Après presque 10 mois en préventive, Juan s'est vu refuser sa demande de
mise en liberté.
Rdv jeudi 16 avril à 14h devant la chambre de
l'instruction, esc A, au palais de justice de Paris (m°cité) pour l'appel
de la demande de mise en liberté.
Juan est toujours détenu depuis presque 10 mois, il est actuellement à la
maison d'arrêt de Bois d'Arcy. Il fait appel de son refus de mise en
liberté. L'audience a lieu le jeudi 16 avril à 14h à la chambre
d'instruction, esc A, palais de justice de Paris (m° cité). Nous
republions sa lettre depuis la prison de Rouen où il rappelle les
circonstances de son incarcérations. Et pour plus d'infos:
http://infokiosques.net/mauvaises_intentions_______________________________________________________________________
LETTRE DE JUAN DEPUIS LA PRISON DE ROUEN (OCTOBRE 2008)
Durant la période électorale qui a vu l'arrivée de Sarkozy à la
présidence, l'ambiance est à la colère et à la révolte. De manifs sauvages
à des bris de vitrines de permanences d'élus, de nombreux actes marquent
cette période. Début mai, il y a eu aussi une tentative d'incendie d'une
voiture de flics (dépanneuse) devant un commissariat de Paris.
C'est pour cette tentative qu'Isa, Juan et Damien sont en détention
préventive, au motif que leurs ADN, pris à leur insu ou de force, auraient
été retrouvés sur l'engin incendiaire.
Tous les trois sont sous le coup d'une instruction antiterroriste.
J'écris depuis la prison de Rouen, qui s'est une nouvelle fois illustrée
le 10 septembre par la mort d'un détenu, victime de la folie... de
l'Administration Pénitentiaire.
Ca fait maintenant quatre mois que je suis en détention provisoire pour
terrorisme.
Terrorisme ! Quel outil formidable pour l'Etat ! Le terrorisme vient
aujourd'hui justifier des mesures de contrôle et de fichage de plus en
plus poussées au nom de notre sécurité. On ne s'étonne même plus de
croiser dans les gares des militaires, mitraillettes à la main. Démocratie
ou pas, la peur reste le meilleur moyen pour soumettre et gouverner.
Dans l'imaginaire collectif, le terroriste, avec le pédophile, est devenu
une des figures même du mal. D'un côté il a le visage de monsieur tout le
monde, ce qui en fait une menace permanente et insidieuse qui ne peut se
combattre que par un contôle généralisé de plus en plus strict. Et de
l'autre, il a le visage repoussant d'un monstre sanguinaire, fasciné par
la violence et n'ayant plus rien d'humain ni de commun avec nous pour
éviter qu'on le comprenne et que de tels actes se propagent. Apposer
l'étiquette de terroriste sur quelqu'un, c'est donc le condamner au
bannissement. Qui soutiendrait des barbares pareils ?
C'est une habile manoeuvre politique pour isoler et affaiblir. On fait
passer des amis, des camarades de lutte pour des illuminés en
décrédibilisant les moyens considérés comme violents (sabotage, bris de
vitrine, etc) autant que le sens politique de leur action. Diviser pour
mieux régner, rien de nouveau. On fait le tri entre la contestation «
raisonnable », que l'Etat tolère, voire intègre pour se renforcer ; et
celle sauvage et non autorisée, plus difficilement récupérable. On frappe
fort sur quelques-uns pour que tout le monde ferme sa gueule et sache à
quoi s'en tenir. Evidemment pour être efficace, ça doit servir d'exemple,
on ne peut pas faire de tout le monde des terroristes.
La Mouvance Anarcho-Autonome Francilienne (MAAF), l'organisation
terroriste à laquelle nous sommes supposés appartenir, rend bien compte de
cette intention. Vous n'avez jamais vu de tract ou d'attentat au nom de la
MAAF. Et pour cause : ce sexy sigle est une invention policière, le titre
d'une catégorie de classification des RG (Renseignements Généraux). Le mot
« mouvance » montre à quel point c'est flou. Il peut suffir d'un contrôle
d'identité au cours d'un moment de contestation sauvage, de la
fréquentation d'un lieu ou d'une personne, d'une lecture ou d'une opinion
subversive. Certains thèmes aussi sont plus sensibles comme les prisons ou
les sans-papiers ; RESF par exemple est qualifié de mouvement
"quasi-terroriste".
Cette histoire de tentative d'incendie est loin d'être l'affaire du
siècle. Et si le pouvoir, relayé par les médias, l'a gonflée au maximum,
ce n'est pas que l'Etat craignait de ne pouvoir se relever de ce coup.
Malheureusement, il faudra plus qu'un incendie – même réussi - pour mettre
vraiment en danger le système. Si l'Etat est attentif et soucieux de ces
"menaces" politiques et que cet affront devait être puni, il en a surtout
profité pour faire de cette affaire un exemple, répondre à la contestation
sociale, et remettre à jour quelques fichiers de renseignements et bases
de données policières.
Nous nions tous les trois notre implication dans cette tentative
d'incendie. Mais en vérité c'est un détail.
D'abord parce que face à la supposée irréfutabilité de la preuve par l'ADN
des scientifiques, il est difficile d'expliquer la présence de poils qu'on
a pu éventuellement semer, si tant est que ce soient les nôtres !
Ensuite parce que la Justice donne peu d'importance à ce qu'on a à dire.
Elle n'a pas besoin de toi pour te juger. Qu'importe ce que tu as
réellement fait. Si tu as le profil, et il peut suffir d'une garde-à-vue,
de la participation à une manif ou d'opinions affichées, ça suffit à être
condamné. Tout le reste est du théâtre.
En ce sens, la Justice ne s'est sans doute pas trompée. Je crois bien
avoir le profil recherché. Non pas celui d'un fanatique qui veut semer la
terreur dans la population pour arriver à ses fins – c'est plutôt
l'apanage des gouvernements, qu'ils soient despotiques ou démocratiques -,
mais plutôt celui d'un révolté parmi les autres.
Dans ce monde régi par le fric où la plupart des gens crèvent de faim pour
soutenir le rythme de vie des riches ; où le seul horizon pour beaucoup
est un travail de merde qu'on est réduit à pleurer au moment de perdre ;
où l'ennui et la dépression sont la norme ; où ceux qui n'ont pas de
papiers doivent raser les murs ; où la nature devient un luxe pour
touristes ; où notre pouvoir sur nos vies se limite au choix de la chaîne
télé, du bouffon qui nous gouverne, et de la marque de lessive ; où la
police te rappelle à chaque instant de fermer ta gueule ; et où la prison
t'accueille si tu déroges à la règle.
Dans ce monde moisi, il serait malvenu de pleurer la carcasse cramoisie
d'une voiture de flics. Nous n'avons que trop de raisons de nous révolter.
Ce n'est pas la répression qui nous les enlèvera.
En taule comme dans la rue, que la lutte continue avec rage et joie !
Liens::
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