme contrepartie. Un exemple : nous sommes dans la zone franc. Nos comptes d’opérations sont gérés par la Banque de France, à Paris. Qui bénéficie des intérêts que rapporte notre argent ? La France. » Une chose est certaine : les réserves de change africaines permettent à la France de payer une petite partie de sa dette publique : 0,5 %, selon les calculs de Bruno Tinel. En 2014, les réserves placées sur les comptes d’opérations étaient de 6 950 milliards de FCFA, soit 10,6 milliards d’euros.

Pour les économistes, ce n’est pas un hasard si 11 des 14 pays africains de la zone franc sont aujourd’hui classés parmi les pays les moins avancés. « Les taux de croissance de la zone CFA sont moins élevés sur les dix dernières années » par rapport aux autres pays d’Afrique, a reconnu le rapport « Afrique France : un partenariat pour l’avenir », remis en 2013 aux autorités par l’ex-ministre Hubert Védrine. Si le FCFA n’est pas la seule explication à cette situation, il y contribue grandement.

Macron a même le culot d’expliquer devant les 800 burkinabés rassemblés devant lui que le FCFA est « une bonne chose pour un aspect, ça donne de la stabilité à ceux qui l’ont ». Cette monnaie contrôlée par la France, censée aider les pays africains qui l’utilisent depuis 70 ans est justement l’un des pires fléaux de ces pays. Aucun des 14 pays qui utilisent le franc CFA ne font partis du « Top 10 africain » en terme de compétitivité économique. Pire encore, ces 14 pays figurent sur la liste des 35 pays pauvres très endettés (PPTE), qui font parti des pays les moins compétitifs au monde. Le franc CFA joue un grand rôle dans cette catastrophe.

La politique africaine de la France n’existe pas.. vraiment ?

Comment Macron comme tous ces prédécesseurs, explique qu’il ne faut pas avoir « sur ce sujet une approche bêtement post-coloniale ou anti-impérialiste. Ça n’a aucun sens, ça n’est pas de l’anti-impérialisme, ce n’est pas vrai ». Pourtant lutter contre le Franc CFA qui assouvie les peuples africains ne peut être rien d’autre. Et le chef de l’Etat français a beau dire qu’il n’y a pas de politique africaine française, personne n’est dupe. Les Total, Areva qui pillent les sous sol du contient, les dictateurs mis en place par la France puis maintenues au pouvoir grâce à elle, le Franc CFA qui enlève toute souveraineté économique aux Etats membres sont bel et bien les dessous de la françafrique.

Macron explique que « la France accompagnera la solution qui sera portée par vos dirigeants. J’accompagnerai la solution qui sera portée par l’ensemble des présidents de la zone franc. S’ils veulent en changer le périmètre, j’y suis plutôt favorable. S’ils veulent en changer le nom, j’y suis totalement favorable. Et s’ils veulent, s’ils considèrent qu’il faut même supprimer totalement cette stabilité régionale et que c’est mieux pour eux, je considère que c’est eux qui décident et donc je suis favorable. » En même temps il ne pouvait pas dire le contraire, un élargissement ne peut être que profitable à l’ Etat français qui se gave sur le dos de l’Afrique depuis presque deux siècles maintenant, un changement de nom ne remet en aucun cas en cause le système. Par contre le ton change lorsqu’il est question d’abandonner le Franc CFA. C’est une menace à peine déguisée comme De Gaulle l’avait fait avant lui en 1958 avec la communauté africaine. Sur le papier aussi, les pays africains pouvaient refuser le Franc CFA mais la réalité a été bien différente.

Celui qui n’a pas voulu du Franc CFA

Lors de la mis en place de la communauté africaine et du référendum, un pays pouvait contre mais cela voulait dire faire sécession et avoir une total indépendance sans l’aide de la France notamment d’un point de vue économique. Ce qui était clairement une menace lorsque l’on sait que la totalité de l’économie des états africains dépendait du colonisateur français. C’est dans ce contexte qu’en Aout 1958 De Gaulle entame sa tournée africaine qui se passe bien excepté en Guinée Conakry de Sékou Touré.

De Gaulle arrive à l’aéroport se dirige en direction de la capitale dans une voiture avec Sékou Touré. Une foule gigantesque, colorée, danse et chante tout le long du trajet. Premier problème, ce n’est pas en l’hommage de De Gaulle ou de la France que les chants sont destinés mais au chef de l’Etat guinéen. Cette démonstration de force montre à De Gaulle que le peuple de Guinée est derrière son leader. S’en suit un discours des deux hommes. Sékou Touré qui évoque le fait de vouloir continuer une relation avec la France reste menaçant notamment à travers sa célèbre phrase « préférer la liberté dans la pauvreté que la richesse dans la servitude ». C’est un affront pour De Gaulle qui comprend que son homologue guinéen appellera à voter non au référendum sur la communauté africaine. Et quelques semaine plus tard la Guinée Conakry votera effectivement non et choisit l’indépendance sans la France. Pour De Gaulle cela signifie contre la France et tout va être mis en œuvre pour se débarrasser de Sékou Touré

Cela commence par des mesures monétaires punitives. Avant même le référendum, l’État français organise une véritable opération commando, les milliards de Franc CFA qui se trouvaient dans une succursale de la banque centrale à Conakry sont volés avec l’intervention des parachutistes et de la marine. Après le référendum Sékou Touré affirme haut et fort qu’il veut rester dans la zone franc mais en même temps, il cherche a créer sa propre monnaie qu’il fera imprimer très discrètement en Angleterre. En France, la riposte est impitoyable et le SDECE est chargé d’imprimer des faux franc guinéen et dès que la nouvelle monnaie est mise en circulation la masse de fausse monnaie est envoyé là-bas. De fait, la nouvelle monnaie est rapidement dépressiée ce qui ruinera l’économie guinéenne qui n’était pas déjà très brillante. C’est Jacques Foccard, le monsieur Françafrique de l’Elysée qui organisera toutes les opérations contre Sékou Touré.

La France qui a beaucoup d’intérêts économiques en Guinée avec notamment une toute nouvelle usine de transformation de la bauxite en aluminium a peur qu’avec le flirt de Sékou Touré avec le camp de l’est pousse le dirigeant africain à nationaliser l’usine, organise plusieurs coup de force qui seront tous des échecs.

D’autres dirigeants ont subit les foudres de Paris après avoir voulu quitter la zone Franc CFA.

On ne conteste pas le Franc CFA

Sylvanius Olympio est le premier président élu de la République du Togo. Remettant en cause la domination de la France, décide de sortir de la zone Franc afin de créer sa propre monnaie. Le 13 janvier 1963, soit quelques jours après les premières impressions, Olympio est assassiné.

Modibo Keita, également le premier président élu du Mali. Pour lui, ce système monétaire était un frein au développement du pays. Il décide donc de retirer son pays de la zone Franc et créa le franc malien, qui devient la monnaie officielle du Mali, en 1962. Mais il a subi quelques années plus tard un coup d’État.

Thomas Sankara, le président panafricaniste déclare que le système monétaire français est une arme qui permet au Français de dominer le pays. Il refuse donc toute aide du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale pour ne plus subir le dictât des financiers internationaux. Trois mois après son discours incitant les autres pays africains à faire comme lui, il fut assassiné par Blaise Compaoré.

