DSK, Derrière le cirque médiatique...

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede kuhing » 29 Aoû 2011, 21:03

digger a écrit:Je pense qu’on peut faire l’économie d’un procès d’intention vis à vis de Kuhing.


Oh vous pouvez m'en faire un , je ne suis pas du genre à plier à ce genre de choses 8-) :D

Ceci dit, je crois que la vérité, si elle existe, se trouve dans les nuances.
Les hommes et les femmes réagissent souvent différemment et il y a beaucoup à apprendre et à vivre pour réussir à aborder une femme comme un alter ego qui dépasse la différenciation sexuelle mais se situe au seul niveau humain générique.
Il me semble aller dans cette voie et c'est la raison pour laquelle je peux considérer quelqu'un-e comme étant, à mon sens, digne d'intérêt ou comme étant un-e abruti-e qu'il-elle soit femme ou homme.
ça n'a d'ailleurs pas été toujours le cas et, quand j'étais plus jeune, j'étais beaucoup plus intimidé par les membres du sexe opposé au mien surtout quand un rapport de séduction naissait.
Ce sont des choses assez compliquées qui touchent aussi à une chimie que nous ne contrôlons pas, en tous cas "bien et suffisamment".

Et puis il y a une éducation qui fait que le partage des tâches notamment domestiques n'est pas équilibré.
C'est un apprentissage et un effort qu'il faut le faire pour rétablir un équilibre qui convient à toutes les parties.

Il y a d'autres choses moins évidentes : par exemple dans une assemblée, une femme n'insistera pas forcement pour prendre la parole et choisira de se taire même si elle a quelque chose à dire alors qu'un homme aura plus tendance à imposer sa voix plus forte et d'ailleurs pas forcément en y voyant malice.
Les femmes de notre collectif nous on fait remarquer ça et, c'est un apprentissage aussi déjà d'en prendre vraiment conscience et de se discipliner pour laisser le temps et l'espace sonore pour une voix qui porte moins et un tempérament différent.

En gros tout cela touche au simple respect des l'êtres vivants que nous avons l'occasion de rencontrer.

J'étends d'ailleurs cette notion au delà de la différentiation sexuelle "homme-femme" pour l'élargir aux animaux puisque je choisis d'être végétarien (complet maintenant depuis quelques semaines)

C'est une chose.

Autre chose est la relation dominants-dominés que nous impose les rapports sociaux actuellement et ce depuis la nuit des temps.
Et là il me semble effectivement mal-venu d'isoler les luttes d'émancipation indépendamment de la racine qui fait qu'aujourd'hui les rapports de dominations génériques ont pour origine les rapports sociaux capitalistes.
De ce point de vue, je le répète : une Christine Lagarde a beau être une femme elle n'en reste pas moins du mauvais coté de la barrière.
C'est elle la dominante, c'est elle l' exploiteuse.
Elle déclare pourtant elle-même que son accession à son poste de "responsabilités" et qui n'est que celui d'un escroc, est le résultat d'une certaine lutte féministe.
C'est cette confusion entretenue insidieusement par bon nombre de mouvements dits "féministes" dans laquelle il me semble important de se pas s'engluer.
kuhing
 

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede Béatrice » 30 Aoû 2011, 00:12

Tout d'abord , en réponse à Digger , sur la question relative à la quasi absence de femmes sur ce forum , ceci n'est que le reflet d'une réalité générale
révélant que la plus grande majorité de celles-ci ne s'approprie pas les " espaces " militants , réservés par essence aux seuls hommes , par tradition
culturelle , mais surtout par transmission patriarcale . La réticence voire l'abdication totale à s'en saisir sont multiples pour toutes celles , qui issues
de milieux défavorisés sont sous la coupe du patriarcat ( non accès à la culture , religion ) , plus prégnant qu'en milieu aisé .
Ensuite , elles doivent également surmonter le regard négatif porté sur elle par leurs homologues masculins qui , pour la plupart
ne supportent pas d'être à égalité intellectuelle avec elles , c'est un fait ! Du reste c'est ainsi qu'à travers l'histoire ( disons de la période de la Révolution
française à nos jours ) les militantes se sont vues " estampillées " ainsi : hystériques , pétroleuses , et mal baisées ( de nos jours ) par les hommes voyant en
elles de potentielles rivales ( instinct de domination ) . Mais elles doivent également surmonter certaines désapprobations venant de la part de leurs homologues
féminines complètement asservies à la transmission du patriarcat , qui considèrent que leurs places sont résolument dévolues à la gestion du foyer familial
( conjoint , enfants , tâches ménagères , travail : journée double ) .

( Par ailleurs , pour en revenir à ce qualificatif de " mal baisées " accolées aux militantes , comme récemment un membre de ce forum aimait à l'évoquer , en
étant volontairement sarcastique , je dirai que ces militantes " mal baisées " , portent peut-être cela aussi comme revendication intime : mieux vaut ne pas
être " baisée " du tout que de l'être mal ! )

En réponse à Kuhing , je constate avec plaisir , un léger infléchissement de position de sa part car en effet , il est incontestable que le système capitaliste avec
ses caractéristiques de rapports : dominants-dominés contribuent pleinement à accentuer encore plus l'exploitation faite aux femmes et comme je l'ai évoqué par
ailleurs , je suis bien d'accord , que dans ce cas là , la domination s'exerce de l'un à l'autre tout sexe confondu , mais malgré tout , les femmes de pouvoir ne
représentent tout de même pas la très grande majorité des femmes , loin de là !
Et puis , je le répète , tout comme l'a souligné charlelem , s'imaginer qu' une société libertaire au principe d'égalité économique et sociale pour tous , viendrait à
effacer par un coup de baguette magique toute forme de patriarcat relève d'une très grande naïveté ou pire d'une mauvaise foi ! C'est en amont qu'il faut y remédier
ou du moins s'y préparer , c'est-à-dire maintenant .
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
Béatrice
 
Messages: 2792
Enregistré le: 09 Juil 2011, 20:58

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede kuhing » 30 Aoû 2011, 09:38

Armonia a écrit:

Ailleurs , je suis bien d'accord , que dans ce cas là , la domination s'exerce de l'un à l'autre tout sexe confondu , mais malgré tout , les femmes de pouvoir ne
représentent tout de même pas la très grande majorité des femmes , loin de là !
.


Ma position n'a pas infléchi même légèrement, ma camarade.
Et, ça fait longtemps que je pense ce que j'ai dit dans mon message précédent.
Mais admets qu'il y a une certaine tendance à l'agression systématique lorsque l'on n'est pas, dans les milieux autorisés ( :) ) dans la ligne "traditionnelle" de ce que j’appellerais "l' isolation du combat pour l'émancipation des femmes du contexte général".

Et, mon avis est d'ailleurs alimenté par la confusion ( et la situation est assez confuse comme ça ) que peut engendrer ta réflexion :

"mais malgré tout , les femmes de pouvoir ne représentent tout de même pas la très grande majorité des femmes , loin de là ! "

Ce qui, pour un esprit non averti, peut très facilement induire la conclusion suivante : " il faut donc qu'il y ait davantage de femmes "de pouvoir" "

Ce qui bien évidemment n'est, que ce soit pour les femmes ou pour les hommes et, s'il ne s'agit pas de pouvoir sur soi-même, absolument pas l'objectif pour lequel je me bats.
kuhing
 

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede Pïérô » 30 Aoû 2011, 11:51

réclamer l’égalité c’est aussi accepter çà, le contraire serait interrogeant. Il est important par contre et là nous sommes d’accord que ce combat s’inscrive bien dans une lutte émancipatrice et libertaire et dans ce contexte nous ne combattons pas cette forme d’égalité mais nous la critiquons comme tout ce qui n’en serait qu’une expression dans laquelle le contenu réel de la lutte pour l'égalité en serait dévoyé, et il y a là une nuance qui me semble d'importance.


kuhing a écrit:Autre chose est la relation dominants-dominés que nous impose les rapports sociaux actuellement et ce depuis la nuit des temps.
Et là il me semble effectivement mal-venu d'isoler les luttes d'émancipation indépendamment de la racine qui fait qu'aujourd'hui les rapports de dominations génériques ont pour origine les rapports sociaux capitalistes.

Je ne sais pas à quand faire remonter l'oppression spécifique des femmes et le patriarcat dans l'Histoire de l'humanité mais certainement avant la naissance du capitalisme. Par exemple on en voit bien la trace dans les grandes religions monothéistes, et avant dans l'antiquité...
Et s'il y a bien du lien entre rapport d'exploitation et rapport d'oppression, il y a bien là un rapport d'oppression spécifique. Encore une fois, mais je l'ai dit auparavant on ne peut pas tout réduire ou ramener à la lutte des classes, et le féminisme et la lutte contre le patriarcat ne peut être ramené à un front secondaire. La spécificité de cette oppression amène une lutte spécifique, mais la convergence des fronts de luttes est aussi portée par les révolutionnaires que nous sommes, parce que nous portons non seulement la critique et les luttes dans différents domaines, mais aussi un combat global comme un projet de société qui intègre toutes ces dimensions de l'émancipation.

