Textes (divers, de chansons, nouvelles, etc...)

Bouquins, politique, socio, Histoire(s), littérature...

Re: an dizertour

Messagede Pïérô » 05 Oct 2008, 14:58

désolé, je ne peux pas y accèder, techniquement le format de lecture est trop récent... :(
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Re: an dizertour

Messagede Anarchie93 » 05 Oct 2008, 20:34

qierrot a écrit:désolé, je ne peux pas y accèder, techniquement le format de lecture est trop récent... :(


Pas vrai? car le mid est le format le plus basique que tu peux trouver et le plus ancien aussi! il existe depuis 1982 et c'est le format de sons qui étaient lus sur les premiers ordinateurs personnels! Par contre il est possible que ton navigateur ne parvienne pas à les lire! En fait le fichier est écrit pour pouvoir être dechiffré directement par ta carte son.

Tout lecteur de mp3 est capable de lire un son midi! même windows media player, c'est pour dire!

Essaie donc de telecharger le morceau au lieu de l'écouter directement en cliquant sur le lien, et de l'ouvrir dans ton lecteur favori, ça devrait marcher sans problèmes normalement!
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Les lettres de Sara Fistole

Messagede spleenlancien » 31 Oct 2011, 10:31

Rions un peu.
On connaissait Julien Prévieux et ses lettres de non-motivation http://www.previeux.net/pdf/non_motivation.pdf qui répondait à des offres d'emploi.
Voilà maintenant les lettres de Sara Fistole qui s'amuse à repondre aux offres de stage, la plupart du temps non rémunérés.
http://www.sarounette.net/

Exemple celle du 06 10 2011 :
Sara Fistole a écrit: La photothèque du Mémorial de la Shoah possède un très grand nombre de photos des victimes de la Shoah en France. Le travail consiste à les identifier et à rechercher leur parcours à travers des bases de données disponibles au Mémorial. Sur la base de 424 euros pour un plein temps, chèques déjeuner, remboursement Navigo.

Madame, Monsieur,

Diplômée d’un Master 2 d’Etudes cinématographiques, je connais surtout l’histoire de la Shoah à travers le film de Claude Lanzmann. Cependant, mes origines juives m’ont toujours poussée à m’y intéresser davantage, d’autant plus que mon arrière-grand père résistant fut déporté dans un camp où il trouva la mort. Comme il était philosophe, je ne peux que lui rendre hommage dans cette présente lettre que je vous envoie en guise de candidature, même si son nom ne figure pas sur le mur du Mémorial.

Je trouve qu’il s’agit là d’une belle mission que de retracer le parcours des victimes de la Shoah, d’associer des noms aux visages anonymes, et ainsi de les sauver des abimes de l’oubli. Beaucoup s’y sont attelés, en souvenir de leur famille ou simplement dans le cadre de recherches historiques, et le travail d’archiviste exigé par une telle mission doit être extrêmement difficile et éprouvant.

Dans le camp de concentration où il a été déporté, mon arrière grand-père a travaillé comme tant d’autres prisonniers sous les ordres des nazis, menacé chaque seconde par le froid et les fusillades. En échange de son labeur et pour le maintenir à l’état de survivant, on lui jetait quelques bols de « soupe » à la figure. La philosophie et la religion l’ont probablement aidé à tenir aussi longtemps, même si le mystère insondable de sa mort l’a emporté dans une fumée noire. Jusqu’au dernier instant de sa vie, mon arrière grand-père a dû nourrir son esprit de philosophie, et s’il était resté en vie, il aurait peut-être inventé la formule de Hannah Arendt : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ».

Parfois, je l’imagine vivant auprès de moi et j’entends ses réflexions à propos de notre société et ses travers. Par exemple et parce que cela me concerne, les jeunes diplômés d’aujourd’hui en sont réduits à accepter des stages pour éviter le chômage. Parce que les jeunes sont ainsi devenus légalement rentables, les entreprises les maintiennent dans un état de faiblesse nécessaire à la bonne santé des chiffres d’affaires. Ainsi, ils mourront de faim et ils n’auront pas le choix, obligés de travailler pour un tiers du SMIC. Mon arrière grand-père m’aurait sûrement expliqué qu’il s’agit-là d’un mécanisme économique alléchant pour conserver le pouvoir, et que les entreprises finiront par se créer des besoins en stages là où il n’y en a pas, dans le but de multiplier leurs profits.

Je ne suis pas certaine que mon arrière grand-père m’aurait encouragée à postuler à votre annonce, étant donné que vous contribuez vous-mêmes, et comme tant d’autres, à insérer les jeunes dans la misère. Grâce aux 424 euros par mois que vous leur donnez en guise de gratification, vous leur proposez tout juste de survivre, comme s’ils n’avaient pas les mêmes besoins que les autres hommes. Que voulez-vous faire de 424 euros à Paris comme ailleurs ? Face à ce salaire humiliant, nous sommes bien obligés de nous soumettre. Cette soumission arbitraire et forcée nous enlève chaque jour un peu de notre humanité, réduits à l’état de mendiants du travail payé. Ce n’est pas parce que cette loi existe qu’elle est juste, il me semble que l’Histoire l’a souvent démontré.

Par respect pour mon arrière grand-père, mon devoir de mémoire m’impose finalement d’écarter toute candidature à votre poste, malgré tout l’intérêt que j’y porte pour des raisons évidentes. De même que, par respect pour moi-même, je ne pourrais supporter le paradoxe de travailler presque gratuitement pour contribuer à la sauvegarde de la mémoire de la Shoah.

En vous remerciant pour votre compréhension, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

Sara Fistole.
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Le Triomphe de l'Anarchie ( Marc Ogeret )

Messagede Ambroise Antifa » 09 Juin 2015, 22:14

j'aime énormément ces paroles et je me devais de les partager avec vous ;)
https://youtu.be/dx53bKWie6I

"Tu veux bâtir des cités idéales
Détruis d'abord les monstruosités:
Gouvernements, casernes, cathédrales
Qui sont pour nous autant d'absurdités!
Dès aujourd'hui vivons le communisme
Ne nous groupons que par affinités
Notre bonheur naîtra de l'altruisme
Que nos désirs soient des réalités

Debout! Debout! Compagnons de misère
L'heure est venue, il faut nous révolter
Que le sang coule et rougisse la terre
Mais que ce soit pour notre liberté!
C'est reculer que d'être stationnaire
On le devient de trop philosopher
Debout! Debout! Vieux révolutionnaire
Et l'Anarchie enfin va triompher!
Debout! Debout! Vieux révolutionnaire
Et l'Anarchie enfin va triompher!