Bien évidemment tout cela a été organisé par l’Etat français qui a installé des hommes plus dociles qui lui devait leurs place. Macron sait bien qu’une sortie des pays africains de la zone franc CFA n’est pas envisageable. La France ne peut pas permettre que ces anciennes colonies créent leur propre monnaie pour avoir le contrôle totale sur leur banque centrale. Il sera prêt à tout notamment renverser des gouvernement pour conserver cet état de fait. Si les pays africains veulent se libérer du dictât de l’impérialisme français, ils doivent retrouver le contrôle de leur monnaie. La monnaie est une base fondamentale pour le développement économique et social d’un pays, si vous ne contrôlez pas votre monnaie, vous ne contrôlez pas le pays et ce ne sont pas les dictateurs mis en place par l’Etat français qui rendront la souveraineté au peuple africain.


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Re: Françafrique

Messagede bipbip » 02 Déc 2017, 13:21

À Ouagadougou, Emmanuel Macron relooke la Françafrique

Diplomatie. Hier, le président français a resservi dans un style très publicitaire les mêmes recettes de la politique française postcoloniale. Il a aussi annoncé la déclassification complète des archives françaises concernant l’assassinat de Thomas Sankara.

Hier matin au Burkina Faso, devant un parterre de 800 étudiants de l’université Ouaga-I Joseph-Ki-Zerbo, Emmanuel Macron a passé son grand oral africain. Si le président français a tenté d’y mettre les formes, évitant le piège civilisationnel, sur le fond, en revanche, le flou reste total. Le président a invité les Africains à dépasser les crispations liées à l’histoire et tenté de séduire une jeunesse pour qui la France évoque davantage les interventions militaires et la corruption qu’un rêve à portée de main.

Le locataire de l’Élysée n’a pas su rassurer quant aux politiques d’aide au développement et d’échanges économiques avec ses partenaires africains. Une réalité qui rappelle que le système opaque de la Françafrique reste bel et bien de mise. Quels qu’en soient les mots, les formules toutes faites et le déguisement de son principal porte-parole.

... https://humanite.fr/ouagadougou-emmanue ... que-646422
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Re: Françafrique

Messagede Pïérô » 03 Déc 2017, 12:47

Discours de Ouagadougou : le renouveau des leçons, mais pas de la politique

Lors de son "grand oral" à l’université de Ouagadougou, où il a innové en se confrontant aux questions des étudiants, Emmanuel Macron a habilement prétendu qu’« il n’y a plus de politique africaine de la France », tout en défendant « un lien indéfectible » entre la France et l’Afrique. Venu proposer « un nouveau partenariat » et même « d’écrire une nouvelle relation d’amitié », le président français n’a pas manqué de défendre des piliers essentiels de la politique africaine de la France et ouvert des perspectives aux entreprises françaises, notamment dans le secteur de la santé.

Pour Thomas Borrel, porte-parole de Survie, « durant son discours fleuve, Emmanuel Macron a volontairement éludé certains aspects essentiels de la politique franco-africaine comme le franc CFA ou la coopération militaire avec des dictatures, promu le rôle du secteur privé français et défendu une posture de prétendue neutralité vis-à-vis des dirigeants illégitimes qui s’accrochent au pouvoir. En assénant à plusieurs reprises ne pas être venu pour donner des leçons, il a cherché à exonérer les autorités françaises actuelles et passées de leur responsabilité dans la situation politique et économique de plusieurs pays d’Afrique francophone. Au final, cela s’apparente à un énième discours de "nouvelle" relation franco-africaine, comme si des formules incantatoires pouvaient gommer la part de responsabilité française dans tout ce que combat justement cette jeunesse africaine qu’il est venu célébrer ».

Certaines questions des étudiants ont contraint le président français à se faire plus précis sur certains sujets de fond. Il a ainsi reconnu à demi-mot la responsabilité française dans l’effondrement de la Libye, et s’est dit favorable à la déclassification des archives françaises sur l’assassinat de Thomas Sankara - mais sans évoquer une possible commission rogatoire pour que l’instruction ait lieu parallèlement en France, ce qui est pourtant la demande des juges burkinabè. Il a par contre opposé un argumentaire technique classique pour défendre le franc CFA, tout en prétendant qu’il s’agissait d’un "non-sujet" pour la France. Dans ses réponses à des étudiantes qui l’interpellaient sur la présence militaire française et sur la demande d’extradition vers le Burkina Faso de François Compaoré, Emmanuel Macron n’a même pas eu la décence de présenter des excuses officielles pour l’exfiltration par les forces spéciales françaises de Blaise Compaoré et ses proches en 2014. Au contraire, il a asséné : « vous ne devez qu’une chose pour les soldats français : les applaudir ! ». La visite d’Emmanuel Macron a par ailleurs été marquée par une hostilité évidente : outre les interpellations, polies mais franches, par les étudiants, des véhicules de la délégation ont été la cible de jets de pierres et de projectiles pendant le trajet vers l’université.

Pour Thomas Borrel, « même s’il tente toujours d’incarner le renouvellement et le changement politique, Emmanuel Macron ne peut pas venir défendre ouvertement ou implicitement des pans entiers de la politique africaine de la France, faire quelques promesses de visas à des étudiants et instrumentaliser l’insurrection burkinabè de 2014 sans craindre que son exercice arrogant de communication ne se retourne contre lui. Il avait l’opportunité de poser des actes concrets, il n’a posé que des mots, qui ne soigneront pas les maux de la Françafrique. Lui qui a pris un ton professoral pour expliquer qu’il n’était pas là pour donner des leçons, tout en passant son temps à en donner, il devrait pouvoir comprendre cela. »


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Re: Françafrique

Messagede Pïérô » 03 Déc 2017, 12:57

Nouveau rapport de Survie sur la coopération militaire et policière en Françafrique

A l’occasion du discours de politique africaine qu’Emmanuel Macron entend faire à Ouagadougou le mardi 28 novembre, l’association Survie publie un rapport sur la coopération militaire et policière entre la France et des Etats africains. Cette nouvelle publication éclaire et dénonce la continuité du soutien que les autorités françaises apportent à certaines des pires dictatures du continent. Pour Survie, il s’agit d’interpeller le président de la République, au moment même où il va prétendre incarner un renouveau de la politique africaine de la France. L’association appelle à la transparence sur la coopération militaire et policière et demande sa suspension immédiate avec des régimes qui répriment brutalement leur population, comme en ce moment au Cameroun et au Togo.

Le rapport « Le conseil militaire et policier en Françafrique : de l’héritage colonial au partenariat public-privé » est disponible au téléchargement ICI https://survie.org/IMG/pdf/survie_rappo ... ov2017.pdf

En octobre 2014, face à l’ampleur de la contestation populaire, le dictateur Blaise Compaoré avait été contraint de démissionner, et avait été discrètement exfiltré par les militaires français de l’opération Sabre. Aucune évolution de la coopération militaire et policière n’a été annoncée depuis, ni avec le Burkina Faso ni avec d’autres pays où des régimes autocratiques sont toujours en place.

Pour Thomas Borrel, porte-parole de Survie, « en venant faire son discours de politique africaine à Ouagadougou, où des manifestants à mains nues ont poussé à la démission un dictateur soutenu pendant 27 ans par la France, Emmanuel Macron ne doit pas faire comme si les mécanismes institutionnels de la Françafrique avaient soudainement disparu. La coopération militaire et policière en fait partie, et pour le moment la France la maintient avec des régimes qu’elle devrait contribuer à isoler et fragiliser. Ne rien annoncer à ce sujet, ce serait instrumentaliser l’insurrection burkinabè sans en tirer les leçons. »

Dans son rapport publié ce lundi, Survie démontre de façon précise qu’en dépit de la réforme de la coopération de 1998 et des réductions de moyens et de la baisse importante des effectifs de « conseillers » détachés auprès des autorités civiles et militaires africaines, l’armée, la police et la gendarmerie françaises ont maintenu un lien privilégié avec des forces de l’ordre pourtant régulièrement impliquées dans une répression féroce des opposants et des mouvements citoyens. En évoquant un glissement vers une forme de « partenariat public-privé », les auteurs du rapport alertent également sur la montée en puissance d’opérateurs privés sur fonds publics européens, de collectivités locales et même de la réserve parlementaire, et sur la recherche de nouvelles sources de financements telles que des fondations d’entreprises. Après avoir exposé cette évolution et le cadre institutionnel actuel de cette coopération, et dénoncé le manque de transparence qui entoure ces pratiques, le rapport prend pour illustration les répressions meurtrières récentes au Cameroun et au Togo.

