digger a écrit: C’est là où le bât blesse pour moi. Et pour plusieurs raisons.
Qui dit parti dit recrutement et nous sombrons immanquablement dans la propagande. Les luttes ne sont plus la finalité mais deviennent moyens de recrutement. L’énergie va à la construction du parti comme préalable à la révolution.
Le parti est condamné à une structure hiérarchique verticale, au contraire de l’organisation horizontale. Son objectif est la prise de pouvoir et non son abolition. La structure du parti est incompatible avec l’idée libertaire. C’est pour cela qu’il y a eu affrontements dans l’histoire entre ces deux tendances. Cette contradiction est insurmontable et l’issue est inévitable.
Maintenant, je suis intéressé pour que tu m’expliques en quoi la structure d’un parti est nécessaire.
Plusieurs petites remarques d'abord. Quand tu dis "
Qui dit parti dit recrutement et nous sombrons immanquablement dans la propagande", en quoi est-ce différent pour un groupe anarchiste ? Ou même pour un syndicat ou un collectif de lutte ? Si en politique 1+1 ne font pas forcément 2, plus un groupe rassemble de membres et plus cela lui donne les moyens d'agir, d'intervenir, de mener une politique, etc. Après, je ne pense pas que "
les luttes ne sont plus la finalité mais deviennent moyens de recrutement", par contre, et je crois que cela est partagé aussi par les anars, la lutte au quotidien pour arracher de (toutes) petites amélioration, souvent même de façon plus défensive qu'offensive (je crois que c'est la réalité dans bien des boîtes) est épuisante, et il est nécessaire d'avoir une vision plus large, celle d'en finir avec cette société d'oppression et d'exploitation. C'est, à mon avis, bien ce qui manque aujourd'hui à notre classe, le ras-le-bol est là, la rage aussi, on est de plus en plus nombreux à ne plus pouvoir supporter "cette vie là", et pour en rester qu'au niveau des boites, combien de collègues et de camarades ont besoin d’anxiolytiques, d'un verre de vin ou tout autre produit, pour aller au boulot ? Je ne parle même pas de celles et ceux, entre un et deux par jour, se flinguent sur leurs lieux de travail, avec parfois des moyens aussi violents que l'immolation par le feu. Alors, oui, bien sûr, il faut se battre chaque jour pour éviter que ce dégradent encore nos conditions de travail, que se renforce le flicage et le mépris des chefs, aider le copain ou la copine à tenir malgré tout... mais je pense qu'il faut aussi et surtout la perspective et militer pour la faire exister d'une autre société, de la fin de toute cette oppression, du travail salarié, des fins de mois difficiles à partir du 5, etc, etc.
En fait, dit peut-être autrement, je ne crois pas qu'il y a là une véritable divergence entre un militant d'un groupe marxiste ou d'un groupe anarchiste s'il s'agit de groupe révolutionnaires.
La différence, comme tu le soulignes, est liée à celle du parti, qui n'est qu'une conséquence de notre vieille divergence historique sur le pouvoir ouvrier.
Les prolétaires, et plus largement les opprimé(e)s et les exploité(e)s, n'ont pas besoin de communistes, d'anarchistes ou de révolutionnaires pour se révolter et heureusement. Ni le fonctionnement de la Commune de Paris ni les soviets de Russie n'ont été théorisés avant d'exister. Mais, et c'est là où nous avons une divergence, le spontanéisme seul, pour créatif et puissant qu'il puisse être, peut chasser un tyran, mais n'arrive pas à renverser la bourgeoisie. En Tunisie ou en Egypte, nous le voyons bien. Plus de Ben Ali, plus de Moubarak... mais les prolétaires continuent de crever du chômage et de la misère. Cela signifie qu'à un certain moment, la question ne peut plus être de s'organiser à l'échelle d'un quartier, d'une usine ou même d'une ville, mais que la classe ouvrière s'empare du pouvoir, ce qui implique une organisation et un programme pour aller dans ce sens, bref un parti. En Iran par exemple, il y avait des conseils ouvriers, un mouvement de femmes qui faisait rêver les féministes françaises et américaines... et pour quel résultat ? Si une bonne partie de la gauche s'est rangée dans un soutien critique de Khomeiny par anti-impérialiste, une autre, plus réduite, était active dans les luttes, certes, mais ne se préparait à disputer le pouvoir à la bourgeoisie qui a pris le visage du Hezbollah après avoir rejeté celui de la monarchie.
Sur le côté plus "autoritaire" du parti par rapport au groupe libertaire, j'ai milité un moment dans des groupes libertaires et j'y ai vu des comportements bien plus autoritaires que chez les marxistes, avec parfois en plus cette plus grand difficulté à s'opposer politiquement à une politique que l'on ne partage pas puisque que officiellement il n'y aurait "pas de pouvoir".