Empare-toi maintenant de l'usine
Du capital ne sois plus serviteur!
Reprends l'outil et reprends la machine
Tout est à tous, rien n'est à l'exploiteur!
Oui, la patrie est une baliverne
Un sentiment doublé de lâcheté
Ne deviens pas de la viande à caserne
Jeune conscrit, mieux te vaut déserter!

Debout! Debout! Compagnons de misère
L'heure est venue, il faut nous révolter
Debout! Debout! Vieux révolutionnaire
Et l'Anarchie enfin va triompher!

Tous les élus fous-les à la potence
Lorsque l'on souffre on doit savoir châtier
Leurs électeurs fouaille-les d'importance
Envers aucun il ne faut de pitié
Que la nitro comme la dynamite
Soient là, pendant qu'on discute raison
S'il est besoin, renversons la marmite
Mais de nos maux, hâtons la guérison!

Debout! Debout! Compagnons de misère
L'heure est venue, il faut nous révolter
Que le sang coule et rougisse la terre
Mais que ce soit pour notre liberté!
C'est reculer que d'être stationnaire
On le devient de trop philosopher
Debout! Debout! Vieux révolutionnaire
Et l'Anarchie enfin va triompher!
Debout! Debout! Vieux révolutionnaire
Et l'Anarchie enfin va triompher!"
"je ne suis vraiment libres que quand tous les ètres humains qui m'entourent,hommes et femmes sont également libres"
Bakounine
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Re: Textes (divers, de chansons, etc...)

Messagede Pïérô » 11 Aoû 2015, 21:58

DETRUISONS LE MUR !

Dis-moi c’qu’il y a derrière le mur
Qui balafre notre horizon
Et qui défigure la nature
Avec ses plaques de béton ?
Petit, il y a nos oliviers Nos puits, nos sources, nos collines Et nos villages abandonnés Qui furent jadis la Palestine (bis)

Dis-moi où est passée la mer
Que l’on apercevait au loin
Avant qu’ils s’emparent de nos terres
Depuis Gaza jusqu’au Jourdain ?
Petit, tu ne l’as jamais vue Elle est derrière les barbelés Elle est gardée par des blindés La mer, on ne s’y baigne plus ! (bis)

Détruisons le mur de séparation !
Halte à l’apartheid, à l’occupation !
L’exil de nos frères bientôt finira
Palestine Vivra, Palestine Vaincra !

Dis-moi c‘qu’il y a derrière ce mur
Qui a coupé en deux nos vergers ?
On entend même plus le murmure
Du vent dans les arbres fruitiers…
Des milliers d’arbres déracinés Tombés comme des héros sans gloire Témoignent de ce qu’ils t’ont volé, Petit, ton pays, ton Histoire ! (bis)

Pourquoi les enfants de Gaza
Assassinés par leurs missiles ?
Où sont Ahed et Zakaria
Et Mohammad et Ismaïl ?
Petit, l’occupant est sans cœur Il prend nos terres, il prend nos vies Il veut imposer la terreur Mais nous n’avons pas peur de lui ! (bis)

Détruisons le mur de séparation !
Halte à l’apartheid, à l’occupation !
L’exil de nos frères bientôt finira
Palestine Vivra, Palestine Vaincra !

Dis-moi combien de temps encore
Pour que mon peuple se libère
Mon peuple exclu, saigné à mort
Dans sa prison à ciel ouvert ?
Petit, résiste à l’oppresseur Comme Barghouti et Georges Abdallah Chasse les colonisateurs Comme l’a fait Nelson Mandela ! (bis)

Détruisons le mur de séparation !
Halte à l’apartheid, à l’occupation !
Brisons le blocus, libérons Gaza !
Palestine Vivra, Palestine Vaincra ! (Bis)

© Paroles et musique de Dominique Grange (Editions AMOC)

A la mémoire de tous les enfants palestiniens assassinés par l’armée d’occupation israélienne (Juillet 2014).

http://la-feuille-de-chou.fr/archives/83844
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Re: Textes (divers, de chansons, etc...)

Messagede bipbip » 23 Avr 2016, 15:10

[Nouvelle] Demain l’usine

Aujourd’hui nous faisons le choix de publier une œuvre de fiction, qui nous semble avoir quelque chose à dire sur la période que nous vivons. Demain l’usine est une nouvelle extraite de Yama Loka Terminus – dernières nouvelles de Yirminadingrad , de Léo Henry & Jacques Mucchielli, paru à L’Altiplano1) en juin 2008.

... http://www.19h17.info/2016/04/18/nouvel ... in-lusine/
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Re: Textes (divers, de chansons, etc...)

Messagede bipbip » 25 Juin 2016, 10:25

Appel à envoyer vos nouvelles pour la sortie d’un Mix-Book aux éditions BBoyKonsian

Après, nouvelles sur le monde libéré

Et après, on fait comment ?

La conjugaison des dominations et des galères, l’urgence des luttes et des répressions, nous laissent toujours trop peu de temps pour concevoir des mondes libérés de toutes les oppressions. Ces réflexions ne peuvent sans doute se construire que depuis la pratique, sur les terrains des luttes et des expériences d’auto-organisation collective.

Si elle connaît ses grands soirs, la révolution est sûrement un processus long, peut-être permanent, un processus de l’instant et du quotidien.

Conscient.e.s qu’on ne peut prédire les formes d’une société qui n’existe pas encore, nous pensons pourtant qu’elle émergera et qu’elle a déjà commencé à naître dans nos luttes, nos expériences et nos idées, présentes et passées.

Pour nourrir l’offensive, il nous semble donc possible, nécessaire et indispensable, de réussir à penser ensemble et depuis toutes les cales du vieux monde, les formes de vie communes que nous voulons créer. Comment, pourquoi et avec qui ?

Tenter de répondre à ces interrogations est déjà une forme de victoire en soi. Et il faut prendre un peu de temps pour ça.

Alors voici une autre expérience, un nouveau mix-book que nous vous proposons de fabriquer ensemble, en nous envoyant vos textes.