Pour Thomas Borrel, « il y a aujourd’hui un double enjeu à ce que les parlementaires se saisissent de l’enjeu de la coopération militaire et policière. D’une part, il est inacceptable que cette coopération soit maintenue, au nom d’un prétendu ‘renforcement de l’État de droit’, avec des régimes qui répriment mortellement leur population. D’autre part, il y a une véritable omerta organisée sur le sujet : aujourd’hui, en dehors du gouvernement et de l’état-major, personne ne peut savoir précisément la nature du soutien que nous apportons à tel ou tel pays. C’est d’ailleurs très pratique pour prétendre être simplement ‘attentifs’ à la situation lorsqu’il y a des exactions comme au Togo et au Cameroun en ce moment ! »

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Re: Françafrique

Messagede Pïérô » 11 Déc 2017, 11:51

France – Bongo, 50 ans de mariage toxique

France – Bongo, 50 ans de mariage toxique, à quand le divorce ?!

Ce samedi 2 décembre, la Françafrique, qui a toujours de beaux jours devant elle comme l’a montré Emmanuel Macron par ses non-dits et son attitude à Ouagadougou, fête le 50ème anniversaire de la prise de pouvoir du clan Bongo au Gabon.

50 ans de règne familial ininterrompu, mais aussi 50 ans de liaisons françafricaines composées de ses pires ingrédients (interventions armées, coopération militaire et policière, pillage des ressources, validation d’élections truquées, corruption massive, etc).

Omar Bongo, ex-membre des services secrets français placé à la tête du Gabon par la France en 1967, intronisé alors par Jacques Foccart, y est resté jusqu’à sa mort en 2009. A l’image d’une monarchie pétrolière, c’est son fils aîné Ali Bongo qui lui a succédé après une parodie d’élection, avec la bienveillance de l’Élysée et des réseaux de la Françafrique.

Cela fait donc 50 ans que le clan Bongo règne sur le Gabon et offre ses ressources aux entreprises étrangères, celles de France s’étant largement taillé la part du lion – alimentant au passage les partis politiques français – au détriment de la population qui, pour une large majorité, vit encore dans la misère, bien loin du faste des hôtels particuliers parisiens et autres résidences secondaires des Bongo.

Aujourd’hui, malgré un régime aussi illégitime que violent (militarisation du pays, concentration du pouvoir, formatage de la Constitution et truquage des élections, répressions et étouffement de toute opposition, harcèlement, intimidation et surveillance accrue de la population, etc.) le soutien de la France perdure. L’armée française, présente au Gabon de façon ininterrompue depuis l’indépendance en 1960, y assure toujours des missions de formation et de conseil au sein de l’armée gabonaise, celle-là même qui tire sur sa population à balles réelles lors d’élections (en 2009 ou 2016) dont la France avalise les résultats, dans le dernier cas contre l’avis de l’Union européenne. En plus d’y incarner une force de dissuasion face à la population qui manifeste ou de légitimer les exactions de ses frères d’armes, les militaires français sont chez eux au Gabon, grâce à un accord de partenariat de défense leur assurant une impunité et une marge de manœuvre totales.

Cet anniversaire est une triste date, elle nous rappelle le rôle funeste de la France en Afrique, hier comme aujourd’hui. Ce ne sont pas les effets de pupitre d’Emmanuel Macron, repris en cœur par des commentateurs aveugles ou complices, qui nous feront baisser la garde en nous faisant croire que cet anniversaire ne concerne que le passé de notre histoire commune. La Françafrique se conjugue hélas toujours au présent, mais nos mobilisations aussi !

Survie s’associe aujourd’hui au mouvement démocratique gabonais pour dénoncer ce règne d’un demi-siècle d’un clan dictatorial qui a été porté, maintenu et soutenu par la diplomatie, les entreprises et l’armée françaises. Au Gabon, mais aussi au Tchad en passant par le Cameroun et le Togo, et partout ailleurs en Françafrique, les aspirations des populations réclamant liberté et justice font de ce funeste anniversaire l’opportunité de rappeler l’État français à ses responsabilités, pour qu’il cesse, au-delà des discours, de soutenir ces chefs d’État qui s’accaparent le pouvoir.


https://survie.org/pays/gabon/article/f ... le-divorce
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Re: Françafrique

Messagede bipbip » 16 Déc 2017, 18:43

Macron et la Françafrique

Sommet G5 Sahel : la France renforce son contrôle sur ses anciennes colonies

Mercredi 13 décembre dernier, à la Celle-Saint-Cloud en banlieue parisienne, Macron a fait de grands pas vers la mise en place de la coalition Sahel du G5 Sahel, qui vise à développer de manière significative l'alliance militaire antiterroriste du G5 Sahel et ce, bien évidemment, au service des intérêts français

Une force destinée à sécuriser les intérêts français au Sahel

Mercredi, au château de la Celle-Saint-Cloud, appartenant au ministère des affaires étrangères, le sommet du G5 Sahel a permis à Emmanuel Macron d’avancer à grands pas vers la création de cette alliance militaire destinée à « lutter contre le terrorisme au Sahel ». Le but pour la France est de renforcer les armées des États encore sous sa domination (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) afin de sécuriser ses intérêts avec une force de 5000 hommes avec un budget de 400 millions d’euros par an. L’idée, lancée en mars dernier, a pour but de renforcer la coopération militaire des pays concernés, le tout sous l’égide de la France, pour, à terme, supplanter la présence de l’opération Barkhane sur le terrain, qui coûte énormément à la France. En 2016, les OPEX (opérations extérieures), ont coûté entre 1,2 et 1,3 milliards d’euros à la France, la majorité étant absorbée par la mission Barkhane au Sahel. Entre janvier 2013 et août 2014, c’est ainsi 647 millions d’euros qui ont été déboursé pour l’opération. Les munitions et le matériel, de plus en plus cher, fait que ces guerres coûtent en moyenne un million d’euro par jour. Un coût que la France entend réduire, ou du moins, concentrer et rationaliser. D’où la volonté d’impliquer plus les forces armées des régions et des pays concernés, ainsi que d’utiliser d’avantage l’aide logistique d’autres pays, le tout sous le contrôle de Paris. Évidemment, les dirigeants des pays concernés, qui ont tous été intronisés ou soutenu par la France -le cas le plus emblématique restant Idriss Déby, président du Tchad, dont le coup d’État a été aidé par la France- soutiennent l’initiative, qui renforcent leur pouvoir au détriment des populations, dont les ressources sont pillées par les multinationales françaises et qui subissent le gros des pertes face aux terroristes.

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Re: Françafrique

Messagede bipbip » 26 Déc 2017, 15:12

Une monnaie coloniale, le franc CFA

Afrique : Une monnaie coloniale, le franc CFA

Le franc CFA vit toujours et maintient l’Afrique subsaharienne sous domination coloniale. Cette survivance de l’impérialisme français maintient les états africains dans un état de sous-développement grâce à l’ingérence des institutions monétaires et des hommes publics sans morale qui oppriment les peuples africains. Qui saura renverser ce fantôme du colonialisme  ?