Dans le cadre de cette affaire et de ce débat on voit bien qu'il y a bien à la fois une dimension lutte des classes et une dimension patriarcale, et notre combat féministe est aussi un féminisme de lutte de classes, et notre combat comme ce débat se porte dans cette affaire sur les deux dimensions. Et je n'ai pas l'impression ici et aussi dans ce que porte Armonia qu'il y ait volonté de porter "l' isolation du combat pour l'émancipation des femmes du contexte général", mais bien de ne pas remiser au second plan, comme il semble que tu tentes de le faire Kuhing, cette question.
Avatar de l’utilisateur-trice
Pïérô
 
Messages: 22439
Enregistré le: 12 Juil 2008, 22:43
Localisation: 37, Saint-Pierre-des-Corps

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede Béatrice » 30 Aoû 2011, 12:41

kuhing a écrit:
Ce qui, pour un esprit non averti, peut très facilement induire la conclusion suivante : " il faut donc qu'il y ait davantage de femmes "de pouvoir" "


C'est assez habile de la part de kuhing de se saisir de mon propos pour lui en donner une interprétation qui n'était pas celle que j' entendais donner( ceci dit , j'en suis responsable , n'ayant pas suffisamment développé sur le fond ) . Lorsque je dis que les femmes de pouvoir ne sont pas représentatives de l'ensemble des femmes , il s'agissait bien sûr d'un constat et rien d'autre d'ailleurs , il me semble évident que les hommes de pouvoir majoritaires dans les hautes sphères de l'état et autres entreprises y mettraient un frein assurément .
Car je ne peux laisser dire que l'accession des femmes aux prises de décision soient si facilement consenties par la " gent " masculine et cela se fait toujours ou presque par le passage obligé à un rapport de force et pour illustrer mon propos , j'apporte un exemple personnel qui m'avait à l'époque particulièrement choquée et meurtrie durant longtemps :
Alors que j'occupais un poste administratif dont je fus chargée de sa création dans le cadre de la mise en application de la loi de décentralisation , il a fallu recruter et c'est ainsi qu'un homme fût affecté sur un poste d'équivalence au mien ( même catégorie ) . Et comme c'est le cas très couramment dans toute grande entreprise , je dus me charger de sa formation , ce dont il ne se prêtait guère avec plaisir , c'est le moins que l'on puisse dire ( monsieur se sentait humilié ! ) .
C'est ainsi que très rapidement la tension entre nous est rapidement montée et un jour , alors que je lui faisais remarquer " gentiment " qu'il venait de faire une erreur , un accès de violence inouïe l'a pris et il s'est abattu sur moi en me jetant un coup de poing sur le bras d'une force invraisemblable ! Heureusement pour moi , dans le même temps , un collègue entrait dans le bureau et fût donc témoin de cet acte de violence . Résultat des comptes : un bras enflé , un hématome de 8cm environ de surface . Ensuite après constat de la médecine du travail , témoignage , soutien syndical , il devait passer en conseil de discipline mais je m'y suis alors opposée ( question d'éthique morale perso ) mais néanmoins , il fût rétrogradé et muté dans une autre administration .
Alors , la morale de l'histoire , c'est qu'en plus d'être soumises à des rapports de subordination aux hommes dans la sphère privée ( pérennisation du système patriarcal ) , avec l'extension du travail des femmes depuis la seconde moitié du XXème siècle , les femmes sont également confrontées à des rapports de subordination et de violence sur leur lieu de travail ( double peine ) .
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
Béatrice
 
Messages: 2792
Enregistré le: 09 Juil 2011, 20:58

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede kuhing » 30 Aoû 2011, 14:15

Armonia a écrit:
C'est assez habile de la part de kuhing de se saisir de mon propos pour lui en donner une interprétation qui n'était pas celle que j' entendais donner( ceci dit , j'en suis responsable , n'ayant pas suffisamment développé sur le fond ) . Lorsque je dis que les femmes de pouvoir ne sont pas représentatives de l'ensemble des femmes , il s'agissait bien sûr d'un constat et rien d'autre d'ailleurs , il me semble évident que les hommes de pouvoir majoritaires dans les hautes sphères de l'état et autres entreprises y mettraient un frein assurément .
Car je ne peux laisser dire que l'accession des femmes aux prises de décision soient si facilement consenties par la " gent " masculine et cela se fait toujours ou presque par le passage obligé à un rapport de force et pour illustrer mon propos ,... .


Je ne cherche pas à manœuvrer mais ta façon de présenter les choses ne me parait toujours pas claire par rapport à l'objectif que nous nous fixons en tant qu'anarchistes : l'abolition complète du pouvoir institutionalisé des un-e-s sur les autres.
kuhing
 

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede Béatrice » 30 Aoû 2011, 18:07

kuhing a écrit:
Je ne cherche pas à manœuvrer mais ta façon de présenter les choses ne me parait toujours pas claire par rapport à l'objectif que nous nous fixons en tant qu'anarchistes : l'abolition complète du pouvoir institutionalisé des un-e-s sur les autres.


Tout l'art de l'esquive !

Et bien , en tant que femme et pour toutes les femmes , tes velléités révolutionnaires me font " froid dans le dos " car il y a fort à parier que celles-ci ne peuvent aboutir à l ' instauration
d'une société nouvelle où enfin , les femmes verraient enfin leurs désirs d'émancipation se réaliser !
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
Béatrice
 
Messages: 2792
Enregistré le: 09 Juil 2011, 20:58

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede kuhing » 30 Aoû 2011, 19:45

Ni fondée ni sympa cette attaque, chère camarade...
kuhing
 

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede Béatrice » 30 Aoû 2011, 20:10

Et bien kuhing , je constate que la condition féminine dans notre société actuelle n'a que peu d'intérêt pour toi :
que les femmes se fassent tabasser ou violer , que ce soit au sein même de leur famille , sur leurs lieux de travail ou autres endroits !

La seule chose qui compte à tes yeux , c'est la perspective d'un autre modèle de société dont tu n'es pas le seul du reste à aspirer , mais par contre le présent n'a que peu d'importance , et
les violences faites aux femmes , encore moins !

Que peut-on en déduire , en l'espèce ?
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
Béatrice
 
Messages: 2792
Enregistré le: 09 Juil 2011, 20:58

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede kuhing » 30 Aoû 2011, 20:28

Armonia a écrit:Et bien kuhing , je constate que la condition féminine dans notre société actuelle n'a que peu d'intérêt pour toi :
que les femmes se fassent tabasser ou violer , que ce soit au sein même de leur famille , sur leurs lieux de travail ou autres endroits !

La seule chose qui compte à tes yeux , c'est la perspective d'un autre modèle de société dont tu n'es pas le seul du reste à aspirer , mais par contre le présent n'a que peu d'importance , et
les violences faites aux femmes , encore moins !

Que peut-on en déduire , en l'espèce ?


Que tes attaques ne sont ni fondées ni sympathiques et plutôt basses.
je ne discute pas de cette façon.
kuhing
 

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede Béatrice » 31 Aoû 2011, 01:21

kuhing a écrit:je ne discute pas de cette façon.


Quelle intransigeance et quel bel exemple d'autoritarisme !
Tu tournes court à toute discussion de fond et les contradictions qui te sont opposées , tu les assimiles à une déclaration de " guerre des sexes " !
En ce qui me concerne , c'est bien loin d'être le cas , du reste , dans l'évocation du cas personnel dont j'ai parlé précédemment pour illustrer mes propos , sache que l'individu
qui m'avait alors agressé , était assuré d'être radié de la fonction publique si je ne m'y étais pas opposée .
Considérant qu' une rétrogradation de carrière et une mutation était bien suffisants .
Alors parler de " guerre des sexes " me semble pour le moins excessif ! La juste revendication d' égalité entre les sexes n'est pas un combat entre les sexes !
Du reste , s'il s'était agi de sa supérieure hiérarchique , je doute fort qu'il se soit permis de l'agresser ainsi . Et tout comme le rappelait pïérô précédemment ainsi que moi-même , les rapports de subordination des hommes à l'égard des femmes datent depuis la nuit des temps et non pas depuis l'avènement du capitalisme . Tu ne parviendras à convaincre que des convaincus comme toi-même ( c'est-à-dire une très extrême minorité ), qu'en renversant ce système capitaliste , les hommes et les femmes seront enfin libérés de tout effet pervers de domination , bien sûr en particulier celui exercé sur les femmes , cela relève soit de la naïveté élémentaire soit de l'imposture intellectuelle ,
ce qui pour cette dernière me semble plus grave en soi .
Quant à ressortir sans cesse l'éternelle litanie de l'après mai 68 , cause de tous les maux de la société qui s'en sont suivis , là aussi , la ritournelle ne prend pas !
Du reste s'agissant des luttes féminines de l'après 68 , elles ont permis une sacrée avancée pour les femmes : le droit à l'avortement en est un symbole particulièrement marquant , le plus important je dirai depuis lors , car cela a permis aux femmes de disposer de leur corps , une juste réappropriation de ce qui fait l'intime de l'individu .

Mais là , je sais pertinemment qu'il devient totalement stérile de discuter sur ces questions avec toi , car ton inflexibilité ne permet aucune réceptivité d'écoute de l'autre .
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
Béatrice
 
Messages: 2792
Enregistré le: 09 Juil 2011, 20:58

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede Pïérô » 01 Sep 2011, 00:34

un livre qui sort aujourd'hui

Image

L'objet de ce livre n’est nullement de discuter des faits de ce qu’on a appelé l’«affaire Strauss-Kahn». Il est de rendre compte de l’effarement des féministes françaises devant les déclarations des hommes – et femmes – politiques à la nouvelle de son arrestation.
Effarement et indignation: Dominique Strauss-Kahn était présenté comme une victime et, surtout, on ne voyait que lui, comme s' il ne s’agissait pas d’une agression, vraie ou fausse peu importe ici, mais en tous les cas qui impliquait au moins deux personnes.
Ce livre consiste en une sélection de textes de féministes (journalistes, universitaires, chercheuses, étudiantes, de toutes générations) qui s’arrête, sauf exception, à la première semaine de juin. Ainsi, sauf pour l’article de Clémentine Autain et Audrey Pulvar qui clôt le livre, il n’y a pas de réaction à l’annonce de la fin des poursuites contre DSK fin juillet pas plus qu’aux propos sur sa «résurrection».
Beaucoup de femmes et d'hommes ont été choqués par l’invocation d’une soi-disant culture nationale pour justifier l’injustifiable. La confrontation politique sur le viol, sur la violence est ouverte. A moins d’un an de la présidentielle...