Les seules indications sont :

1. Écris depuis ta pratique une nouvelle sur un monde libéré et collectivisé, raconte-nous des histoires pour décrire une société révolutionnaire, une utopie crédible, un support de réflexion sur un « après » qui reste à construire mais pourtant bien réaliste.
2. On cherche pas d’auteur.e.s confirmé.e.s mais des écorché.e.s avec des idées fulgurantes. Si t’as jamais rien écrit avant, nous on s’en tape, trempe ta plume dans tes plaies puis dans ton cœur, essaie, on a confiance en toi. Les ruptures viennent de là où on ne les attend pas.
3. Pas plus de 15000 signes espaces compris
4. À renvoyer avant le 15 janvier 2017 par mail à akye@bboykonsian.com
5. Toutes les nouvelles seront publiées sur internet et celles qui nous semblent les plus percutantes (de notre point de vue totalement subjectif) constitueront le mix-book.
6. Tous les coups contre l’ancien monde sont permis et encouragés.

Projet coordonné par Error et Skalpel pour Béton ArméE / BBoyKonsian.

4 livres ont déjà été publié :

- 2030 : nouvelles d'un monde qui tombe (Collectif)
- Le théorème de la hoggra - Histoires et légendes de la guerre sociale (Mathieu Rigouste)
- Fables de la mélancolie (Skalpel)
- Le charbon (collectif)

Blog de Béton Armée : http://www.bboykonsian.com/betonarmee

Les livres sont disponibles dans notre boutique en ligne : http://www.bboykonsian.com/shop

http://www.bboykonsian.com/betonarmee/A ... 7_a19.html
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Re: Textes (divers, de chansons, etc...)

Messagede Lila » 03 Juil 2016, 20:08

Contes, féminisme et patriarcat

Trois contes narrés par Hélène Loup pendant notre Féministival

à lire : https://effrontees.wordpress.com/2016/0 ... atriarcat/
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Re: Textes (divers, de chansons, etc...)

Messagede bipbip » 10 Juil 2016, 18:35

Pendons les aménageurs tant qu’il reste des arbres !

Chers penseurs, politicards, aménageurs, sous-traitants et autres complices de grands projets inutiles,

Merci. Merci pour tout ce que vous faites. Pas que vos calculs soigneusement mesquins ne nous intéressent. Pas que je sois séduite par vos manières abjectes d’aménager nos vies. Pas que le modèle d’existence que vous répandez à grand renfort de béton, de fausses discussions et de répression me fassent présager un avenir radieux et que vos idées de progrès ne me donne pas envie de me vomir dans la bouche. Pas que vos jeux politiciens et cette manière pathétique de vous congratuler de vos entreprises mortifères en vous serrant la main d’une petite moue satisfaite ne m’inspirent autre sentiment que du dédain. Pas que toute la binarité spectaculaire de vos grands sourires médiatiques et de vos accouplements mafieux dans l’ombre du pouvoir ne construisent d’autres déterminations que celle d’ériger nos mondes joyeux sur les cendres du vôtre. Pas que votre vision algorythmique et mécanique de la nature et des êtres, à grand renfort d’études, de projets, de statistiques, de bilans, de mesures compensatoires et d’autres éléments linguistiques suppositoires sonne à jamais le glas de notre espoir. Pas que vos discours ectoplasmiques, autocratiques et d’autres trucs en -ique, vos discours vides, et votre grosses bottes sémantiques dans nos existences ne me rappellent pas la propagande malheureusement bien vivante de temps incertains que je n’aurais jamais pensé vivre, une histoire trouble écrite jusqu’à ce jour par les dominants.

Non je ne vous remercie pas pour ce que vous êtes, ni pour ce que vous symbolisez.

Je vous remercie parce que vos attaques, de moins en moins feutrées, sont plus grossières, et donc plus visibles. On ne peut décemment plus croire en vous. Parce que vos accaparements de territoires se font à grands coups de matraque, de transactions opaques d’argent, d’accords de principe, d’arrivée massive de pelleteuses foreuses bulldozers et autres débardeuses, de conflits d’intérêts à peine dissimulés. vous avez découvert votre vrai visage. Celui que vous aviez soigneusement enfoui sous un masque souriant et lisse mais néanmoins répugnant : celui de la sociale-démocratie.

L’incohérence de vos décisions crève les yeux (tout comme les flashballs des chiens de garde qui vous protègent). Vos intrusions dans notre quotidien dépoussièrent la colère et la volonté de faire barrière à votre entreprise par tous les moyens.

En balafrant le visage de la forêt de Mandres en Barrois de saignées impitoyables ; en rasant, comblant, déplaçant, copiant, collant, recoupant ; en tentant de dix milles manières absurdes et violentes l’expulsion de Notre Dame des Landes ; en acceptant de travailler à créer des frontières, physique et mentales là où vous posez des préfabriqués des murs des enceintes des rasoirs ; en utilisant une justice qui sert de bras de lance à toutes les injustices de classes pour servir votre vision ; en calculant le taux de rentabilité de vos catastrophes ; en installant des cactus, pics acérés et autres pseudo-décos offensives pour bouter les stagnants et ainsi favoriser une certaine circulation des corps dans l’espace urbain, celle du consumérisme ; en envoyant vos sbires matraquer les gens qui refusent sensiblement votre monde parce qu’il a les pneus crevés et qu’il pue la misère ; en grillageant et barbelant ce qui nous appartient et nous revient de droit d’usage ; en écorchant les paysages reposants de nos rêves ; vous avez ouvert des fronts. Des fronts qui défoncent les murs des dédales de couloirs dans lesquels vous nous aviez placé-es dès notre venue au monde. Qui donnent la parole et ouvrent l’espace nécessaire à l’anti-autoritarisme, la joie, la solidarité et le partage. Qui chantent en chœur nos rébellions autrefois atomisées dans des villes hostiles. Des fronts qui fixent les gens là dans les futurs nœuds des flux où vous fantasmiez que tout circule au plus vite, au plus efficace, au plus rentable.. Des fronts qui détracent les chemins d’une carte que vous aviez toute tracée pour nous enfermer sous la peau artificielle du monde. Qui nous permettent de composer une mélodie autre, sans oreilles pré-mâchées, sans partition vernissée à la croche capitaliste, sans histoires déjà écrites avec la médiocrité dont vous avez toujours fait preuve.