Le franc CFA est le symptôme le plus évident et le plus aberrant du colonialisme français en Afrique subsaharienne. Que jusqu’à aujourd’hui la France seule ait réussi à garder le contrôle monétaire de ses anciennes colonies suffit à expliquer l’histoire d’une décolonisation ratée, celle de la Françafrique avec ses dictateurs, aussi indétrônables que le CFA, qui se maintiennent grâce à l’ancienne métropole, avec ses compagnies concessionnaires, Rougier, Total, Bouygues, Bolloré, qui raflent à leur profit la gestion de pans essentiels d’économies assu­jetties. L’ensemble néocolonial est cimenté par le CFA.

Les arguments racistes du franc CFA

Les arguments des défenseurs du CFA sont d’abord racistes. En effet, prétendre que sans le CFA les pays africains francophones sombreraient dans le chaos monétaire c’est postuler que les Africains sont incapables de gérer leur monnaie, comme ils sont incapables de se gouverner, de se construire, de gérer leur économie. En un sens c’est vrai pour ce qui est de la classe gouvernementale qui leur a été imposée depuis les années soixante. Cette classe a été promue pour son incurie, sa vénalité, sa docilité, sa totale incapacité à concevoir et appliquer une politique d’indépendance et de développement. Le prix à payer a été l’élimination de ceux qui étaient conscients, intègres, indociles et pleinement compétents. Ceux-là ont été chassés, persécutés, assassinés. La liste des violences à leur encontre est longue et elle n’est pas close. Une tyrannie ne peut se maintenir que par la force.

Les faits récusent l’argument raciste. La majorité des pays africains non seulement se passent du CFA sans inconvénients mais ils se portent beaucoup mieux, à tous points de vue, que ceux qui sont censés en bénéficier. Si on prend l’exemple de la Côte d’Ivoire et du Ghana, deux pays voisins, comparables par leurs dimensions, leur population et leurs ressources, on note que le Ghana est 146e à l’indice de développement humain et la Côte d’Ivoire 177e. Les PIB de ces deux pays sont respectivement de 4 293 dollars par habitant pour le Ghana et 3 719 dollars pour la Côte d’Ivoire. Ajoutons que, dans la zone CFA, la Côte d’Ivoire est considérée comme un pays phare, ce qui donne une idée du retard de toute la zone. Les qua­tre derniers pays du classement mondial sont quatre pays en zone CFA  : Burkina-Faso, Tchad, Niger, République centrafricaine.

Le premier économiste qui a parfaitement analysé le fonctionnement de cette monnaie et ses effets délétères est le Camerounais Joseph Tchundjang Pouémi. Son livre Monnaie, servitude et liberté. La répression monétaire de l’Afrique est exceptionnel à plus d’un titre. Publié en 1981, il est resté unique, isolé, inconnu pendant trente ans. Aujourd’hui que fleurissent les ouvrages contre le CFA, il reste très peu connu, rarement cité par ceux qu’il a précédés dans le temps et dont aucun ne l’a égalé. Cette œuvre magistrale, produite par un intellectuel africain visionnaire a été et est toujours mise sous le boisseau. Son auteur a disparu promptement, retrouvé mort chez lui à Douala le 27 décembre 1984 à l’age de 47 ans. Les autorités appelèrent suicide ce qui est à l’évidence un assassinat par empoisonnement. Tchundjang avait mis en péril un système dont la puissance mystificatrice ne pouvait pas supporter la moindre contestation.

Le système monétaire comme moyen d’oppression

Au delà du cas extrême et particulièrement caricatural du franc CFA, expression du colonialisme français, Tchundjang fait l’analyse du système monétaire mondial comme instrument pour opprimer les pays pauvres et moyen de les maintenir dans le sous-développement, contrairement au discours de façade. Il appelle le FMI «  Fonds de misère instantanée  » bien avant que les institutions financières internationales aient imposé, dans les années 1990, leurs plans d’ajustement structurels à des États surendettés par les fantaisies coûteuses de leurs dictateurs mégalomaniaques mises en œuvre par des entreprises étrangères facturant les travaux pour un prix multiple du coût réel  : gigantesque cathédrale de Yamoussoukro dans la Côte d’Ivoire de Houphouët-Boigny, couronnement fastueux de Bokassa en Centrafrique, aéroport surdimensionné dans le Cameroun de Biya, etc. Les peuples africains paient cela, sous la contrainte de la Banque mondiale, de la privation d’hopitaux, d’écoles, de logements, de moyens de communication, dignes de ce nom. Les faits, là aussi, sont plus éloquents que tout discours et confirment largement les thèses de Tchundjang Pouémi.

La France, patronne du franc CFA, n’est pas en reste. Lorsque la crise de la dette survient en 1990, elle rompt unilatéralement un engagement fondamental de l’existence de cette monnaie, la parité fixe avec le franc français, et dévalue de 100 % le CFA le 1er janvier 1994, multipliant par deux le coût de l’accès aux produits importés pour les habitants de la zone CFA, tandis que le prix de leurs productions, essentiellement agricoles, et de leurs ressources, bois, pétrole, métaux précieux, est divisé par deux. Le choc a un effet meurtrier sur les économies concernées avec des pans entiers de la société qui sombrent dans l’indigence et une explosion de la corruption dans la fonction publique qui fait des services de l’État la principale nuisance dans la vie des gens. Alassane Ouattara, alors Premier ministre de Côte d’Ivoire, est le pilier sur lequel la France s’appuie pour imposer cette ruineuse dévaluation à Houphouët-Boigny et aux autres chefs d’états de la zone CFA, qui, corrompus mais pas fous, n’en voulaient pas. Le même Ouattara, devenu Président de Côte d’Ivoire grâce à l’armée française, est encore aujourd’hui un défenseur acharné de cette monnaie, en laquelle il voit une «  sécurité  », sans doute par antiphrase, pour les Africains.

Aujourd’hui on assiste, en Afrique francophone, à une vague de critiques du CFA réunissant des acteurs très divers, des hommes politiques comme Kako Nubukpo, ancien ministre de la Prospective du Togo, des économistes, universitaires, chercheurs, comme Demba Moussa Dembélé au Sénégal.

Ébranler le carcan par la protestation populaire

Ce courant, dont s’est emparé le tribun passablement démagogue franco béninois connu sous le pseudonyme de Kemi Seba, s’est répandu comme une traînée de poudre en Afrique et dans la diaspora africaine. La protestation populaire qui s’élève est de nature à ébranler enfin le carcan qui paralyse les pays africains soumis à cette monnaie coloniale. Mais s’en débarrasser, si c’est une condition nécessaire, ne sera pas suffisant pour libérer ces pays de toute sujétion. On voit se profiler des réformes qui changeront peut-être la forme mais pas le fond de cette situation.

Il faut écouter la leçon de Tchoungang Pouémi, dont la vision va bien au-delà du CFA. Il donne l’exemple de la Corée du Sud qui, en 1960, se situait après la Côte d’Ivoire en terme de développement – aujourd’hui avant la France en terme de développement humain. Ce pays, ruiné, dénué de ressources, a tout misé sur le travail et l’intelligence de sa population. Il a investi en privilégiant l’épargne domestique. Il a tout sacrifié à l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche. C’étaient les bons ingrédients d’un prodigieux rattrapage dans le classement mondial.

L’Afrique en livrant son économie aux multinationales étran­gères est engagée dans le chemin inverse. Il faut une renversement radical. Qui saura le faire  ?