1er septembre 2011 / 184 p. / 7 euros
ISBN: 978-2-84950-328-7
SyleppseCollection Nouvelles Questions Féministes


RENDEZ-VOUS avec les AUTEURES

. jeudi 15 septembre à 19 heures, au Lieu Dit
6 rue Sorbier, 75020 Paris

. Vendredi 23 septembre à 19 heures,
à la librairie Violette and Co
102 rue de Charonne, 75011 Paris



« DSK : c’est le plus grand des voleurs, oui mais c’est un Gentleman  »

Parution du livre Un troussage de domestique le 1er septembre

par Christine Delphy, 31 août

Depuis la destruction des tours jumelles du World Trade Center de New York, l’"affaire DSK" est l’événement qui a reçu la plus large couverture médiatique en France, écrit Christine Delphy en introduction du livre Un troussage de domestique. Cet écho médiatique est loin de s’être affaibli, à encore croire la joie avec laquelle la nouvelle de l’abandon des poursuites contre DSK a été accueillie, notamment au Parti socialiste. Pascal Bruckner n’évoque-t-il pas dans le Monde (http://www.lemonde.fr/idees/article/201 ... _3232.html) le "puritanisme lubrique" (sic !) de l’Amérique, sans un mot bien-sûr sur la lubricité pas vraiment progressiste de Dominique Strauss-Kahn ! Ce livre revient sur l’effarement des féministes françaises devant ce type de déclarations depuis la nouvelle de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Nous en publions l’introduction, et vous invitons à venir assister aux différents débats organisés autour du livre.

La nouvelle de l’interpellation de Dominique Strauss-Kahn et de sa garde à vue à la Special Victims Unit de Harlem le 14 mai, suivie de son inculpation le 15 mai, est un «  coup de tonnerre  » pour les chefs de file et les dignitaires du Parti socialiste. Ils ne peuvent pas croire, ne veulent pas croire qu’en quelques heures le Parti socialiste a perdu son «  candidat en or  ». Puis c’est au tour des amis, qui dénoncent une «  erreur tragique sur la personne  ». Le Strauss-Kahn présenté par la police «  n’est pas l’homme qu’ils connaissent  ». Ils savent exactement ce dont il est capable. Et ce dont il est accusé, il en est incapable. La victime présumée l’a reconnu, mais eux secouent la tête  : ils sont formels, «  ça ne lui ressemble pas  ».

Deux jours s’écoulent pendant lesquels s’étalent dans les médias l’étonnement, l’incrédulité, la sympathie, le chagrin pour «  DSK  », pour sa famille politique, pour sa famille tout court. Pas un mot pour la femme de chambre dont le témoignage a déclenché l’action de la police, qui a mis en branle la justice. Leur ami est victime d’une erreur judiciaire, ou d’une machination. «  On  » verse sur Dominique Strauss-Kahn, selon son homme lige (Jean-Christophe Cambadélis), le «  feu nucléaire  » dont «  on  » l’avait menacé. La Russie est peut-être dans le coup. Ou Sarkozy. Toutes les hypothèses sont envisagées  ; sauf une, celle que le procureur de Manhattan  n incapable, un puritain, un Américain pour tout dire   retenue  : que Dominique Strauss-Kahn aurait pu violer une femme de chambre, Nafissatou Diallo.

Toutes ces hypothèses françaises supposent que les faits reprochés au directeur du FMI sont faux. La femme de chambre, manipulée par une puissance étrangère ou par le gouvernement français, ou par son propre appât du gain, n’a pu que tendre un piège à un homme «  vigoureux   » (compliment de tonalité rurale, d’ordinaire réservé à un cheval). Elle n’est d’ailleurs mentionnée que dans le rôle du grain de sable qui cause la chute d’un homme immense, en l’occurrence le futur sauveur de la France.

Devant l’indifférence massive à cette femme dont on ne sait encore rien, les féministes, d’abord éberluées par le déferlement d’une solidarité à la fois masculine et de classe  car elle émane souvent, trop souvent, de femmes , commencent, dès le troisième jour (le 16 mai) à se frotter les yeux et à saisir leur ordinateur. De leur côté, les amis de DSK  comme la théorie du complot est apparue à tout le monde très fumeuse  e raccrochent à une autre bouée  : la «  présomption d’innocence  », par laquelle ils comprennent que même suspect, même inculpé, il doit avant tout être considéré comme totalement innocent.

Dès lors, tous les politiques et les journalistes en ont plein la bouche  ; ils érigent la «  présomption d’innocence  » au rang de marqueur identitaire français  : les autres pays ont-ils cette chose merveilleuse qui nous distingue  ? Personne ne semble savoir que de nombreux pays, dont les États-Unis, possèdent ce trésor depuis des décennies. On ne parlait pourtant jusqu’ici assez peu de cette garantie judiciaire en France et pour cause  : elle n’existe dans le Code pénal que depuis la loi Guigou de 2000, et dans les faits, que depuis le 15 avril de cette année 2011, et la réforme de la garde à vue.

S’il faut bien sûr respecter la «  présomption d’innocence  » de Dominique Strauss-Kahn, ne faut-il pas aussi respecter la «  présomption de victime  » de la femme de chambre demande Clémentine Autain dès le 16 mai, suivie de beaucoup d’autres féministes. Elles ne font pas la une des journaux, mais écrivent sur leurs blogs, et en quelques jours, trois associations féministes organisent un rassemblement à Paris le 22 mai. Pour défendre cette femme, accusée à mots couverts par les politiques, et ouvertement par les blogueurs, de mensonge et de vénalité. Pour dire que le viol est un crime, pas une «  affaire de vie privée.  » Une agression, pas une «  relation  ». Que non, c’est non.

Cette réaction rapide des féministes perturbe l’entre-soi des hommes et des riches et les force à prendre en compte Nafissatou Diallo. Quoique, on s’en rend compte en écoutant les débats, après une brève mention de «  la femme de ménage  »  quand ce n’est pas «  la gonzesse  » ou «  la fille  » , es conversations retournent, comme aimantées, vers le seul personnage qui intéresse les Français  : Lui. Son Destin. Brisé. Sa Vie. Qui Bascule.

Et se focalisent, non pas sur le mal qu’il a («  peut-être  », bien sûr) fait, mais sur le mal qu’il s’est fait à lui-même  : «  Ne serait-ce point un “acte manqué”  ?   » Tout cela est passionnant et très utile pour évacuer le fait que dans cette histoire, il y a une autre personne. Pourquoi, tant qu’à faire un «  acte manqué  » - s’il ne voulait pas vraiment, c’est-à-dire de tout son conscient et son inconscient - être Président, pourquoi ne pas attraper une bactérie très agressive, ou encore se faire moine  u bonze, ce ne sont pas les religions qui manquent  ? Pourquoi aurait-il choisi l’«  acte manqué  » qui implique de blesser physiquement, psychiquement, et durablement, quelqu’un  ? Pourquoi faut-il qu’il y ait, dans ces scénarios où l’on convoque le si complexe (et fascinant) inconscient masculin, tant de femmes détruites  ? Pourquoi ne peuvent-ils s’autodétruire tout seuls, en nous fichant la paix  ?

Nous avons réuni ici quelques-uns des textes écrits par des féministes au cours des premières semaines. Pas sur l’affaire judiciaire elle-même. Pas sur le fait de savoir si DSK est, ou sera, déclaré coupable ou non coupable. Non  : le sujet de ce livre c’est ce que ces réactions unanimes de la classe politico-médiatique disent de la société française, de ses dirigeants et de ses journalistes, aujourd’hui, en 2011. Des cœurs meurtris des amis ont surgi des cris d’une sincérité rare, qui, perçant le mur de la langue de bois, nous ont révélé la vérité de ces cœurs  : ils sont remplis d’une misogynie dont la profondeur n’a d’égale que leur arrogance de classe.

Les féministes sont les dernières à croire aux déclarations des politiques sur la «  centralité  » de l’«  égalité hommes-femmes  » dans les «  valeurs françaises  », les premières à s’en méfier. Et pourtant, nous avons été surprises  : la distance entre les versions officielles et les vrais sentiments, la facilité avec laquelle ils passent d’un discours à l’autre, selon l’opportunité  ; le mépris pour les petites gens qu’ils gouvernent et manipulent sans même se cacher nous ont laissées pantoises dans un premier temps, furieuses dans un second.

Certes nous pouvions voir le backlash, le retour de bâton, progresser, avancer comme une vague lente mais inexorable, recouvrant et démolissant comme autant de châteaux de sable les quelques avancées du féminisme des années 1970-1980. Avec cette affaire, la vague est devenue un tsunami de propos tous plus sexistes les uns que les autres. Pas plus bêtes que d’autres, nous avons mis deux et deux ensemble. Bien sûr  !

Les mots qui nous submergeaient, c’étaient les paroles de la musique qui se fait plus insistante de jour en jour et d’année en année et qui accompagne le spectacle de femmes habillées - ou plutôt déshabillées - en bunnies sur les plateaux de télévision, en corps sans têtes, sexes ou fesses en avant, sur les murs de nos villes. Les paroles, nous les connaissions  : elles sont dans neuf blagues sur dix de la radio «  Rires et chansons  », elles font rire Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste qui les trouve «  un peu sexistes  » mais «  amusantes quand même  », elles sont dans neuf sketches sur dix des «  humoristes  »  ; elles sont dans les chansons du rappeur Orelsan («  je vais t’avorter à l’Opinel  »)  ; elles sont dans les commentaires de nos animateurs de télévision, ceux qui font crouler de rire les audiences. Elles se résument à «  du cul du cul du cul  » - mais «  le cul  », c’est, en dépit de sa crudité apparente, encore un euphémisme. «  Le cul  » c’est en réalité la mise en scène de situations où une femme est humiliée, soit parce qu’elle est idiote, soit parce qu’elle se fait baiser, soit encore - ça c’est le fin du fin - parce qu’elle est si idiote qu’elle ne se rend même pas compte qu’elle se fait baiser. Dans les cours de récréation, dans les bureaux, et jusque sur les bancs de l’Assemblée nationale.

Car, qu’est-ce qui fait la fortune de ce «  cul  », de ce «  salace  », de ce qu’ils appellent des «  grivoiseries  » ou encore, en revendiquant le caractère identitaire de celles-ci, des «  gauloiseries  »  ? Est-ce l’évocation de la sexualité  ? Quand un député dit à sa collègue, députée comme lui, «  je te passe ce papier si tu baises avec moi  », peut-on vraiment croire qu’il exprime le désir d’avoir une relation sexuelle avec elle  ? Que c’est ainsi qu’il lui parlerait si tel était son dessein  ? Ou est-ce en premier, en second et en dernier lieu, une manière de «  remettre les femmes à leur place  »  ?