Et sur vos fronts se posent les franges organisées d’un mouvement que rien ne peut essouffler, celui de l’autonomie ! Géographique brrr, politique brrrr, alimentaire brrrr, affective brrrrr ça vous donne des sueurs froides dont le nectar réchauffe nos gosiers ! Hihihi – rire jusqu’au ciel.

Des forêts et de toutes les interstices que vous vouliez faire déserts sortent des oasis : on s’est installés et merci, merci, qu’est qu’on vit bien ! On mange bien, on discute bien, on construit bien, on plante bien, on rit bien, on fait bien la fête, on réfléchit bien, on écrit bien, « on arrache bien à la seconde sa charge explosive » ! Et vous n’êtes pas au bout de vos peines, car cette énergie se transmet. Et cette circulation n’est pas de l’ordre de celles qui se punissent avec des contraventions !

De Notre-dame des Landes à la forêt libérée de Mandres-en Barrois, résistance !

PENDONS LES AMENAGEURS TANT QU’IL RESTE DES ARBRES !

https://paris-luttes.info/pendons-les-a ... qu-il-6360
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Re: Textes (divers, de chansons, etc...)

Messagede bipbip » 28 Aoû 2016, 16:19

[Nouvelle] La Toma : récit argentin d’une victoire ouvrière

Ceci est une histoire aussi vraie que pourrait l’être le récit d’un conteur. Elle a été inspirée de l’histoire du documentaire The Take de Naomi Klein, du film Industria Nacional de Ricardo Diaz Lacoponi, des entretiens réalisés auprès de dizaines d’ouvriers autogestionnaires à Buenos Aires, des travaux des sociologues Andrés Ruggeri et Maxime Quijoux, et de mon irrésistible envie de voir un jour la démocratie populaire triompher sur le capitalisme.

http://www.lepoing.net/la-toma-recit-ar ... -ouvriere/
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Re: Textes (divers, de chansons, nouvelles, etc...)

Messagede bipbip » 23 Oct 2016, 18:49

Le gendarme et le désert nucléaire

Image

Les faits relatés ici sont vrais. Par prudence – ce dossier étant désormais entre les mains de la justice – certains détails ont cependant été modifiés. Ainsi et afin de ne pas alerter les fins limiers en charge de cette enquête périlleuse, le laboratoire, acteur central de la farce qui suit, sera dissimulé derrière un judicieux acronyme.

... https://codex43.wordpress.com/2016/09/3 ... le-desert/

Ce récit est disponible en brochure de 24 pages illustrées :
Version cahier à imprimer (pdf – 2,8Mo) : https://codex43.files.wordpress.com/201 ... _v2_lq.pdf
Version page par page à lire sur écran (pdf – 3,9Mo) : https://codex43.files.wordpress.com/201 ... _v2_lq.pdf
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Re: Textes (divers, de chansons, nouvelles, etc...)

Messagede Lila » 04 Déc 2016, 20:20

La déconstruction

– Le premier jour, le jour de la Création, elle tua Dieu. Et toutes les religions.

– Et le deuxième jour elle s’en prit à Freud

– Le troisième jour, elle s’interrogea :

« Ne fallait-il pas aussi tuer un peu Levinas ? »

Puis elle décida que le lendemain elle tuerait Cioran, ce qui n’allait pas être une mince affaire :

« Le délire est sans conteste plus beau que le doute, mais le doute est plus solide. »

– Le cinquième jour elle dézingua 9 mois d’ancienne psychanalyse et Lucien Israël.

Lot groupé.

C’est jour de soldes.

– Le sixième jour elle prit son courage à deux mains et regarda Victor Hugo droit dans les yeux.

Elle lui dit très doucement :

« C’était super, mais on va se quitter maintenant. Ça traînait un peu en longueur cette relation. »

Elle perdit un de ses grands-pères.

Sans se retourner.

Post-scriptum : deux heures plus tard elle a rappelé Victor pour lui demander de prendre Bobby avec lui. Quand l’heure serait venue. Il a accepté. Après tout sa place sera à ses côtés.

– Le septième jour, assise et pensive sur son premier monticule de cadavres, elle comprit qu’elle avait acté la décision d’être libre.

Alors elle fit des crêpes, puis une sieste. Consciente qu’il fallait reprendre des forces avant de continuer à tous les assassiner, sans aucune honte ni culpabilité.

– Camus et Sartre furent exilés le huitième jour. Comme des malpropres. Et encore, elle trouva que c’était pas cher payé.

– Le neuvième jour elle posa une bombe au Conseil de l’Europe et dans les instances de l’Union européenne.

Prenant la précaution de sauver les droits fondamentaux du feu qu’elle avait allumé.

Puis elle s’en alla, sans remord.

– Le dixième jour elle fraya avec l’Amour.

Lui sourit.

Lui chuchota qu’elle ne le quittait pas mais qu’il fallait lui laisser un peu d’espace.

Elle rencontra la justice en s’éloignant.

Lui claqua deux bises, à cette bonne amie.

La prévint que l’Amour était à côté.

Qu’il fallait le regarder intensément mais ne pas s’y perdre.

Elles se firent un clin d’œil.

Et continuèrent leur chemin.

– Le onzième jour elle tutoya le féminisme.

Elle lui raconta qu’elle l’aimait beaucoup mais qu’elle était encore débutante. Qu’il fallait lui laisser du temps pour bien l’ingérer.

Il comprit, et iels se serrèrent la main. Tel-le-s d’ancien-ne-s ami-e-s de l’école maternelle. Oui de cette école-là, très justement.

– Le douzième jour elle appela tou-te-s ses ascendant-e-s à son secours.

Iels lui dirent qu’elle avait choisi.

Fallait qu’elle se débrouille seule maintenant.

Elle les remercia.

– Le treizième jour elle broya ce qui lui restait de superstition, de pensée magique et d’ami-e-s imaginaires.

– Le quatorzième jour elle revint vers ses morts.

Les vrais.

Pleura beaucoup.

Sur elle-m’aime.

Lacan fut immolé pour l’occasion.

Tout le monde s’en trouva fort soulagé.

– Le quinzième jour elle s’excusa auprès de ses enfants qui n’avaient rien demandé.

Ils l’entourèrent de leurs bras solides.

Elle leur dit qu’iels étaient sa seule fierté.

Elle eut une pensée fugace pour cet embryon de 8 semaines qu’un gynécologue fatigué avait fait l’erreur de lui montrer.

Elle avait pardonné depuis longtemps.