Odile Tobner (Survie)


L’esclavage monétaire du franc CFA

Le franc des colonies françaises d’Afrique (CFA) a été créé officiellement sous ce nom en 1945. En fait, cette monnaie existait déjà avant la Deuxième Guerre mondiale. En 1960, la France l’impose, par des accords monétaires léonins, aux nouveaux États issus de l’Afrique occidentale française (AOF) qui constituent la zone de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), avec sa banque centrale des États de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) qui émet le franc de la communauté financière d’Afrique de l’ouest et à ceux de l’Afrique équatoriale française (AEF) qui constituent la zone de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) avec sa banque des États d’Afrique centrale (BEAC) qui émet le franc de la coopération financière d’Afrique centrale. L’ensemble forme la zone franc.

Le franc CFA a une parité fixe avec le franc français. En 1960, un nouveau franc français vaut 50 francs CFA. La convertibilité de chacune des deux monnaies CFA avec le franc français est totale, mais elles ne sont pas convertibles entre elles. En échange, les États africains doivent déposer leurs avoirs en devises dans un compte d’opération du Trésor français, qui les leur distribue selon leurs besoins. Ce compte peut théoriquement être créditeur ou débiteur. En fait cette réserve ne peut être inférieure à 50 % de leurs avoirs. Un représentant de l’État français siège au conseil d’administration de chacune des deux banques d’émission. Il dispose d’un droit de veto puisque les décisions doivent être prises à l’unanimité.

Au début des années 1990, les réserves eurent tendance à devenir négatives. La France décide alors de dévaluer de 100 % le franc CFA. Un franc français vaut 100 francs CFA. De plus la convertibilité totale disparaît. Les transactions passent obligatoirement par des comptes bancaires. La banque de France ne change plus les billets CFA. Lors du passage à l’euro, la France exige que le CFA suive le franc. La valeur du CFA dépend donc désormais de celle de l’euro.Ce système très contraignant entre des groupes de pays, européens et africains, dont les économies n’ont rien en commun, est un véritable esclavage monétaire pour les Africains, qui ne peuvent avoir aucune initiative dans leur propre économie.





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Messagede Pïérô » 29 Déc 2017, 00:07

NIGER, INDEPENDANCE OU DEPENDANCE ?
Après une indépendance arrachée de haute lutte contre la colonisation française, le peuple nigérien se retrouve aujourd'hui dépendant d'une colonisation pernicieuse orchestrée par un régime qu'il a lui-même élu à travers un processus démocratique définit par ses textes fondamentaux !
... https://blogs.mediapart.fr/abdourahmane ... dependance

Macron sacrifie la démocratie au Niger
On se dit ou le président français a mal lu ses fiches sur la situation de la démocratie au Niger, ou au contraire il vient d'enlever avec cette phrase, toute illusion à l'opposition et aux acteurs de la société civile nigérienne, quant aux quelques espoirs qu'ils pourraient nourrir vis à vis de la position de la France sur la question de l'Etat de droit au Niger.
Les observateurs, et notamment l'opposition et les organisations de la société civile nigérienne retiendront cette phrase prononcée par le président français, Emmanuel Macron, au cours de sa visite effectuée du 22 au 23 décembre au Niger, à l'adresse de son homologue nigérien : << Je veux ici le dire très clairement, Mahamadou Issoufou : vous êtes un exemple pour la démocratie. >>
On se dit ou le président français a mal lu ses fiches sur la situation de la démocratie au Niger, ou au contraire il vient d'enlever avec cette phrase, toute illusion à l'opposition et aux acteurs de la société civile nigérienne, quant aux quelques espoirs qu'ils pourraient nourrir vis à vis de la position de la France sur la question de l'Etat de droit au Niger.
... https://blogs.mediapart.fr/abdourahmane ... e-au-niger
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Re: Françafrique

Messagede bipbip » 30 Déc 2017, 13:16

Bolloré en Afrique : entre réseaux de pouvoir, jeux d’influence et esclavage moderne

De Vincent Bolloré, on connaît l’art du coup d’éclat médiatique permanent. Des chaînes de télévision (Canal+, C8, C-News…) à la presse écrite (C-News matin), en passant par la fusion Havas (première agence publicitaire du pays)/Vivendi (multinationale du divertissement), le “petit prince du cash flow” se dote des moyens de promouvoir son empire industriel. Quitte à occulter, si besoin par la censure, les réalités controversées de ses activités en Afrique : travail salarié à la limite de l’esclavage, jeux d’influence auprès des gouvernements locaux, néocolonialisme​ ​industriel…

Vincent Bolloré s’est forgé l’image d’un conquérant et d’un bâtisseur des temps modernes. A elle seule, la branche Bolloré Transport & Logistics de son groupe est un sacré morceau : présente dans 105 pays du monde (dont 45 pays africains) elle a, au travers de ses nombreuses activités (transport multimodal, gestion de la chaîne logistique, manutention portuaire…), la mainmise sur l’essentiel du fret en Afrique de l’Ouest. Bolloré lui-même n’est pas avare d’images pour diffuser sa légende :

“C’est plutôt du commando que de l’armée régulière. On ne passe pas beaucoup de temps à discuter de ce qu’il faut faire, on agit. Les Américains disent : “we try, we fail, we fix”. On essaie, on rate, on répare. On aime ça, comme les bancs de poissons qui bougent et se déforment au fur et à mesure”. Mais​ ​Bolloré​ ​le​ ​gros​ ​poisson​ ​tient​ ​aussi​ ​du​ ​requin.

Comme​ ​au​ ​temps​ ​béni​ ​des​ ​colonies​ ​?

Le 21 juillet 2016 est diffusée sur France 2 une émission de Complément d’enquête consacrée aux activités de la Socapalm, propriété du milliardaire qui assure la production d’huile de palme au Cameroun. Beaucoup découvrent alors les images de “l’arrière-boutique”. Y témoignent des sous-traitants présentés comme étant mineurs, payés à la tâche, qui travaillent sans vêtements de protection et qui occupent des logements insalubres. Après tout, expliquera plus tard le directeur de la plantation de Mbambou au journal Le Monde, “les gens travaillent pour nous parce qu’ils cherchent des soins médicaux et l’école pour leurs enfants, voilà ce qui les motive. Après le salaire, c’est accessoire”. En face de son bureau, un poster de Tintin au Congo. La polémique renaît en août 2017 sous la pression d’ONG et de villageois qui mettent en cause l’occupation des terres et la pression foncière qu’elle implique sur les habitants, la déforestation et la pollution de l’eau​ ​dues​ ​aux​ ​immenses​ ​concessions.

... http://lvsl.fr/bollore-en-afrique-resea ... ge-moderne
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Re: Françafrique

Messagede bipbip » 04 Jan 2018, 16:18

L’armée française en Afrique

L’armée, pilier du néocolonialisme français en Afrique

Cette « spécificité française » constitue l’une des facettes de la politique mise en place lors des indépendances africaines autour de 1960, visant à maintenir les pays nouvellement indépendants dans le giron de la France. L’objectif était de préserver les intérêts économiques de l’ancienne métropole (pétrole, uranium, bois, etc.), de permettre à celle-ci de conserver un rang de puissance mondiale tout en maintenant les pays africains dans la sphère d’influence occidentale dans un contexte de Guerre froide1. A cette stratégie, il faut ajouter une forte tradition coloniale de l’armée et d’une partie de la classe politique française, soucieuses de défendre l’ « Empire », teintée d’idéologie au mieux paternaliste, au pire raciste.

La France a ainsi pris pour habitude d’intervenir militairement dans des conflits internes et lorsque ses intérêts sont menacés (Cameroun, Tchad, Centrafrique, Comores, ex-Zaïre, Côte d’Ivoire…), d’encadrer et d’équiper des armées et gardes présidentielles au seul service de dictateurs corrompus mais fidèles aux intérêts français, allant jusqu’à se rendre complice de crimes contre l’humanité, comme au Congo Brazzaville en 1997-1999, voire de génocide comme au Rwanda en 1994.