Nous savions tout cela. Nous savions l’absence de volonté politique de lutter contre les violences faites aux femmes et contre les différences de salaires, nous savions les chiffres calamiteux sur l’emploi, sur les revenus, sur les retraites, sur le chômage des femmes, sur la fermeture des centres d’IVG, l’état de l’éducation sexuelle donnée aux adolescent·es. Le 21 juin, dans l’émission C’est dans l’air, Mme Cattan, de l’association Paroles de femmes, décrit le «  patriarcat contemporain  » dans les écoles  : les filles ne parlent pas, elles ne se croient pas les égales des garçons, elles se plaignent à l’animatrice d’être sans cesse tripotées, mais n’osent rien en dire à leurs profs ou à leurs parents.

Depuis les années 1980 le féminisme est en chute libre  ; pas partout, non, en Espagne il est encore vivant, car il a droit de cité. En France, il a été écrasé et remplacé par une révolution sexuelle masculine. Et quel est son contenu  ? Celui de la pornographie. D’une pornographie autrefois confidentielle et qui s’est développée de façon exponentielle en quarante ans, d’abord avec le Minitel, maintenant avec la télévision et internet, et qui remplace toutes les autres formes d’apprentissage. C’est dans les films pornographiques que les garçons apprennent à quoi sert une femme, ce qu’on fait à une femme. (Car dans la pornographie on ne fait pas avec.) Ce sont les gestes, les «  gâteries  » qu’ils voient dans ces films qu’ils demandent à leurs «  copines  » de 12, 13 ou 14 ans.

Comment des adolescents qui voient dans ces films des femmes humiliées et heureuses de l’être pourraient-ils réconcilier cette représentation d’une asymétrie radicale avec l’idée de l’égalité des sexes que l’école est censée «  enseigner  »  ?, Cette idée reste… une idée sans rapport avec «  la vraie vie  » que leur montrent ces films.

Nous avions vu et entendu la meute des grands hommes défendre Polanski qui «  n’avait rien fait  », ou alors «  c’était il y a si longtemps  », ou alors «  c’était un si grand artiste  », ou encore «  elle faisait plus que son âge  » (elle avait 13 ans). Mais il a fallu l’«  affaire DSK  » pour nous réveiller complètement, pour que le découragement soit enfin surmonté  ; elle a été pour beaucoup la légendaire goutte d’eau qui fait déborder une colère longtemps contenue.

Les auteures publiées ici, militantes de toutes les générations, journalistes, chercheuses, ont écrit chacune de leur côté  ; et pourtant, ce qui frappe, c’est la similitude de leurs motifs d’indignation et de leurs diagnostics. Ces analyses du sexisme révélé par l’«  affaire  » sont la matière des textes.


Ce que ces textes montrent et dénoncent dans les propos des politiques et des amis de DSK

Le retour de l’idée que les hommes ont des «  besoins  », des besoins qui se traduisent par des demandes impérieuses adressées aux femmes  : celles-ci ont le choix entre céder ou être forcées. Dans les classes d’ados, ces idées sont si répandues qu’on y entend parfois le mythe que les testicules pourraient «  éclater  » comme des grenades trop mûres. On peut en rire, mais nos intellectuels ne raisonnent pas autrement que les ados, pas en tous les cas quand il s’agit de nier la réalité du viol. Eux aussi font appel à des notions pseudo-psychologiques qui sont en réalité des mythes fabriqués pour la circonstance. Ce que nous appelons viol, c’est pour eux un rapport un peu passionné (le besoin, toujours le besoin, et si nécessaire, on l’appellera «  pulsion  »).

Les mots pour le dire

Il existe bien des viols, nos hommes politiques le reconnaissent. Et quand ils le reconnaissent, ils le condamnent fermement, et même très fermement. Mais ils ne le reconnaissent pas chez nous, et surtout chez eux.

«  Vous dites que c’est un viol, j’appellerais plutôt ça un malentendu, vous savez que les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus  ?  »  ; «  Vous dites que c’est un viol, j’appellerais plutôt ça du libertinage de type sadien  e qui d’ailleurs me fait penser à notre grande culture, aux Lumières, vous savez que c’est nous qui les avons introduites en Europe  ?  »  ; «  Vous dites que c’est un viol,j’y vois plutôt une forme de réflexologie, ce qui me fait penser à la réflexion qui caractérise nos philosophes depuis l’époque des Lum…  »

Le viol n’existe pas dans les classes supérieures

Telle est la croyance entretenue par ces mêmes classes. Il est vrai qu’elles ont peu affaire à la justice. Alors que les enquêtes de victimation montrent que le viol existe également dans toutes les classes sociales, les classes supérieures ne représentent que 10 % des violeurs passant aux Assises. C’est en effet dans ces classes que la pression sur les victimes est la plus forte, que la solidarité de classe joue le plus. Cette solidarité exige l’omerta. L’omerta, c’est aussi le changement de vocabulaire pour décrire des faits -semblables  : le harcèlement se fait «  séduction  » et l’agresseur présumé devient une victime ne pouvant pas résister aux femmes.

En revanche, le viol est réputé exister dans les classes inférieures, n’exister que là, exister surtout dans la sous-classe inférieure de la classe inférieure  ; le viol existe chez les Arabes et les Noirs, le viol existe dans le 9-3, aux Minguettes et dans les quartiers nord de Marseille. Et là, c’est une infamie, une barbarie, due au fait qu’il est commis par des gens pour qui les Lumières… c’est le plafonnier de la salle à manger et l’Astrée un type de margarine. Ils n’ont pas notre culture, refusent de l’acquérir  ; ce sont des Barbares, et la preuve en est qu’ils commettent des viols (le raisonnement est circulaire, certes, mais ce sont encore ceux qui marchent le mieux).

La solidarité de classe unit les riches contre les pauvres, les Blancs contre les Bronzés

Elle produit du déni, mais surtout elle permet le déni, et d’autant mieux que depuis une dizaine d’années, les violences sont (prétendument) circonscrites de façon sociale, ethnique et géographique dans des enclaves barbaresques. Ce n’est plus un problème, ou plutôt ce n’est pas un problème de la société française. Ainsi le problème est redéfini comme celui du nécessaire contrôle de ces enclaves, et de la réduction du taux d’étrangéité sur le territoire français. Il existe bien sûr des exceptions à cette règle de l’inexistence du viol «  bien de chez nous  »  : on admet qu’il existe des viols français, et même dans les classes supérieures, mais ce sont des cas pathologiques   ce type est un malade  ».

Une vision qui ne cadre pas avec les statistiques

Celles-ci montrent en effet que 47 % des viols sont commis par des membres de la famille ou des amis de celle-ci, et que dans 83 % des cas, la victime connaissait le violeur.

Comme un seul homme

L’une des expressions récurrentes dans les textes féministes. La solidarité principale, avant celle de classe, c’est la solidarité de genre. Lors de la manifestation parisienne du 22 mai, on a souvent entendu l’expression  : la caste des hommes. En effet, indépendamment de leur classe, les hommes qui ont écrit sur l’«  affaire  » ont écrit en hommes  : niant par avance qu’il ait pu y avoir viol dans la chambre du Sofitel de New York, mais aussi niant le viol en général, lui trouvant des «  explications  » qui sonnent aux oreilles des femmes comme autant d’excuses. Soit que le besoin de l’homme, ou encore une pulsion de type pulsionnel (les pires) l’ait emporté sur sa raison - l’excuse classique du crime passionnel - soit que la femme porte une part de responsabilité  : elle était belle, ou au contraire elle était moche, elle était trop habillée, ou au contraire trop peu, elle «  s’offrait  » (ben voyons  !), ou au contraire elle ne s’offrait pas.

Le silence complice des médias sur des événements qu’ils connaissaient est une complicité

Pour se justifier, les directeurs de journaux évoquent le «  mur de la vie privée  ». Ou celui de «  la chambre à coucher  ». Le privé, ici, est décrit comme ceint de murs  ; mais on sait très bien que le privé est éminemment portatif. En réalité, le privé est une notion juridique  : il est défini comme la sphère, qui n’est pas géographique, où le droit commun n’est plus appliqué. Une femme qui bénéficiait de toutes les protections du droit commun, les perdait quand elle se mariait il y a encore peu d’années  : si elle était agressée par un homme, que ce soit chez elle ou dans la rue, et si cet homme était son mari ou son concubin, la police, convoquée, déclarait  : «  C’est une affaire privée.  » Et s’en allait.

Ces comportements policiers se font plus rares  ; mais beaucoup de maris violents, quand le juge leur signifie qu’ils sont inculpés de violences contre une personne, lui rétorquent «  Ce n’est pas une personne, c’est ma femme  !  » Le mariage, qui avant faisait des femmes et de leurs biens la propriété du mari, est devenu - entre 1960 et 1990 -   »égalitaire  », mais pas en matière «  sexuelle  ». Ce n’est qu’en 1992 que le viol dans le mariage a été reconnu. Avant 1992 le consentement de la femme était considéré comme donné une fois pour toutes, le jour du mariage, pour toute la vie et pour toutes les minutes que durerait celle-ci. Et encore aujourd’hui, les «  viols conjugaux  » ne représentent que 4 % des viols jugés aux Assises  : ils sont très peu dénoncés, très peu poursuivis.

Un statut d’exception pour la «  sexualité  »

L’une des questions du bac de philosophie cette année était  : «  La liberté est-elle menacée par l’égalité  ?  » Ce qui manque à la question c’est une précision  : la liberté de qui  ? Les beaux discours qui nous ont remplis d’écœurement nous ont aussi ouvert les yeux  : leur liberté, la liberté des hommes, est de toute évidence menacée par l’égalité. Leur résistance à l’égalité des droits est simple à comprendre  : les droits que les maris avaient sur leurs épouses, celles-ci ne les avaient pas sur elles-mêmes  ; ou dit autrement  : les droits qu’elles n’avaient pas sur elles-mêmes étaient des droits qui avaient été transférés à leur mari le jour de leur mise en couple. Il en découle que l’égalité des droits signifie pour les hommes la perte des droits qu’ils avaient sur leur femme, et plus généralement sur les femmes.