– Le seizième jour elle décida de se foutre de tout.

La justice vint alors toquer à sa porte.

Elle lui offrit un thé

Elles parlèrent.

Beaucoup.

Elle se souvint que sous le monceau de cadavres il y avait des vivants.

Et qu’il ne fallait pas les laisser pour compte

Elle sortit.

Regarda le monde

Elle trouva tout tellement tragique qu’elle décida d’abandonner cet air sérieux qu’elle offrait à tou-te-s comme une pose, une contenance.

Et éclata de rire.

– Le dix-septième jour elle croisa la colère.

Arf.

Un bras de fer s’engagea.

À l’heure qu’il est, on ne connaît pas encore la vainqueure.

– Le dix-huitième jour elle se remémora cette phrase qu’elle avait dit autrefois à une amie :

« On n’est pas obligé-e-s de tout essayer dans la vie. ».

Se dit que pourtant cela était fort tentant.

Ne trouva pas de réponse.

Elle poursuivit son chemin.

– Le dix-neuvième jour elle convoqua la Beauté.

Sa pire meilleure amie.

Fallait qu’elles se causent ces deux-là.

Elles avaient des comptes à régler.

Après des heures et des heures de reproches, de tergiversations, de quiproquos et de malentendus elles firent un deal.

Elles allaient se quitter en douceur et surtout avec l’aide d’un allié : le temps.

– Le vingtième jour elle regarda les hommes.

S’affola.

Jeta un coup d’œil aux femmes.

Prit peur.

Remit cela à plus tard.

Il n’y a pas d’échec sur la route.

Que des contretemps.

– Le temps, oui le temps, enfin, qu’elle attendait, sonna le vingt et unième jour.

Elle l’accueillit gracieusement.

Elle testa son élasticité.

Regarda son corps nu.

Ses cheveux qu’elle aimait tant et qui commençaient à blanchir.

Les marques de son sourire qui se creusaient.

Les gens qui mourraient autour d’elle.

Et elle le mit gentiment à la porte.

Faudrait voir à pas trop s’incruster (pas encore).

– Le vingt-deuxième jour la peur fracassa l’entrée de ses doutes.

Elle ressuscita les vieux moribonds des premiers jours.

Ils lui répondirent qu’elle était bien impolie d’agir de la sorte.

Qu’elle devait être plus assurée, tout de même.

Qu’il fallait cesser de faire l’enfant.

Une bonne fois pour toutes.

« Ok, vieux fous ! », leur répondit-elle.

Et elle partit piloter son avion.

– Le vingt-troisième jour elle tomba par hasard sur le courage.

Iels se saoulèrent.

Se racontèrent leurs vies.

Elle se sentit minuscule.

Il lui offrit un talisman.

Elle refusa.

– Le vingt-quatrième jour elle EXTERMINA la dépression, la mélancolie et la nostalgie, les bilans, les listes, les renoncements, pour ne plus regarder que droit devant elle.

Feu de joie.

Puis elle se libéra de l’entrave du sentiment d’illégitimité permanent qui la contraignait.

« File-donc voir ailleurs si j’y suis. Et si tu me retrouves, oublie-moi, surtout. »

– Le vingt-cinquième jour elle eut pitié du romantisme.

Faut dire qu’il l’a implorée.

Elle lui octroya un sursis à cette unique condition : « Au moins rends-toi utile. »

Il a juré qu’il se ferait tout petit.

Elle ne le croit qu’à moitié.

– Le vingt-sixième jour elle faillit écrire « Rien ».

Mais elle se ravisa, se souvenant soudain de Louis XVI.

R̶I̶E̶N̶

Alors elle nota « Révolution ».

Mais fit une moue sceptique.

Ça va, elle l’avait déjà jouée cette pièce-là. Elle n’était plus dupe d’elle-même.

̶R̶E̶V̶O̶L̶U̶T̶I̶O̶N̶

Il ne lui restait plus qu’une possibilité : le SABBAT, celui des femmes, des sorcières.

– Le vingt-septième jour.

Ha oui le vingt-sixième jour.

Pfhuuu.

Elle avait pensé être grande, pourtant.

S’est rendue compte qu’une grosse haie était à franchir. A aperçu toutes les autres derrières. Ou devant. Selon le point de vue.

– Le vingt-huitième jour.

Le sexe.

Ce qui a été fait.

Ce qui a été résolu.

Ce qui interroge.

– Le vingt-neuvième jour se leva, et ses démons avec.

Elle ne croyait plus à la magie.

Elle n’avait jamais cru en Dieu.

Elle les prit de face.

Elle leva son majeur droit.

Repliant ses quatre autres doigts à l’intérieur de sa main.

Espérant que cela serait suffisant.

Elle rentra du combat avec quelques cicatrices et contusions.

« Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort-e. »

Bazar ! … Elle avait oublié de tuer Nietzche … !

– Le socialisme, le communisme, le trotskisme, l’anarchisme : tous au feu le trentième jour. Marx, Bakounine, Jaurès, Blum, Cabet, Leroux, Fourrier, les Saint-Simoniens : EN PRISON !

La jeune Flora Tristan, échappée, est activement recherchée.

– Le trentième et unième jour, elle a tué la groupie du pianiste.

Faut dire que cette fille semblait vraiment triste, passant sa vie à l’attendre pour un mot, pour un geste tendre

Elle a droit à un bon pour service rendu, là.

Sans prétention aucune.

– Le trente-deuxième jour elle accepta enfin de cesser de tendre la joue gauche en permanence, et ce pour la meilleure des raisons : ça manque terriblement d’élégance et d’esthétisme.

– Le trente-troisième jour, trouvant que tous ces morts éparpillés faisaient un peu désordre, elle se décida à faire du compost.

Sur le chemin de sa tuerie, elle avait déniché un premier trésor : la confiance dans ce qui allait advenir, qui ne faisait encore que murmurer. Presque invisible.

– Le trente-quatrième jour elle tua les vierges, les mères et les putains.

Elle avait le prénom prédestiné pour ce carnage.

Alors elle partit en quête.

Des 52% de l’humanité.

Les femmes.

Toutes.

Celles que l’on soumet, que l’on tue, que l’on viole, que l’on harcèle, que l’on écrase.

La majorité hurlante qui n’a qu’un droit : se taire.

« La femme est l’avenir de l’homme »,

disait un vieux poète qu’elle avait assassiné.