... http://www.lesutopiques.org/larmee-francaise-afrique/
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Re: Françafrique

Messagede Pïérô » 17 Jan 2018, 01:21

Soldats français accusés de viols d'enfants en Centrafrique : les juges d'instruction ordonnent un non-lieu

Les juges d'instruction ont rendu une ordonnance de non-lieu dans l'enquête sur des accusations de viols d'enfants par des soldats français de l'opération Sangaris en Centrafrique, a appris franceinfo lundi.

Les juges d'instruction ont rendu, jeudi 11 janvier, une ordonnance de non-lieu dans l'enquête sur des accusations de viols d'enfants par des soldats français de l'opération Sangaris en Centrafrique, en 2013 et 2014, a appris franceinfo de source judiciaire, lundi 15 janvier, confirmant une information de l'AFP. Ce non-lieu est conforme aux réquisitions du parquet de Paris, en mars dernier.

Le parquet ne peut pas affirmer "qu'aucun abus sexuel n'a été commis"

Dans ses réquisitions, le parquet avait estimé qu'"il ne peut être affirmé à l'issue de l'information qu'aucun abus sexuel n'a été commis", mais que les éléments recueillis et "la variation des témoignages ne permettent pas d'établir des faits circonstanciés et étayés à l'encontre des militaires" entendus, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier.

Les graves accusations de viols d'enfants portées contre des soldats français en Centrafrique avaient terni la réputation de l'armée en 2015. Ils étaient accusés de viols sur mineurs de moins de 15 ans en Centrafrique. Le parquet de Paris a ouvert, fin juillet 2014, une enquête sur ces accusations. C'est le quotidien britannique The Guardian qui a révélé l'affaire mercredi 29 avril 2015, après avoir consulté un rapport confidentiel de l'ONU.

https://www.francetvinfo.fr/monde/centr ... 62785.html

Voilà, ça doit être une "fake news" évidemment :siffle:
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Re: Françafrique

Messagede bipbip » 18 Jan 2018, 17:26

Macron en Afrique : beaux discours et faux-semblants

Chroniques coloniales : Macron en Afrique : beaux discours et faux-semblants

Malgré le dernier discours du président français en Afrique, appelant au « renouveau » des relations entre la France et l’Afrique, les actes sont loin des discours officiels. La domination (néo)coloniale de la France est toujours présente à travers le franc CFA ou la coopération policière et militaire pour « maintenir l’ordre ».

Le président français a effectué fin novembre une petite tournée africaine, au cours de laquelle il a donné son discours aux Africains devant des étudiantes et des étudiants de l’université de Ouagadougou au Burkina Faso. L’occasion de présenter le « renouveau » qu’il prétend incarner... en mots, mais toujours pas en actes !

Pour qui connaît la Françafrique, l’oral de Macron brille par l’omission ou la défense des principaux rouages institutionnels de ce système de domination (néo)colonial : le Franc CFA est justifié par des arguments techniques [1], la présence militaire par la lutte contre le terrorisme (allant jusqu’à asséner : « vous ne devez qu’une chose pour les soldats français : les applaudir ! »), l’impunité et l’exfiltration par la France de l’ancien président-dictateur Blaise Compaoré, lors du soulèvement du peuple burkinabé en octobre 2014 passée sous silence, etc.

Autre sujet absent de ce discours comme de toute parole officielle du gouvernement français dans les questions de diplomatie africaine : la coopération policière et militaire [2], notamment avec des régimes autocratiques et criminels.

Tintin au Burkina https://survie.org/billets-d-afrique/20 ... au-burkina, titrait Survie à propos de la conférence de Macron à Ouagadougou

Cette pratique, qui consiste à envoyer des conseillères et des conseillers auprès des forces armées des pays « amis » a été mise en place lors des décolonisations officielles, et poursuivies jusqu’à aujourd’hui en dépit de réformes et d’évolutions constitutionnelles. Elles sont aujourd’hui justifiées principalement par un discours de double continuum entre sécurité et défense d’une part (« la distinction entre sécurité et sécurité extérieure n’est plus pertinente » [3]) ; et entre sécurité et développement (la sécurité des citoyens d’un pays est nécessaire pour que celui-ci se développe) d’autre part.

Le discours met également en avant une approche « technique » qui voudrait former les forces de l’ordre à réprimer moins brutalement des manifestations ; partageant le « savoir-faire français » évoqué par Michèle Alliot Marie en 2011 lors du soulèvement tunisien. Certes, nos policiers font moins de victimes que les armées togolaises ou camerounaises (pour prendre les deux derniers exemples), mais les régimes ainsi soutenus sont bien souvent encore plus illégitimes que le nôtre, vu leurs conditions d’accession au pouvoir.

Des conseillers diplomatiques de l’ombre

Le soutien, la mise à disposition des conseillères et des conseillers, est bien souvent renforcé par de la fourniture de matériel dits « de sécurité », et avec les financements d’opérateurs privés ou parapublics français... tout ceci dans la plus grande opacité.

Ainsi, lors de manifestations ou de soulèvements dans les pays sous accord de coopération, la diplomatie française appelle bien souvent à la mesure, au dialogue, renvoyant dos à dos les manifestantes et les manifestants et le pouvoir, tout en poursuivant sans ciller le soutien à l’appareil répressif du pouvoir via la coopération policière et militaire.

Heureusement que les manifestantes et les manifestants burkinabés n’ont pas écouté les appels de la France au dialogue et à la retenue en 2014, alors que Blaise Compaoré voulait tripatouiller la constitution pour se maintenir au pouvoir... celui-ci serait sans doute encore en place et soutenu au nom de la stabilité si chère à la diplomatie française.

C’est ce même leitmotiv qui, malgré les discours de renouveau, justifie le soutien français à nombre de dictatures « durables » de la Françafrique, comme au Gabon ou au Togo (50 ans de régnes pour les familles Bongo et Gnassigbe-Eyadema respectivement). Le changement n’est pas à attendre de la France, mais bien de la capacité des peuples à se soulever, malgré les forces répressives que notre pays soutien et renforce !

Noël Surgé (AL Carcassonne)


[1] Voir à ce sujet l’article d’Odile Tobner, dans le numéro de novembre d’Alternative libertaire http://alternativelibertaire.org/?Afriq ... -franc-CFA.

[2] L’association Survie a sorti un rapport sur ce sujet en amont de la tournée de Macron en Afrique, disponible en ligne sur Survie.org.

[3] Voir le Livre blanc de la défense 2013.


https://www.alternativelibertaire.org/? ... -semblants
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Re: Françafrique

Messagede Pïérô » 02 Fév 2018, 11:23

Macron ou la Françafrique relookée

Avec l’arrivée à la tête de l’Etat français d’un candidat s’affichant hors partis traditionnels a pu être posée la question d’un changement éventuel dans les relations entre la France et l’Afrique. Or, au-delà d’un changement de discours – et encore, avec force volte-face et pirouettes de langage ! –, il est clair qu’il n’y a rien à attendre du côté de l’action menée par le gouvernement français en direction de l’Afrique, si ce n’est un relookage de la politique néocoloniale menée depuis des décennies par les prédécesseurs de Macron.

Une rupture
au niveau symbolique seulement,
et pétrie de contradictions...