Le viol le plus fréquent est le viol dit conjugal  : les femmes n’ont pas récupéré l’entièreté de leurs droits sur elles-mêmes. Non seulement en tant que femmes mariées, mais en tant que femmes tout court. En effet, une femme est-elle vraiment propriétaire d’elle-même, est-elle la seule à décider de ses goûts, de ses choix, de ses actes, bref de sa vie, tant qu’elle doit répondre à des questions comme  : «  Pourquoi étiez-vous dans ce parking  ?  » «  Pourquoi êtes-vous allée chez lui  ?  » «  Que faisiez-vous dans cette forêt  ?  » «  Avez-vous vraiment dit “non”  »  ? «  Combien de fois  ?  »

C’est à la victime de prouver son non-consentement  ; ce qui montre que pour la société, en l’absence de «  preuves  » du non-consentement, c’est le consentement qui est présumé. Et même cette acceptation passive - pâle ersatz du désir - est-elle encore vue comme une exigence exagérée.

Des libertés pour les hommes qui sont des droits sur nous, voilà ce que réclament la presse et une partie de l’opinion. Mais ils sont trop malins pour les revendiquer directement en tant que droits sur les personnes. Ce qu’ils demandent à cors et à cris c’est un statut d’exception pour la «  sexualité  ». Mais la question est, comme pour la liberté  : la sexualité de qui  ?

On continue de faire prévaloir le statut sacro-saint du «  sexuel  » des Uns sur les droits des autres

Et de véhiculer des notions de «  sens commun  » autour du viol, notions qui pourtant ont été renvoyées par la recherche dans le néant des idées reçues et des justifications pitoyables. Beaucoup de blogueurs doutent de la réalité du viol de Nafissatou Diallo, parce que le prévenu «  a les moyens de se payer n’importe quelle femme  ». Or tou·tes les chercheur·euses le savent  : le viol n’est pas un substitut à la prostitution, comme celle-ci n’est pas un substitut à la sexualité dite «  normale  ». La plupart des prostitueurs sont mariés et ont une «  vie sexuelle normale  »  ; la plupart des violeurs sont mariés, et ont aussi une «  vie sexuelle normale  ». Ce qu’un prostitueur veut ce n’est pas «  une vie sexuelle normale  », mais acheter une femme (ou un enfant, ou un homme).

Et ce qu’un violeur veut, ce n’est pas «  un rapport sexuel  » quelconque, c’est ce rapport précis  : un rapport violent en soi, quels que soient les moyens qu’il utilise  ; ce qu’il veut c’est vaincre la volonté de l’autre, exulter et se pavaner de cette victoire devant sa victime. Lui enlever toute once -d’individualité, de valeur  ; lui donner en échange, pour longtemps, peut-être pour toute sa vie, le sentiment qu’elle n’est rien. La spécificité du désir du violeur, de la force qui meut le violeur, les spécialistes (qu’elles soient bénévoles dans les associations féministes, ou professionnelles) la connaissent bien  : c’est la volonté de rabaisser, de détruire - psychiquement sinon physiquement - les femmes. C’est en un mot la haine des femmes.

Mais cette haine des femmes, qui parcourt toute notre société, nos contes populaires, nos chansons, notre culture, aussi loin qu’on remonte, cette haine qui est en arrière-plan - quand elle n’est pas au premier plan - de presque tous nos films, de presque tous nos romans, elle est comme la lettre cachée du conte d’Edgar Poe  : si visible, si «  évidente  » qu’on ne la voit pas. Quand on la voit, dans des cas exceptionnels de tueurs en série, on fait mine de croire que tous les viols sont exceptionnels, sont «  pathologiques  ». On ne dira jamais assez que les violeurs, comme les délinquants de la route, ne sont justement pas des délinquants  ; comme les maris violents, ce sont des hommes ordinaires  ; les plus ordinaires des hommes. Des hommes «  normaux  ». Qui, comme les autres, ne demandent que leurs droits. Le droit d’être les maîtres. Des maîtres qui punissent les femmes au nom de tous les autres maîtres.

Un prisonnier américain, dans un documentaire diffusé sur France 2 fin mai, disait  : «  Le viol en prison, ça n’est pas sexuel, c’est une punition.  » Pas seulement en prison  : le viol en général est une punition. Il suffit d’en punir quelques-unes  : 75 000 par an. D’abord on ne court que très peu de risques  : sur ces 75 000 viols, 10 000 donnent lieu à une plainte et 2 000 aboutissent à une condamnation. 73 000 viols chaque année sont impunis. Ensuite, pour une femme violée, des millions d’autres comprennent la leçon. Qu’elles doivent se tenir plus tranquilles  ; plus discrètes  ; plus humbles. Qu’elles doivent solliciter, contre les hommes dont elles ne savent pas lesquels sont dangereux, ni à quel moment ils le deviendront, la protection d’autres hommes.


La culture du viol est une culture de l’impunité

Les viols ne sont pas des accidents isolés, commis par des marginaux ou des fous. Le viol fait partie des violences masculines, et ces violences sont, comme Jalna Hanmer l’a dit dès 1978, un moyen d’instiller la peur dans toutes les femmes et de les contrôler.

Pour que le contrôle de la vie de toutes les femmes par le viol soit efficace, soit possible, il faut la collaboration de la police et de la justice. 10 000 plaintes pour 75 000 viols, ça fait peu. Mais 2 000 condamnations pour 10 000 plaintes… Qu’arrive-t-il aux autres  ? À quel moment les juges décident-ils un non-lieu ou un classement sans suite, et surtout pourquoi  ? Ces 8 000 personnes, presque toutes des femmes, seraient-elles toutes des menteuses  ?

Cette culture de l’impunité, c’est d’abord la culture du soupçon, à l’endroit des femmes, des seules femmes. Revendiquée. Dès la première annonce le 14 mai, Maryse Burgot, debout devant la Cour suprême de New York, nous avertit  : «  Ici les affaires de délinquance sexuelle sont prises très au sérieux.  » Qu’est-ce que cela veut dire, sinon qu’elles sont prises plus au sérieux que chez nous  ? Mais ce n’est pas tout  : «  Il existe ici [aux États-Unis], une sacralisation de la parole des victimes.  »

Voilà quelque chose dont on ne pourra pas accuser la France  ! Entre le 24 et le 26 juin, on n’a entendu parler que de la libération d’un homme qui a passé huit ans en prison pour un viol. La jeune fille qui l’accusait s’est rétractée (elle avait vraiment subi des violences sexuelles, mais montré du doigt la mauvaise personne). On a raison de montrer une erreur judiciaire. Mais pourquoi les journalistes n’en profitent-ils pas pour parler aussi des 73 000 viols impunis chaque année  ? Pourquoi, lors d’une émission sur le viol, le 23 juin 2011, Yves Calvi, qui s’inquiète beaucoup du risque de «  fausses accusations  », qui est soulagé d’apprendre que ses peurs sont fondées car deux femmes présentes sur le plateau lui confirment qu’il existe bien des «  fausses victimes  », pourquoi ne s’inquiète-t-il jamais des vraies victimes, qui sont 10 000 fois plus nombreuses, qui ne seront jamais reconnues, et dont le violeur court toujours  ?

Deux poids-quatre mesures

Or doncques, les policiers et les juges nous expliquent que nous devons nous protéger nous-mêmes du viol, en acceptant les interdits posés par le risque de viol, donc par les violeurs  ; que nous devons accepter ces limitations de nos libertés constitutionnelles. Pour parler clair, que les femmes ne jouissent pas des mêmes droits que les hommes, et doivent accepter cet état de fait - souvent présenté comme fait de nature.

Mais alors même que l’«  affaire  » bat son plein, Claude Guéant, ministre de l’intérieur de la République française, refuse la nationalité française à un Algérien marié depuis quatre ans avec une Française. Il déclare à RTL le 10 juin  : «  L’homme a un comportement qui ne respecte pas l’égalité homme-femme telle qu’elle se conçoit dans la République  » (Rue89, 17 juin). Encore une fois, c’est grâce aux Maghrébins et à leurs requêtes ahurissantes que l’on apprend de la bouche d’un cabinet du ministre quels sont les comportements qui sont incompatibles «  avec les valeurs essentielles de la communauté française  ».

Le pays du silence

Cette culture de l’impunité, c’est la culture d’une société qui dénie aux femmes, à la moitié de la population, la -jouissance de ses droits fondamentaux  : le droit que leurs plaintes soient enregistrées par la police, que leur parole soit prise au sérieux  ; le droit que leurs libertés  ont celle d’aller et venir où elles veulent - soient protégées, comme celles des hommes. C’est ça le rôle de la police et de la justice. Au lieu de quoi, ces institutions payées par les impôts des femmes (des hommes aussi, mais il y en a moins) font la liste des lieux qui leur sont interdits sous peine de viol  : «  si vous joggez - si vous devez à toute force jogger - faîtes-le en plein jour, dans des endroits fréquentés, avec un homme, à défaut avec une femme, à défaut avec un chien, à défaut avec un sifflet  ». Il y a plein d’autres conseils comme ça, qu’on peut résumer par  : conformez-vous au contrôle, ne faites que ce que les violeurs ne vous interdisent pas.

Beaucoup d’entre nous l’ont dit, «  il y aura un avant et un après DSK  ». Le pays tout entier a été secoué autant par la réponse rapide des féministes que par le sexisme des «  amis  ». Personne ne peut plus ignorer qu’il se dessine là, à partir de cette dispute, une alternative  : soit on suit une voie, soit on suit l’autre. Il n’y a pas de compromis, pas de réconciliation possibles entre les victimes de viol et ceux qui nient, minimisent ou excusent le viol.

