Y a un moment faut choisir. Tu ne peux pas me reprocher d'être européo-centré et en même temps utiliser une notion comme le fascisme, issue de l'histoire spécifiquement européenne pour définir tout mouvement rétrogade.
Pour quelqu'un qui se prétend comme un défenseur de "l'universalisme" face aux vilains "islamogauchistes" et autres "anarchosionistes", tu es plein de surprise. Donc les catégories politiques ne sauraient être universelles sous prétexte qu'elles ont été utilisées pour la première fois en europe... ?
Si les révolutionnaires du Moyen-orient parlent de fascisme, c'est aussi parce qu'ils utilisent une grille de lecture occidentale due à un siècle de colonialisme et qui ne colle pas forcément à une réalité.
La Turquie a donc été colonisée... C'est une thése historique particulièrement originale... ou ridicule, au choix...
Pour eux rien, mais nous ça fait 70 ans que les guerres contre le fascisme sont finies, donc on peut peut-être éviter les gros sabots idéologiques, non? surtout que dans les rangs de l'EG on produit des analyses pointilleuses (enfin, des enseignants de fac produisent et les miltiants répètent) sur les questions LGBTI (l'hétérosexisme cisgenre gningningnin par exemple dont vous tartinez votre journal), alors pourquoi pas faire d'analyses pointilleuses sur le fascisme? vous faites bien la différence entre oppression L et G dans les LGBTI, alors pourquoi pas uen distinction dans les systèmes fascistes, nazis, franquistes, salazaristes? ils ont tous émergés dans des contextes socio-politiques différents. Alors pourquoi cet attavisme quand on parle de l'ED? y a des sujets sur lesquels vous enculez les mouches avec des références universitaires et d'autres ou vous avez de gros sabots. "why?!" ai-je envie de dire dans un élan anglophone. Parce que vous générez juste une grille qui vous permet de renforcer votre identité je dirais, mais c'est un autre débat.
Il ne s'agit pas de "gros sabots idéologiques". Personnellement je n'utilise pas ce terme à la légère. On se retrouve dans une situation paradoxale d'ailleurs : alors que ce terme a été utilisé à tord et à travers dans les années 80-90 pour désigner des mouvements qui n'étaient pas fascistes, mais nationalistes, colonialistes et/ou réactionnaires, une large part des courants politiques aujourd'hui refuse d'utiliser ce terme pour désigner des courants qui se rapproche beaucoup plus dans leur dynamique et leur idéologie du fascisme historique, dans un contexte de crise. On le voit avec les contorsions autour de Soral qualifié de "sous-fasciste", concept que je trouve complètement bidon personnellement, alors que Soral est le prototype même de la pensée fasciste moderne en France.
Il y a bien sur des distinctions entre les courants qui se rattachent à l'idéologie fasciste, mais ces courants n'en restent pas moins des expressions de cette idéologie.
Pour ce qui est de tes appréciations sur le mouvement LGBT, je les trouve aussi minables que d'habitude, comme si les luttes LGBT étaient nées à l'université...
pour te répondre, à l'époque, j'ai fait des rassemblements pour la Syrie, et, dégoûté de voir des camarades differ des tracts "non à l'intervention en Syrie" à des syriens qui eux demandaient expressément une intervention à Sarkozy, j'ai arrêté de militer pendant 6 mois! c'est là que j'ai compris que les positions idéologiques et de principes de l'EG étaient criminelles, qu'il fallait prendre de la hauteur par rapport nos idéologies et qu'on n'était pas le camp des saints (big up Raspail!).
Moi les syrienNEs avec qui je manifestais étaient beaucoup plus nuancés et diviséEs face à cette situation. D'abord parce qu'au départ ils/elles demandaient un isolement international réel du régime syrien -qui a été très tardif malgré les condamnations "verbales" de la répression, puis des armes, ce que l'Etat français refusait au nom du mantra "on ne sait pas dans quelles mains elles vont tomber", puis une zone d'exclusion aérienne - ce qui n'a pas été mis en place. Ce qui est sur, c'est que les armes fournies par le Qatar, la Turquie, l'arabie saoudite, elles, sont "tombées" dans les mains des fachos à qui elles étaient destinées, ce qui leur a donné une hégémonie politico-militaire sur la résistance civile, laique et progressiste.
Donc il y a une dose d"hypocrisie entre d'un côté laisser crever les révolutionnaires sur le terrain, favoriser la contre révolution interne takfiri, et de l'autre prétendre les sauver par des "bombardements", qui en fait ne visent que Daesh et pas le régime... Pourquoi cette hypocrisie ? Parce que l'objectif de l'Etat français -et des autres puissances impérialistes, y compris régionales, intervenantes, a toujours été de garder la main, surtout pas de permettre l'émergence ou le maintien d'une dynamique révolutionnaire armée disposant d'une autonomie politique suffisante.
On en voit d'ailleurs l'illustration avec le rapprochement entre Etats Français et Russes, et le retour en grâce de Bachar auprès des occidentaux...