Il se trompait totalement.

Les femmes sont leur propre avenir.


Le dernier jour du premier chapitre de sa déconstruction, enfin, elle tua son violeur, 22 ans plus tard, en racontant à une femme maïeutique.

(À suivre…)

Texte et dessin : Marie Gloris Bardiaux-Vaïente

http://mgbvfeminisme.tumblr.com

https://www.facebook.com/notesdintentionsfeministes


https://entreleslignesentrelesmots.word ... more-26451
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Re: Textes (divers, de chansons, nouvelles, etc...)

Messagede bipbip » 18 Fév 2017, 16:46

Ricardo Flores Magon

Le soldat

Sur une route se rencontrent un soldat et un travailleur.

— Où vas-tu, demande le soldat?

— À l'usine, lui répond le travailleur, et toi, où vas-tu?

— Je vais à la caserne; dans le village de Z les gens se sont soulevés et on nous a donné ordre de réprimer la rébellion dans le sang et le feu.

— Peux-tu me dire, lui demande le travailleur, pourquoi ces gens se sont soulevés?

— Bien-sûr que je peux te le dire : ces gens, du lever au coucher du soleil, refusent de payer leurs loyers pour leur maison, la location de leurs lopins de terre, leurs impôts au gouvernement; et quand les autorités se sont présentées pour évincer ces gens des maisons, pour les expulser de la terre, tout en voulant collecter l'impôt dû au gouvernement, les habitants ont résisté, ils ont poignardé le juge, le notaire, les fonctionnaires, les gendarmes, le maire et ses assistants. Ils ont brûlé les archives et sont montés sur l'édifice le plus élevé pour y accrocher un drapeau rouge avec des inscriptions en blanc qui disaient "Terre et Liberté".

Le travailleur est ébranlé. Il voit que ce sont ceux de sa classe : les pauvres, les déshérités, les prolétaires qui se sont révoltés.

— Et tu t'en va les battre, lui demande le travailleur?

— Mais oui, lui réplique l'esclave en uniforme. Ces gens attentent au droit de propriété privée et il est du devoir du gouvernement de protéger les intérêts des riches.

— Mais toi, tu n'est pas un riche, lui dit le travailleur. Quel intérêt as-tu de tuer ces pauvres gens?

— Je dois faire respecter la Loi, lui répond sèchement le soldat.

— LA LOI! lui gueule le travailleur, La Loi qui soutient les privilèges de quelques-uns! La Loi qui est un énorme poids pour ceux d'en bas; une garantie de liberté et de bien-être pour ceux d'en haut! T'es un pauvre, mais toutefois tu soutiens la Loi qui écrase ceux de ta classe. Ton père, ton frère, tes pairs sont pauvres; ceux qui se sont soulevés dans le village de Z sont des pauvres qui souffrent comme toi et tes parents et tes pairs et qui sait, peut-être qu'il y a dans les insurgés des membres de ta famille! Le soldat haussa les épaules, cracha sur les herbes qui bordent le chemin, lança un regard méprisant au travailleur et cria :

— La Loi doit s'appliquer à toutes les choses! Si mon père l'enfreint, je le tuerai, parce que voilà ce que m'ordonne la Loi!

— Bon, dit le travailleur, alors marche et assassine le sang de ton sang et la chair de ta chair!

Le travailleur et le soldat continuèrent leur chemin dans des directions opposées : le premier pour aller au travail afin de rendre plus riche le maître et le second pour aller tuer afin d'assurer au maître la jouissance des "ses" richesses. Pendant ce temps, le village de Z était le théâtre d'une activité, d'une gaieté, d'un enthousiasme sans limite. La tristesse d'hier avait disparu. Tous les habitants étaient dans la rue à célébrer le jour de la liberté. Un ancien haranguait la foule de cette manière :

— Compagnons : maintenant chacun de nous est son propre maître, célébrons notre victoire; un inventaire doit être fait de tout ce qu'il y a dans le village et aux alentours afin de savoir quels éléments nous possédons et quels outils serviront à notre travail et ensuite, comme des frères, une fois terminée la célébration de notre triomphe, dédions-nous à travailler à produire des choses utiles pour tous et…

Il n’a pas pu terminer sa phrase… On entendit la décharge d'une arme à feu et l'ancien, mortellement blessé, tomba face première sur le sol sans pouvoir se relever. Le soldat avait tué son père…

https://fr.theanarchistlibrary.org/libr ... -le-soldat
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Re: Textes (divers, de chansons, nouvelles, etc...)

Messagede bipbip » 26 Mar 2017, 13:07

Nouvelle : « La Valeur »

une courte nouvelle, chipée dans un vieux numéro du Chat Noir, journal local du groupe rémois de l’Organisation Communiste Libertaire.

Chez Dunant, dehors ça pèle, mais à l’intérieur il y a de l’ambiance. Il faudrait compter les bouteilles de Jeanlin, diviser par quatre et multiplier par douze, pour connaître un peu près le nombre de types qui gueulent dans le petit troquet. Si ça crie, c’est pour la bonne cause, préparer le vote du lendemain et savoir si le syndicat doit se réjouir ou se morfondre de l’éventuelle poursuite de la grève.

L’heure est grave et surtout tardive. Les prises de parole sont peu a peu devenues des prises de bec. Les grèves dures créent du tragique, et ont l’avantage de faire ressortir la parole. Aux Fonderies, la grève dure depuis 10 jours. Depuis l’augmentation imprévue des métaux non ferreux, la production s’est accélérée, le rendement aussi mais les salaires, pas du tout. Dix jours de luttes, de piquets et de feux de palettes, on n’avait pas vu ça depuis longtemps. Dix putains de jours ! Et ça en faisait deux que les CRS et les gardes mobiles étaient dans les parages, avec sous la visière, leurs sales airs «d’attendez qu’on nous donne l’ordre.» Le mouvement, on n’est pas encore théoriquement à la fin.

Quand le terme approche, il y a vote tous les matins. Pour l’instant, ce n’est que tous les trois jours, donc, par expérience, il faut s’attendre à ce que la grève dure encore au moins une semaine. Même si les ouvriers sont fatigués, même s’ils savent bien qu’ils ne pourront pas tenir encore bien longtemps.