Les apologistes de la «  séduction à la française  » ont eu leur heure d’écoute. Ils ont semblé gagner la guerre des mots, mais l’arme de l’euphémisme et de la confusion est apparue pour ce qu’elle est  : elle ne deviendra pas totalement inefficace, mais on peut espérer qu’elle trompera moins de gens. Les appels des amis à un passé glorieux en défense d’un «  libertinage  » qui interdit aux femmes d’être sujets et maîtres d’elles-mêmes, et qui ne les calcule que comme objets d’un jeu masculin, ça ne passe plus. Ça ne marche plus, les féministes l’ont fait savoir, continueront de le faire savoir, et continueront de dénoncer les violences sur lesquelles les amis jettent le voile des jeux sur les mots et du double discours.

Nous recommencerons à lutter - si jamais nous avons cessé -  contre le deux poids-deux mesures, contre les -multiples deux poids-deux mesures qui manifestent la -persistance d’une domination féroce. Le lavage de cerveau patriarcal, qui a réussi, au bout de quarante ans de campagnes ininterrompues des plus puissants groupes de presse, à persuader les femmes que les féministes sont leurs ennemies, a d’un seul coup montré ses limites. Les femmes, toutes les femmes, se sentent indignées par cette banalisation du viol, parce qu’elles sont toutes concernées par le viol.

Aujourd’hui, des femmes parlent de violences sexuelles qu’elles n’ont jamais dites, qu’elles taisaient depuis dix, vingt, trente ans. En France l’«  affaire Strauss-Kahn  » aurait été étouffée, c’est ce que disent la plupart des internautes (pour s’en féliciter ou pour le déplorer). Quand les intellectuels médiatiques disent que l’étouffement des scandales est la condition de l’«  harmonie entre les sexes  », ces femmes savent, elles, que c’est l’étouffement qui est scandaleux  ; elles paient tous les jours de leur vie le silence que cette société leur a imposé.

Cette affaire marquera sans doute un sursaut  : on peut parier que les féministes vont, à l’occasion de la campagne présidentielle, demander aux partis et aux candidats de prendre des positions claires sur les inégalités entre femmes et hommes  ; et d’abord d’adopter enfin une loi-cadre contre les violences de genre, à l’instar de la loi espagnole, et de l’assortir cette fois de moyens. Ce pays appartient autant aux femmes qu’aux hommes  ; il ne doit plus demeurer le pays du silence.


P.-S.
Un troussage de domestique, coordonné par Christine Delphy, paraît aux éditions Syllepses le 1er septembre. Une rencontre-débat aura lieu le 15 septembre à 19h au Lieu Dit (6 rue Sorbier, 75020 Paris) ainsi qu’à la Librairie Violette and Co (102 rue de Charonne, 75011 Paris) le vendredi 23 septembre à 19 h.

Ce livre rassemble des articles de Clémentine Autain, Jenny Brown, Mona Chollet, Sophie Courval, Christine Delphy, Rokhaya Diallo, Béatrice Gamba, Michelle Guerci, Gisèle Halimi, Christelle Hamel, Natacha Henry, Sabine Lambert, Titiou Lecoq, Claire Levenson, Mademoiselle, Marie Papin, Emmanuelle Piet, Audrey Pulvar, Joan W. Scott, Sylvie Tissot, les TumulTueuses, Najate Zouggari.

Avatar de l’utilisateur-trice
Pïérô
 
Messages: 22439
Enregistré le: 12 Juil 2008, 22:43
Localisation: 37, Saint-Pierre-des-Corps

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede Pïérô » 02 Sep 2011, 07:18

Le viol est un crime !
A quand une justice féministe ?!


Réunion publique – DÉBAT
18h - lundi 5 septembre, Salle Eugène Pottier, Bourse du travail - 3 rue du Château d’Eau, Paris, Métro République



Suite à la décision du procureur Vance d'abandonner les charges qui pesaient contre Dominique Strauss
Kahn, nous sommes révoltées.

Encore une fois, un homme accusé de viol a été blanchi. Encore une fois, une victime de viol a été
rejetée dans le silence, la culpabilité, l’humiliation et l’insulte publique. Alors que des traces de violence
ont été légalement enregistrées, la soi-disante non-crédibilité de Nafissatou Diallo est avancée pour lui
refuser son droit à un procès équitable. En France, on prétend maintenant que Strauss Kahn est innocent !

C'est un énième affront fait aux femmes. On savait que la justice ne nous protégeait pas des violences
masculines, ou si peu, voilà cette vérité étalée publiquement !

C'est le moment de se rassembler et d'affirmer notre dégoût de cette "justice" patriarcale.

Nous, femmes, affirmons que nous avons le droit à la justice, et que toute violence commise à notre égard
doit être punie ! Nous ne tolérerons pas cette intimidation à l'égard de toutes les femmes que représente
cet abandon des charges !


La Marche Mondiale des Femmes France vous invite, individu-es et associations partageant notre
sentiment de révolte et d’injustice, à venir en parler le 5 septembre, à analyser la situation, et à
prévoir ensemble une réplique à la hauteur des enjeux.


Coordination Française
Marche Mondiale des Femmes

Avatar de l’utilisateur-trice
Pïérô
 
Messages: 22439
Enregistré le: 12 Juil 2008, 22:43
Localisation: 37, Saint-Pierre-des-Corps

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede Béatrice » 04 Sep 2011, 12:39

4 septembre 2011 : Retour triomphal en France avec accueil chaleureux et hyper médiatisé de la " prétendue " victime : DSK !!!


http://www.leparisien.fr/dsk-la-chute/e ... 591773.php
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
Béatrice
 
Messages: 2792
Enregistré le: 09 Juil 2011, 20:58

Re: DSK, Derrière le cirque médiatique...

Messagede Pïérô » 10 Sep 2011, 10:50

Publié sur SocialistWorker.org le 29 août 2011, traduction http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article22805 mise en ligne le 9 septembre

USA/DSK : La justice des riches

Le 23 août, le procureur du comté de New York, Cyrus Vance Jr., a abandonné les charges envers Dominique Strauss-Kahn, ancien directeur du Fond Monétaire International (FMI) et un des hommes les plus puissants du monde, dans une affaire où, pour beaucoup, le système judiciaire a protégé l’élite possédante. Le 14 mai, une femme de chambre nommée Nafissatou Diallo est retrouvée en état de choc par cinq collègues de travail qui la décrivent comme traumatisée et sur le point de vomir. Nafissatou Diallo rapporte que Dominique Strauss-Kahn, à cette époque à la tête du FMI, et séjournant au Sofitel de Times Square, vient de l’agresser. Alors que l’incident lui-même n’a duré que neuf minutes, selon les dires de Diallo, il s’ensuit des mois d’attaques continuelles contre la victime, menées par les médias mais aussi par chacune des branches de la « justice » mises en branle dans cette affaire. Dès que les accusations sont portées contre Dominique Strauss-Kahn – ou DSK comme aiment à le nommer les médias admiratifs –, celui-ci entreprend une campagne, abondamment financée, ayant pour objectif de discréditer Diallo. Cette campagne porte ses fruits. Selon Vance, l’accusation n’est alors « plus persuadée – au-delà d’un doute raisonnable [1] – qu’un crime a été commis, basé sur les preuves à disposition ».

Les charges contre Strauss-Kahn n’ont pas été abandonnées en raison d’un doute sur le fait qu’un acte sexuel ait été commis. Elles ont été abandonnées parce que Vance et l’accusation ont jugé que Diallo était devenue un témoin peu crédible du fait des changements apportés dans les détails de sa version des faits, et parce qu’elle avait menti pour obtenir l’asile aux États-Unis, en arrivant de Guinée. Toutefois, lorsqu’on s’en tient aux déclarations de Diallo, son récit est resté depuis le début celui d’une agression sexuelle. Diallo a déclaré que Strauss-Kahn l’avait attrapée puis forcée à pratiquer une fellation. L’examen médical effectué à l’hôpital Roosevelt de St. Luke a mis en évidence des commotions et lacérations de la zone génitale, une élongation d’un ligament à l’épaule contracté, selon la victime, lorsqu’elle aurait été projetée au sol, ainsi que le sperme de Strauss-Kahn sur son uniforme. En dépit de ces faits, les médias sont parvenus à jeter un doute sur l’existence même de preuves matérielles. Bon nombre d’entre eux ont ainsi relayé les propos des avocats de Strauss-Kahn, Benjamin Brafman et William W. Taylor, qui ont déclaré lors d’une intervention que le rapport hospitalier n’était pas basé sur des examens médicaux mais uniquement sur « la parole de la plaignante ». Le traitement hargneux subi par Diallo et l’hostilité manifestée envers ses dires sont caractéristiques de ce que de nombreuses femmes doivent subir lorsqu’elles se déclarent victime d’une agression sexuelle. Dans le cas de Diallo, le dénigrement a pour origine les avocats grassement payés de Strauss-Kahn, ainsi que les médias dociles qui ont déformé les propos de Diallo, voire tout simplement menti sur ses déclarations concernant son passé et son agression.