Pour moi ce qui est criminel, c'est ça...
Pour moi, la seule ligne défendable, c'est d'oeuvrer au renforcement du camp progressiste, et ça passe par soutenir tout ce qui lui donne une autonomie politique, notamment les armes, alors que les bombardements créent une dépendance (en plus du fait que, lorsqu'ils tuent des civils, ils poussent dans les bras des fafs takfiri une partie de la population qui s'y opposait jusque là).
Ensuite, c'est parce que les kurdes disposent justement d'une autonomie armée relative, que les bombardements ciblés de Daesh en lien avec les offensives prennent une tout autre dimension, même si là aussi, il y a hypocrisie des Etats. On a pu le voir à Kobané, où la Coalition s'est bien gardé d'intervenir pendant l'offensive de Daesh, cautionnant la fermeture de la frontière par l'Etat turc pour empêcher l'envoi de renfort par la guerilla kurde (alors même que l'Etat turc livrait des armes à Daesh). Ce n'est qu'au dernier moment qu'il y a eu revirement stratégique. Les Etats occidentaux cautionnent depuis la logique de la "zone tampon" de l'Etat turc qui représente de facto un soutien militaire à Daesh qui contrôle Jarablous, chaque avancée des YPG/YPJ étant stoppé par un bombardement.
Bref plutôt que de cracher sur d'imaginaires "islamogauchistes", en ces temps d'union sacré il serait à mon sens plus productif de dénoncer l'hypocrisie de l'Etat français, demander la fin de l'embargo sur les armes aux progressistes, le retrait du PKK et des organisations révolutionnaires de la listes des organisations terroriste, faire pression pour une rupture de toute relation commerciale, échange, vente d'arme à l'Arabie Saoudite, au Qatar et à la Turquie, rupture de toute coopération policière avec la Turquie... histoire de briser la chaine logistique de Daesh
les chouans, tous des aristo?
Alors, autre thèse historique originale d'Abel Chemoul : "les paysans chouans pouvaient occuper des positions de pouvoir". eh bien non, comparaison ratée... A la différence des Chouans, qui soutenaient le retour des nobles au pouvoir (le pouvoir était considéré comme lié à l'hérédité), Daesh lui ne met pas du tout l'hérédité en avant comme condition d'accès au pouvoir. Baghdadi est autoproclamé Calife, il ne revendique aucune filiation héréditaire avec les Califes, le pouvoir n'est pas lié à un ordre aristocratique héréditaire...
qui a un passé totalitaire avec purges internes
Ca c'est vrai...
mais ça c'est faux...
elle aussi et qui de fait embrigade tout un peuple.
Il y a une vie politique et démocratique en dehors du PKK. Il y a des courants qui se sont développé en son sein, pas de manière formelle, mais avec des options idéologiques plutôt tranchées. Par ailleurs tu fais comme si l'évolution idéologique du PKK n'existait pas. Tu fais comme si tous les kurdes suivaient aveuglement la parole du parti. Or justement par exemple le PKK est régulièrement débordé par sa base, il est loin de contrôler l'ensemble des phénomènes qui se produisent.
C'est une chose que les camarades anarchistes kurdes du Forum anarchiste du Kurdistan, pourtant très hostile idéologiquement au PKK ont été obligés de constater...
c'est sûr que si tu te fis à des analyses de révolutionnaires, t'es pas sortie de l'auberge!
Ben ouais c'est vrai, ces anarchistes turcs et kurdes ne savent vraiment pas de quoi ils causent

Mieux vaut les sources alternatives d'Abel Chemoul, lesquelles déjà ?
plus largement, il ne faut pas juger les idéologies selon leurs propres termes, nation islamique, modernisme takfiri, etc. c'est comme juger l'EG juste en fonction de ses références affichées et de son discours sur elle-même. Si tu prends le discours de LO sur elle-même (ou de la CGA) et que tu y appliques une critique sociologique ou économique, il ne tient pas la route.
Ben si on définit une idéologie à la manière de nos camarades brésiliens "un ensemble d'idées, de motivations, d'aspirations, de valeurs, une structure ou un système de concepts qui a un lien direct avec l'action", alors, pour qualifier une idéologie, il faut se baser sur les idées, concepts, valeurs, aspirations... etc... qu'elle mobilise. Il faut l'inscrire dans l'histoire des idées.
clarifions: qu'est-ce que tu appelles "modernité" dans ton post?
Ici j'appelle modernité la période idéologique issue de la remise en cause des formes traditionnelles d'organisation politique et d'agencement social, l'émergence de la "politique" au sens premier du terme. Quand tu prends par exemple la théorie de Sayyid Qutb, elle émerge dans la foulée de la Nahda (la "réforme" musulmane issue de la modernité, pour résumer, si tu veux). L'influence d'Alexis Carrel par exemple sur la pensée de Qutb a été soulevé à maintes reprises.