Pour l’instant, aux yeux des observateurs, des stratèges, des journaflics, des modérateurs, tous ces vautours qui dissèquent les événements dans les médias, les patrons ne lâcheront rien, car leurs actionnaires s’en foutent, tant que d’autres prolos, un peu plus loin suent toujours autant sous le burnous. Et les grévistes d’ici savaient parfaitement que si jamais ils gagnaient, eh bien six mois après, en punition, ils auraient droit à un dégraissage géant. De nos jours, signe des temps, les patrons ne s’emmerdent plus à négocier, ils délocalisent direct.

Alors pour les syndicalistes présents, c’est-à-dire pour des responsables qui se font légèrement déborder par la base, il faut tout faire pour éviter le pire. Question de responsabilité. Donner l’impression d’obtenir quelque chose d’important tout en sachant que l’essentiel, la valeur du travail, part de plus en plus en couilles. Mais, par honnêteté, ils feront tout pour que dix jours de grève servent au moins à ne pas regretter d’avoir fait grève, et supputant vaguement qu’ils n’obtiendront que dalle, ils n’exigent plus qu’une chose : le paiement des jours de grève. Un cas kafkaïen. Certes la frange la plus dure, la plus radicale des grévistes prendra ça pour une défaite. Les autres, on arrivera bien à leur expliquer que, s’ils n’ont rien gagné, ils n’ont rien perdu, et même, avec un peu de cynisme et une bonne dose de langue de bois, qu’ils ont eu des vacances inespérées.

Faire passer tout ça allait être coton. Mais les syndicalos avaient l’habitude. Et en plus ils n’avaient pas le choix. Tant que le nombre de syndiqués baissait, ça serait comme ça. Il fallait le répéter tout le temps et à tout le monde. On ne déclare pas la guerre à dix. Même le président Mao avait compris ça.

Chez Dunant, ils en étaient à choisir les mots d’ordre, ceux qui paraîtraient les plus radicaux possibles mais surtout les plus crédibles et ça gueulait a fond. Gueuler ça réchauffe toujours.

C’est à ce moment qu’entrât l’engeance, la bande à Tuné.

Tous les syndicalistes les connaissaient, ils avaient tous un fils, un copain du fils, un neveu ou une vague connaissance dans cette quinzaine d’ados au regard noir et à la démarche chaloupée, célèbres dans le coin, des bars aux commissariats, du supermarché aux éducs du quartier. Des irrécupérables, on en racontait des trucs sur eux. Et même si chacun pensait qu’il leur manquait une case, chacun était étonné que cette bande de malfaisants ait pu grosso merdo passer entre les mailles d’une répression tout azimut. A tel point que certains les soupçonnaient de collusion.

Le fils pourtant affichait un bon pedigree, le père avait été un des grands responsables du Syndicat, au regard aussi clair que son discours, avant qu’un accident de voiture à fort taux de pastaga l’empêche de décevoir ses ouailles. Mais le môme Tuné avait, mystère des temps, viré à la délinquance organisée. Beaucoup disaient que c’était à cause d’un manque de neurones. D’autres pensaient qu’il avait viré extrême anarchiste, du genre le couteau entre les dents et après nous le bordel.

Les premiers étaient certains que ses capacités mentales ne lui permettaient pas de comprendre des mots comme société ou travail, les autres pensaient que la société et le travail justement il voulait la détruire, radicalement, au baston.

Bref on s’évitait, on s’ignorait, même.

La bande d’encapuchonnés se rangea tout le long du comptoir comme dans un mauvais western, tournant le dos aux syndicalistes, sauf Tuné, qui les coudes appuyés au zinc, leur faisait face, un mauvais sourire aux lèvres.

Et quand l’un des syndicalises en chef parla du travail comme d’un bien humain et d’une obligation morale, le jeune ricana bêtement.

Albert Berloux, que l’on considérait un peu comme l’oncle lointain du chef de bande, se leva, propulsé par cette énergie que donnent la bière, la présence des copains, la certitude d’avoir raison et l’habitude de parler aux jeunes crétins de tout bords.

– Évidemment toi le travail, c’est une idée qu’a pas réussie à te rentrer dans le crâne, hein ! Tu préfères te servir sur ce que gagnent les autres à la sueur de leur détresse.

Tuné se marra encore plus.

– Quoi, le travail ?

– Ouais, le travail. C’est le travail qui donne à l’homme sa dignité.

– Quelle dignité ? Celle de l’esclave ?

– Mais non pauvre asticot, la dignité de la liberté!

Les syndicalistes approuvèrent. C’était comme ça qu’il fallait parler. Même si la teneur philosophique de tous ces termes ne risquait pas de pénétrer jusqu’au cortex de ce petit con.

Tuné se déscotcha du zinc et fit deux pas en avant, le doigt tendu :

– Je vais t’dire un truc Berloux. Moi j’ai jamais demandé à venir au monde. Et si j’y suis au monde, ce n’est pas pour crever la gueule ouverte. On me doit, t’entends ? ON ME DOIT le droit de vivre. Ou même si tu veux de survivre. Et si j’ai pas envie de travailler, c’est pas pour ça que je dois mourir de faim. J’ai rien demandé, moi.

– Comment tu peux dire des conneries pareilles. Si ton père t’entendait…

– Laisse mon vieux cuver là où il est, au moins lui, il ne m’a jamais farci.

– Eh ben il aurait du. Ou alors il savait bien, ce brave homme ce que tu ne pouvais pas comprendre.

Et toc. Reprise de volée. Un a zéro. La balle au centre. Le bretteur syndical avait marqué un but et avant les prolongations en plus. Ses supporters soupiraient d’aise et se préparaient à reprendre leur conférence, maintenant que le petit et méchant con s’était fait calmer.

Mais Tuné, la gueule fendue jusqu’aux oreilles, fit un pas de plus.

– Les gars , j’vais vous dire un truc. Moi, Marx, je connais. J’ai lu. Pas vous. Tant que vous confondrez la valeur d’échange et la valeur d’usage, tant que vous n’aurez pas pris en compte la baisse tendancielle du taux de profit, vous l’aurez dans l’os, bien profond et vous continuerez à vous noyer dans vos illusions et dans l’alcool. Et toi, Berloux, t’auras toujours la berlue !

Et, sur ce, il claqua des doigts. Et la petite troupe de présumés coupables se dirigea en ordre, vers la sortie, dans un silence lourd d’interrogations. Dunant, derrière son comptoir, nettoyant un verre avec nervosité, regarda Albert. Il a dit quoi ? La baisse de quoi ?