Lors de la campagne pour la présidentielle, en février 2017, les propos du candidat Macron en visite en Algérie qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité » avaient suscité des cris d’orfraie à droite, et ensuite on avait assisté à un rétropédalage : le même Macron affirmait vouloir la « réconciliation des mémoires » entre celles des colonisés et des colonisateurs. Plus récemment encore, lors de son dernier passage au début du mois de décembre en Algérie, interpellé sur le sujet par un jeune Algérien, il n’a rien trouvé de mieux que de lui répliquer : « Qu’est-ce que vous venez m’embrouiller, vous n’étiez pas né durant la colonisation ! » Cette simple juxtaposition de prises de position situe bien la nature réelle de la « rupture » du nouveau chef de l’Etat sur la question des relations franco-africaines, avec en toile de fond la question de la perpétuation de rapports de sujétion entre la France et ses anciennes colonies (du moins certaines, notamment les pays d’Afrique subsaharienne).
Au fond, il s’agit d’esquisser une autocritique de ce qui s’est fait auparavant du côté de la France éternelle, coloniale et néocoloniale, histoire de paraître « moderne », au besoin pour récolter quelques soutiens politiques, surtout évidemment en période électorale... mais ensuite, dès lors qu’il s’agit d’assumer de tels propos et de remettre en cause les piliers de cette domination pluriséculaire, on se dérobe, on s’en tire par des pirouettes... pour finir parfois par ressortir les mêmes poncifs – notamment lorsque Macron s’est laissé aller à disserter, au G20 à Hambourg, sur la fécondité des femmes africaines qui serait à la base de la misère des populations du continent.
Pour le reste, les « piliers du temple » qui font que la France se prend toujours pour une grande puissance en Afrique demeurent et ne sont pas remis en cause, alors que la géopolitique néocoloniale de la France est de plus en plus minée par des contradictions et accumule les risques de crises à plus ou moins long terme.
On peut distinguer quatre points saillants que l’on passera rapidement en revue pour montrer où se situent les vrais enjeux de cette « politique africaine » de Macron, quand bien même il prétend que cette dernière n’existe plus...

La francophonie comme vecteur réaffirmé de l’influence française

Depuis des décennies, dans le discours des gouvernants français, la langue française est associée à des « valeurs universalistes » comme si, d’une part, les langues africaines n’étaient pas à même d’exprimer ces valeurs, qu’elles avaient vocation à rester des langues du terroir et de l’oralité, et comme si, d’autre part, d’autres langues véhiculaires (l’anglais notamment) n’avaient pas pris le pas sur le français. Par ailleurs, la francophonie est le dernier refuge du discours impérialiste français. Même si Macron dit que le français est une langue qui a « son point d’équilibre quelque part entre Kinshasa et Brazzaville, bien plus qu’entre Paris et Montauban », c’est toujours la France qui tire les ficelles au sein des institutions de la francophonie, ainsi que ses alliés françafricains1. Ainsi, quand Macron dit à Ouagadougou devant un parterre d’étudiants : « Je suis fier que la langue dans laquelle je suis né, moi qui viens d’une famille de province, m’ait permis de devenir président de la République française. Cette langue va permettre à une jeune fille burkinaise (sic !) de faire la même chose demain. » Ici, derrière l’idée affichée d’une « francophonie en partage », c’est l’impérialisme linguistique qui transparaît encore et toujours – on doit dire burkinabè et non burkinais ! –, voire la résurgence de l’Union française d’avant les indépendances – comme si les Burkinabè faisaient toujours partie de notre empire colonial...
Pour le premier semestre de l’année 2018, Macron annonce un plan de relance et de rénovation de la francophonie. Derrière la défense de la « langue de culture » que serait le français, ce sont des intérêts géopolitiques et économiques qui sont en cause. Il s’agit de maintenir les élites africaines dans le giron français, notamment à travers le système d’enseignement francophone et le maintien du français comme langue officielle des administrations. Mais alors qu’on promet davantage de visas pour les étudiants africains, ces derniers savent déjà ou apprendront vite qu’ils ne sont pas les bienvenus avec la politique antimigratoire que ce gouvernement amplifie encore davantage.

Les politiques
de plus en plus offensives
pour arrêter et trier
les flux migratoires


Depuis plus d’une décennie, les pays européens ont mis en place une politique qui a pour but explicite d’empêcher les Africains, comme d’autres populations du Sud, de venir en Europe, notamment dans le cadre de Frontex (devenu en 2016 l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes). Outre le fait qu’elle nourrit la xénophobie dans les pays européens, cette politique de fermeture qui demande et obtient le concours des Etats africains est responsable de l’hécatombe à laquelle on assiste en Méditerranée, ainsi que des persécutions dont sont victimes les migrants dans leurs tentatives de fuir la misère économique ou les risques politiques. Le mini-sommet qui s’est tenu le 28 août dernier à Paris en présence des chefs d’Etat du Tchad et du Niger a marqué une étape supplémentaire dans ce processus d’assignation à résidence des Africains sur leur propre continent. Ce sont les fameux « hotspots2 » que Macron veut installer, avec un tri préalable des « bons réfugiés » dans un pays étranger censé pourtant être souverain, et sans que les intéressés disposent des voies de recours possibles pour les demandeurs d’asile auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra)... Cela va de pair avec une autre innovation qui fonctionne dans l’autre sens : le « laissez-passer européen » conçu pour expulser les Africains lorsqu’il n’ont pas de passeports et qu’il n’y a pas d’identification possible. Du coup, on les renvoie dans leur pays présumé sans qu’on soit certain qu’ils sont des ressortissants du pays en question. Autrement dit, on les renvoie vers une situation de non-droit dont on se lave les mains... Evidemment, cette politique clairement hostile aux peuples africains s’accompagne de discours justificateurs : codéveloppement (au profit de régimes françafricains corrompus ?), lutte contre les réseaux de passeurs et les trafiquants de migrants (alors que ceux-ci sont parfois les interlocuteurs des policiers européens, comme en Libye)... Il va se passer ce qui s’est déjà passé : les flux de migrants sur un itinéraire peuvent diminuer – comme cela a été le cas au cours des années précédentes pour ceux qui prenaient des pirogues depuis le Sénégal pour aller vers les Canaries –, mais ils augmenteront ailleurs et les migrants seront de plus en plus la proie de réseaux mafieux, dès lors qu’on ne leur reconnaît aucun droit à la migration, et qu’on en arrive à bafouer jusqu’aux dispositions sur la libre-circulation existant de nos jours entre certains pays africains (comme ceux de la Cedeao – Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), au nom de cette lutte mortifère contre les migrations africaines vers l’Europe.

La continuité militaro-sécuritaire,
avec la perspective de l’enlisement voire de l’embrasement...