Le jour de l’abandon des charges envers Strauss-Kahn, Slate Magazine a publié le point de vue de William Saletan, qui dénonçait ce qu’il décrivait comme une « charge contre Diallo » qui voudrait, entre autres choses, que Diallo ait inventé une ancienne agression et ait discuté de l’affaire Strauss-Kahn avec une personne incarcérée. Selon lui, les quatre éléments principaux utilisés par l’accusation [2] pour discréditer le témoignage de Diallo ne tiennent pas la route, et ce selon le rapport même du procureur. En premier lieu, alors que les médias ont répété sans vérification la déclaration de l’accusation – Diallo aurait « entièrement fabriqué » un viol ayant eu lieu dans sa Guinée natale et elle aurait même admis ce « mensonge » – le rapport de l’accusation inclut une « petite note de bas de page » qui indique : « [Diallo] a déclaré qu’elle avait bien été violée par le passé dans son pays natal, mais au cours d’un incident complètement différent de celui qu’elle avait décrit au cours d’entretiens précédents. Nos entretiens avec la plaignante n’ont conduit à aucun moyen indépendant de mener l’enquête ou de vérifier cet incident ». Comme l’écrit Saletan, « en d’autres termes, elle n’a jamais dit que le viol avait été « entièrement fabriqué ». Elle en a changé les détails. » Saletan fait de plus remarquer que la note de bas de page est faussement neutre, il ajoute : « Dans une lettre du 30 juin, le bureau du procureur déclarait que Diallo ’’serait prête à témoigner avoir été violée par le passé dans son pays d’origine, mais au cours d’un incident différent de celui qu’elle avait décrit au cours d’entretiens précédents’’. Dans la motion abandonnant les charges, le bureau du procureur a toutefois décrit son second témoignage au sujet de son ancien viol comme ’’complètement différent’’. En insérant le mot ’’complètement’’, le bureau du procureur donne du poids à l’accusation de mensonge. Sur quelles bases le procureur justifie-t-il la surenchère par rapport à son allégation originelle ? L’abandon des charges ne mentionne aucun entretien ultérieur avec Diallo et admet que le procureur n’a ordonné aucune enquête sur le viol présumé en Guinée. La seule base permettant de dire qu’elle aurait menti est sa rétractation, mais nous n’avons aucun moyen de savoir dans quelle mesure la nouvelle déclaration diffère de l’originale. Nous devons avoir accès aux détails. »

L’autre allégation largement diffusée au sujet de Diallo concerne la conversation téléphonique qu’elle aurait eue avec un ami incarcéré dans une prison d’Arizona. La version de l’histoire que la plupart des gens ont lu est que Diallo aurait reçu l’appel d’un « petit ami » (elle maintient qu’il s’agit juste d’un ami) le jour suivant l’agression. Les rapports de presse ont suggéré que lors de cette conversation en fulani, Diallo aurait dit « Ne t’inquiète pas. Ce type a beaucoup d’argent. Je sais ce que je fais. » Comme le note Saletan, c’est cette histoire que rapporte le New York Times le 1er juillet, citant comme source « un représentant de l’ordre bien placé ». On retrouve cette traduction de la conversation, avec la même formulation, dans une déclaration sous serment remplie le 22 août par deux assistants du procureur déclarant avoir « capturé » cette conversation sur cassette. Mais Saletan note que lorsque Kenneth Thompson, l’avocat de Diallo, a écouté la conversation avec l’aide d’un interprète du fulani engagé par le bureau du procureur, Thompson en a tiré une interprétation bien différente. Selon Saletan, « [Thompson] a déclaré que 1) Diallo a reçu deux appels mais n’en a passé aucun, 2) elle n’a jamais parlé de la fortune de Strauss-Kahn comme d’un potentiel butin du procès, 3) son ami l’a fait mais elle lui a demandé d’arrêter, 4) elle n’a mentionné la fortune et la puissance de Strauss-Kahn que dans un contexte où elle expliquait le craindre, 5) lorsqu’elle a dit ’’Je sais ce que je fais’’, elle parlait uniquement de sa sécurité et non pas de stratégie judiciaire. » Ce qui correspond à l’explication donnée par Diallo lors d’un entretien antérieur pour BBC News.

Le compte-rendu de Saletan montre l’étendue des déformations auxquelles l’accusation semble avoir dû se livrer pour discréditer la parole de Diallo et semer le doute dans l’opinion publique quant à son intégrité – en dépit du fait qu’elle, et non Strauss-Kahn, était la victime présumée. Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses personnes pensent que le bureau du procureur vient de laisser un violeur en liberté sans aucune forme de procès. L’abandon des charges envers Dominique Strauss-Kahn est un message qui annonce que les riches et les puissants n’auront jamais à répondre de leurs actes. C’est une nouvelle injustice envers les nombreuses femmes, humiliées et abandonnées par le système juridique, qu’on a culpabilisées pour leur propre agression ou viol.

De manière prévisible, presque toute l’attention publique s’est tournée vers Nafissatou Diallo, qui a, en pratique, fait l’objet d’un procès pour son propre viol présumé. Pourtant, le passé de Strauss-Kahn semble être plus pertinent que celui de Diallo pour éclairer les faits – et n’a que peu retenu l’attention des médias américains. Le « grand séducteur », comme on l’appelle en France, a un long passé d’agressions sexuelles présumées derrière lui. Tristane Banon, une journaliste française, fille d’Anne Mansouret (une responsable du Parti socialiste, aux côtés de Strauss-Kahn) et belle-fille de Brigitte Guillemette (la deuxième femme de Strauss-Kahn), a accusé ce dernier de tentative de viol. En février 2007, une chaîne de télévision française avait diffusé une émission au cours de laquelle Banon avait décrit les tentatives de Strauss-Kahn pour lui enlever son jean et son soutien-gorge lorsqu’elle l’avait rencontré pour un entretien au sujet d’un livre qu’elle était en train d’écrire. [...] Il y a eu aussi le cas de Piroska Nagy, une économiste hongroise, subordonnée de Strauss-Kahn au FMI. En 2008, Strauss-Kahn dut s’excuser publiquement pour « une erreur de jugement » concernant sa relation sexuelle, bien documentée, avec Nagy. Il fut finalement lavé de toute accusation d’abus de pouvoir. Mais après que la troisième femme de Strauss-Kahn, Anne Sinclair a qualifié l’histoire avec Nagy d’affaire « d’une nuit », cette dernière écrivit aux enquêteurs dans une lettre au ton outré : « Je n’étais pas préparée à recevoir les avances du directeur général du FMI. Je ne savais pas quoi faire... me sentant grillée si je les acceptais et grillée si je les repoussais. » Alors que Strauss-Kahn a toujours insisté pour dire que sa relation avec Nagy était consentante, cette dernière a déclaré que son patron s’était « sans aucun doute » servi sa position de pouvoir pour l’engager dans une relation sexuelle. « Je pense que cet homme a un problème » a-t-elle ajouté. Elle démissionna par la suite de son poste au sein du FMI. En 2008, la députée socialiste Aurélie Filipetti a déclaré se souvenir d’une « tentative de drague très lourde, très appuyée » de Strauss-Kahn et qu’elle avait toujours pris soin depuis de « ne jamais se retrouver seule avec lui dans un endroit fermé ». Le soi-disant « problème » de Strauss-Kahn avec les femmes semble être un secret de Polichinelle en France – conduisant Danièle Évenou, une actrice française et femme d’un ancien ministre socialiste, à demander à l’antenne d’Europe 1 : « Qui n’a jamais été coincée par DSK ? ». On pourrait penser, devant la longue liste des charges à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn couplée à l’évidence physique des faits, que les accusations de Diallo auraient au moins mérité un procès. En particulier, toute personne se disant de gauche devrait s’insurger à l’idée que l’un des hommes les plus puissants du monde, avec l’aide d’une équipe d’avocat et de spécialistes en relations publiques payés à grands coups de millions, soit laissé libre d’utiliser sa puissance pour déformer les propos de sa victime présumée. Étonnamment, certains à gauche ne semblent pas de cet avis. Le World Socialist Web Site [3], par exemple, a semblé gober totalement la diffamation de Diallo. Dans une série d’articles en ligne, le site web a carrément défendu l’ancien patron du FMI contre la femme de chambre afro-américaine, se réjouissant finalement de l’abandon des charges, vues comme une sorte de victoire pour le commun des mortels.

Mais arrêtons-nous un instant sur la logique de ceux qui défendent Strauss-Kahn. Selon leur raisonnement, s’il n’y a pas eu viol, les preuves irréfutables en présence doivent être interprétées comme une « relation sexuelle consentie ». Ainsi donc, une femme immigrée africaine de trente-deux ans aurait décidé, pendant son travail, d’avoir une relation sexuelle de neuf minutes avec un homme blanc de deux fois son âge, qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant. A-t-elle simplement agi de manière impulsive ? Pourquoi donc aurait-elle raconté, immédiatement après les faits, à ses collègues et à la police, ce qui venait de se passer ? Nous sommes donc censés croire qu’il s’agissait d’un scénario prémédité de Diallo dans le but d’extirper de l’argent à un homme très puissant. Il n’y a que dans une société imprégnée de sexisme et de racisme que de tels scénarios, aussi tirés par les cheveux, peuvent être concoctés. Alors que la conduite de Strauss-Kahn envers les femmes a été décrite aux États-Unis comme un « phénomène français », le traitement réservé à Nafissatou Diallo montre que la France est loin d’être la seule à ne pas prendre les accusations de viol au sérieux, ou à hausser les épaules devant le comportement de ceux qui pensent que le corps des femmes n’existe que pour satisfaire leurs désirs sexuels. Cette affaire est donc un exemple extraordinaire de la façon dont les femmes ayant été victime d’une agression sexuelle sont traitées aux États-Unis et à travers le monde – comme si elles étaient en réalité les coupables.

À suivre la couverture médiatique de l’affaire Strauss-Kahn, on en viendrait à penser que les femmes montent régulièrement des histoires de viols – et que les hommes sont régulièrement victimes de ces machinations. C’est l’opposé qui est vrai. Le Rape, Abuse and Incest National Network [4] estime que 60 % des agressions sexuelles aux États-Unis ne sont jamais rapportées, et qu’à peine 6 % des violeurs passent un jour en prison. Pire encore, on pouvait lire dans un récent article du New York Times : « Des experts ont déclaré que les centres spécialisés dans la collecte des déclarations de viols voient souvent une chute des cas rapportés dans les suites d’une affaire médiatique d’agression sexuelle, en particulier celles dans lesquelles l’accusation échoue, comme le cas des joueurs de lacrosse [5] de l’Université de Duke, ou l’acquittement récent, pour des charges plus que sérieuses, de deux officiers de police de New York qui rendaient visite à une femme en état d’ébriété de manière régulière dans son appartement. »

Ceci ne surprendra personne. On montre bien aux femmes ayant subi un viol que porter plainte contre leur assaillant implique que toute leur vie passée soit livrée au grand public. Avec un système judiciaire faisant apparemment bloc contre elles, pourquoi s’étonner que tant de femmes pensent qu’il y a de la sagesse à rester silencieuses ? Alors que les pressions de Strauss-Kahn et ses défenseurs ont abouti à ce que la cour de New York abandonne l’affaire, Diallo et quelques activistes demandent toujours justice. Les avocats de Diallo ont fait appel de la décision de ne pas nommer un procureur spécial pour l’affaire – il sera statué sur cet appel le 30 août. Il est important que les activistes de New York viennent devant le tribunal pour soutenir Diallo dans sa quête de justice. [6] Diallo a aussi engagé des poursuites au civil contre Strauss-Kahn pour préjudices émotionnels, physiques et psychologiques, qui s’ajoutent aux tentatives pour ruiner sa réputation. Nafissatou Diallo devrait être félicitée pour son courage et mérite solidarité et soutien. Heureusement, l’abandon des charges contre Strauss-Kahn n’est pas passé inaperçu. Des manifestants en colère se sont bien fait entendre à l’extérieur du tribunal, où l’accusation annonçait qu’elle jetait l’éponge, attirant l’attention sur le fait que l’ancien chef du FMI utilisait pouvoir et argent pour éviter un procès.