Le lendemain, le Syndicat n’a pas réussi à imposer le vote à main levée. Et après un tour à bulletins secrets, la reprise du travail a été adoptée. Le soir, aux informations régionales, on fit voir la tronche visitée par la grâce du PDG des Fonderies, Monsieur Jean Denoots, qui saluait la responsabilité de ses collaborateurs, que la raison avait gagnée, que bien sur il comprenait la fracture sociale et qu’il ferait tout pour que son entreprise deviennent un modèle d’équité, de responsabilité et of course de compétitivité, la preuve, ses employés connaissaient la valeur du travail et avaient décidé de la protéger.

Plouf, plouf.

Deux jours après en sortant de sa Merco qu’il venait de garer en plein centre de Charleville, pas loin de la place Ducale, Jean Denoots fut assassiné de deux coups de revolver.

On ne retrouva pas l’assassin.

On ne retrouva pas la paix.

Mais on retrouva, jusqu’à plus soif, la parole.


http://www.19h17.info/2017/03/15/valeur ... -nouvelle/
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Re: Textes (divers, de chansons, nouvelles, etc...)

Messagede Pïérô » 11 Juil 2017, 02:29

L’insomnie du juge
L’insomnie du juge

Le juge, bien au chaud dans son lit douillet, s’apprête à dormir. Il a très bien dîné : des huîtres, du faisan, de la salade, des fruits, des gâteaux, le tout arrosé de vins généreux.

Une heure passe et le sommeil aux doigts de soie se refuse à engourdir ses paupières et à envelopper son cerveau de la douce brume de l’insensibilité, comme s’il lui gardait rancune pour quelque mauvais tour.

Le juge ne dort pas, le juge est agité, le juge est en proie à l’insomnie. Son cerveau travaille :

– De quel droit je juge mes semblables ? se demande-t-il, insatisfait du droit que la Loi lui confère. – Suis-je meilleur ou plus sage que mes concitoyens ? poursuit-il, seul avec sa conscience, au beau milieu de sa chambre enténébrée.

Il se couvre la tête, comme si ce qui le tourmentait se trouvait hors de lui ; comme si, ce faisant, il pouvait échapper à cette mauvaise influence, mais en vain : ce qui le dérange est en lui. Ça lui hérisse les nerfs. Ça lui essore la cervelle. Ça le maintient éveillé. C’est la conscience ! Son cerveau travaille :

– Je suis l’égal de tous les hommes et, pourtant, j’ose juger leurs actions. Qui peut assurer que jamais je ne commettrais l’acte pour lequel j’envoie un homme en prison ? Que l’on me mette dans les mêmes conditions que celles où se trouve le délinquant, que l’on m’entoure des mêmes circonstances, et je ferai exactement ce qu’il fait.

Alors, il se souvient de tous les malheureux qu’il a envoyés en prison ou à l’échafaud. Il en est ébranlé. Son cerveau travaille :

– Que la vie en prison doit être horrible ! Se voir plus bas que les autres quand on se sent semblable, quand on a conscience d’être l’égal de tous, de n’être ni plus gentil ni plus méchant que le reste des mortels. Décidément, je suis un criminel puisque je fais subir à mes semblables des tortures que je ne voudrais pas me voir infliger ! Et, en revanche, mes victimes sont vues avec haine et mépris, tandis que moi, je reçois des honneurs et des récompenses. Qu’elle est injuste, la justice légale !

Il change de position pour voir si, cette fois-ci, il parvient à obtenir les faveurs du sommeil. Le mesure s’avère inefficace : le sommeil s’éloigne de lui, fuyant, comme s’il lui gardait un profond ressentiment. Son cerveau travaille :

– Oh, quelles atroces pensées ! Mais, qu’est-il est train de m’arriver ? Je n’avais jamais pensé à de pareilles choses ! Ah, comme je me souviens à présent de cette scène. La vieille mère du garçon que j’ai envoyé en prison. En pleurs, elle s’était jetée à mes pieds, faisant appel à ma clémence, un appel vain comme s’il eût été lancé au milieu du désert... Mon cœur, endurci, retint ma main quand la sienne était tendue vers moi pour soulager cette tristesse suprême, et du pied, je repoussai ce corps palpitant de douleur et d’angoisse... À la moindre idée que ma mère subisse pareille humiliation, je deviendrais fou !

Ses nerfs tressaillent intensément, comme secoués par une main cruelle ; il s’enroule dans le lit confortable, possédé par l’angoisse ; il baisse les paupières et il lui semble que la chambre est éclairée ; il les rouvre en sursautant... Tout n’est que ténèbres ! Ce sont les nerfs, surexcités jusqu’aux lisières de la folie ! Son cerveau travaille :

– Ah, allez-vous-en, fantômes ! Je ne veux pas vous voir ! Je ne veux pas me souvenir de vous !

Mais les opiniâtres fantômes s’obstinent à encercler le lit du fonctionnaire, dépliant vers lui leurs doigts ensanglantés, nus, leur torse jaune arborant des trous noirs d’où jaillit le sang.... Ce sont les hommes qu’il envoya se faire fusiller et qu’il voit à présent avec les yeux de la conscience.

Le sommeil l’a définitivement abandonné, comme s’il avait tenté de se venger de quelque abus, le laissant à la merci de son inexorable conscience. Son cerveau travaille :

– Je deviens fou ! Je deviens fou ! Combien des misérables qui me tendent la main dans la rue doivent être parents de ceux que j’ai entraînés en prison ou à la mort ? Cette prostitué qui, rouée de coups, fut jetée au cachot cette après-midi-là, malgré ses supplications pour qu’on la laissât exercer son triste commerce par lequel elle obtenait un morceau de pain pour nourrir ses pauvres enfants sans défense… Cette femme était peut-être la fille, l’épouse, la sœur d’une de mes victimes ? Je ne mérite donc pas qu’on me crache au visage ?

Une aube aimable, y compris pour les bourreaux de l’humanité, envahit peu à peu la chambre de ses douces clartés, calmant ainsi l’irritation nerveuse du fonctionnaire qui, quelques heures plus tard, siégeait, roide et hautain, sous un dais, envoyant, comme à son habitude, ses semblables en prison ou à l’échafaud.

Ricardo Flores Magón, El insomnio del juez, Regeneración, nº21, 15 janvier 1916.


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