Depuis des décennies, la France maintient en Afrique une présence militaire permanente et une capacité d’intervention qui l’a conduite à soutenir les pires dictatures, voire à collaborer avec un régime génocidaire au Rwanda en 1994. Avec l’intervention au Mali, contre les mouvements djihadistes (MUJAO, AQMI, etc.) qui occupaient le nord du pays en 2013, les militaires français avaient pu redorer leur blason lorsqu’ils avaient chassé ces groupes armés des territoires qu’ils occupaient. Mais si, à court terme, les Maliens ont pu s’estimer bénéficiaires de l’intervention de la France, ils ont vite déchanté. Car on s’est vite aperçu que l’armée française n’était pas là pour restaurer la souveraineté de l’Etat malien, mais pour s’y installer durablement à travers l’opération « Barkhane » (4 000 hommes environ) avec un agenda qui est celui de l’impérialisme français3, alors que par ailleurs des forces de l’ONU – la Minusma – sont aussi déployées. Or, avec la déliquescence de l’appareil d’Etat malien, les atermoiements des négociations avec les différentes factions en conflit autour de la question toureg et surtout avec la présence prolongée de l’armée française, qui a engendré un sentiment d’hostilité, le phénomène djihadiste a essaimé du Nord vers le centre du pays, et plus récemment encore en direction du Burkina Faso. Si l’on ajoute à cela les conséquences du conflit avec Boko Haram qui déborde du Nigeria, ce qui concerne les pays « francophones » que sont le Cameroun, le Niger et le Tchad, on a un véritable arc de crise qui s’est développé en quelques années. Pour faire face à cela, la France avec le gouvernement précédent de Hollande a suscité la création d’un G5-Sahel qui se veut une alliance de pays africains (Mauritanie, Mali, Niger, Bur-kina Faso, Tchad) charge de lutter contre le « terrorisme » avec une force de 5 200 hommes. Cependant, ce projet peine à prendre corps pour des raisons de financement mais qui sont en fait politiques : parce qu’il s’agit d’un projet inspiré et soutenu par la France, il suscite de la réticence, voire de l’hostilité des autres puissances extérieures comme les Etats-Unis ou encore l’Algérie.
Enfin, comme si cela ne suffisait pas, on peut ajouter que la crise ivoirienne que la France a cru résoudre en 2011, en mettant fin au régime Gbagbo avec l’opération « Licorne », se réactive depuis quelque temps : on l’a vu cette année avec les mutineries des militaires et d’ex-rebelles du Nord qui ont réclamé et obtenu des sommes d’argent qu’aucun fonctionnaire en grève ne pourra jamais espérer (!), tandis que la rivalité entre Ouattara, l’actuel chef de l’Etat, et Soro, le président de l’Assemblée nationale – qui est en fait l’ancien leader politico-militaire des ex-rebelles du Nord qui ont combattu Gbagbo – est désormais ouverte et peut finir par dégénérer avec un retour de la guerre civile...

La continuité
dans les relations économiques
sur fond de contestation croissante de la dépendance monétaire


Enfin, un autre échec patent du système néocolonial français se situe sur le plan économique et monétaire. Alors que les autres pays africains ne connaissent plus de tutelle directe de leur ex-puissance coloniale, les pays de la zone franc – plus exactement deux zones avec deux banques centrales : l’UEMOA et la CEMAC – sont toujours dans un état de « servitude monétaire » depuis l’époque coloniale : les pays africains de la zone CFA doivent déposer leurs réserves de change sur un compte d’opération du Trésor français et ne peuvent décider de la parité de leur monnaie qui est fixe par rapport à l‘euro. De plus en plus de voix – à la fois celles d’économistes comme Kako Nubukpo mais aussi de militants comme Kemi Seba – se font entendre pour mettre fin à ce système. En écho à ce discrédit du franc CFA, certains chefs d’Etat françafricains – comme le despote Idriss Deby, qui est aussi l’allié principal des militaires français au Sahel – ont ouvertement critiqué les accords monétaires qui les relient à la France. En réaction à cette vague inédite de protestation contre le franc CFA, Macron a lancé, lors du sommet du G5 Sahel au début du mois de juillet 2017 : « Si on se sent pas heureux dans la zone franc, on la quitte et on crée sa propre monnaie, comme l’ont fait la Mauritanie et Madagascar. » Le 28 novembre, à Ouagadougou, Macron a carrément choisi le ton du mépris : « Le franc CFA est un non-sujet pour la France ! »
Pourtant, l’arrimage à l’euro pour des pays africains sous-développés est un non-sens économique, y compris d’un point de vue qui n’est pas anti-impérialiste... Structurellement, un tel système bloque tout développement, y compris dans le cadre de l’insertion dans le marché mondial. Il sert, d’un côté, les élites françafricaines qui peuvent s’assurer un train de vie fondé sur la consommation de biens importés et, de l’autre côté, les entreprises françaises bien implantées historiquement dans cette zone franc. De plus, à l’heure actuelle, certains Etats de la CEMAC, notamment des pays pétroliers d’Afrique centrale, comme le Tchad ou le Congo (Brazzaville), sont à court de devises avec des recettes en diminution alors qu’ils se sont endettés pour financer des projets d’infrastructures, sans parler des détournements de fonds opérés par leurs gouvernants. A moyen terme, c’est un nouveau spectre de la dévaluation qui se profile. Par ailleurs, la zone franc entre aussi en concurrence avec des projets d’intégration africaine comme la Cedeao (qui regroupe également des anciennes colonies britanniques comme le Nigeria ou le Ghana), qui prévoit l’instauration d’une monnaie unique en 2020.
A long terme, évidemment, le franc CFA finira par disparaître... La question, c’est quand et par quoi il sera remplacé : des monnaies nationales ou des tentatives de monnaie unique ou commune4 ? Ce ne sera pas forcément non plus la panacée, car les pays hors zone CFA n’échappent pas, eux non plus, à la domination des capitaux étrangers dans les grands secteurs les plus stratégiques (transports, télécommunications, énergie, mines...).

Conclusion : Même si Macron, au sein d’un « conseil présidentiel pour l’Afrique », s’est entouré de jeunes Franco-Africains censés incarner sur ce plan la « start-up nation » de la symbolique macronienne, il n’y a guère de nouveau à attendre de cet habillage idéologique. Les vrais enjeux demeurent, au-delà des postures et des stratégies de communication. Il faudra autre chose pour en finir avec l’anachronisme de la domination française en Afrique qui caractérise ce type d’impérialisme, et qui perdure par-delà les alternances politiques hexagonales et la fin plusieurs fois annoncée de la Françafrique.

Pascal

1. Un dernier exemple de ce
caractère françafricain de la francophonie a été l’éviction de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) de l’économiste togolais Kaka Nubukpo pour ses prises de position contre le franc CFA.

2. Dans la novlangue macronienne, cela s’appelle « missions de protection en vue de la réinstallation de réfugiés en Europe ». A l’origine, il s’agissait même de les installer en Libye !
3. Ce comportement néocolonial a été patent lorsque, juste après les élections, Macron est allé directement rendre une visite en avion présidentiel aux soldats français, sans passer par la capitale Bamako. Même pas prévenu à l’avance, le chef de l’Etat malien Ibrahim Boubacar Keita a dû se rendre précipitamment à Gao, pour sauver les apparences de la souveraineté malienne.#

4. Une monnaie unique remplace les monnaies qui existaient auparavant, comme l’euro avec les monnaies européennes, tandis qu’une monnaie commune coexisterait avec les monnaies nationales.#


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Re: Françafrique

Messagede bipbip » 04 Fév 2018, 20:03

Le Franc CFA - outil de domination, conférence de Ndongo Samba Sylla

MARDI 6 FÉVRIER 19H Amphi L2 Rennes 2

Le Franc CFA, monnaie héritée de la colonisation, créée en 1945, est encore en vigueur en Afrique de l’Ouest, Afrique Centrale et aux Comores. Elle est devenue un des piliers de la Françafrique et un instrument de la tutelle française. Le Franc CFA est davantage au service des intérêts économiques et politique français dans la zone, qu’au service des économies et peuples africains.

Ndongo Samba Sylla est Sénégalais, économiste du développement, chargé de recherche au bureau Afrique de l’Ouest à la fondation Rosa Luxemburg.

Il présentera l’histoire du Franc CFA, son fonctionnement et celui de la zone franc, le lien avec la France, et les luttes actuelles contre cet outil de domination.

Selon lui, « le franc CFA est la preuve de la survivance de liens coloniaux ». « Malgré sa stabilité et sa crédibilité supposées, le franc CFA n’a en aucun cas permis le développement économique et social de la zone ».

Pour plus d’informations sur ses travaux :
https://www.revue-ballast.fr/ndongo-sam ... franc-cfa/
https://www.humanite.fr/lattachement-fr ... ial-645450

Conférence organisée par SURVIE 35 et ATTAC avec le soutien des Jeunes Communistes

https://expansive.info/Le-Franc-CFA-out ... -Sylla-789
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