Les activistes qui organisaient la Slutwalk [7] de New York, une marche contre les violences sexuelles et la culpabilisation des victimes, ont tenu un rassemblement le matin de l’abandon des charges. Les slogans tels que « Police sexiste, procu sexiste, justice pour Diallo maintenant ! » et « Honte à vous ! » ont longtemps résonné dans les rues voisines. Une manifestante citait le cas de la « joggeuse de Central Park » qui vit cinq adolescents noirs, innocents, condamnés pour viol sans aucune preuve ADN. Bien que les adolescents furent par la suite relaxés, de tels cas mettent en évidence le double standard honteux qu’applique le système judiciaire envers les personnes non-blanches et pauvres. Construire un mouvement contre le sexisme et pour l’égalité des genres était aussi au centre des préoccupation du rassemblement, comme le déclarait Suzy Exposito, membre de la Slutwalk de New York : « À tous ceux qui se sont demandé où était passé le mouvement féministe nous répondons : nous sommes de retour et pour un bout de temps. Pour tous ceux qui se demandent pourquoi il n’y a toujours pas l’égalité ici aujourd’hui, nous répondons qu’il n’y a pas d’égalité sans justice. Et nous ne pouvons pas faire confiance aux politiciens, nous ne pouvons pas faire confiance aux flics, et nous ne pouvons certainement pas faire confiance aux défenseurs du viol comme le New York Post ou le Times pour nous aider à lutter pour la justice. C’est notre combat. »

Cette bataille est loin d’être terminée. Comme l’a déclaré Diallo à ABC News, « Je veux la justice. Je veux qu’il aille en prison. Je veux qu’il sache qu’on ne peut pas utiliser son pouvoir quand on fait quelque chose comme ça. » Il est maintenant temps de lutter pour un monde d’égalité véritable, où plus aucune femme ne vivra dans la peur d’une agression sexuelle. Justice pour Nafissatou Diallo !

Lichi d’Amelio et Natalia Tylim


--------------------------------------------------------------------------------


Notes[1] Dans les procès de ce type aux États-Unis, un jury populaire composé de 12 citoyens doit prononcer à l’unanimité la culpabilité de l’accusé pour que celui-ci soit condamné. Chaque juré devant faire son choix « beyond a reasonable doubt », « au-delà d’un doute raisonnable » [NdR].

[2] Celle de Strauss-Kahn [NdR].

[3] Le site web du « Comité international de la Quatrième internationale » auquel se rattache le courant lambertiste en France [NdR].

[4] Le RAINN (Réseau national de surveillance des viols, incestes et abus sexuels) est une organisation non-gouvernementale américaine [NdT].

[5] Sport initialement pratiqué par les Indiens d’Amérique du Nord et devenu très populaire aux USA comme sport universitaire [NdT].

[6] La Cour d’appel de New York a rejeté l’appel des avocats de Nafissatou Diallo [NdR].

[7] Littéralement : « Marche des salopes » [NdT].

* Lichi d’Amelio et Natalia Tylim. Publié sur SocialistWorker.org le 29 août 2011 – Traduction Yann Lecrivain.




L’arrêt des poursuites contre DSK :
une mauvaise nouvelle pour les femmes


Ça y est, Dominique Strauss-Kahn est de retour à Paris. Ce qui fut qualifié de feuilleton médiatique s’achève sans doute, au moins temporairement. À moins que la question de la place de l’ex-directeur du FMI dans la campagne présidentielle le fasse rebondir. Vu le scandaleux soulagement du PS, tout est possible.

Mais l’essentiel est ailleurs. Toute l’affaire est une leçon de choses, du point de vue du rapport de domination exercé par les hommes sur les femmes. Le caractère affligeant des réactions d’une partie de l’élite politico-médiatique a révélé que l’oppression des femmes appartient au passé, il a réveillé les consciences féministes, libéré la parole. Mais le tableau est bien sombre  : la force des préjugés sexistes (avec en plus ici le prisme de classe), la tolérance sociale à l’égard des violences faites aux femmes, l’invisibilité de la victime présumée, l’amalgame entre viol et sexualité extraconjugale, tout cela convergeant finalement dans la décision du juge d’entériner la proposition du procureur Cyrus Vance d’abandonner tous les chefs d’inculpation contre DSK. Il n’y aura donc pas de procès au pénal, pas de débat contradictoire et nul ne saura ce qui s’est passé dans la chambre du Sofitel.

Comme c’est l’usage dominant en cas de viol, la parole de la victime présumée a été d’emblée mise en doute, elle est finalement niée. Durant plusieurs semaines, on a assisté à un procès en suspicion mené, de différents côtés, contre Nafissatou Diallo en s’appuyant sur son passé. C’est cette entreprise de décrédibilisation sur laquelle s’appuie la décision du juge.

Il faut dénoncer avec force cet état d’esprit qui consiste à insinuer qu’il y aurait des victimes respectables et d’autres non. Une agression sexuelle, un viol restent un crime, quel que soit le passé de celle ou celui qui subit ces agissements. Et, cela ne fait aucun doute, il y a bien plus de violeurs qui dorment tranquilles que de femmes qui ont abusivement déposé plainte pour viol. Ajoutons qu’en matière de crédibilité, DSK se pose là. Après avoir crié au complot, sa défense est contrainte d’admettre que la rencontre fut fortuite. Après avoir nié qu’il y ait eu rapport sexuel, elle est bien obligée de constater qu’il est établi. Il a duré entre 7 et 9 minutes, après que DSK est sorti nu de sa salle de bains. La défense prétendait qu’en si peu de temps, le rapport sexuel était «  impensable  ». Voilà qu’il est «  précipité mais consenti  »… Tout cela construit-il une version des faits a priori plus crédible que celle de Nafissatou Diallo  ? On ne voit pas bien en quoi.

La décision du juge, compréhensible sans doute de son point de vue, au regard des moyens qui allaient être mobilisés par la défense de DSK, est un coup très dur contre le droit des femmes victimes de violences sexuelles, de viols. Le NPA continuera de mener inlassablement le combat aux côtés de celles et ceux qui luttent contre ces violences, et pour la reconnaissance du viol comme un crime.

Ingrid Hayes

RV le 11 septembre à 14 heures, place des Vosges à Paris, pour protester contre les violences faites aux femmes.

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 114 (08/09/11).



Appel à rassemblement ce dimanche 11 septembre à Paris :

Le viol est un crime !
Contre l'impunité des agresseurs !
Pour que justice soit rendue aux femmes !


Rassemblement contre le viol

le dimanche 11 septembre – 14h Place des Vosges - Côté Jardin

L’abandon des charges contre DSK nous démontre encore une fois le profond sexisme du système judiciaire. Aux États-Unis comme en France, le viol est un crime, c’est inscrit dans la loi ! Pourtant, 98% des viols sont impunis. Loin de s’améliorer, les fiascos judiciaires comme celui de DSK sont monnaie courante. Le déni de justice succède à la violence, et les victimes de viol sont rejetées dans le silence, la culpabilité et l’insulte publique.

Pour environ 200 femmes violées par jour en France, 4 violeurs seulement sont reconnus comme violeurs et condamnés !

Ensemble, maintenant, brisons le silence !

Alors que des traces de violence ont été légalement constatées, Mme Diallo n’a pas eu droit à un procès équitable. Pourquoi ? Parce qu’elle aurait menti pour avoir le droit de résider légalement dans la « démocratie » américaine sensée protéger les femmes, et pour fuir la Guinée afin de protéger sa fille de l’excision. Sa situation de femme immigrée, noire, et prolétaire, fait forcément d’elle une menteuse !

Lorsqu’une femme dit avoir été violée, que lui répond-on? Non, ce n’était qu’un rapport sexuel consenti. Un grand nombre de journalistes, hommes politiques et intellectuels martèlent leur soutien à l’agresseur, nient la parole de la victime ou, pire, prétendent que la victime jouit d’être maltraitée. Ce mythe est une propagande de haine sexiste qui nous condamne toutes à nous taire.

Non et non, les femmes n’aiment pas la violence !!

Nous affirmons que toute violence commise contre les femmes doit être punie. Nous exigeons que les hommes accusés de viols et d’agressions soient jugés avec le sérieux que ces crimes requièrent.

Nous exigeons que les candidat-es aux élections, du Parti Socialiste notamment, prennent une position claire au sujet des allégations répétées de violence sexuelle exercée par DSK envers de nombreuses femmes. Plus largement, nous affirmons : pas de violeurs ni d’agresseurs en responsabilité politique.

Exigeons la justice pour les femmes ! Dénonçons ces crimes contre notre humanité !
Pas de justice, pas de paix !



L’assemblée générale féministe réunie le lundi 5 septembre à Paris, à l’initiative de la Marche Mondiale des Femmes

Avatar de l’utilisateur-trice
Pïérô
 
Messages: 22439
Enregistré le: 12 Juil 2008, 22:43
Localisation: 37, Saint-Pierre-des-Corps

PrécédenteSuivante

Retourner vers France

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun-e utilisateur-trice enregistré-e et 1 invité